Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=808922
images/icones/fsspx.gif  ( 808922 )Déclaration du Supérieur général à tous les membres de la Fraternité Saint-Pie X à l’issue de la réunion des supérieurs majeurs, à Anzère (Valais), le 28 juin 2016 par Ennemond (2016-07-16 10:47:41) 

A l'issue de la réunion des supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X, outre le communiqué qu'il a lu le 29 juin 2016, lors des ordinations sacerdotales à Ecône, Mgr Bernard Fellay avait adressé aux prêtres, la veille, une déclaration que DICI publie en exclusivité.

Pour la gloire de Dieu,
pour l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ, et de sa très sainte Mère
pour notre salut.


Dans l’état présent de grave nécessité de l’Eglise, qui lui donne le droit de distribuer les secours spirituels aux âmes qui recourent à elle, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique à laquelle elle a droit parce qu’elle est catholique. La solution n’est pas simplement juridique. Elle relève d’une position doctrinale qu’il est impératif de manifester.

Lorsque saint Pie X condamne le modernisme, il ramène toute l’argumentation de l’encyclique Pascendi a un principe initial : l’indépendance. Or voici que désormais le monde emploie tous ses efforts pour changer l’axe autour duquel il doit tourner. Et il est évident pour les catholiques, comme pour ceux qui ne le sont pas, que la Croix n’est plus cet axe. Paul VI l’a très bien dit, c’est l’homme (Cf. Discours de clôture du concile Vatican II, 7 décembre 1965).

Aujourd’hui le monde tourne autour de cet axe, selon lui, définitivement établi : la dignité de l’homme, sa conscience et sa liberté. L’homme moderne existe pour lui-même. L’homme est le roi de l’univers. Il a détrôné le Christ. Il exalte sa conscience autonome et indépendante jusqu’à dissoudre même les fondements de la famille et du mariage.

La Fraternité Saint-Pie X s’oppose depuis toujours à cette entreprise de déconstruction de l’univers – tant de la société politique que de l’Eglise.

Pour remédier à ce désordre universel, le Bon Dieu a suscité un homme, un chrétien, un prêtre, un évêque. Qu’a-t-il fait ? Il a fondé une société – société hiérarchique – dont le principe et la fin sont précisément l’antidote au désordre universel : le sacrement de l’Ordre. Le but de la Fraternité Saint-Pie X continue d’être non seulement le remède actuel à la crise, mais aussi par là-même le salut de tous ceux qui y coopèrent. Elle veut absolument garder la rectitude doctrinale, théologale et sociale fondée sur la Croix de Jésus-Christ, sur sa Royauté, sur son sacrifice, son sacerdoce, principe de tout ordre et de toute grâce. Mgr Marcel Lefebvre a combattu toute sa vie pour faire triompher ces vérités fondamentales. Il nous incombe à l’heure présente de redoubler d’efforts, en intensifiant le même combat sur les mêmes principes.

Nous ne sommes ni des conciliaires : ils nient que la Croix du Christ soit l’axe du monde, ni des factieux : ils rejettent la nature sociale de l’Eglise. Nous sommes une société de prêtres de Jésus-Christ, de l’Eglise catholique.

Est-ce vraiment le moment de la restauration générale de l’Eglise ? La Divine Providence n’abandonne pas son Eglise dont le chef est le Pape, vicaire de Jésus-Christ. C’est pourquoi un signe incontestable de cette restauration sera dans la volonté signifiée du Souverain Pontife de donner les moyens de rétablir l’ordre du sacerdoce, de la foi et de la Tradition, – signe qui sera, de surcroît, le garant de la nécessaire unité de la famille de la Tradition.

Christus regnat,
Christus imperat,
Deo gratias,
Amen.


+ Bernard Fellay
Anzère, le 28 juin 2016,
en la vigile des saints Apôtres Pierre et Paul

(Source : FSSPX/MG –DICI du 16/07/16)
images/icones/1a.gif  ( 808925 )Bon, alors tout va bien ! par Exocet (2016-07-16 11:41:29) 
[en réponse à 808922]

Quel meilleur signe de la volonté du souverain pontife de donner les moyens de rétablir l'ordre du sacerdoce, de la foi et de la tradition, que la régularisation canonique de la FSPX ? Je ne vois pas ... Mon pronostic : cette régularisation interviendra avant la fin de l'année.
images/icones/neutre.gif  ( 808929 )Bien sûr par Candidus (2016-07-16 12:00:19) 
[en réponse à 808925]

Sinon François perdrait la face puisqu'il s'est engagé (implicitement et explicitement) à pérenniser, voire étendre, la juridiction de la FSSPX.

Par ailleurs, il a besoin de la Fraternité, chien fou dans un jeu de quilles, pour décontenancer, désorienter ses adversaires conservateurs. Cette opposition qui chaque jour devient plus audible et résolue à l'égard des orientations de François n'a jamais eu beaucoup d'affection pour les traditionalistes. N'oublions pas que ce sont des Wojtyliens convaincus.

François a besoin de la Fraternité pour pratiquer son jeu favori :"hacer el lio", mettre le bazar.

Encore une fois, la Providence utilise nos lignes courbes (très courbes en l'occurrence) pour tracer des lignes droites.
images/icones/bravo.gif  ( 808940 )cette histoire par F. de T. (2016-07-16 14:50:00) 
[en réponse à 808929]

de lignes courbes et de lignes droites est très bien vue. Bien que je sois nul en géométrie (mais la providence aussi alors ?)
images/icones/neutre.gif  ( 808926 )En résumé par Candidus (2016-07-16 11:45:12) 
[en réponse à 808922]

Il n'y aura pas d'accord avec Rome à moins que ne soient assurées à la FSSPX une véritable autonomie et la liberté de se développer : le "Souverain Pontife [doit nous] donner les moyens de rétablir l'Ordre du sacerdoce, de la foi et de la Tradition". C'est dans le dernier paragraphe et cela résume et souligne l'idée principale du communiqué.

On rassure les troupes et on rappelle à Rome le point non négociable.

De mauvaises langues ironiseront sur la critique de l'essence du modernisme : l'esprit d'indépendance, et ce qui est exigé de Rome par la FSSPX ; mais comment ignorer que nous sommes sous le pontificat calamiteux de François dans un contexte vraiment particulier ?

A mon avis, cette question de la liberté de manoeuvre de la Fraternité est un des points chauds qui font l'objet des discussions avec la CPED : la FSSPX exige une forme d'indépendance à l'égard des évêques et la possibilité d'établir des fondations sans l'autorisation de l'Ordinaire du lieu.

Dans le cadre d'une prélature personnelle, c'est problématique. Dans le cadre d'un ordinariat, ce serait plus facilement réalisable parce que l'évêque diocésain doit simplement être consulté et en cas d'opposition de sa part, Rome (ou une commission établie par Rome) tranche.

Rien n'empêche évidemment d'établir pour la FSSPX une prélature personnelle sur mesure qui emprunterait certaines caractéristiques aux ordinariats.
images/icones/vatican.gif  ( 808930 )La Prélature est modulable par Ennemond (2016-07-16 12:02:27) 
[en réponse à 808926]

Le code de droit canonique ne donne que des grandes lignes pour délimiter la structure de la Prélature personnelle. En réalité le pape et la curie ont les coudées franches pour adapter la structure aux réalités. Toute prélature ne sera pas forcément un plagiat de l'Opus Dei.
images/icones/fleche2.gif  ( 808933 )Pourquoi presque jamais rien sur et contre le modernisme d'aujourd'hui ? par Scrutator Sapientiæ (2016-07-16 12:36:22) 
[en réponse à 808922]

Bonjour et merci, Ennemond.

Je profite de cette Déclaration pour soulever à nouveau un problème que je ne crois pas négligeable, même si je peux comprendre que personne n'ait besoin de moi, ou ne m'ait attendu sur le FC, pour commencer à y réfléchir, ou même si je peux comprendre que d'autres que moi n'y attachent pas autant d'importance que moi.

1. Il y a une chose que je ne comprends vraiment pas. En tout cas, j'ai très souvent l'impression que la Fraternité continue à faire référence ou à s'en prendre avant tout, ou seulement, au modernisme d'avant-hier ou d'hier, et n'a pas encore commencé à actualiser ses analyses, ou à montrer qu'elle l'avait fait, pour pouvoir commencer à s'en prendre au modernisme d'aujourd'hui, lequel n'a pas tout à fait la même visée, ni la même portée.

2. J'ai encore le souvenir de ceci :

Ici.

3. Le modernisme d'avant-hier, qui a été formellement condamné par Saint Pie X, c'était le modernisme d'avant-hier, et le modernisme d'aujourd'hui, qui n'a été formellement condamné ni par Jean-Paul II, ni par Benoît XVI, c'est le modernisme d'aujourd'hui, qui ne fonctionne pas tout à fait sur les mêmes ressorts ou, si vous préférez, qui ne puise pas tout à fait aux mêmes sources.

4. Je tiens donc à la disposition de la FSSPX toutes les orientations bibliographiques qui lui permettront de se procurer les ouvrages, si elle ne les possède déjà, qui lui donneront les meilleurs documents, émanant des théologiens porteurs du modernisme d'aujourd'hui, afin qu'émane d'elle-même les meilleurs arguments, précisément sur et contre ce modernisme d'aujourd'hui. Croyez-moi : ces auteurs ne sont pas dépourvus d'entendement, ni d'érudition (le plus souvent pas avant tout biblique, ni avant tout thomiste...) ; il est donc difficile, mais il est nécessaire, d'analyser leurs idées, leurs livres, afin de porter sur leurs conceptions, leurs ouvrages, les appréciations qui s'imposent.

5. Par ailleurs, je dis bien : par ailleurs, car je parle à présent d'une autre composante de la même thématique, je tiens à la disposition, notamment, de la FSSPX, la réflexion suivante, qui lui permettra de comprendre et de faire comprendre davantage ce qui suit.

6.

- nous n'en sommes plus, aujourd'hui, au "catholicisme maritainien", au culte de l'homme moderne, de la dignité et de la liberté de sa conscience et de sa personne (mais dignité n'est pas anomie, et liberté n'est pas licence, suis-je tenté de dire),

mais

- nous en sommes, à présent, au "catholicisme lévinassien", au culte de l'autre, dans le cadre duquel les clercs ont plutôt tendance à légitimer toute identité, toute orientation, pensée et vécue par "l'autre", POUR PEU, OU POURVU, QU'ELLE SOIT SINCERE, "l'autre" étant le non catholique, le non chrétien, le non croyant, même quand il adhère à un ensemble de croyances, de doctrines, de tendances ou de pratiques, le plus souvent bien plus vécus que pensés, qui l'amènent à vivre dans l'éloignement, voire dans l'opposition, vis-à-vis de Jésus-Christ, Fils unique du seul vrai Dieu.

7. Il y a une autre manière de dire à peu près la même chose : le modernisme, aujourd'hui, ce n'est pas avant tout l'intégralisme personnaliste, mais c'est bien avant tout l'inclusivisme périphériste, qui ne repose pas sur les mêmes fondements intellectuels que l'intégralisme personnaliste, ce qui ne signifie en rien qu'il suffit d'avoir un positionnement intégraliste et personnaliste pour contrer avec attention, courage, énergie, franchise, l'inclusivisme périphériste, comme on l'a vu sous Jean-Paul II et sous Benoît XVI.

8. Je vous remercie de tout coeur pour toute réponse à la question de savoir pourquoi la FSSPX, entre autres, donne souvent, notamment, à moi, l'impression de persister à ne pas beaucoup actualiser ses analyses et ses appréciations, sur et contre le modernisme d'aujourd'hui. Mais je m'en voudrais d'être injuste, notamment sur ce point.

9. Je termine ce message sur cette remarque : si je puis me permettre, "il faut faire attention avec çà", c'est-à-dire avec les focalisations ou polarisations sur des courants d'avant-hier, ou d'hier, au détriment de l'attention vers, et des réflexions sur, les courants d'aujourd'hui, d'autant plus qu'il y a déjà eu au moins un précédent, dans l'histoire de l'Eglise.

10. C'est quand certains théologiens, notamment allemands, ont compris que depuis "Rome", dans les années 1950, de vieux théologiens thomistes, sans continuateurs plus jeunes, aux analyses actualisées, continuaient à mettre en cause leur attachement hétérodoxe à Kant, alors que ces mêmes théologiens étaient déjà passé de Kant à Hegel, puis de Hegel à Husserl, pour ne pas mentionner Heidegger, qu'ils ont compris à quel point "la suite des opérations" allait être envisageable puis réalisable, avec ou sans Concile...

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/heho.gif  ( 808936 )Bravo pour votre analyse par Johanis (2016-07-16 13:21:35) 
[en réponse à 808933]

Bravo pour l'appel à critiquer les doctrines d'aujourd'hui et pas celle d'hier ou d'avant hier et pour la distinction entre l'exaltation de l'homme en raison de sa "dignité" et l'exaltation de l'autre parce que c'est l'autre..
Et on est effectivement pris davantage au sérieux si on n'en reste pas à la lutte contre les fantômes du passé.
images/icones/fleche2.gif  ( 808943 )Merci beaucoup + Un exemple concis et précis. par Scrutator Sapientiæ (2016-07-16 15:55:25) 
[en réponse à 808936]

Bonjour Johanis,

Merci beaucoup car je me sens (encore) moins seul.

Voici un exemple à la fois concis et précis.

Pour ma part, je suis "plutôt pour" ce qu'il y a de spécifique à la pensée d'Etienne Gilson et "plutôt contre" ce qu'il y a de spécifique à celle de Jean-Luc Marion, mais cela ne me viendrait pas à l'esprit de l'être en toute ignorance des grandes lignes du contenu de la pensée de l'un et/ou des grandes lignes du contenu de celle de l'autre.

Quand on entend un évêque diocésain dire à des fidèles : "Ne parlez pas de la vérité, parce que la vérité est une idole !", il peut être utile de savoir et de comprendre de quel auteur, de quel courant, provient cette idée, afin et avant d'en signaler toutes les limites.

Il existe ainsi tout un clivage, qui oppose ceux qui savent qu'en Dieu il y a avant tout de l'être et de la substance, à ceux qui croient qu'en Dieu il y a seulement de l'amour et des relations, même si j'ai bien conscience du fait que cette formulation est trop schématique pour ne pas être quelque peu déformante.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 808937 )Il n'y a rien de nouveau sous le soleil par Candidus (2016-07-16 13:33:51) 
[en réponse à 808933]

Vous avez le don de compliquer les choses et de créer des questionnements inutiles.

La crise religieuse et sociétale actuelle ne requiert pas, pour être comprise, toutes ces complications.

C'est la crise du sujet qui cherche à s'émanciper de l'objet. La crise d'une humanité qui n'accepte plus un ordre qui lui serait imposé de l'extérieur, pas même l'ordre biologique (gender).

Nous nous trouvons dans la droite ligne de la tentation adamique : le désir d'être "comme des dieux", et l'antidote est la conversion par la réalisation de notre absolue dépendance et insuffisance.

Le reste n'est pas forcément oiseux mais n'apporte pas grand chose de plus.
images/icones/fleche2.gif  ( 808939 )Ces choses, ce n'est certes pas moi qui les complique. par Scrutator Sapientiæ (2016-07-16 14:12:15) 
[en réponse à 808937]

Bonjour et merci, Candidus.

1. Ces choses, ce n'est pas moi qui les complique.

Ces questionnements, ce n'est pas moi qui les crée.

Je me contente de rappeler leur existence, leurs origines, leurs conséquences, et d'inciter vivement qui voudra bien se laisser inciter à en connaître et à en comprendre la substance, ne serait-ce que pour pouvoir s'exprimer, à leur sujet, en connaissance de cause.

2. Vous me rappelez un peu les catholiques qui, en d'autres temps, disaient en substance qu'ils n'avaient pas besoin de lire Marx, Nietzsche, Freud, pour connaître la part de nocivité du marxisme, du nietzschéisme et du freudisme. Il est certain que cette attitude ne leur a pas toujours permis de comprendre pourquoi et comment ces courants ont été attractifs, y compris dans l'Eglise catholique.

Sous cet angle là, je suis bien plus sensible à la démarche

- de Raymond ARON, qui connaissait et comprenait Karl MARX plus et mieux que bien des marxistes, des communisants ou des communistes,

- de Michel ONFRAY, qui a lu tout ce qu'il était possible de lire, de Freud ou sur Freud, avant d'écrire son livre sur et contre Freud.

3. Je peux vous assurer que ce dont j'ai parlé, dans mon premier message, au sein de ce fil, n'est pas oiseux du tout, apporte énormément de choses, ET PERMET DE COMPRENDRE POURQUOI ET COMMENT LA MAYONNAISE DU MODERNISME D'AUJOURD'HUI A PRIS, au point de déboucher sur une pastorale qui s'éloigne de plus en plus des textes-mêmes de Vatican II, et qui éprouve de moins en moins le besoin, ou le désir, d'y faire référence, d'une manière un tant soit peu honnête et loyale, car le modernisme d'aujourd'hui constitue fréquemment l'instrument au moyen duquel on légitime l'herméneutique dans le contournement permanent, ou dans le dépassement perpétuel, qui est à l'oeuvre depuis déjà quelques décennies, au sein de l'Eglise catholique.

4. Ce qui précède ne m'empêche pas, bien au contraire, d'être en accord avec vous, sur les phrases 3 et 4 de votre message. J'envie votre concision qui vous permet de rappeler l'essentiel en deux phrases. Il règne aujourd'hui, en effet, une "mystique" de l'émancipation, mais aussi de l'égalisation, notamment interreligieuse, et de la fraternisation, plus unanimiste qu'oecuménique au sens strict du terme, et en un sens, sur la première composante de cette "mystique", il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

5. N'en doutez pas et croyez-moi : ce dont j'ai parlé, dans mon message précédent, évidemment pas parce que c'est moi qui en parle, est d'un extrême intérêt. Je peux comprendre que, par manque de goût ou par manque de temps, on ne puisse pas s'y consacrer, mais j'ai plus de mal à comprendre que l'on ne veuille pas s'y consacrer, en décrétant par principe que c'est compliqué, inutile, ou que cela nous éloigne de l'essentiel, qui est davantage d'ordre sacramentel ou spirituel, alors qu'il suffit de quelques livres, allez, j'avoue, de plusieurs livres, pour savoir à quoi s'en tenir, sur cette affaire.

6. Que voulez-vous, je suis un classique, en matière de stratégie : j'ai vraiment besoin de connaître ce que mon adversaire a en tête, pour mieux le connaître, mieux le comprendre, savoir dans quelle mesure, ou à quel point, il est un adversaire, et pour pouvoir, si nécessaire, mieux le combattre, ou en tout cas inciter à résister, encore mieux, à la tentation de s'en remettre ou de se soumettre à lui.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 808958 )Une partie du diagnostic est contestable par Peregrinus (2016-07-16 19:08:18) 
[en réponse à 808939]

Cher Scrutator,

Il me semble qu'une partie de votre diagnostic est contestable et qu'il importe d'apporter ici quelques distinctions qui me semblent s'imposer entre les doctrines fausses que combattent les traditionalistes.

1° Il est vrai à mon avis, mais je sais que ce n'est pas celui de tout le monde, que les longs réquisitoires contre le libéralisme sont souvent inopérants, d'autant plus que leur formulation emprunte malheureusement beaucoup (trop) à une école antilibérale du XIXe siècle dont les principes sont eux-mêmes viciés de doctrines mennaisiennes.
On pourrait d'ailleurs ajouter ici une nuance à ce premier point, précisément sur le maritanisme que vous évoquez : le maritanisme, justement, existe encore, quoique la plupart de ses tenants soient devenus par la force des choses des vieillards de chrétienté, pour reprendre les termes de J.-M. Paupert.

2° En revanche, il me semble que Pascendi, aussi bien dans les doctrines qu'elle condamne que dans l'argumentation qu'elle développe, n'a guère vieilli. Claude Tresmontant lui-même, qui n'était pas un parangon d'intégrisme sclérosé, écrivait que ce que l'encyclique dénonçait en 1908 était précisément ce qui avait, mais en dix fois pire, dévasté la pensée chrétienne après 1960 (La crise moderniste, Seuil, 1978, p. 231).
Quasiment tous les points relevés par Pascendi se retrouvent (certes à des degrés divers selon les auteurs) dans le néomodernisme d'aujourd'hui et leur arrière-fond (agnosticisme, historicisme, immanence vitale). La sensibilité religieuse contemporaine correspond plus que jamais au diagnostic posé par saint Pie X sur l'appel moderniste au sentiment religieux. La plupart des discours des néomodernistes tombent déjà sous les anciennes condamnations (par exemple celle du semi-rationalisme de Guenther) telles qu'elles sont formulées, et cela me frappe chaque jour davantage.
Il faudrait ici apporter une nuance en ce qui concerne le pseudo-surnaturalisme qui a fait tant de dégâts et pour lesquels de nouvelles précisions magistérielles seraient les bienvenues ; mais pour le reste, il me semble qu'il faudrait avant tout réaffirmer les enseignements déjà formulés.
C'est pourquoi je rejoins sur ce point Candidus et c'est ainsi que je comprends son message selon lequel vous compliquez à l'excès certains problèmes simples.

Pour le reste, je ne peux que vous approuver lorsque vous écrivez que cela ne nous dispense pas de connaître plus à fond les doctrines que nous combattons ; mais il me semble qu'il faut garder à l'esprit que ce ne peut être là la tâche de tous les chrétiens, ni même de tous les clercs.

Peregrinus
images/icones/bravo.gif  ( 808978 )En effet, ce n’est pas la tâche de tous les chrétiens par Vianney (2016-07-17 00:13:17) 
[en réponse à 808958]

 

Pour le reste, je ne peux que vous approuver lorsque vous écrivez que cela ne nous dispense pas de connaître plus à fond les doctrines que nous combattons ; mais il me semble qu’il faut garder à l’esprit que ce ne peut être là la tâche de tous les chrétiens, ni même de tous les clercs.


Le drame est que c’est précisément en voulant réfuter certaines erreurs que bon nombre de chrétiens, et même de clercs, sont tombés à leur tour. Dans d’autres erreurs le plus souvent, mais ça revient au même. Et c’est le cas de certains auteurs antilibéraux, effectivement.

C’est pourquoi l’Église réservait ce genre de tâche à quelques personnes de confiance, telles que le cardinal Bellarmin ou, plus près de nous, le cardinal Billot.

En revanche, il est à la portée de nous tous de prier, d’offrir de bon cœur les sacrifices que la vie nous impose, sans oublier de réviser nos connaissances religieuses. L’ignorance en ce domaine est particulièrement dangereuse en période de défaillance des autorités.

V.
images/icones/neutre.gif  ( 809152 )"La mystique de l'égalisation". par le torrentiel (2016-07-20 10:23:32) 
[en réponse à 808939]

Cher Scrutator,

Je me permets quelques remarques à propos de cette nouvelle synthèse. Des remarques se situant dans le même esprit que celles de mon message précédent.


1. Tout d'abord, Est-ce que la "mystique de l'égalisation" n'est pas à l'œuvre dans la définition même du dogme (ou des relations entre les Personnes ayant uunité de substance) de la Trinité?

J'avoue avoir découvert cela récemment en me plongeant dans le De trinitate de Saint Augustin. Quelle insistance met le Père et le docteur de l'Église à prouver l'égalité entre les personnes divines au sein de la Trinité, malgré la génération du Fils issu du Père?


2. La vie mystique a pour objet l'Union à Dieu dans l'imitation de la vie divine. Le chrétien se sent porté à imiter la vie divine pour entrer dans la vie trinitaire, et il cherche à imiter les relations qui existent au sein de cette divine Société.


Bien sûr, il y a bonne et mauvaise imitation, saine ou malsaine, imitation ou singerie. Celle qui se produit de la société des hommes à la société divine a toutes les chances d'être une singerie,

D'autant que, si Joseph de Mestre ne connaissait pas l'Homme et ne connaissait que des hommes, la société humaine ne connaît pas les hommes, elle ne connaît que l'Homme. Elle est un substrat humain. , qui rend l'homme lointain à lui-même. Elle est aussi une alliance de seconde zone, qui substitue à l'Alliance de Dieu avec les hommes l'alliance (société vient de socius, allié) des hommes entre eux.


3. Orla société des hommes a opéré une transposition trinitaire en important la "mystique de l'égalisation" dans les droits de l'homme. Où Liberté est le Père, Égalité est le fils et Fraternité (entre Liberté et Egalité, Amour entre le Père et le Fils) est l'Esprit.

Si Égalité est le Fils et si c'est le Fils Qui nous sauve, il importe au plus haut point de promouvoir la mystique de l'égalisation comme une christification dans l'optique de la divinisation future.


4. J'ajouterai à cette transposition trinitaire une chose que j'ai découverte hier sur le site d'Henry de Lesquen (le seul article vraiment intéressant que j'y ai trouvé, excetpion faite de l'a réflexion de Karl Schmitt sur l'Etat de droit, les autres étant ce qu'on dit et comme on sait).

Cet article est intitulé "Les sources de la mauvaise conscience".

H. de Lesquen reprend sans le citer le projet de la deuxième dissertation de Nietzsche dans La généalogie de la morale et essaie de moderniser cette question, ou se borne à dire ce qu'il en est dans le contexte moderne.


Reprenant François-Georges Dreyfus, il montre comment le socialisme se rend indisponible à toute spiritualité authentique, par la transposition qu'il opère des vertus théologales au bénéfice de la société, où la foi se transforme en idéologie, l'espérance en utopie et la charité en lutte des classes.


5. - Dernière transposition que j'ai repérée et qui ne me paraît pas suffisamment étudiée (j'ai essayé, mais je m'y suis perdu) : la psychologie est la science promue par la société pour permettre à l'homme de se connaître. Étymologiquement, ce devrait être la science de l'âme, mais c'est seulement la science de l'esprit, et la science de l'esprit de l'homme, qui étudie les techniques par lesquelles l'esprit de l'homme réagit aux traumatismes et aux blessures qu'il a subis, et s'insère existentiellement dans son histoire et dans sa généalogie.


-La société fait croire que la spiritualité est la science de l'esprit et que la psychologie est celle de l'âme et l'Église lui emboîte le pas. . La société a intérêt à opérer ce transfert parce que la psychologie, science de l'esprit, la rejoint, elle qui ne rencontre pas l'homme, mais seulement l'esprit de l'homme.


-La société veut faire l'unité des hommes en les reliant d'esprit à esprit. Mais elle n'assume pas leur corps à corps. La catégorie qui incarne le corps politique est le peuple. Mais la société a très peur de l'incarnation populaire, qu'elle appelle le populisme en le frappant d'infamie.


En vous remerciant d'avoir stimulé ma réflexion,

le torrentiel
images/icones/neutre.gif  ( 808947 )Mgr Fellay ne vous a-t-il pas répondu ... ? par John DALY (2016-07-16 17:46:08) 
[en réponse à 808933]

Cher Scrutator,

Le nouveau texte qu'Ennemond porte à notre connaissance ne laisse-t-il pas comprendre clairement qu'autre chose est réfuter, autre chose combattre ? Et que la FSSPX ne se propose pas principalement comme finalité la réfutation, propre à satisfaire les exigences académiques, mais plutôt un combat mené par les actes propres et immédiats du sacerdoce ?

Comme vous, je souhaite ardemment que cette œuvre de réfutation s'accomplisse et que Dieu daigne soulever parmi nous des guerriers de la plume capable de trancher autant de nouvelles têtes que l'Hydre moderniste arborera. Mais rien ne prouve que tel ou tel institut soit appelé à accomplir ce rôle qui exige certainement de rares compétences. Car en effet mieux vaudrait ne pas entreprendre ce genre d'analyse que de la bâcler.

D'ailleurs c'est un fait, il me semble, si nous regardons les hérésies du passé, que les hommes savants qui les réfutaient n'étaient pas toujours les mêmes qui en détruisaient le plus efficacement l'influence néfaste.

Cela dit il me semble qu'étant donné le nombre des prêtres et des fidèles de la FSSPX on aurait pu espérer voir naître de ses rangs une élite intellectuelle qui pour la plupart continue à faire défaut. Mais la première œuvre de cette élite devrait être l'analyse toujours plus rigoureuse de la crise elle-même qui appelle l'existence d'un corps prêtres "indépendant", obligé de protéger les fidèles principalement contre les erreurs répandues par l'unanimité morale d'une hiérarchie qui se prétend Catholique. L'énormité de ce paradoxe se conjugue plus péniblement chaque année avec les garanties divines. La principale force du Léviathan actuel se trouve non pas dans le menu détail de ses erreurs chaque jour évoluant mais dans le fait d'être en apparence assis dans la chaire de Moïse.

images/icones/neutre.gif  ( 809160 )Pascendi est un merveilleux précis de mentalité religieuse par le torrentiel (2016-07-20 11:45:21) 
[en réponse à 808947]

et n'a rien empêché, mais elle a tout décrit.


C'est en la lisant que j'ai découvert que j'étais moderniste sans le savoir, alors que j'avais toujours trouvé cette catégorie indigente (comme "le politiquement correct" sur lequel je n'ai pas changé d'avis), jusqu'à ce que je fasse mienne l'explication qu'en donnait Yves-Marie Adeline dans Le pouvoir légitime: le modernisme est à relier, non pas à la modernité, mais à la subjectivité et à son "modus", qui devient la mesure de croyances millénaires, y compris le dépôt de la foi, en quoi il y a bien eu une révolution moderniste.


Saint Pie X a très bien montré que "l'immanence vitale" était capable de produire des formulations et des propositions religieuses, non pas en fonction de l'objectivité d'un "proposé à croire" résumant le dépôt de la foi, mais en fonction du besoin de croire qu'avait le peuple de Dieu, le "sensus fidei" devenant un "sensus religiosus".


Dès lors, il faut rappeler que, dans l'entretien accordé par François à la "civilita catholica", et où il indiquait à la revue jésuite quel serait l'esprit de son pontificat, le pape proposait un transfert de l'infaillibilité pontificale de sa personne au "sensus fidei" du peuple de Dieu, moins instance de contrôle de la conformité doctrinale qu'instance permettant de favoriser le développement interne du dogme en fonction des besoins de croire du peuple de Dieu: je ne crois pas beaucoup forcer la pensée du pape.


On peut légitimement se demander si la libre appréciation laissée à la créativité spirituel du peuple de Dieu et à sa capacité de sécréter ses propres croyances est un développement interne du dogme ou une trahison de celui-ci. Les traditionalistes penchent pour la seconde hypothèse. En lisant "Pascendi", j'ai compris pourquoi ils m'intéressaient. Ils m'expliquent d'où je viens.


Et ils sont fondés à dire qu'on leur a changé la religion, ou qu'ils ne peuvent se reconnaître dans une Église qui avait réalisé le modernisme pourtant condamné par un pape, preuve que le magistère évolue en théorie ou en pratique. Ils sont même fondés à se demander s'ils peuvent réintégrer la pleine communion d'une Église qui n'a peut-être plus la même foi qu'eux. ET si le combat est si rude entre les traditionalistes et la majorité de l'Église (ou "l'Église bolchévique" dont je fais partie), c'est que celle-ci ne veut pas affronter la question que lui renvoient les traditionalistes: a-t-on changé la religion et, si oui, avait-on le droit de le faire?


Je verserai encore deux idées à ce message.


-Comment comprendre que la créativité spirituelle amenée par le modernisme, ou la liquéfaction des relations du croyant avec un dieu liquide (certains d'entre vous diraient "la liquidation de la foi") soit alée de paire avec un assèchement théologique, déconnectant si bien "le Jésus de l'histoire" du "Christ de la foi", malgré l'interdiction de saint Pie X de faire cette distinction, que les historiens seraient des témoins plus fiables de la véracité des Paroles du Christ que les évangélistes qui les ont compilées ou que ceux qui les ont reçues par tradition orale? (C'est également vrai de l'exégèse de l'Ancien Testament).

La théologie issue du modernisme n'est pas beaucoup plus attirante qu'un catéchisme positiviste. y a-t-il un lien entre l'assèchement de la théologie par la science et l'humidification de la foi par un recours à l'immanence vitale?


-Chaque fois que j'ai conseillé la lecture de "Pascendi" à tel de mes amis prêtres lettré, je me suis aperçu qu'il ne connaissait pas l'encyclique et que sa lecture le rebutait. Comment expliquer la conspiration du silence qui entoure "Pascendi", alors même que cette encyclique permet d'observer comment la résistance à un phénomène bien décrit ne permet pas de l'endiguer, et permet aux croyants d'hier et d'aujourd'hui de se conaître ? Les prêtres que rebute la lecture de "Pascendi" savent-ils seulement que cette encyclique leur faisait un devoir de prêter un "serment antimoderniste"? Quand, par qui et pourquoi cette prestation de serment a-t-elle été abrogée?
images/icones/1e.gif  ( 809108 )vous pointez une vraie question mais... par Luc Perrin (2016-07-19 13:08:00) 
[en réponse à 808933]

a) doit-on ranger Maritain parmi les "modernistes" ? Sûrement pas sauf peut-être pour une variante particulière de type "autre-phile"telle que vous en parlez pour les années 1970-1973.
Pour l'essentiel de son oeuvre, il est aux antipodes y compris dans le Paysan de la Garonne qui date de 1966.
Quant à Journet, il suffit de taper son nom pour comprendre que le "modernisme maritanien" imaginé lui est entièrement étranger.

b) vous postulez une différence radicale entre le modernisme originel 1900-1930 et ses adeptes actuels. La différence est-elle si nette ?

- on peut relever que la décision de 1993 de la Commission biblique pontificale introduisant une conception si laxiste de l'herméneutique qu'elle permet quasiment tout sauf la compréhension fondamentaliste nous ramène bien à l'épicentre exégétique du modernisme de Loisy

- la relativisation absolue de la "doctrine" au profit de la "pastorale" participe à 100% de la thèse de Loisy quant à la relativité historique des dogmes : pour Loisy le dogme est périssable. C'est bien ce qu'on entend aujourd'hui : est-ce husserlien ? Je l'ignore : loisyste certainement.

- Loisy est un traditionaliste perverti et fou, ne l'oublions pas. Pour lui le christianisme est vide mais la structure Église est tout. N'est-ce pas aussi ce à quoi tendent les néos de nos jours ?

- Loisy voit comme but suprême des religions et spécialement du catholicisme une amélioration de l'humanité : au-delà même du MASDU cher à l'abbé de Nantes. N'est-ce pas encore la tendance à ne voir dans la foi qu'une morale écologique de développement durable à échelle de gouvernance mondiale ? Quant à la Via crucis, chère à NSJC à Luther et à la Bible, elle devient le douillet confort du fauteuil catholique occidental avec repose-pied et distributeur de pop-corn et soda devant KTO-bisounours seul programme en boucle ?

N'est-ce pas là encore un arrière-plan de "religion sympa" qui est "vendu" de nos jours dans nos paroisses et jusqu'à Rome ?

Bref en grattant à peine dessous les discours actuels répandus dans nos Eglises occidentales, il n'est pas difficile de retrouver (repeints je vous l'accorde) les fondamentaux du loisysme.

ps. j'oubliais Loisy est un adepte au départ du catholicisme libéral et le reste : il prône la laïcité et une version "kémaliste" du rapport Eglise-Etat issue du vieux gallicanisme. Il y a on le sait une adulation de la séparation chez nos modernes de 2016, de la séparation comme "en soi"(le Maritain de 1936 est bien plus prudent dans ses formulations). Même s'ils y mettent "les libertés comme en Belgique" à la façon du Lamennais de 1830-1834.

images/icones/bravo.gif  ( 809130 )Merci beaucoup par Peregrinus (2016-07-19 19:37:11) 
[en réponse à 809108]

Merci beaucoup pour les rappels très opportuns que vous faites dans votre message.
Que pensez-vous de la subsistance du pseudo-surnaturalisme d'inspiration blondélienne, tout de même entamé par les attaques de Pascendi contre la méthode d'immanence, mais dont se réclament encore aujourd'hui même des prêtres qui sur d'autres points sont relativement conservateurs et orthodoxes ?

Peregrinus
images/icones/hein.gif  ( 809172 )loisy, un traditionaliste par F. de T. (2016-07-20 14:54:48) 
[en réponse à 809108]

J’ai cherché des éléments concernant cette affirmation et j’ai trouvé ceci dans « Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste » Par Emile Poulat :

Si je puis me permettre de résumer son intéressant paradoxe à propos de Loisy. Celui-ci s’est fait le champion du dogme de l’Eglise face à Harnack e en 1902

Jacques Duquesne aurait dû avant tout commenter la célèbre petite phrase de Loisy dans son petit livre rouge de 1902, l’Evangile et l’Eglise » : Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Eglise qui est venue ». De lui à elle, le langage a nécessairement changé, pour bien des raisons. …… Faut-il donc s’étonner de ne pas trouver l’expression « péché originel » dans les évangiles et en déduire qu’il s’agit d’une invention tardive ? J Duquesne, appuyé par Jean Delumeau, n’en doute pas. ….Si l’on raye ainsi d’un trait de plume tout ce qui ne se trouve pas à la lettre dans la bouche du Jésus des Evangiles, il ne restera rien du dogme chrétien tel qu’il a été progressivement défini par les conciles et la papauté avec la plus grande solennité : « que soit anathème celui dont la foi rejette ces propositions ! » C’est supprimer la tradition catholique et tout le développement doctrinal : ce que Loisy, dans l’Evangile et l’Eglise (1902), opposait à l’Essence du christianisme (1900) de Harnack.



puis, tout en voulant réfuter le Jésus de Renan (la mode du moment) tombe dans le modernisme (en voulant trop bien faire ?)


Loisy, lui aussi, pensa d’abord réfuter Renan, avant de défendre l’ « exégèse historique » contre l’ « exégèse dogmatique ». La situation était pourtant déjà beaucoup plus complexe : les exégètes « progressistes (dont le P. Lagrange, dominicain, reste le grand nom) s’opposaient aux exégètes « modernistes » derrière Loisy, lui-même hostile aux exégètes « rationalistes », tandis que les exégètes « conservateurs » combattaient tout ce qui s’écartait de la tradition catholique.



provoquant l’inverse du résultat qu’il se proposait : il précipite ainsi l'exégèse dans la crise


De la Vie de Jésus (1863) d’Ernest Renan, on a ainsi glissé au Jésus (1994) de Jacques Duquesne, par une pente peut-être naturelle, mais avec cette rupture de pente – « une chute du Niagara » - dont la personne d’Alfred Loisy resteront le dramatique symbole.



En voulant trop répondre aux aspirations du moment (préoccupation historico-critique), Loisy et les modernistes condamnent le biblisme au nom de leur vérité. Leur exégèse leur apparait comme très ouverte alors qu’après coup elle apparaît comme « close ». Le P. Lagrange plus humble et plus exigeant intellectuellement, a su trouver une voie féconde.




Le biblisme a beaucoup apporté à la connaissance et à la compréhension du corpus biblique. Celui-ci peut et doit être objet de science, mais les Livres saints n’ont pas été écrits d’abord à cet effet. Aucune science n’en épuisera la lecture, n’en fixera le sens, n’en dictera l’interprétation. La méthode historico-critique s’était persuadée qu’elle détenait la clef du « sens littéral », essentiel et premier, sans vraiment s’interroger sur les arcanes de cette expression. L’arrivée des nouvelles méthodes aura au moins montré la vanité de cette illusion et les dangers de cette prétention. Rien ne serait plus instructif qu’une étude historique des variations au cours des siècles chrétiens de ce que nous appelons le « sens littéral ».




De l’exégèse close, on passe ainsi à l’herméneutique ouverte, renouant avec la grande tradition patristique et médiévale, fondée – le P. de Lubac l’a rappelé avec une érudition impressionnante- sur une typologie des quatre sens majeurs de l’Ecriture. C’est la nature même de celle-ci qui, en amont de toute exigence doctrinale, de toute définition orthodoxe et de toute étude savante, appelle cette polysémie.

images/icones/neutre.gif  ( 809187 )errata par F. de T. (2016-07-20 17:56:05) 
[en réponse à 809172]

loisy ne condamne pas le biblisme (puisqu'il en fait parti de ce mouvement) mais cherche à imposer son interprétation du texte à l'exclusion des autres pourtant intéressant. (même s'il est indispensable de partir sur un travail d'interprétation littérale pour commencer.

l'auteur pense que le modernisme n'est pas dépassé mais qu'il s'est généralisé sous des formes douces :

je ne donne pas cher de cette religion qui évolue ainsi sans penser, en humant l'air du temps et les dernières nouvelles



il parle du Jésus de Jacques Duchesne dont il précise pourtant le travail énorme de documentation nécessité par le livre.

Je pense qu'Emile Poulat est mort à temps, il aurait été assommé par le nouveau pontificat.
images/icones/neutre.gif  ( 809151 )"L'inclusivisme périphériste" par le torrentiel (2016-07-20 09:23:44) 
[en réponse à 808933]

Cher Scrutator,

Dieu, que cette synthèse du courant dominant dans l'Eglise de François, est bien trouvée!


François pousse l'"inclusivisme périphériste" jusqu'à la caricature.


On peut néanmoins préciser d'où viennent ces tendances dans le christianisme. Selon moi, il est un peu pauvre de dire qu'il vient d'"idées chrétiennes devenues folles".


1. Tout d'abord, le christianisme est par nature "inclusiviste" parce qu'il est récapitulatif. Si "tout est récapitulé dans le Christ" qui "attire tout à Lui", pourquoi ne pas faire entrer les périphéries dans l'orbite de Celui dont l'attraction n'a pas forcément besoin d'être plus consciente que ne l'est Son identification aux pauvres et aux petits dans Mathieu XXV?


D'où la tendance du christianisme à sauver les gens malgré eux.


2. Le christianisme est naturellement "altérophile". Par "naturellement", j'entends que c'est sa pente naturelle. Celle-ci vient de l'injonction du christ à nous aimer les uns les autres, que les chrétiens interprètent de manière extensive, vers l'extérieur (au détriment de l'intériorité de l'amour fraternel au sein de la communauté), universelle, catholique (avec ou sans déviance de l'universalisme).


Mais l'"altérophilie" cherche aussi à prévenir la surprise de l'identification divine à ceux que l'on ne savait pas.

Si "le Moi divin du Christ", c'est l'autre, autant courir après l'autre avec empressement pour ne pas être pris en défaut. L'Evangile est plein du risque que les chrétiens se perdent alors qu'ils avaient cru servir le Seigneur, Qui pourra leur dire: "Je ne te connais pas", "Tu ne m'as pas reconnu", "tu t'es trompé, "tu n'es qu'un serviteur inutile"."


La course après l'autre est une recherche de sécurité dans le salut et une tentative de prévenir le risque de se perdre de bone foi.


3. Nous sommes inclusivistes par paresse intellectuelle et à titre préventif, en espérant que ceux que nous aurons sauvés malgré eux plaideront pour nous dans le Royaume des cieux. Notre altérophilie est aussi paresseuse, et le raisonement suivant, que nous déroulons sans le savoir, en marque la déviance:

-Le Christ a dit qu'Il n'était pas venu pour les bien-portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs. Ayant rencontré le Christ, le chrétien incline à penser qu'il est justifié et guéri. Il est juste et bien-portant, il n'a donc plus besoin de la médecine du christ. Il doit la prodiguer à d'autres qui en ont plus besoin que lui.

-L'autre est toujours un malade qui s'ignore. Un malade et un damné. Heureusement que le chrétien est là pour le connecter au Sauveur! (Notre altérophilie débridée cache donc un mépris de l'autre qui n'est digne, ni de lui, ni de la charité.)

-La charité doit être empressée et pleine de délicatesse. Or il est délicat (et indélicat) de dire à un malade qu'il est malade. Donc on le lui tait par délicatesse.

-L'Evangile ne cessant de nous réserver des surprises, il est possible que le malade ne soit pas celui que l'on croit, mais nous-mêmes, avec notre poutre dans les yeux. De plus, le médecin Jésus dit qu'Il devient volontairement pour nous l'autre malade. Il ne nous demande pas de soigner le malade, mais seulement de le "visiter". Aussi nous sentons-nous toutes les raisons de taire sa maladie au présumé malade, et de l'inclure au bénéfice de la cure christique qu'est le salut des âmes.


Coment sortir de là? Est-il possible d'identifier en quoi, à chaque étape, ce raisonnement dévie et pèche? L'Evangile ne cessant de renverser la sécurité intérieure du serviteur inutile constament bousculé, de prévenir notre conscience contre les apparences trompeuses, de l'avertir que le processus important est caché, de favoriser "la découverte de l'inconscient"...?

Je ne suis plus très sûr de la citation, mais Jung ne disait-il pas que "Dieu est l'inconscient?"
images/icones/1n.gif  ( 808949 )Comme dirait Monseigneur Lefebvre! par Miserere (2016-07-16 18:25:13) 
[en réponse à 808922]

Ces gens qui dirigent Rome sont schismatiques, il n'y a pas de dialogue avec eux.

La FSSPX représente la négation pour eux,alors pourquoi nous reconnaitre?

Vont-ils avouer que le combat de Monseigneur Lefebvre était légitime?

Attention à la carotte!
images/icones/rose.gif  ( 808959 )carotte oui mais le bâton ? par Luc Perrin (2016-07-16 19:10:52) 
[en réponse à 808949]

Ce n'est point la carotte, excellent légume conseillé par tous les diététiciens et qui peut se cuisiner de diverses façons, qu'il faut craindre Miserere.
Mais bien plutôt le bâton qui pourrait suivre par volpisation de la Prélature nouvelle. La maladie volpique est redoutable car elle anémie toute bonne plante traditionnelle une fois inoculée.

Peut-être avant de déguster la carotte est-il judicieux de goûter à d'autres légumes produits par le Potager pontifical comme cette excellente roquette mise sur le marché, certes périssable au bout d'un an, pour l'Année de la Miséricorde ... on cheminerait ainsi graduellement en rassemblant tous les éléments nécessaires à une bonne soupe de légumes alla vaticana.

images/icones/bravo.gif  ( 808962 )Bravo Maître! par Miserere (2016-07-16 19:51:34) 
[en réponse à 808959]


Maintenant je comprend pourquoi Monseigneur Fellay va manger à Sainte Marthe,c'est pour la soupe.

Rome a donné de mauvais fruits avec le Concile et avec le temps ils deviennent des légumes.
images/icones/1i.gif  ( 809011 )Questionnement par Chris (2016-07-17 22:13:12) 
[en réponse à 808922]

A la lecture de ce communiqué , j'ai l'impression que la structure ou solution canonique n'est vraiment pas pour demain
La FSSPX ne recherche au premier chef la régularisation, elle attend le retour de Rome à la Tradition
Et c'est pas avec le Pape François qu'on va y aller
Plus le temps passe et plus le fossé se creuse
Moi je dis tout net.une occasion se présentait avec Benoit XVIqui avait d'ailleurs réussi à faire signer Mgr Lefebvre en Mai 1988 (le fameux et regretté protocole d'accord)
images/icones/fleche3.gif  ( 809018 )Vos conclusions sont hâtives par Ennemond (2016-07-17 23:06:20) 
[en réponse à 809011]

Nulle part le problème de la régularisation n'est abordé. A fortiori il n'est pas conditionné à la réappropriation pleine et entière de la Tradition par Rome, objectif que tous nous devrions espérer in fine. Celui-ci sera-t-il atteint avec une Fraternité régularisée ou une Fraternité non régularisée ? C'est la Providence qui le décidera. Ce qui est certain, c'est que nul ne peut mettre le pouvoir de lier et de délier à la poubelle si Rome n'impose pas d'exigence contraignante en matière de foi.
images/icones/1n.gif  ( 809021 )Bravo Ennemond! par Miserere (2016-07-17 23:44:38) 
[en réponse à 809018]


Vous voila raisonnable.
images/icones/bravo.gif  ( 809056 )Et bien au contraire... par Jacques (2016-07-18 12:09:27) 
[en réponse à 809018]

... comme beaucoup ici je pense que la régularisation se rapproche à très grands pas. Quelque soient les raisons secrètes ou affichées du Pape, nous ne pouvons que nous réjouir, car finalement aujourd'hui il ne manque plus que l'enveloppe:

- Les excommunications ont été levées,
- Les prêtres ont "officiellement" le pouvoir de confesser,
- Rome reconnaît à demi mot les ordinations de cette année, ou du moins n'a pas émis d'opposition, ce qui n'est évidemment pas anodin parce que bien évidemment ces nouveaux prêtres vont eux mêmes pouvoir confesser.

L'essentiel est là, reste maintenant à donner un cadre juridique clair à cette situation. Je le redis, mais je pense que c'est un bienfait pour l'Eglise que de voir rentrer l'enfant fougueux, à qui nous devons tant! Certes la FSSPX devra faire preuve de diplomatie à certains moments, mais elle va tellement apporter à l'Eglise dans cette période si difficile...

images/icones/1w.gif  ( 809067 )Régularisation = juridiction officielle = mouvement d'Eglise par PEB (2016-07-18 18:36:07) 
[en réponse à 809056]

La régularisation ne doit pas être vue comme la conclusion du dialogue mais plutôt comme le commencement d'un long chemin. Que veut dire ce gros mot de "régularisation" sinon la simple reconnaissance de la Fraternité comme mouvement d'Eglise légitime. C'est ès qualités que la Fraternité pourra prêcher l’Évangile selon son charisme propre et grandir paisiblement.

Je vois bien une perspective: Mgr Fellay catéchisant les jeunes aux JMJ: dont certains n'ont jamais entendu parler de saint Pie X! Le bon accueil des habitués, la bonté des prêtres et la qualité roborative des nourritures spirituelles feront le reste. J'imagine aussi le prieuré de Saint-Nicolas-du-Chardonnet érigé soit en paroisse personnelle, soit en vicariat spécial de la paroisse Saint-Séverin-Saint-Nicolas (avec reconnaissance immédiate et rétroactive des registres de catholicité).

Mais ce n'est que le début de l'aventure. Absolument pas une fin en soi mais un moyen d'évangélisation. Ayant recouvré le plein droit ce cité, j'entend déjà une voix s'élever d'au milieu de l’aréopage. Car la Fraternité a sans doute une dimension éminemment prophétique: tel un Jérémie qui bousculait les mauvaises habitudes d'une élite sacerdotale indigne de son service.
images/icones/1y.gif  ( 809077 )vous rêvez ? par Chris (2016-07-19 00:24:45) 
[en réponse à 809067]

La Fraternité pourra grandir paisiblement
Si c'est pas ironique regardez les difficultés des apostolats Ecclesia Dei ou meme des groupes qui demandent encore l'application du Motu Propio de 2007..ce sera tout sauf paisible même en cas de Prélature personnelle
images/icones/1b.gif  ( 809125 )Mais il faut rêver! par PEB (2016-07-19 17:44:12) 
[en réponse à 809077]

Si l'on n'ose imaginer comment la Fraternité pourrait être accueillie comme mouvement d'Eglise et reconnue comme telle, alors l'idée même de "réintégration" dans le grand troupeau n'a pas de sens.

La Fraternité pourrait et, sans doute, devrait participer selon son charisme et orientations propres à la grande et petite vie de l'Eglise. J'ai donc évoqué la dimension apostolique de la mission de la Fraternité (avec la prédication par ses évêques) mais aussi la vie paroissiale en bonne intelligence avec le clergé local. C'est pour cela que ces deux signes de la paroisse ou quasi-paroisse personnelle et de la catéchèse aux JMJ (avec grands'messes pontificales dans de larges basiliques!) seraient les signes éclatants de la réconciliation de l'Unique Eglise du Christ.

Si cela arrivait, l'Esprit-Saint comblerait la Fraternité de toute grâce nécessaire afin d'être à la hauteur de l’événement. Cela ne voudrait pas dire non plus que la lutte serait terminée. Au contraire: le combat ne ferait que commencer!