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images/icones/neutre.gif  ( 806483 )Mgr Lefebvre : "si un Évêque rompt avec Rome ce ne sera pas moi" ! par jl d'André (2016-06-09 11:53:10) 

Lettre ouverte à l'abbé de Nantes

Cher Monsieur l’Abbé,
Vous reconnaîtrez, je pense, que ce n’est pas moi qui ai souhaité que nous échangions des lettres qui deviennent publiques. Je vous l’ai déjà écrit. Les débats de ce genre ne font qu’affaiblir les forces spirituelles dont nous avons besoin pour combattre l’erreur et l’hérésie.
L’indélicatesse de votre procédé est telle que je serais demeuré silencieux si vous n’aviez pas dans vos deux dernières publications écrit des articles très insidieux et pouvant me causer préjudice.
Le premier avait trait à la rupture, estimée par vous souhaitable, d’un Évêque avec Rome. Sans doute aucune allusion explicite n’était faite. Cependant dans les lignes qui suivaient vous citiez mon nom à l’occasion du pèlerinage du Credo.
Les lecteurs peu avertis ont immédiatement fait le rapprochement entre celui que vous nommiez et les lignes qui précédaient. Ce procédé est odieux. Sachez que si un Évêque rompt avec Rome ce ne sera pas moi. Ma « Déclaration » le dit assez explicitement et fortement.
Et c’est à son propos que je dois vous dire aussi mon entier désaccord avec les commentaires que vous y avez joints dans votre dernier numéro, qui expriment ce que vous souhaitez, ce que vous voudriez y voir, mais non ce qui est.
Nous pensons que lorsque l’Apôtre Paul a adressé des reproches à Pierre il a gardé et même manifesté envers le chef de l’Église l’affection et le respect qui lui sont dus. Saint Paul était, en même temps, « avec » Pierre chef de l’Église qui au Concile de Jérusalem avait donné des prescriptions claires, et « contre » Pierre qui dans la pratique agissait à l’opposé de ses propres instructions. Ne sommes-nous pas tentés d’éprouver ces sentiments aujourd’hui, en maintes occasions ? Mais cela ne nous autorise pas à mépriser le successeur de Pierre, et doit nous inciter à prier pour lui avec une ferveur toujours plus grande.
Avec le Pape Paul VI nous dénonçons le néo modernisme, l’auto-démolition de l’Église, la fumée de Satan dans l’Église et en conséquence nous refusons de coopérer à la destruction de l’Église par la propagation du modernisme et du protestantisme en entrant dans les réformes qui en sont inspirées même si elles nous viennent de Rome.
Comme j’ai eu l’occasion de le dire récemment à Rome à propos du Concile Vatican II : le Libéralisme a été condamné pendant un siècle et demi par l’Église. Il est entré dans l’Église à la faveur du Concile. L’Église se meurt des conséquences pratiques de ce libéralisme. Nous devons donc tout faire pour aider l’Église et ceux qui la gouvernent à se dégager de cette emprise satanique.
Voilà le sens de ma « Déclaration ».
Quant à vos illogismes et au fait que vous ne m’ayez pas rencontré à Écône, je n’en parlerai pas, ce sont des vétilles à côté du problème capital que je viens d’évoquer.
Veuillez agréer, cher Monsieur l’Abbé, mes sentiments respectueux et cordialement dévoués in Christo et Maria.


Marcel Lefebvre,
le 19 mars 1975
en la fête de saint Joseph.

Je me permet de rappeler cette lettre ouverte de Mgr Lefebvre à l'abbé de Nantes, car ainsi qu'il le précise lui-même cela précise le sens réel de sa "déclaration".
Pendant longtemps on a rappelé cette lettre pour réfuter tous les progressistes qui prétendaient voir une quelconque rupture avec Rome dans l'attitude de Mgr Lefebvre.
La rupture s'est donc faite contre la volonté de Mgr Lefebvre, et c'est abusivement que l'on se réclame de lui pour refuser qu'il y soit mit fin !
images/icones/bravo.gif  ( 806486 )Bien sûr par Candidus (2016-06-09 12:06:25) 
[en réponse à 806483]

Refuser par principe une reconnaissance c’est désavouer Mgr Lefebvre qui a :

- demandé et obtenu une reconnaissance canonique pour son oeuvre,
- déploré le retrait matériel de cette reconnaissance,
- réclamé inlassablement la correction de ce qu'il considérait comme une injustice.

Toutes les citations de Mgr Lefebvre que l'on peut opposer à cette réalité ne sont que des réactions épidermiques toujours contredites ultérieurement dès lors qu'il jugeait que la possibilité d'une régularisation se présentait, jusqu'au jour évidemment où la mort est venue mettre un terme aux flux et reflux de ses relations romaines à un moment où elles étaient au plus bas.

Rappelons au passage la déclaration écrite de Mgr Williamson, actuel chef de file de la Résistance, fin 1987 - après donc le “scandale" d’Assise - :

« Prions pour la Fraternité ! Prions en particulier pour le cardinal Gagnon qui revient aujourd’hui au séminaire de la Fraternité en Suisse, après avoir terminé sa visite d’un mois dans les maisons de la Fraternité en Suisse, en France et en Allemagne. Prions pour lui, lorsqu’il rédigera son rapport sur la Fraternité à l’intention du Saint-Père, afin qu’il présente la vérité de telle sorte qu’il gagne l’approbation du pape. Prions pour le pape pour qu’il puisse faire ce qu’il devrait clairement faire : donner la juridiction et un statut à la Fraternité, laquelle le mérite entièrement. Ceci est absolument nécessaire pour le bien de l’Église universelle, sans parler de la Fraternité. »
images/icones/fleche2.gif  ( 806496 )Et si on arrêtait... par Romanus (2016-06-09 14:26:34) 
[en réponse à 806486]

Je ne saurais nier l'intérêt des citations de ce fil mais la possibilité d'accords ou de l'acceptation d'une reconnaissance unilatérale relève de la prudence, dans le contexte d'aujourd'hui.
Malgré leur intérêt, les citations qui datent de 20 ans n'apportent rien au débat. Les anti ou les pros accords ont beau jeu d'avancer ces textes. Ils en ont autant à avancer les uns que les autres, pour accréditer leur thèse.
Et il est préférable de demander au Saint Esprit d'éclairer les autorités et nos cerveaux défaillants plutôt que de demander à Mgr Lefebvre ce qu'il a conseillé il y a vingt ans.

Certains ont l'air tellement pressés d'obtenir un accord, presque à tout prix, que ça en devient inquiétant. D'autres refusent jusqu'à l'acceptation d'une reconnaissance sans contrepartie, et développent ainsi une mentalité schismatique.

Restons calmes, prions et demandons la Prudence.
images/icones/bravo.gif  ( 806507 )Oui je suis d'accord par Jacques (2016-06-09 16:44:30) 
[en réponse à 806496]

Je pense en effet que tous ces textes, aussi pertinents puissent-ils êtres ont été écrits dans un contexte bien différent. Entre les deux de l'eau a coulé sous les ponts, les bases ne sont plus les mêmes.

Ce que je crois, c'est que nous nous devons d'aimer l'Eglise (soit-dit en passant c'est ce qui est dit dans ce texte), et qu'il faut prier pour l'unité: c'est d'ailleurs un des axes majeurs du discours sacerdotal dans l'Evangile de St Jean.

Et puis nous simple quidam, qui sommes nous pour décider à la place des évêques et même du Pape (quoique l'on puisse en penser d'ailleurs).

Je retiendrai une chose dans cette lettre ouverte, c'est que d'étaler nos batailles sur la place publique est la pire des choses, et cela Mgr LEFEBVRE le dit très bien
images/icones/salutscout.gif  ( 806522 )Pas si sûr ! par jl d'André (2016-06-09 21:32:38) 
[en réponse à 806496]

Tout d'abord cette lettre ouverte est bien plus qu'un conseil donné à une certaine époque, c'est la définition d'une ligne de conduite.
C'est la fameuse ligne de crête sur laquelle devait se tenir la FSSPX, évitant aussi bien toute forme de ralliement que toute rupture avec Rome.
Il y a trois ans paraissait un livre entier composé de citations tronquées de mgr Lefebvre laissant entendre qu'il refusait le principe même de toute accord avec Rome. Et c'est la recension de ce livre par les autorités de la FSSPX qui a déclenché la révolte des "résistants" sous le prétexte de la tentative d'accord avorté qui avait eu lieu 9 mois plus tôt et ne les avait fait que peu réagir à l'époque.
images/icones/salutscout.gif  ( 806526 )Pas si sûr non plus par Romanus (2016-06-09 22:05:07) 
[en réponse à 806522]

Le texte que vous citiez n'est pas la définition d'une ligne de conduite, c'est juste une réponse à l'abbé de Nantes, qui l'encourageait à une rupture violente. Qu'on le veuille ou non, au moment des sacres, il y a quand même une certaine rupture, certes rendue nécessaire, précisément dans le contexte de l'époque.
Quoiqu'il en soit, nous sommes d'accord je pense.
La vertu de Prudence impose, avant de poser une action, de consulter. Il est donc louable de chercher dans le passé et dans les écrits de nos prédécesseurs les principes qui guidaient leur action. Ce que voulais juste dire, c'est que personne ne sera convaincu par telle ou telle citation. Notre devoir maintenant, après avoir consulté les exemples passés, c'est de réfléchir sur ce que nous devons faire, nous-mêmes aujourd'hui.
Beaucoup trouvent une certaine incohérence dans les déclarations de Mgr Lefebvre. Ce n'est pas mon cas. Chaque fois qu'on les replacent dans le contexte dans lequel elles furent prononcées, elles sont parfaitement cohérentes.
Et je crois comme vous qu'il n'aurait jamais pu refuser une reconnaissance sans contrepartie parce que je ne vois pas, parmi tous les principes qu'il a enseignés, lequel il aurait pu utiliser pour justifier une telle rupture. Mais en réalité, il n'est plus là et ce qu'il aurait fait ou non importe désormais assez peu.
C'est nous qui sommes face au problème d'aujourd'hui, qui devons demander les grâces nécessaires et qui rendrons compte de notre choix.

Romanus
images/icones/1n.gif  ( 806534 )Oui! par Miserere (2016-06-09 23:05:44) 
[en réponse à 806526]

Pourtant le choix est simple, il suffit juste de choisir le bien de notre âme.

Ils me font rire ceux qui prennent des citations de Monseigneur Lefebvre à droite et à gauche pour appuyer leurs pensées.

Ce qui compte c'est ce que Monseigneur a fait pour sauver le sacerdoce et son exemple à travers la FSSPX.

Il n'a pas voulu une rupture avec la Rome Antique,siège de Saint-Pierre mais il a bien pris ses distances avec la Rome moderniste.

Il ne faut pas oublier que l'abbé de Nantes était sédévacantiste.
images/icones/1n.gif  ( 806538 )Pardon ? par XA (2016-06-09 23:38:18) 
[en réponse à 806534]

Vous pouvez développez votre dernière assertion ?

XA
images/icones/1d.gif  ( 806541 )L'abbé de Nantes sédévacantiste !!!! par Candidus (2016-06-10 00:29:48) 
[en réponse à 806534]

Il doit se retourner dans sa tombe le pauvre abbé.

Les nouvelles messes en paroisses auxquelles il envoyait ses fidèles assister, vous croyez qu'elles n'étaient pas Una Cum ?
images/icones/fleche3.gif  ( 806544 )l'abbé de Nantes par jejomau (2016-06-10 07:14:59) 
[en réponse à 806534]

c'était la CRC surtout... Vous devez confondre
images/icones/fleche2.gif  ( 806560 )Il n'y a qu'une seule Église par Romanus (2016-06-10 10:35:50) 
[en réponse à 806534]

Mgr Lefebvre n'a jamais rompu avec l'Eglise, fut-elle occupée par des modernistes. Il a été mis à la porte (suspens) parce qu'il demandait à faire l'expérience de la Tradition et que les conditions qu'on lui imposaient n'étaient pas acceptables.
Il a ensuite été excommunié, après avoir fait le maximum pour un accord avec Rome, parce qu'il fut contraint de procéder à des sacres, sans lesquels la Tradition aurait disparu.
A chaque fois, Dieu lui a fait comprendre sa volonté : faire autre chose que ce qu'il a fait aurait été trahir son combat pour l'Eglise.

Pour vous, on a l'impression qu'il existe deux Églises. Ce n'était pas son cas, même si l'expression d'Eglise moderniste a pu être utilisée.
En outre, l'abbé de Nantes a pu être attaqué pour beaucoup de choses mais certainement pas pour sedevacantisme.

Romanus
images/icones/neutre.gif  ( 806613 )Non, l'abbé de Nantes n'était pas sédévacantiste ! c'est d'ailleurs là tout l'intérêt de cette lettre par jl d'André (2016-06-10 15:33:12) 
[en réponse à 806534]

L'abbé de Nantes n'était pas sédévacantiste !
Suspens a divinis dans le diocèse de Troyes il s'abstint effectivement toujours de célébrer dans ce diocèse. Et pourtant sa suspens fut tout aussi illégitime que celle de Mgr Lefebvre.
Plus tard, lorsque Mgr Lefebvre fut illégitimement condamné par Rome, l'abbé de Nantes lui reprocha de ne pas s'être soumis, allant même jusqu'à le traiter de schismatique.
Donc l'abbé de Nantes n'et pas sédévacantiste et c'est ce qui fait tout l'intérêt de cette lettre ouverte de Mgr Lefebvre à l'abbé de Nantes.
Certain s'imaginent que "la ligne de crête" définissant la ligne de conduite fixée par Mgr Lefebvre à la FSSPX consisterait seulement à rejeter l'hérésie et le schisme, à rejeter les dérives conciliaires et le sédévacantisme. C'est bien plus que cela :
D'un coté, il s'agit de rejeter non seulement les dérives conciliaires, mais toute compromission avec elles, tout obstacle à les dénoncer comme elles le méritent.
De l'autre il s'agit de rejeter non seulement le sédévacantisme, mais toute forme de rupture volontaire avec Rome, même pour qui en reconnaîtrait l'autorité théorique.
images/icones/5a.gif  ( 806641 )Effectivement! par Miserere (2016-06-10 18:18:47) 
[en réponse à 806613]

Aujourd’hui un ami m'a fait l'historique de l'abbé de Nantes, il n'était pas sédévacantiste.

Désolé pour l'erreur!
images/icones/fleche3.gif  ( 806678 )l'abbé sédévacantiste de Nantes par Alain M (2016-06-10 22:33:13) 
[en réponse à 806613]

Notre ami Miserere aura plus simplement confondu l'abbé Guépin, de Nantes, avec l’abbé Georges de Nantes. Le premier est non una cum tandis que le second ne s'est jamais caché d'adhérer à la thèse sedepleiniste.
images/icones/1a.gif  ( 806687 )Merci Alain! par Miserere (2016-06-11 08:18:11) 
[en réponse à 806678]


C'est exactement ça!
images/icones/neutre.gif  ( 806692 )Il n'y a pas de confusion possible ! par jl d'André (2016-06-11 09:38:14) 
[en réponse à 806678]

Outre la différence de génération (l'abbé Guépin n'était pas encore entré au séminaire que l'abbé de Nantes dirigeait déjà depuis des années la CRC), dans le cas de l'abbé Georges de Nantes, "de Nantes" est son nom, tandis que pour l'abbé Guépin, son nom est "Guépin" et "Nantes" seulement le lieu où il officie.
images/icones/iphone.jpg  ( 806681 )Je ne vois pas en quoi... par Paul Reveriche (2016-06-10 23:29:36) 
[en réponse à 806613]

Une reconnaissance canonique viendrait empêcher de s'exprimer librement.
images/icones/salutscout.gif  ( 806803 )Vous avez parfaitement raison ! par jl d'André (2016-06-13 12:53:43) 
[en réponse à 806681]

Et c'est la raison pour laquelle Mgr Lefebvre n'a jamais refusé par principe une reconnaissance canonique qu'il appelait au contraire de ses vœux.
Et si les différentes tentatives de reconnaissance canonique ont finalement échoué, ce fut toujours parce que les conditions exigées en contrepartie de cette reconnaissance canonique étaient inacceptables.