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images/icones/croix_byzantine.png  ( 805785 )La prégnance du sacre royal dans les pensées de Jeanne par Francis Dallais (2016-05-30 18:44:27) 

En ce jour de la fête liturgique de sainte Jeanne d'Arc, n'est-il pas important de rappeler ce que fut l'essence de sa mission, à l'heure de tant de récupérations indues ?
C'est pourquoi, je vous livre, chers liseurs, quelques réflexions sur le sujet.
Ecce unxit te Dominus super haereditatem suam (I Reg. X, 1)
Voici que le Seigneur t’a oint comme chef de son peuple

La prégnance du sacre royal dans les pensées de Jeanne est un fait si remarquable pour qu’il ne faille pas y chercher un sens. François Garivel en a été si marqué que tant d’années après les entretiens de Poitiers, il fasse cette remarque : « Quand on demandait à Jeanne pourquoi elle appelait le roi : dauphin, et non roi, elle disait qu’elle ne l’appellerait pas roi jusqu’à ce qu’il ait été couronné et sacré à Reims, dans la ville où elle était décidé à le conduire.»
En réalité, le sacre dans la pensée johannique révèle l’objet adéquat de sa mission qui fut de rappeler au monde, entre les feux croisés des royaumes d’Angleterre et de France, qu’il y a une Politique surnaturelle dominant les pouvoirs terrestres. A son époque comme à la période moderne, cette vérité dérange car le droit chrétien sonne toujours un peu durement aux oreilles des Princes et même des Chefs des Républiques.

« L’onction royale ne crée pas précisément le droit royal ; elle le suppose, écrit pertinemment le Père Clérissac. Elle n’est pas comme dans la tradition vétérotestamentaire le signe de la légitimité, car le prince qui la reçoit occupe déjà le trône, exerce la fonction souveraine, l’auctoritas. C’est le cas de Charles VII. « Ce n’est donc pas sur le droit humain que porte la réciprocité divine dans le pacte du sacre. Elle ne lui confère non plus, cela va sans dire, un caractère sacramentel, ni aucun droit divin, proprement dit. En vertu de la part qu’y prend l’Eglise, il est autre chose qu’un prestige, mais une présomption plausible et un signe que celui qui le reçoit est agréé de Dieu, ne disons pas comme un élu sans défaut, ni avec ratification de tous ses actes passés, ni avec la garantie d’une durée indéfinie, mais comme un instrument, un mandataire de sa Providence surnaturelle. »

Maintenant considérons l'histoire de Jeanne elle-même.
L’histoire nous a appris que Charles avait eu raison d’écouter la jeune Vierge de Lorraine. Tout ce qu’elle avait annoncé a été accompli, ce qui lui fera dire au Roi Charles au retour du sacre, à Gien : « Messire, est exécuté le plaisir de Dieu ». Sa mission politique était terminée, sa Passion se préparait. Alors me revient en mémoire cette phrase de Jeanne : « J’eus cette volonté de croire ». L’initiative ne lui appartient pas, point de volonté propre en elle. Seul transparaît dans ses réponses à ceux qui l’interrogent le don total d’elle même pour répondre à l’appel de ses Voix. A l’écoute de la Parole du Christ, elle répond librement : « me voici ». ; cela en pure fille de la foi. Nous voilà interrogés, nous autres, par cette vie où tout est don, jusqu’au martyr de Rouen. Que nous soyons théologiens, homme de bonne volonté ou historien pourquoi ne pas faire halte un moment… pour contempler Jeanne en son mystère. Le pape Benoît XVI a dit le 26 janvier dernier que « l’un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l’expérience mystique et la mission politique ». En ces temps de désolation politique, nous devrions y penser.
Et voici que revient, encore et toujours, au travers l’épaisseur des siècles l’écho de la parole de Jeanne, si souvent répétée, en réponse à l’appel de l’Archange Michel, dans la chaleur de l’été 1425, dans le jardin paternel : « J’EUS CETTE VOLONTE DE CROIRE » et VOUS ?


images/icones/colombe2.png  ( 805786 )Sur la mission de Jeanne d'Arc par Jean-Paul PARFU (2016-05-30 18:48:57) 
[en réponse à 805785]

Vous avez raison. Vous pouvez également lire ceci
images/icones/neutre.gif  ( 805791 )Les rois vétérotestamentaires par Eti Lène (2016-05-30 20:17:46) 
[en réponse à 805785]


« L’onction royale ne crée pas précisément le droit royal ; elle le suppose, écrit pertinemment le Père Clérissac. Elle n’est pas comme dans la tradition vétérotestamentaire le signe de la légitimité, car le prince qui la reçoit occupe déjà le trône, exerce la fonction souveraine, l’auctoritas.



Merci monsieur pour cet élément intéressant.

Les rois sont advenues par la décadence des tribus d'Israël, car ne voulant pas se soumettre à Dieu, celles-ci ont préféré se soumettre aux rois. Or le joug des rois va s'avérer bien plus dur que celui de Dieu. "Mais le Seigneur dit à Samuel: "Ecoute la voix du peuple en tout ce qu'ils te disent; car ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté, mais moi, afin que je ne règne pas sur eux." (Ier livre des rois, VIII, 7)

C'est donc le peuple qui demande un roi en Israël, ce que Samuel ne souhaite pas au peuple pour cause de possible servitude (VIII, 9 à 18). Ce qui confirme ce que vous dites c'est que c'est bien Samuel qui sacre Saül, et non la vox populi comme les capétiens.

En effet on peut lire: "Samuel prit le petit vase d'huile et le répandit sur la tête de Saül, puis il le baisa et dit: Voilà que le Seigneur t'a oint comme prince sur son héritage, et tu délivreras son peuple de ses ennemis, qui sont autour de lui. Et ceci sera le signe que Dieu t'a oint comme prince." Samuel l'a fait alors qu'il était seul avec Saül.

Or Christ veut dire oint.

La similitude avec le Christ est telle dans ce récit qu'il n'est pas besoin de tout décrire, mais par exemple: Le père de Saül a deux ânesses perdues, que Saül retrouvera juste avant la proclamation de sa royauté par Samuel. Souvenez vous du dimanche des Rameaux où Notre Seigneur monte sur le petit d'une ânesse. Il est réputé que l'âne est têtu. Les pères de l'Eglise interprètent ce passage du dimanche des Rameaux comme le bon Dieu qui devient roi des hommes en montant sur les gentils, alors que la vieille ânesse est délaissée. Mais en fait ici les deux sont bien perdues, il s'agit bien de tous les hommes, et c'est là un signe de la fin du monde. Il est choisi dans la tribu de Benjamin qui était le plus jeune ou le plus petit mais c'est en fait lui qui devient le plus grand.

Pourquoi cette théocratie n'est plus possible dans le Nouveau Testament? C'est à mon seul avis que:
-La nouvelle loi étant celle de la charité et non celle du sang, il est légitime que l'éclat des vertus permette l'accession à la plus haute fonction de la charité (le politique est la fonction la plus haute de la charité selon Saint Thomas d'Aquin).
-La nation d'Israël étant la seule à croire au vrai Dieu, il fallait éviter que le roi ne soit choisi que par l'éclat de la puissance, et non par l'éclat des vertus. Or la loi sans la charité accomplie par le Christ ne pouvait pas montrer ce qui était bon aux yeux du peuple. Cette faiblesse était donc à combler par la théocratie.
-Le bon Dieu nous a laissé les armes pour assurer que les plates-bandes entre le spirituel et le temporel ne se chevauchent pas même si dans l'histoire, les exemples ne manquent pas d'empiètement unilatéral ou mutuel; ces armes sont une nouvelle fois la charité absolue qui permet le don total des personnes en renonçant au mariage, et qui permet aussi que les hommes christianisés vont pouvoir assurer la paix civile et donc moins centraliser le pouvoir en une seule main. La spécialisation permet une meilleure efficacité dans la sanctification des âmes, aussi bien par la paix civile que par les prêtres.
-Si Saül a pu être prêtre prophète et roi, c'était pour figurer ce que devait être le Christ. Mais comme le Christ est advenu il n'est plus nécessaire que cette "amas" de fonctions soit actuel. Car si un homme peut ressembler au Christ en ayant toutes ces fonctions, il aura du mal à éviter l'orgueil et de surcroît à gérer l'extraordinaire héritage laissé par le Père le Christ et le Consolateur, et communiquer à ses sujets cet héritage comme il se doit.
images/icones/1a.gif  ( 805803 )Les pensées de Jeanne ou les insondables desseins de Dieu par baudelairec2000 (2016-05-30 22:52:35) 
[en réponse à 805785]

Merci, cher Francis Dallais, de ces quelques réflexions sur Jeanne.

Il faut dire que l’exercice est loin d’être facile : Jeanne, personnage historique, acteur de la vie politique de son temps car héroïne de la légitimité royale, et, enfin, cas unique dans notre histoire d’un personnage hors du commun suscité par Dieu qui intervient, presque comme dans l’Ancien Testament, pour imposer sa volonté. Jeanne d’Arc ou le retour de l’Ancien Testament à l’ère de la Nouvelle Alliance : il y a là pour qui s’intéresse à l’histoire de la royauté en France un mystère.

Il faut dire que la chevauchée de Jeanne est un miracle. Pourquoi Dieu fait-il intervenir à la manière d’une des grandes figures de l’histoire du peuple hébreu une jeune fille pour sauver la France, pour tout simplement changer le cours de l’histoire? A quel danger veut-il la faire échapper ? Les Anglais ? Je n’en suis pas si sûr, trois siècles plus tard, elle succombera au venin des Lumières.

Deux remarques sur la citation du père Clérissac : 1/ Le sacre ne fait pas le roi ; l’onction, serais-je tenté de dire, le consacre, en ce sens où elle renforce sa légitimité aux yeux des éventuels compétiteurs – n’oublions pas que le sacre a aussi des origines on ne peut plus profanes, tel celui de Pépin le Bref, fondateur d’une nouvelle dynastie, sacré à deux reprises (751 et 754). C’est cet aspect que le père Clérissac a le tort, à mon avis, de méconnaître.

2/ Vous allez me dire que je chipote, mais parler d’ « autorité » à propos de la « fonction souveraine » du prince me paraît excessif pour ne pas dire inapproprié. C’est mon côté gélasien et carolingien qui ne peut s’empêcher de réagir. Il convient de réserver la notion d’auctoritas pour le pouvoir des évêques et celui du souverain pontife. Ce n’est pas vous que je persuaderai de la justesse de la distinction gélasienne des pouvoirs (toute fin du Ve siècle) :

« Il y a deux choses, empereur Auguste, par lesquelles ce monde est régi au titre du principat [car la dignité épiscopale comme le pouvoir des rois et de l’empereur est un principat, pouvoir d’un prince], l’autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer Jonas d’Orléans (années 829-930) dans les actes du concile de Paris : le « hic mundus » de Gélase est devenu l’ecclesia.

Titre du chapitre III : « Que le corps de cette même Eglise est divisée en ce qui regarde le principat en deux personnes [persona : personnalité, personnage] remarquables ».

« C’est pourquoi, au titre du principat, nous le savons, le corps de la sainte Eglise de Dieu, dans sa totalité, est divisé en deux personnes remarquables, à savoir la personne du prêtre [sacerdoce : prêtre ou évêque] et la personne du roi. »

Ainsi, Isidore de Séville l’avait déjà affirmé, la personne du prince est dans l’ecclesia ; l’Empire – carolingien – et l’Eglise coïncident, parce qu’à cette époque l’Empire est chrétien, non que l’Empire soit dans l’Eglise ou que l’Eglise soit dans l’Empire. A cette époque, le temporel comme tel apparaissait comme assumé dans le « Regnum Christi » qui était l’Ecclesia ou le « Corpus Christi » et l’autorité étatique devenait une fonction à l’intérieur de l’Ecclesia (intuition fondamentale du père Congar). « L’ecclesia, poursuit le dominicain, apparaissait comme inclusive par rapport à la société et composée de deux ordines (ordres) : l’un sacerdotal, voué aux choses divines, l’autre laïc, voué au temporel, non pour développer la création pour elle-même, mais pour y réaliser le règne de Dieu. »

Vous pourriez me dire que je m’éloigne du sujet ; je pense même être au cœur du sujet, car, voyez-vous, à l’époque où Dieu suscite Jeanne, l’Eglise est dans une situation déplorable, peut-être autant que le politique ; c’est que la réforme grégorienne a eu le temps de développer toutes ses conséquences, notamment la division du monde chrétien en deux sociétés devenues peu à peu étrangères l’une à l’autre, pour ne pas dire antagonistes. La querelle du Sacerdoce et de l’Empire, puis la lutte entre Boniface VIII et Philippe le Bel ont creusé un fossé entre d’une part l’Eglise institutionnelle et d’autre part le monde des laïcs, appelés, à forger un corps de doctrine qui devait les entraîner, au cours de leurs nombreuses confrontations avec le pouvoir spirituel, sur la voie du laïcisme et de la profanation.
*
Tristes siècles de la papauté d’Avignon, tristes siècles où les antipapes pullulent et où l’autorité des papes se voit contester par celle des conciles. Il me semble que Jeanne est un rayon de soleil dans ce monde terriblement enténébré des XIVe et XVe siècles, une chance que ni les uns ni les autres n’ont su saisir : une laïque inspirée par Dieu qui œuvre sur le plan politique et qui réconcilie un bref instant le spirituel et le politique. Et il faudra d’ailleurs attendre près de cinq siècles pour qu’un pape daigne la porter sur les autels.

Merci pour votre message
images/icones/1v.gif  ( 805804 )Et si on inversait la perspective ? par Babakoto (2016-05-30 23:42:50) 
[en réponse à 805785]

La mission de Jeanne, comme tout un chacun, était de sauver son âme. Pour se faire, il a fallu qu’elle aille au bout de sa capacité à sacrifier sa vie pour preuve de la totalité de son amour pour Dieu.

Pourquoi ne pas dire que Dieu s’est servi de ce fond politique pour que Jeanne puisse montrer à quelle magnificence son âme pouvait être portée?

La société civile, la nation, la politique, les états sont toujours au service d’un bien supérieur: le salut de notre âme. Non ?

Dieu a plié la France à sa volonté.

Pour Jeanne!

Pour nous aussi, si on le lui demande.
images/icones/1f.gif  ( 805812 )Perspective réductrice par Vianney (2016-05-31 08:53:34) 
[en réponse à 805804]

 
Bien sûr que sainte Jeanne d’Arc avait pour mission première, comme chacun de nous, de sauver son âme.

Mais Dieu n’avait pas seulement pour but de la donner en exemple aux générations futures. À moins évidemment de la traiter de menteuse, ce qui ferait d’elle un bien piètre exemple…

Au représentant du dauphin, elle déclare : “le royaume ne regarde pas le Dauphin, il regarde mon Seigneur ; cependant mon Seigneur veut que le Dauphin soit fait roi et qu’il tienne le royaume en commende.”

Au duc de Bourgogne : “Vous fais assavoir de par le roi du Ciel que tous ceux qui guerroient au dit saint royaume guerroient contre le roi Jésus, roi du ciel et de toute la terre”.

V.
 

images/icones/1n.gif  ( 805823 )N’élargissez pas trop non plus par Babakoto (2016-05-31 12:51:42) 
[en réponse à 805812]

D'accord avec vous mais sans aller trop loin.

Son royaume n’étant pas de ce monde, tout pouvoir venant de Dieu, il est de rois que Dieu choisit pour punir.

L'exemple de Saul cité plus haut en est un exemple.
images/icones/fleche2.gif  ( 805826 )Bien d’accord sur ce point... par Vianney (2016-05-31 14:00:17) 
[en réponse à 805823]


Son royaume n’étant pas de ce monde, tout pouvoir venant de Dieu, il est de rois que Dieu choisit pour punir.


Ça vaut même pour certains rois de France, qui ont constitué de véritables calamités. Et pour la plupart des dirigeants actuels, qui ont choisi d’obéir à Mammon plutôt qu’à Dieu...

“Ne pensez pas que les méchants soient en ce monde pour rien, et que Dieu ne tire d’eux aucun bien. Tout méchant vit pour se corriger ou pour exercer la vertu des bons.” (Saint Augustin.)

J’ai lu que même l’Antéchrist servira la cause de Dieu, en anéantissant tous les faux cultes (le sien excepté...).

V.