La politique dite de « ralliement » engagée par Léon XIII a suscité, dès l’origine, une controverse. Roberto de Mattei y voit un « projet pastoral » qui a échoué à l’époque mais qui se serait réalisé « avec le Concile Vatican II ». La thèse est plus que contestable. Ce n’est pas une démonstration qui s’appuierait sur des documents incontestables, c’est une affirmation née de présupposés idéologiques.
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La quatrième de couverture de l’ouvrage dit qu’il s’agit d’un « livre innovant et magistral, qui s’appuie sur les Archives secrètes du Vatican ». En réalité, les références à des documents tirés des Archives secrètes du Vatican (ASV) sont peu nombreuses, et à plusieurs reprises il s’agit de citations de seconde main.
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On est stupéfait par ailleurs que sur un sujet qui touche si directement à la politique française de l’époque, l’auteur n’ait pas consulté les archives diplomatiques françaises. Les rapports et les dépêches des ambassadeurs français près le Saint-Siège sont pourtant facilement consultables, au Centre des archives diplomatiques de La Courneuve ou au Centre des archives diplomatique de Nantes.
Le terme « Ralliement » n’a jamais été employé par Léon XIII. Il a été utilisé par ses partisans comme par ses adversaires, mais il ne correspondait pas à la pensée du Pape si on entend par « ralliement » le sens qu’on lui donne ordinairement : rejoindre une cause, un parti, un camp.
Léon XIII n’a pas demandé aux catholiques français de se rallier à la République, c’est-à-dire de devenir républicains. Il n’a pas non plus demandé aux catholiques d’adopter l’idéologie républicaine. Par trois encycliques successives, Diuturnum (1881), Immortale Dei (1885) et Libertas (1888), Léon XIII avait rappelé l’enseignement traditionnel de l’Église sur les fondements du pouvoir politique, les libertés publiques et la nature de la liberté humaine. Il était ainsi, pour la doctrine, dans la continuité de l’enseignement antirationaliste et antilibéral de son prédécesseur Pie IX.
Avec le Ralliement, la nouveauté est donc non pas dans les principes mais dans la politique menée ; non pas dans le constat qui est fait et dans le but qui est visé, mais dans les moyens employés pour atteindre ce but. Léon XIII demande aux catholiques français de s’organiser politiquement dans le cadre des institutions existantes en France à cette époque. « Il faut que les catholiques s’unissent sur le terrain légal pour défendre les idées conservatrices et de religion » disait-il.
Pie IX n’est plus. Léon XIII a reçu la mission de gouverner l’Église. Or les pontificats se succèdent, sans se ressembler : l’histoire est là pour le dire. Cette variété est un témoignage rendu à la divinité de l’Église, qui reste une quand même.
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Pie IX avait défendu le pouvoir temporel envers et contre tous. Léon XIII fit de son rétablissement le but de tous ses efforts. En attendant, la prudence lui commandait de maintenir avec un soin jaloux la représentation diplomatique, reste glorieux de sa souveraineté perdue. Son goût prononcé pour la diplomatie la lui rendait encore plus chère. Pie IX, qui voyait dans la plupart des gouvernements les adversaires de son droit, s’appuyait sur les évêques et le peuple fidèle, et les soutenait volontiers dans leurs revendications légitimes contre ces mêmes gouvernements. Tout autre fut la conduite de Léon XIII. Il ne pouvait rien sans le concours bienveillant des pouvoirs établis, puisque le maintien de la représentation diplomatique était un effet de leur bon plaisir. Il se vit donc obligé de les prendre tels qu’ils étaient au jour de son couronnement, sans se préoccuper de leur origine ou de leur légitimité.
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La politique de Pie IX ne pouvait donc être celle de Léon XIII. Les chefs de l’action catholique en France, les hommes de Pie IX seraient-ils les hommes de son successeur? Oh ! si la bonne volonté suffisait pour changer ainsi de tactique du jour au lendemain en face d’ennemis qui, eux, poursuivent la lutte, sans rien modifier, c’eût été chose facile. Mais, dans la pratique, ces évolutions déroutent trop les esprits. Il n’y avait donc pas à les espérer. Le changement imposait à ces vaillants de disparaître et d’attendre dans le silence l’issue de la lutte.
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Mgr Pie se rendit nettement compte de la situation. Il ne lui appartenait plus d’être le chef militant des catholiques français. Les circonstances l’avaient élevé à ce poste d’honneur. Il sut le quitter quand l’Évêque des évêques eut donné aux combattants un autre mot d’ordre.
Dom Besse o.s.b., Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale. Chiré, 2014, p. 129-131.