Le Forum Catholique
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( 804053 )
Cardinal Müller sur Amoris Laetitia par mike422 (2016-05-07 13:56:49)
Le Cardinal Müller a indiqué très clairement qu'Amoris Laetitia ne change en rien la position du Magistère sur la question de l'accès à la communion eucharistique des divorcés-remariés.
Par Edward Pentin
SOURCE : National Catholic Register
Le Cardinal Gerhard Müller a parlé publiquement pour la première fois à propos de l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia du Pape François en affirmant que le document n'ouvre pas la porte de la Sainte Communion aux divorcés remariés civilement contrairement aux affirmations du Cardinal Walter Kasper et d'autres.
Dans une conférence à un séminaire à Oviedo, en Espagne, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a souligné catégoriquement que le Magistère de l'Église s’applique encore dans ces passages d’Amoris Laetitia portant sur la pastorale des divorcés remariés.
Selon un article de mai 2 dans le journal Catholique allemand Die Tagespost, le Cardinal Müller a rappelé ce que le Saint Pape Jean-Paul II a enseigné à ce sujet dans son Exhortation apostolique Familiaris Consortio et aussi ce que Benoît XVI a écrit dans son Exhortation Sacramentum Caritatis. Conclusion : ça reste « inchangé ».
Jean-Paul II a souligné dans Familiaris Consortio que « pour l'amour de la vérité », les pasteurs sont « tenus de faire preuve de discernement attentif des situations ». Bien qu’ils devraient participer à la vie de l'Église autant que possible, il a affirmé au paragraphe 84 de Familiaris Consortio, la « pratique de l'Église, basée sur l'Écriture Sainte, de ne pas admettre à la Communion Eucharistique les personnes divorcées et remariées sauf « s’ils prennent l'engagement de vivre en complète continence ».
Au paragraphe 29 de Sacramentum Caritatis, Benoît XVI écrit que là « où des conditions objectives rendent de fait la vie commune irréversible » pour des Catholique divorcés et remariés, « l'Église encourage ces fidèles à s'engager à vivre leur relation selon les exigences de la Loi de Dieu, comme amis, comme frère et sœur». De cette façon, écrit-il, « ils pourront ainsi s'approcher de la table eucharistique » «soutenu par l'aide des pasteurs et par des initiatives ecclésiales appropriées ».
L'Église a toujours considéré un Catholique, qui n'a pas eu son premier mariage annulé mais qui s’engage dans des relations sexuelles avec un autre partenaire, être dans une relation adultère puisque le premier mariage reste indissoluble.
Le Cardinal Müller a fait valoir que si Amoris Laetitia voulait vraiment « annuler une telle discipline forte et profondément enracinée, il l’aurait alors clairement exprimé et aurait déclaré ses motifs ». Mais il a fait remarquer que le document ne contient « aucune déclaration à cet effet ».
« À aucun moment, le Pape a remis les arguments de ses prédécesseurs en question » a-t-il dit. Ces arguments, a-t-il ajouté, « ne sont pas basés sur la culpabilité subjective de ces frères et sœurs, mais sur la manière objective et visible de leur vie qui est opposée à la Parole du Christ. »
Le Cardinal Müller également abordé la question de la note 351 dans laquelle les Sacrements de la Pénitence et l'Eucharistie sont mentionnés dans le cadre de la pastorale des divorcés remariés. Certains ont lu cette note malicieusement comme donnant le feu vert pour admettre ces couples aux Sacrements.
Encore une fois, ce Cardinal préfet voit cela comme une description générale et non applicable à des cas spécifiques concernant les divorcés remariés. Si tel avait été le cas, a-t-il dit, alors un tel changement aurait été exprimé « concrètement ».
« Sans entrer dans les détails, il suffit de souligner que cette note renvoie à des situations objectives de péché en général, pas au cas par cas spécifique des divorcés remariés civilement parce que cette dernière situation a des caractéristiques spécifiques qui la distinguent des autres situations, » a dit le Cardinal Müller.
Les divorcés remariés, a-t-il ajouté, vivent en contraste avec le Sacrement du Mariage et conséquemment avec la Discipline des Sacrements. Pour cette raison, a-t-il dit, la note 351 « n’affecte pas l'ancienne discipline » et les normes de Familiaris consortio §84 et de Sacramentum Eucharistia §29 et leur application « restent valable dans tous les cas ».
En ce qui concerne les raisons qui expliquent l'attitude de l'Église face aux couples dans des relations « irrégulières », le chef doctrinal du Vatican a dit que personne ne peut vraiment vouloir recevoir l'Eucharistie « sans avoir en même temps la volonté de vivre selon les autres Sacrements, dont le Sacrement du Mariage est parmi ceux-ci ».
Il a également dit que celui qui vit le lien conjugal d'une manière contraire à l'enseignement de l'Église s’oppose aux signes visibles du Sacrement du Mariage et se montre matériellement en contradiction avec l'indissolubilité du mariage, même s’il n’est pas subjectivement en faute.
« Précisément, par conséquent, parce que sa vie matérielle donne un signe opposé, il ne peut pas appartenir au Signe Eucharistique le plus élevé dans lequel l'Amour incarné du Christ se manifeste en recevant la Sainte Communion ». Le Cardinal Müller a dit : « Si l'Église permettait la Sainte Communion a un divorcé remarié », a-t-il conclu, « l'Église commettrait l'acte que Thomas d'Aquin appelle « une fausseté dans les signes sacramentels sacrés » ».
Pendant ce temps, lors d'une présentation de son nouveau livre « Rapport sur l'espoir » à Madrid, en Espagne, cette semaine, le Cardinal Müller a confirmé le mariage et à l’« impossibilité » de changer cette doctrine claire, selon le site espagnol InfoCatólica, traduit par Maike Hickson sur le site One Peter Five.
« Il est impossible de vivre dans la grâce de Dieu tout en vivant dans une situation de péché » a-t-il dit, ajoutant que les personnes vivant dans le péché « ne peuvent pas recevoir la Sainte Communion qu'après avoir reçu l'absolution dans le Sacrement de Pénitence ».
Le Cardinal Müller a rappelé que « l'Église n'a pas le pouvoir de changer la Loi Divine » et que « pas même un Pape ni un Concile ne peuvent changer cela ». Il a également dit que c’est une « mauvaise interprétation » de l'Exhortation du Pape de dire qu’elle a été une cause de polémique. Il a dit que son propre livre est dédié au Pape.

( 804054 )
Pour lire correctement Amoris Laetitia par mike422 (2016-05-07 14:01:43)
[en réponse à 804053]
Instructions pour la lecture de l’exhortation post-synodale "Amoris lætitia"
par Angelo Bellon O.P.
La question la plus controversée, dans l’exhortation "Amoris lætitia", est celle qui concerne l’accès des divorcés remariés à la communion, qui n’est pourtant jamais expressément mentionnée.
Il faut noter que, surtout dans le chapitre 8, le langage employé est parfois très nuancé et qu’il peut se prêter à des jugements non seulement différents, mais carrément opposés entre eux.
C’est pourquoi, précisément à propos de ce chapitre, je souhaite communiquer quelques réflexions générales avant de procéder à un examen des expressions qui génèrent le plus de discussions.
CRITÈRES GÉNÉRAUX DE LECTURE
1. Le premier critère de lecture est celui de la perspective dans laquelle l’exhortation doit être lue, si l’on ne veut pas la déformer.
Cette perspective a été fournie par Jean-Paul II dans son encyclique "Veritatis splendor", en particulier dans la note n° 100 :
“Le développement de la doctrine morale de l’Église est semblable à celui de la doctrine de la foi. Les paroles qui ont été prononcées par Jean XXIII à l’occasion de l’ouverture du concile Vatican II (11 octobre 1962) s’appliquent également à la doctrine morale : 'Il faut que la doctrine chrétienne dans son intégralité, certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d’une manière qui réponde aux exigences de notre temps. En effet le dépôt même de la foi - autrement dit les vérités qui sont contenues dans notre vénérable doctrine - est une chose et la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée, en est une autre'”.
C’est donc ici que l’on trouve le principe herméneutique ou d’interprétation : les documents du magistère, y compris ceux qui sont relatifs à des questions de morale, doivent être interprétés selon l’herméneutique de la continuité et de l’approfondissement. Et non pas selon l’herméneutique de la discontinuité, de la rupture ou du tournant par rapport au magistère de toujours.
Le progrès de la doctrine morale de l’Église a lieu sous l’action du Saint-Esprit qui permet d’accéder graduellement à la connaissance de la vérité tout entière, sans jamais contredire ou renier le magistère précédent.
Il s’agit donc d’un progrès homogène et non pas dialectique.
2. Une fois établi ce préambule fondamental, il faut lire l’exhortation "Amoris lætitia" à la lumière du magistère précédent, parce qu’elle le continue et l’approfondit, ce qu’elle affirme du reste elle-même à plusieurs reprises, comme par exemple lorsqu’elle dit, au n° 79 :
“C’est pourquoi, tout en exprimant clairement la doctrine, il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition".
Puisque c’est surtout le chapitre 8 de l’exhortation qui a suscité les lectures les plus disparates et les plus contradictoires, il est nécessaire de dire que l’interprétation exacte, celle qui est indiquée par le magistère, est celle qui est donnée "in meliorem partem", si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est-à-dire dans la ligne de la continuité.
Ou, plutôt, seule cette lecture permet de comprendre le texte sans ambigüités et sans contradictions.
3. Voilà pourquoi la lecture "in meliorem partem" n’est pas confrontée à des objections qui lui barrent la route, tandis que, de son côté, celle qui est donnée "in pejorem partem", c’est-à-dire selon l’herméneutique de la rupture, ne conduit nulle part, mais au contraire elle se heurte à une myriade d’affirmations du magistère et elle se révèle peu concluante et erronée.
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351288?fr=y

( 804055 )
Comment bien interpréter certaines affirmations contenues dans Amoris Laetitia par mike422 (2016-05-07 14:08:08)
[en réponse à 804053]
Suite de:
Instructions pour la lecture de l’exhortation post-synodale "Amoris lætitia"
par Angelo Bellon O.P.
La question la plus controversée, dans l’exhortation "Amoris lætitia", est celle qui concerne
LA BONNE INTERPRÉTATION DE CERTAINES AFFIRMATIONS CONTENUES DANS "AMORIS LÆTITIA"
1. Le n° 302 de l’exhortation rappelle une grande variété de motifs qu’il faut avoir présents à l’esprit lorsque l’on évalue des cas individuels :
“En ce qui concerne ces conditionnements, le Catéchisme de l’Église catholique s’exprime clairement : «L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux». (n. 1735). Dans un autre paragraphe, il se réfère de nouveau aux circonstances qui atténuent la responsabilité morale et mentionne, dans une gamme variée, «l’immaturité affective, […] la force des habitudes contractées, […] l’état d’angoisse ou [d’] autres facteurs psychiques ou sociaux» (n. 2352). C’est pourquoi un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée. (Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration sur l’admissibilité des divorcés remariés à la communion, 24 juin 2000, 2)”.
Eh bien tous les motifs qui sont mentionnés sur cette liste permettent à un tribunal ecclésiastique d’émettre – et d’ailleurs il le fait déjà - un jugement déclarant nul le mariage qui avait été contracté.
Afin d’éviter que, au sein des communautés chrétiennes, l’on dise que l’absolution a été donnée à un divorcé remarié mais pas à un autre, ce qu’il y a de mieux à faire est de procéder avec ordre, c’est-à-dire de demander un jugement déclarant la nullité du mariage et éventuellement d’assainir à la racine l’union contractée civilement.
Cette manière de procéder est la première qui soit suggérée par le pape François dans la réforme de la procédure relative aux affaires de mariage. Cela d’autant plus qu’il a lui-même demandé que le jugement soit émis dans un délai d’un an au maximum, sans pertes de temps. C’est là la méthode la plus ordonnée et la plus sûre.
Au contraire, le fait de laisser toute l’affaire à l’appréciation, pas toujours éclairée, du curé ou du confesseur peut faire naître un sentiment d’insécurité et créer de la confusion et de la mauvaise humeur au sein des communautés. On pourrait facilement utiliser l’argument suivant : pourquoi dire oui à l’un et non à l’autre ?
2. Au n° 299 on lit :
“Les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale”.
On doit également garder toujours ce point en mémoire. Dans le cas où le prêtre donnerait l’absolution à un divorcé remarié ou à une personne qui vit en concubinage, il faut se rappeler que l’on ne peut recevoir la sainte communion que dans les endroits où l’on n’est pas connu comme divorcé remarié ou concubin. Si l’on agit autrement, on crée un scandale parmi les fidèles.
La déclaration du conseil pontifical pour les textes législatifs en date du 7 juillet 2000 sur l’admissibilité des divorcés remariés à la communion dit en effet ceci :
"Ne sont pas en situation de péché grave habituel les fidèles divorcés remariés qui, pour des raisons sérieuses, comme par exemple l’éducation des enfants, ne peuvent 'satisfaire à l’obligation de la séparation et s’engagent à vivre en pleine continence, c’est-à-dire à s’abstenir des actes propres aux conjoints' (Familiaris consortio, n° 84), et qui, sur la base d’une telle résolution, ont reçu le sacrement de la pénitence. Puisque le fait que ces fidèles ne vivent pas 'more uxorio' est en soi occulte, tandis que leur condition de divorcés remariés est en elle-même manifeste, ils ne pourront s’approcher de la communion eucharistique que 'remoto scandalo'".
"Remoto scandalo" signifie que l’on peut recevoir la communion de manière privée ou dans les endroits où l’on n’est pas connu en tant que divorcé remarié ou concubin, évitant ainsi de provoquer des jugements, de la confusion, de la perplexité et du scandale parmi les fidèles.
3. C’est également dans cette optique qu’il faut comprendre ce qui est écrit au n° 305 :
“À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, que l’on puisse aimer et que l’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations”.
Dans ces lignes l’exhortation réaffirme de manière implicite que, pour recevoir la sainte communion, il est nécessaire d’être dans la grâce de Dieu.
Il s’agit là d’une règle qui est non pas humaine mais divine, comme le rappelle la Sainte Écriture : “Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même et qu’il mange alors de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation s’il n’y discerne le corps du Seigneur. C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup de malades et que bon nombre sont morts” (1 Cor 11, 27-30).
4. On peut également citer ce qui est écrit dans la note 351, à propos de l'"aide de l’Église" pour ceux qui vivent dans la grâce tout en se trouvant "dans une situation objective de péché" :
“Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur' (Evangelii gaudium, 44). Je souligne également que l’Eucharistie 'n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles' (EG 47)”.
Ici le pape ne dit pas "tout court" de donner la sainte communion aux divorcés remariés.
Il prévoit que les personnes qui se sont repenties et qui vivent en état de grâce, c’est-à-dire sans avoir de relations adultérines ou de fornication, peuvent recevoir l’absolution et qu’elles peuvent prendre part à l’eucharistie, y compris en recevant la sainte communion, toujours 'remoto scandalo'.
5. Lorsque le pape dit que l’eucharistie "n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles", il affirme également une chose profondément vraie. Précisément parce que nous sommes tous faibles, même si nous vivons dans la grâce de Dieu, nous avons besoin de nous fortifier grâce à ce Pain pour nous soutenir sur le chemin qui conduit vers le Ciel.
Cependant il reste toujours vrai que les personnes qui sont mortes spirituellement, parce qu’elles sont en état de péché mortel, ont besoin, avant de se nourrir de manière salutaire de cet aliment, de ressusciter et de retrouver la vie surnaturelle à travers la confession, qui est définie par les saints Pères de l’Église comme un second baptême.
C’est pourquoi le sacrement propre aux personnes qui sont mortes spirituellement est la confession. On comprend ainsi de manière différente ce qu’a dit la Sainte Écriture : “Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement, aura à répondre du corps et du sang du Seigneur” (1 Cor 11, 27).
C’est pour cette raison que Jean-Paul II a affirmé dans l'encyclique "Ecclesia de Eucharistia", au n° 36 :
"Le même Apôtre rappelle ce devoir au fidèle par l'avertissement : 'Que chacun, donc, s'éprouve soi-même et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe' (1 Co 11, 28). Avec toute la force de son éloquence, saint Jean Chrysostome exhortait les fidèles : 'Moi aussi, j'élève la voix, je supplie, je prie et je vous supplie de ne pas vous approcher de cette table sainte avec une conscience souillée et corrompue. Une telle attitude en effet ne s'appellera jamais communion, même si nous recevions mille fois le corps du Seigneur, mais plutôt condamnation, tourment et accroissement des châtiments'. Dans cette même perspective, le Catéchisme de l'Église catholique affirme à juste titre : 'Celui qui est conscient d'un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d'accéder à la communion'. Je désire donc redire que demeure et demeurera toujours valable dans l'Église la norme par laquelle le concile de Trente a appliqué concrètement la sévère admonition de l'Apôtre Paul, en affirmant que, pour recevoir l'Eucharistie d’une manière digne, 'si quelqu'un est conscient d'être en état de péché mortel, il doit, auparavant, confesser ses péchés'".
6. Au n° 298 le pape reconnaît qu’il y a des “divorcés qui vivent une nouvelle union… consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de leur propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience que l’on commet de nouvelles fautes”, et qui "pour de graves motifs – comme, par exemple, l’éducation des enfants – ne peuvent pas remplir l’obligation de la séparation”.
Et, dans la note 329, il ajoute : “Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter ‘‘comme frère et sœur’’ que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité 'la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis'” (Gaudium et spes, 51)".
À propos de cette note qui a attiré l’attention beaucoup de gens il faut dire :
- premièrement : que le pape rappelle l’enseignement de "Familiaris consortio" qui demande que les divorcés remariés ne vivent pas "more uxorio" mais qu’ils vivent dans la chasteté, comme des amis ou comme frère et sœur ;
- deuxièmement : que le pape, même s’il fait référence à Vatican II qui parle d’intimité conjugale, ne parle ici que d’intimité. Il est clair, en effet, que, en tout cas, celle-ci ne serait pas conjugale, étant donné que les deux personnes dont il est question ne sont pas mari et femme.
- troisièmement : que le pape veut dire que, même dans le cas où les deux personnes “acceptent de vivre comme frère et sœur”, s’il arrive que parfois ils ne le fassent pas, il faut faire preuve de patience à leur égard et les exhorter à suivre les indications données par Paul VI dans l’encyclique 'Humanæ vitæ', n° 25 : "Et si le péché avait encore prise sur eux, qu'ils ne se découragent pas, mais qu'ils recourent avec une humble persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accordée dans le sacrement de pénitence".
Cela signifie comprendre "in meliorem partem". Donner une autre interprétation signifie que le sixième commandement, qui interdit les relations sexuelles entre personnes qui ne sont pas mariées ensemble, va connaître des exceptions.
En effet "Veritatis splendor" dit, au n° 52 : “Les préceptes négatifs de la loi naturelle sont universellement valables : ils obligent tous et chacun, toujours et en toute circonstance. En effet, ils interdisent une action déterminée semper et pro semper, sans exception, parce que le choix d'un tel comportement n'est en aucun cas compatible avec la bonté de la volonté de la personne qui agit, avec sa vocation à la vie avec Dieu et à la communion avec le prochain. Il est défendu à tous et toujours de transgresser des préceptes qui interdisent, à tous et à tout prix, d'offenser en quiconque et, avant tout, en soi-même la dignité personnelle commune à tous”.
7. Au n° 301 d’"Amoris lætitia", on lit :
“L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante”.
À vrai dire, ce qu’il "n’est plus possible de dire" n’a jamais été dit ni dans le magistère ni dans les manuels de théologie.
Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler la déclaration publiée par la congrégation pour le clergé, en date du 26 avril 1971, à propos de ce que l’on a appelé "l’affaire Washington" : “Les circonstances particulières qui accompagnent un acte humain objectivement mauvais, bien qu’elles ne puissent pas le transformer en un acte objectivement vertueux, peuvent en supprimer ou en réduire le caractère coupable ou rendre cet acte subjectivement justifiable”.
Le pape se réfère donc à quelque chose qui peut avoir été dit par tel ou tel prêtre. Nous trouvons ici le caractère d’exhortation de ce document et le ton familier du pape François. Prise en elle-même, la phrase ne correspond pas à la réalité, parce que cette chose n’a jamais été dite.
8. Dans le même ordre d’idées, on lit au n° 304 :
“Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain”.
Si on la lit de manière superficielle, cette affirmation paraît critiquer la morale qui a été enseignée jusqu’à présent.
Mais cela ne correspond pas non plus à la vérité, parce que l’on a toujours enseigné qu’il y a trois critères pour discerner la moralité d’un acte : l’objet de l’acte (finis operis), l’intention de l’acte (finis operantis) et les circonstances de l’acte.
Dans le cas présent, le pape se réfère donc à la manière d’agir de quelqu’un qui, sans prendre en considération le sujet et les circonstances, peut avoir jugé uniquement sur la base de la loi morale. Alors oui, c’est mesquin, ou plutôt c’est erroné.
9. Toujours au n° 301, le pape écrit :
“Saint Thomas d’Aquin reconnaissait déjà qu’une personne peut posséder la grâce et la charité, mais ne pas pouvoir bien exercer quelques vertus (Summa Theologiæ I-II, 65, 3, al. 2) en sorte que, même si elle a toutes les vertus morales infuses, elle ne manifeste pas clairement l’existence de l’une d’entre elles, car l’exercice extérieur de cette vertu est rendu difficile : « Quand on dit que des saints n’ont pas certaines vertus, c’est en tant qu’ils éprouvent de la difficulté dans les actes de ces vertus, […] mais ils n’en possèdent pas moins les habitus de toutes les vertus' (ibid., al. 3)”.
En réalité saint Thomas, après avoir dit que, en même temps que la grâce, les vertus morales sont également infuses, écrit : “Il arrive parfois, en raison d’une difficulté provenant de l’extérieur, que celui qui a un habitus éprouve de la difficulté à agir et, par suite, qu’il ne ressente pas de plaisir ni de complaisance dans l’acte. Ainsi, celui qui est en possession d’un habitus de science éprouve parfois de la difficulté à penser, à cause du sommeil qui l’envahit ou de quelque malaise. Pareillement les habitus des vertus morales infuses éprouvent parfois une difficulté à agir, à cause de dispositions contraires laissées par des actes précédents. C’est une difficulté qui n’arrive pas au même degré dans les vertus morales acquises, parce que l’exercice répété des actes qui les font acquérir fait disparaître même les dispositions contraires” (ibid., al. 2).
Et à l’al. 3 : “Quand on dit que des saints n'ont pas certaines vertus, c'est en tant qu'ils éprouvent de la difficulté dans les actes de ces vertus, pour la raison qu'on vient de dire, mais ils n'en possèdent pas moins les habitus de toutes les vertus”.
Eh bien ce que saint Thomas veut dire ici, c’est que certaines personnes pratiquent mal une vertu déterminée ou bien qu’elles ne la pratiquent pas du tout (par exemple : la dévotion ou le recueillement dans la prière) en raison des dispositions laissées par les actes précédents (par exemple : le fait d’être affligé ou contrarié à cause d’une mauvaise nouvelle ou d’une discussion importante. Alors, comme le montre l’expérience, on prie mal, avec peu de recueillement et beaucoup de distractions).
Mais une chose est de pratiquer mal une vertu ou de ne pas la pratiquer du tout, ce qui fait que l’on a peu de mérite ou que l’on n’en a aucun.
Une autre chose, en revanche, est de commettre un péché grave contraire à cette vertu. Lorsque l’on pèche, on démérite toujours et on offense le Seigneur.
En particulier, d’après saint Thomas, si un seul acte contraire à une vertu acquise ne fait pas perdre cette vertu, parce que cet acte est contraire à la vertu mais pas à l’habitus (c’est pourquoi, si quelqu’un s’enivre une fois, on ne peut pas dire qu’il a perdu la vertu de sobriété), la luxure ferait exception à ce principe : "Sed actu luxuriae castitas per se privatur” : Mais la chasteté est supprimée en elle-même par un acte de luxure (Summa Theologiæ in II sent., d. 42, q. 1, a. 2, ad 4).
Voilà pourquoi, en interprétant ce n° 301 de l’exhortation "in meliorem partem", on peut dire que les divorcés remariés, même s’ils vivent comme frère et sœur, parce qu’ils doivent rester ensemble du fait de la présence des enfants, ne pratiquent pas la chasteté de la meilleure manière.
Toutefois si, au moyen de ce texte, on voulait dire qu’ils vivent dans la grâce de Dieu même s’ils ont des relations sexuelles, ce serait complètement erroné, parce que c’est contraire non seulement à l’enseignement de saint Thomas, mais également à celui de Dieu et de l’Église.
*
Interprétés de cette manière, les points les plus brûlants de l’exhortation ne posent pas de problèmes. En revanche, si l’on en fait une lecture différente, il en résulte beaucoup de problèmes.
Enfin il faut prendre en considération le fait que toute cette exhortation baigne dans un climat d’accueil et de miséricorde. C’est le style que l’on a voulu lui donner.
Et il faut en tenir compte.
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351288?fr=y

( 804069 )
Il est quand même curieux que dans un document pontifical... par Donapaleu (2016-05-07 16:24:44)
[en réponse à 804055]
sensé clarifier la morale et confirmer la foi des fidèles on trouve des propositions entraînant 3 types de réactions différentes (de la part d'évêques, cardinaux et éminents théologiens...) :
1) Les règles morales ont changé c'est merveilleux ! (Mgrs Kasper, Schönborn...)
2) Les règles morales ont changé c'est dramatique ! (Mgr Schneider, R. Spaemann, R. de Mattei...)
3) Rien n'est changé, tout va très bien ! (Mgr Aillet...)
Vous remarquerez que la proposition 4 (Rien n'a changé c'est dramatique !) n'existe pas.
XA demande :
Depuis quand un document signé par le Souverain Pontife mérite-t-il autant de commentaires personnels ?
Peut être parce que les documents pontificaux antérieurs étaient moins ambigus, plus clairs !...

( 804073 )
Que dit le Cardinal Schönborn ? par mike422 (2016-05-07 18:36:21)
[en réponse à 804069]
D'abord, pourriez-vous m'indiquer où vous avez vu que le Cardinal Schönborn a dit que «les règles morales ont changé»?
J'ai lu la présentation faite par le Cardinal Schönborn d'Amoris Laetitia ainsi que ses réponses à plusieurs questions de journalistes. Je n'ai rien vu dans la ligne que ce que vous dites, bien au contraire.
Dans l'article suivant, les propos du Cardinal Schönborn sont à l'effet qu'il affirme que le Pape n'innove pas et qu'il n'y a aucune nouveauté dans Amoris Laetitia.
«The key passage comes in paragraph 84 of the document. A journalist asked: “Has anything in the entirety of those paragraphs changed? Does everything still stand as is?”
«“I don’t see why there should be a change,” said Cardinal Schönborn.
«“The Pope is not innovating,” the cardinal said. “There are no novelties in this document. But the cautious pastoral care tradition can help here.”»
Voir l'article complet sur:
http://www.catholicherald.co.uk/news/2016/04/08/cardinal-schonborn-pope-francis-follows-john-paul-iis-teaching-on-communion/

( 804080 )
Mettez le cardinal Schonborn par Donapaleu (2016-05-07 20:38:20)
[en réponse à 804073]
dans la catégorie 3 si vous voulez bien que certains propos ambigus de sa part durant le synode ne le permettent pas tout à fait. Forcément mes 3 cases sont un peu réductrices et caricaturales.
Ce que je voulais dire c'est qu'un document devant apporter la clarté semble apporter la confusion.
Ça c'est une nouveauté ! Auparavant c'étais la FSSPX qui critiquait les documents pontificaux ; la ligne de fracture s'est déplacée.

( 804091 )
réductions et caricatures par mike422 (2016-05-07 22:52:12)
[en réponse à 804080]
Je ne crois pas que les réductions, les simplifications et les caricatures soient à leur place dans une discussion théologique. Vous parlez tout de même d'un cardinal. Qui plus est un cardinal auquel le pape a référé pour la présentation correcte de son texte (au retour de Lesbos). Il me semble donc qu'il faut faire attention à ce que l'on dit lorsqu'on lui prête une position ou des paroles. On ne peut pas faire cela à la légère.

( 804074 )
Monsieur de Mattei par mike422 (2016-05-07 19:03:43)
[en réponse à 804069]
J’ai écouté l’entrevue que Monsieur Roberto de Mattei a accordée sur Amoris Laetitia.
Il affirme que Gaudium et Spes a mis sur le même pied les fins du mariage (même si, selon lui, ce texte peut être interprété selon une herméneutique de la continuité).»
Voici quelques extraits de Gaudium et Spes qui montrent que la fin principale du mariage est la procréation et l’éducation des enfants:
«Et c’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement.» no. 48
«Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l’éducation. D’ailleurs, les enfants sont le don le plus excellent du mariage…» no. 50
Même si Gaudium et Spes ne parle pas en termes de fin primaire et secondaire (afin d’utiliser un langage plus pastoral), la doctrine reste la même.
Le 17 mai 1985, le Cardinal Édouard Gagnon m’écrivait: «Le Concile Vatican II n’a pas employé l’expression « hiérarchie des fins » dans Gaudium et Spes parce qu’il s’agissait d’un document de caractère pastoral dans lequel les expressions techniques de spécialistes pouvaient être moins appropriées, mais non pas parce que le concept en lui-même était erroné».
Gaudium et Spes affirme que c’est «par sa nature même que le mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation…». Si l’amour conjugal est ordonné de par sa nature même à la procréation et à l’éducation des enfants, c’est donc qu’il y a une hiérarchie entre l’amour conjugal et les enfants. Et si l’amour conjugal est ordonné de par sa nature même aux enfants, c’est que la fin principale est l’éducation et la procréation des enfants.
Selon Roberto de Mattei, le no 80 d’Amoris Laetitia renverse l’ordre des fins du mariage (et cela, selon lui, il est impossible de le lire dans une herméneutique de la continuité).
Voici d’abord le no. 80 d’Amoris Laetitia:
80. Le mariage est en premier lieu une « communauté profonde de vie et d’amour »[80] qui constitue un bien pour les époux eux-mêmes,[81] et la sexualité « est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme ».[82] C’est pourquoi, « les époux auxquels Dieu n’a pas donné d’avoir des enfants, peuvent néanmoins avoir une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement ».[83] Cependant, cette union est ordonnée à la procréation « par sa nature même ».[84] En arrivant, l’enfant « ne vient pas de l’extérieur s’ajouter à l’amour mutuel des époux ; il surgit au cœur même de ce don mutuel, dont il est un fruit et un accomplissement ».[85] Il ne survient pas comme la fin d’un processus, mais plutôt il est présent dès le début de l’amour comme une caractéristique essentielle qui ne peut être niée sans mutiler l’amour même. Dès le départ, l’amour rejette toute tendance à s’enfermer sur lui-même, et s’ouvre à une fécondité qui le prolonge au-delà de sa propre existence. Donc, aucun acte génital des époux ne peut nier ce sens,[86] même si pour diverses raisons il ne peut pas toujours de fait engendrer une nouvelle vie.
Où, dans ce texte, le Pape renverse-t-il l’ordre des fins du mariage?
Le Pape ne fait que reprendre l’enseignement antérieur de l’Église (Gaudium et Spes, CEC, Code de droit canonique).
Il est entendu que la communauté d’amour de l’homme et de la femme est normalement antérieure aux enfants. Elle vient en premier lieu, en ce sens. Cette antériorité, dans le temps, ne signifie nullement que le bien que constitue cette communauté d’amour est la fin principale du mariage. Au numéro 80 d’Amoris Laetitia, Le Pape affirme d’ailleurs que l’union des époux est ordonnée de «par sa nature même» à la procréation. C’est donc l’enseignement de Gaudium et Spes que reprend ici le Pape François.
Je ne vois donc rien dans le no 80 d'Amortis Laetitia qui puisse nous faire dire que le Pape François renverse l'ordre des fins du mariage. Bien au contraire.

( 804077 )
[réponse] par mike422 (2016-05-07 20:07:50)
[en réponse à 804069]
Il est arrivé dans le passé que les propos d'un pape soient mal interprétés et que cela sème la confusion. Par exemple, à l'occasion de la publication de Lumière du monde de Benoit XVI, «ont été diffusées diverses interprétations erronées, qui ont semé la confusion au sujet de la position de l’Eglise catholique sur certaines questions de morale sexuelle.».
La Congrégation de la Foi, le 21 décembre 2010, a publié un document afin de mettre un frein à cette confusion.
«A l’occasion de la publication du livre d’entretiens de Benoît XVI, Lumière du monde, ont été diffusées diverses interprétations erronées, qui ont semé la confusion au sujet de la position de l’Eglise catholique sur certaines questions de morale sexuelle. La pensée du Pape a été souvent instrumentalisée à des fins et à des intérêts sans lien avec le sens de ses paroles, alors qu’elle se comprend très bien quand on lit dans leur intégralité les chapitres où il est fait allusion à la sexualité humaine. L’intention du Saint-Père est claire: retrouver la grandeur du dessein de Dieu sur la sexualité, en évitant sa banalisation aujourd’hui courante.»
Voir la suite du texte de la Congrégation sur:
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20101221_luce-del-mondo_fr.html
Ce sont les lectures "in pejorem partem" qui donnent lieu à des interprétations erronées et sèment la confusion.
« (...) la lecture "in meliorem partem" n’est pas confrontée à des objections qui lui barrent la route, tandis que, de son côté, celle qui est donnée "in pejorem partem", c’est-à-dire selon l’herméneutique de la rupture, ne conduit nulle part, mais au contraire elle se heurte à une myriade d’affirmations du magistère et elle se révèle peu concluante et erronée.»
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351288?fr=y
Le Christ à dit à Pierre: Pais mes brebis. (Jean 21,17).
Laissons-nous donc paître par Pierre ? Si Pierre juge que de mauvaises interprétations sèment la confusion, il fera bien ce qu'il faut pour chasser le brouillard. N'est-ce pas d'ailleurs ce que vient de faire le Cardinal Müller, de par sa fonction le plus proche collaborateur du Pape, en affirmant qu'il n'y avait aucune contradiction entre Amoris Laetitia et l'enseignement antérieur du Magistère?

( 804072 )
a priori ce document était fait pour Mr tout le monde par jejomau (2016-05-07 18:35:28)
[en réponse à 804055]
J'ai pris le temps de bien lire vos remarques sur ce document Synodal.
Tout de même, il est curieux que ce document soit ainsi fait qu'il soit si peu clair pour le quidam moyen.
Quand certains documents sont assez compliqués, on les adresse en général aux évêques.
Un exemple :
ICI ou encore :
LA concernant les divorcés-remariés.
Il est remarquable d'ailleurs que les documents à l'attention des évêques que je vous propose ci-dessus soient parfaitement lisibles et très clairs cette fois pour quiconque le lit .
Exemple :
Face aux nouvelles solutions pastorales mentionnés ci-dessus, cette Congrégation juge donc qu'elle a le devoir de rappeler la doctrine et la discipline de l'Eglise à ce sujet. Celle-ci, fidèle à la parole de Jésus-Christ, affirme qu'elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le mariage précédent l'était. Si les divorcés se sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu et, dès lors, ils ne peuvent pas accéder à la Communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation"
Et encore cet exemple très, très clair :
Le fidèle qui vit habituellement "more uxorio" avec une personne qui n'est pas sa femme légitime ou son mari légitime, ne peut accéder à la communion eucharistique. Si ce fidèle jugeait possible de le faire, les pasteurs et les confesseurs auraient, étant donné la gravité de la matière ainsi que les exigences du bien spirituel de la personne et du bien commun de l'Eglise, le grave devoir de l'avertir qu'un tel jugement de conscience est en opposition patente avec la doctrine de l'Eglise. Ils doivent aussi rappeler cette doctrine dans l'enseignement à tous les fidèles qui leur sont confiés.
Très étrange ce manque de clarté totale dans "Amoris lætitia" au point que certaines phrases doivent être ré-expliquées, non? Par ailleurs, est-ce que ces explications données partout par tel ou tel évêque ou cardinal se trouve annotées dans le document synodal en annexe ? Non. Et pourquoi donc ? Que retiendront les fidèles dans 50 ans en ouvrant ce genre de document synodal à la limite de l'hérésie ?

( 804086 )
les fidèles par mike422 (2016-05-07 22:24:05)
[en réponse à 804072]
Le fait qu'un document ecclésial s'adresse à tous les fidèles ne signifie pas que tous les fidèles comprendront tout le texte sans difficultés. Il y a évidemment des passages dans Amoris Laetitia, comme dans d'autres documents qui s'adressent à l'ensemble de fidèles, dont la compréhension requiert une certaine formation théologique et philosophique. Il faut de plus connaître minimalement certains principes de l'interprétation des textes ecclésiaux pour les comprendre correctement. C'est aux pasteurs d'expliquer aux fidèles les passages plus difficiles qu'ils doivent connaître.
Au numéro 7, le Pape indique également que certains lecteurs tireront davantage profit de la lecture de tel ou tel chapitre:
« Il est probable, par exemple, que les couples s’identifient plus avec les chapitres quatre et cinq, que les agents pastoraux soient intéressés surtout par le chapitre six, et que tous se sentent interpellés par le chapitre huit.»

( 804088 )
un texte initiatique ? par jejomau (2016-05-07 22:41:01)
[en réponse à 804086]
Au numéro 7, le Pape indique également que certains lecteurs tireront davantage profit de la lecture de tel ou tel chapitre

( 804064 )
Merci de votre texte, et des références à St Thomas par Glycéra (2016-05-07 15:30:01)
[en réponse à 804053]
Cela change en effet des lignes que nous avons eues...
Avec mes bonnes salutations
Glycéra

( 804089 )
Se laisser conduire par Pierre par mike422 (2016-05-07 22:44:23)
[en réponse à 804064]
Merci de votre commentaire!
Il y a sans doute, chez certains, un problème de docilité aux enseignement de l'Église. Voici ce que disait Pie XI, dans Casti Connubii, sur ce ce sujet:
Docilité aux enseignements de l'Eglise et obéissance à ses prescription.
«Cette conformité de l'union conjugale et des moeurs aux lois divines, sans laquelle aucune restauration efficace du mariage n'est possible, suppose que tous peuvent discerner, avec facilité, avec une pleine certitude, et sans aucun mélange d'erreur, quelles sont ces lois. Or, tout le monde voit à combien d'illusions on donnerait accès, et combien d'erreurs se mêleraient à la vérité, si on abandonnait à chacun le soin de découvrir ces lois à la seule lumière de la raison, ou s'il les fallait trouver moyennant l'interprétation privée de la vérité révélée. Cette considération vaut sans doute pour nombre d'autres vérités de l'ordre moral, mais son importance est extrême quand il s'agit de l'union conjugale où l'attrait de la volupté peut facilement s'emparer de la fragile nature humaine, la tromper et la séduire. Et cela d'autant plus que l'observation de la loi divine exige des conjoints des sacrifices parfois difficiles et prolongés, auxquels, l'expérience en témoigne, un homme faible oppose autant d'arguments qu'il lui en faut pour s'excuser de ne point observer la loi divine. Aussi, pour que ce ne soit pas une fiction ou une déformation de la loi divine, mais une vraie et authentique connaissance de cette loi qui éclaire les esprits et dirige les moeurs des hommes, il est nécessaire qu'à la dévotion. envers Dieu et au désir de le servir s'ajoute une filiale et humble obéissance envers l'Eglise. C'est, en effet, Notre-Seigneur lui-même qui a établi l'Église maîtresse de vérité, même en ce qui regarde la conduite et l'ordre des moeurs, bien qu'en cette matière beaucoup de choses ne soient pas, par elles-mêmes, inaccessibles à la raison humaine. Car si, pour les vérités naturelles de la religion et des moeurs, Dieu a joint la révélation à la lumière de la raison, afin que «même dans la condition présente du genre humain tous puissent connaître aisément, avec une certitude ferme et sans mélange d'erreur» (80) ce qui est juste et vrai, il a pareillement établi dans le même but, l'Eglise comme gardienne et maîtresse de toute la vérité, tant de la religion que des moeurs. Que les fidèles lui obéissent donc, pour prémunir leur intelligence contre l'erreur et leurs moeurs contre la corruption, et qu'ils lui soumettent leur esprit et leur âme. Si, d'ailleurs, ils ne veulent pas se priver eux-mêmes d'un secours accordé par Dieu avec une si grande bonté, ils doivent pratiquer cette obéissance non seulement à l'égard des définitions plus solennelles de l'Eglise, mais aussi, proportion gardée, à l'égard des autres constitutions et décrets qui proscrivent ou condamnent certaines opinions comme dangereuses ou mauvaises (81). En conséquence, dans les questions qui sont soulevées aujourd'hui par rapport au mariage, que les fidèles ne se fient pas trop à leur propre jugement, et qu'ils ne se laissent pas séduire par cette fausse liberté de la raison humaine que l'on appelle autonomie. Rien ne convient moins en effet à un chrétien digne de ce nom que de pousser l'orgueilleuse confiance en sa propre intelligence, jusqu'à refuser son assentiment aux vérités dont il n'aurait pu acquérir personnellement une connaissance directe; jusqu'à regarder l'Eglise, envoyée par Dieu cependant pour enseigner et régir toutes les nations, comme médiocrement informée des choses présentes et de leurs aspects actuels, ou même jusqu'à n'accorder son assentiment et son obéissance qu'aux définitions plus solennelles dont Nous avons parlé, comme si l'on pouvait prudemment penser que les autres décisions de l'Eglise sont entachées d'erreur ou qu'elles n'ont pas un fondement suffisant de vérité et d'honnêteté. C'est au contraire, le propre des vrais chrétiens, savants ou non, de se laisser gouverner et conduire, en tout ce qui concerne la foi et les moeurs, par la sainte Eglise de Dieu, par son suprême Pasteur, le Pontife romain, qui est lui-même dirigé par Notre-Seigneur Jésus-Christ.»
http://www.catho.org/9.php?d=csn#ce

( 804105 )
bah par jejomau (2016-05-08 09:13:47)
[en réponse à 804089]
en ce qui me concerne je n'ai aucun problème pour une raison simple. Formé au catéchisme des Traditionnalistes, je sais peu ou prou ce qu'il en est des grandes positions Magistérielles et je n'ai par conséquent pas besoin que le cardinal Müller me rappelle qu'un pape ne peut aller contre le Magistère de l'Eglise.
Je pense que c'est d'ailleurs la position de nombre de ceux qui interviennent sur ce forum
Mais posez-vous justement la question de savoir pourquoi le cardinal Müller s'est cru obligé de répéter cela.
Etait-il souhaitable par conséquent qu'un document pontifical soit si ambigu s'il en vient à égarer des âmes faibles du fait d'un manque de transmission de la Foi et de son enseignement dans la plupart des milieux chrétiens.... hormis ceux qui sont traditionnalistes (ou charismatiques )?

( 804111 )
lecture «in pejorem partem» par mike422 (2016-05-08 13:14:26)
[en réponse à 804105]
L’article cité du National Catholic Register rapporte que le cardinal Müller « a également dit que c’est une « mauvaise interprétation » de l'Exhortation du Pape de dire qu’elle a été une cause de polémique». C’est la lecture « in pejorem partem » qui conduit aux erreurs, à la confusion, à des polémiques inutiles.
Comme le dit le Père Angelo Bello, O.P., «seule la lecture «in meliorem partem » permet de comprendre le texte sans ambigüités et sans contradictions. »
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351288?fr=y

( 804122 )
Controverse par fidelis (2016-05-08 16:49:37)
[en réponse à 804111]
N'étant pas versé personnellement dans les grandes controverses théologiques, j'ai lu avec attention les interventions des uns et des autres. Et il me semble que les controverses, querelles et confusions viennent essentiellement des commentaires "pro domo" de ceux qui se veulent des "spécialistes". Une petite minorité (j'espère) de prélats ou théologiens que l'on appelait dans le temps "progressistes" s'efforcent de tordre la signification des termes d'Amoris Laetitia pour qu'ils aillent dans le sens de leurs fantasmes. Entrant quasiment dans leur jeu, les défenseurs de la doctrine et la morale pures et dures en rajoutent une couche, comme si c'étaient les "progressistes" qui avaient raison. Les uns et les autres surenchérissent pour faire dire (les uns en s'en félicitant, les autres en la vouant aux gémonies) à A.L. ce que le Pape n'a jamais voulu dire. Des autorités comme le Cal. Müller ou le Cal Shönborn cherchent à en persuader les fidèles de base ainsi que leurs pasteurs. La sagesse serait sans doute plutôt de suivre leur exemple plutôt que de nourrir la polémique.

( 804124 )
réponse à mike422 et fidelis par jejomau (2016-05-08 18:32:40)
[en réponse à 804122]
Où situer la controverse ?
Premièrement, j'ai envie de dire qu'il semble évident de lire le texte Synodal «in meliorem partem ».
Mais, si cela n'est pas le cas, c'est qu'il y a un flou savant sur certains sujets qui touchent spécifiquement les divorcés-remariés.
Ainsi , s'il y a une controverse remarquée concernant les progressistes, il y a en fait une autre polémique qui touche d'abord le public concerné : a savoir les divorcés-remariés.
Concrètement, il faut se mettre à leur place lorsqu'ils ouvrent le texte et en entament la lecture. Les personnes qui, parmi elles ont la Foi, survoleront ce texte ou ne le liront même pas car ces personnes-là savent déjà à quoi s'en tenir. Sans être versés en théologie, ils sont assez instruits sur la Doctrine de l'Eglise et connaissent le point de vue du Seigneur sur le sujet.
En conséquence, ce sont ces divorcés-remariés très peu instruits sur ce sujet et qui espèrent secrètement trouver - dénicher plutôt - les quelques phrases-clés qui laisseront entendre que dans certains cas particuliers, etc... etc.... etc... on semble leur donner une forme de permission les autorisant à communier, ce sont ces "divorcés-remariés" là qui seront induits en erreur ou en tout cas pourront être induits en erreur.
La controverse ne concerne donc pas quelques progressistes de mauvaise foi mais bien tous ceux qui, concernés directement par ce texte, iront y chercher ce qui les interesse pour que ce qui a toujours été affirmé comme interdit leur devienne possible....

( 804156 )
Cher Jejomau par fidelis (2016-05-09 10:04:26)
[en réponse à 804124]
Je suis parfaitement votre raisonnement. Mais pour ce qui concerne la dernière catégorie de divorcés - remariés, ce dont je suis sûr, c'est que la controverse en question va les persuader que le Pape a changé la règle à laquelle ils se savaient soumis. Sans elles, s'ils avaient des doutes à la lecture personnelle d'A.L., ils seraient allés demander des éclaircissements à un prêtre ami qui aurait pu leur dire que rien n'avait changé mais que le Pape insistait pour que les personnes souffrant de leur situation soient accueillies avec bienveillance et compréhension, et non pas brutalement rejetées (expérience proche vécue il y a certes plusieurs décennies), en fonction de chaque situation particulière. Et tout spécialement, quelle que soit leur condition, qu'elles aient à persévérer dans l'éducation religieuse de leurs enfants (encore expérience vécue).