Le Forum Catholique
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( 803964 )
Extrait du sermon de Mgr Fellay à à Montréal-de-l'Aude : l'état actuel des relations de la Fraternité avec Rome par XA (2016-05-05 14:04:40)
Extrait du sermon de Mgr Fellay à à Montréal-de-l'Aude :
l'état actuel des relations de la Fraternité avec Rome - 1er mai 2016
A l'occasion de la consécration de l'église Saint-Joseph de Montréal-de-l'Aude (France), le dimanche 1er mai 2016, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a prononcé un sermon sur le sens spirituel de cette magnifique cérémonie liturgique. Dans la dernière partie, il a évoqué l'état actuel des relations de la Fraternité avec Rome.
A lire ou à écouter
sur le site de La Porte Latine.

( 803976 )
Merci XA par Pol (2016-05-06 09:05:14)
[en réponse à 803964]
Toujours d'actualié. Bonne journée à vous.

( 803985 )
Il est vrai qu'ils le disent, mais ce qu'ils disent n'est pas vrai. par Scrutator Sapientiæ (2016-05-06 11:10:16)
[en réponse à 803964]
Bonjour XA,
1. Certains disent, ou semblent dire, à Rome ou ailleurs, et depuis déjà quelques années, que le Concile Vatican II a seulement "ouvert des voies" (comme s'il n'en avait pas avant tout fermé d'autres...), notamment ad extra, d'une manière indicative, ou que le Concile Vatican II, en tant que pastoral, n'a pas été conçu en vue d'une prise en compte, puis d'une mise en oeuvre, à caractère impératif (alors que cela aurait été le cas, s'il s'était agi d'un Concile doctrinal, semble-t-on laisser penser ou dire).
" Et dans les relations que nous avons avec Rome, il y a des choses encore plus étonnantes et que nous relions à cette situation chaotique. Là récemment, pour la première fois, nous avons pu entendre à Rome que nous n’étions plus obligés d’accepter le Concile. Vous vous rendez compte : c’est énorme ! On nous a dit : « Vous avez le droit de maintenir cette opinion ». Ce n’est pas encore : « Nous avons eu tort », ce n’est pas encore : « le Concile était mauvais », mais c’est : « le Concile ne peut pas obliger ». On ne peut pas obliger quelqu’un à accepter le Concile pour être catholique. Alors que c’est ce qu’on nous a dit jusqu’à maintenant. Jusqu’à il y a deux ans en arrière, c’était : « Si vous voulez être catholiques, vous devez accepter le Concile, vous devez accepter la bonté de la nouvelle messe ». Eh bien ! maintenant on nous dit : « Non, vous ne le devez pas, parce que cela n’a pas le degré d’obligation » ; ils utilisent des termes pas assez précis. On nous dit : « Ce n’est pas doctrinal, c’est pastoral ». C’est un peu ce que nous avions dit nous-mêmes : « Ce concile est pastoral et il n’a pas voulu obliger ». Tout d’un coup maintenant, on nous le concède : « C’est vrai, ce concile n’a pas voulu obliger ». "
" Et pour nous, il semble déjà qu’au travers de ces propositions, qui paraissent un peu fortes, en fait il y a déjà une ligne cohérente qui se dessine depuis un an et demi, une ligne vraiment nouvelle par rapport à nous. Encore une fois, nous allons voir comment les choses se développent ; nous avons appris à être plutôt prudents dans toutes ces affaires. N’est-ce qu’un moment ? A notre avis, non ! A partir du moment où on a lâché ce point-là, on ne peut plus le reprendre. Si on a ramené le Concile au niveau de l’opinion, on ne peut plus dire, tout d’un coup après, que non, que c’était quand même obligatoire. Ce sont donc des choses très importantes qui sont en train de se passer. "
2. Il est vrai qu'ils le disent, mais ce qu'ils disent n'est pas vrai ou, si vous préférez : même s'ils pensent, croient et disent sincèrement que c'est vrai, ce qu'ils disent n'est pas vrai, que ce soit par des moyens ou pour des raisons à caractère doctrinal, pastoral, historique ou liturgique.
3. A mon avis, on ne comprend pas grand-chose au caractère pastoral du Concile, tant que l'on considère que pastoral veut dire non doctrinal, comme si pastoral voulait dire "non impératif" "pragmatique" ou "pratique" et comme si doctrinal voulait dire "très impératif" ou "dogmatique" ou "théorique".
4. A mon avis, on comprend quelque chose au spécifique du Concile Vatican II, à la théologie qui a été sa source d'inspiration, à la pastorale dont il a été la source d'inspiration, quand on donne le sens suivant au mot pastoral : consensuel, notamment ad extra, et porteur de conceptions (présentes dans des expressions ou des omissions) propices à des tendances à l'adogmatisme, à l'immanentisme, à l'eudémonisme, à l'oecuménisme, à la décatholicisation du discours et des actes, au changement et au mouvement, fréquents, mais, le plus souvent uni-directionnels, dans l'Eglise catholique.
5. Que je sache, ces caractéristiques fondamentales de ce qu'il y a de spécifique au Concile Vatican II sont constitutives d'une orientation fondamentale,
- qu'il n'est pas question, officiellement, de transformer en option libre, que l'on pourrait accepter ou refuser, ou que l'on pourrait appliquer d'une façon ouvertement réfractaire, notamment, aux actes intrinsèquement mauvais, en matière morale, et aux idées intrinsèquement fausses, en matière religieuse,
ou
- sur lesquelles il n'est pas question, ou en tout cas pas encore question, de revenir, explicitement et officiellement.
6. Même le recentrage auquel il a été procédé, sous Jean-Paul II et sous Benoît XVI, d'ailleurs pas dans tous les domaines concernés, ni avec tous les résultats espérés, n'a pas consisté à aller fréquemment en direction d'un discours catholique en plénitude, "DONC" explicitement et spécifiquement contrapositionnel
- à l'égard des confessions chrétiennes non catholiques, des religions non chrétiennes,
- vis-à-vis de telle conception non chrétienne de l'homme et du monde contemporains, de telle religion séculière, de telle volonté de puissance.
7. Que voulez-vous..."L'Eglise du Concile", si je puis m'exprimer ainsi, n'est pas avant tout contrapositionnelle, sauf par intermittences, mais elle est avant tout diplomatisante, pour ne pas dire irénolâtre, et je n'ai pas l'impression qu'il soit jugé vraiment envisageable ou réalisable de revenir sur cette orientation fondamentale, ou alors je n'ai pas tout compris aux misères qui ont été faites au Pape Benoît XVI.
8. Certains considèrent même que "l'esprit du Concile" n'est pas allé assez loin, en direction de l'émancipation ad intra des catholiques, dans les domaines du croire et de l'agir chrétiens, en direction de l'unification ad extra entre catholiques et non catholiques, entre chrétiens et non chrétiens, entre croyants et non croyants, et qu'il convient donc de faire en sorte que "l'esprit de l'Evangile" "dépasse" "l'esprit du Concile", le remplace, le supplante.
9. On peut d'ailleurs se demander si telle n'est pas l'intention profonde d'au moins une partie de ceux qui souhaitent que diminue, ou que disparaisse, la prise d'appui sur Vatican II, la référence à Vatican II, et on est en droit de se demander ce qu'il adviendrait de l'autorité effective, au sein de l'Eglise, de documents tels que Dei verbum et Lumen gentium, ou de certains décrets conciliaires d'application ad intra, en cas de diminution ou de disparition de la "subordination", certes plus relative que substantielle, mais pas encore résiduelle, du christianisme catholique contemporain, au Concile Vatican II.
10. Il y a une autre manière de dire ce qui précède : au Concile, on s'est rendu compte qu'il y avait asymétrie entre le Credo et le Décalogue, et il est vrai qu'il y a douze articles dans le Credo, et qu'il n'y a que dix articles dans le Décalogue.
On a donc entendu remédier à cette asymétrie, mais pas seulement parce qu'elle est inesthétique.
Et on a ajouté les deux articles suivants, à la fin du Décalogue :
" "Tu t'exposeras le moins possible au risque de déplaire"
"Tu t'exposeras le plus possible à la grâce de plaire"
notamment aux non catholiques, aux non chrétiens, aux non croyants, à l'homme et au monde ce temps, entre autres dans le domaine de la Foi et dans celui des moeurs. "
11. A ma connaissance, il n'est pas encore à l'ordre du jour que l'on retire du duodécalogue "conciliaire" (au sens de : "consensualiste", plus consensuel et dialoguant que dissensuel et confessant), les deux articles que je viens de citer,
- qui n'ont certes pas attendu l'ouverture du Concile Vatican II pour commencer à se manifester, au sein de l'Eglise catholique,
mais
- qui ont obtenu, au Concile, une forme de reconnaissance magistérielle, surtout dans Unitatis redintegratio, dans la première partie de Nostra aetate, dans la première partie de Dignitatis humanae, et dans la deuxième partie de Gaudium et spes.
12. Il ne s'agit pas ici de laisser entendre que tout discours catholique ad extra digne de ce nom est nécessairement et salutairement désagréable, en tous lieux et en tous temps, mais il s'agit ici de laisser entendre que le discours catholique ad extra n'a pas à être systématiquement le plus agréable possible, ou le moins désagréable possible.
13. Et c'est bien cela qui est déplorable, me semble-t-il, dans toute cette affaire : l'incapacité, ou la très grande difficulté, des clercs, à remettre en cause un esprit de système "conciliaire", avant tout, voire, le plus souvent, seulement, diplomatisant ad extra.
14. Il y aurait bien d'autres choses à dire,
a) sur les tendances
- à l'anthropocentrisme akérygmatique, plus "humanitaire" que "biblique",
- à la non dramatisation de la part d'apostasie et d'idolâtrie qui caractérise la "spiritualité" propre au monde contemporain,
b) sur la tendance selon laquelle le monde ne souffre pas avant tout d'un déficit de spiritualité chrétienne, mais souffre avant tout d'un déficit de solidarité humaine,
tendances dont on peut dire qu'elles ne sont pas totalement absentes d'un document tel que Gaudium et spes, ni de la pastorale ad extra que ce document inspire, et qu'elles ne sont donc pas imaginaires.
Or, à ma connaissance, il n'est pas encore envisagé de revenir sur les paroles ET SUR LES SILENCES qui sont générés et structurés par ces tendances.
Mais je m'arrête ici.
Bonne journée.
Scrutator.

( 804002 )
Vous avez, même sans le savoir, compris ... par Ion (2016-05-06 17:53:02)
[en réponse à 803985]
... quelque chose de fondamental. En disant "C’est vrai, ce concile n’a pas voulu obliger", vous avez mille fois raison.
En effet, l'Eglise n'oblige pas. L'Eglise propose, enseigne et montre le chemin. Et c'est à l'homme d'accepter librement d'emprunter ce chemin.
Là où vous il y a peut-être incompréhension chez vous, c'est quand vous expliquez cette non obligation par du diplomatisant, du consensualisme, de l'adogmatisme, du pragmatique, du pastoralisme (je ne sais plus si vous avez utilisé ce terme, mais vous l'ahjouteriez, j'en suis sûr, à la liste exotique de vos adjectifs) ... je m'arrête là ... alors même que vous devriez expliquer cette non obligation comme profondément chrétienne.
Notre liberté fait notre dignité, et c'est en cela que nous sommes créés à l'image de Dieu. Et c'est en exerçant pleinement cette liberté pour dire notre oui que nous nous rapprochons du Christ.
Si Rome n'oblige plus à la FSSPX à adhérer formellement à tout son enseignement post conciliaire, ce n'est pas que cet enseignement est moins fiable qu'un autre, c'est que Rome sait qu'à terme, les membres de cette Fraternité finiront par y adhérer, mais librement.
Voilà un autre exemple de la loi de gradualité. De même qu'un pécheur ne peut pas immédatement atteindre l'idéal évangélique, et que l'Eglise l'accompagne sur son chemin de conversion, de même l'Eglise vient chercher la FSSPX sur un chemin qu'elle a déjà entamé, mais sans l'obliger, simplement en l'accompagnant.
Ion

( 804034 )
confusion " post-conciliaire gradualité" en doctrineet en pastoraleet par Presbu (2016-05-07 10:46:22)
[en réponse à 804002]
le modernisme, me semble-t-il, c'est le grignotage de la doctrine et de la morale par la méthode des concessions pratiques non maîtrisées et les "accomodements tolérables" aux exigences de NSJC: préférer la voie large et aisée à la voie et -bien sûr - âpre : "per passionem ejus et crucem" par laquelle on ne se fait pas plus d'amis que notre maître n'en a trouvés dans Son incarnation!

( 804147 )
S'agit-il encore de modernisme au sens strict de ce terme ? par Scrutator Sapientiæ (2016-05-09 07:17:56)
[en réponse à 804034]
Bonjour, Presbu.
S'agit-il encore de modernisme au sens strict de ce terme ? C'est la question que je me pose, depuis déjà au moins trois ans.
Là où il n'y a plus, ou presque plus, de définitions doctrinales ou dogmatiques, c'est-à-dire de réception et de transmission des définitions dogmatiques, de respect et de souci du sens des définitions dogmatiques, notamment sur la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, ET DE COMPREHENSION DU FAIT QUE CES DEFINITIONS SONT AUSSI DES OPPOSITIONS NECESSAIRES ET LEGITIMES A DES ERREURS, c'est la moindre des choses qu'il n'y ait plus de place, ou presque plus de place, que pour des incantations pastorales (comprenez : consensuelles) et pragmatiques (comprenez : à géométrie variable).
Dans ces conditions, il est toujours possible d'introduire une pièce de monnaie dans le distributeur automatique d'accommodements raisonnables ou, comme vous l'écrivez, tolérables, et cette pièce de monnaie n'a même plus besoin d'être avant tout "libérale", "moderniste", "progressiste", ou "protestantisante", à proprement parler, pour provoquer le fonctionnement du distributeur : il lui suffit de vouloir être, tout simplement, au goût du jour, ou plutôt en accord global, suiviste, avec la vision que l'on a du goût du jour.
Je veux dire que si les modernistes d'avant-hier et d'hier ont vraiment été des intellectuels, si les plus âgés des modernistes d'aujourd'hui (Geffré, Moingt) sont encore vraiment des intellectuels, il y a fort à parier que les plus jeunes des modernistes d'aujourd'hui, et que les modernistes de demain, seront avant tout inspirés par une approche relationnelle, sentimentale, ou "sociétaliste" des êtres, des idées, des actes, des choses, une approche dans le cadre de laquelle les fidèles seront incités à ne pas réfléchir, ou à réfléchir de la manière la plus "évangélique" possible.
Les manifestations, doctrinales ou pastorales, d'approximation, d'hétérodoxie, d'imprécision, d'imprudence, d'incohérence, d'incomplétude, d'inconséquence, non dramatisées, mais légitimées, à grands renforts de références à un "esprit de l'Evangile" comparable à une auberge espagnole, ne sont certes pas accidentelles, d'autant plus qu'elles sont indispensables au fonctionnement de ce courant de pensée et d'action.
Je crois que l'un des meilleurs exemples de ce dont il est question ici se trouve dans les homélies dominicales, ou dans certaines méditations matinales,
- dans lesquelles le discours tenu a la vertu informative la plus faible possible, sur le texte de l'Evangile qui est "commenté",
- dans lesquelles l'intervenant s'exprime en recourant le plus souvent à des propositions indépendantes juxtaposées,
a) sans le moindre approfondissement thématique, au moyen de plusieurs phrases consacrées à un même thème,
b) sans la moindre articulation hiérarchisante entre les différentes phrases d'un même paragraphe,
ou
c) sans que le discours tenu soit à la fois charpenté par une structure et transmetteur d'un substance doctrinale.
Que voulez-vous...Il ne faut pas, il ne faut plus, que les fidèles puissent repérer les manques ou les oublis, dans le discours qui est tenu, et il ne faut pas ou plus qu'ils puissent remarquer, puis faire remarquer, que ce dont il est très fréquemment question va presque toujours dans le même sens, très "horizontal", et que ce dont il est très rarement question va presque toujours dans un tout autre sens, beaucoup plus "vertical"...
Il est piquant de constater que ceux-là mêmes qui recourent, ou font recourir, à de tels artifices de présentation, tout à fait superficiels, vous disent en substance que cette façon de procéder est la plus authentiquement évangélique, la plus profondément chrétienne, comme s'il était authentiquement évangélique de déconcerter et de désorienter les fidèles, en passant d'une idée à une autre, sans rien approfondir ou sans rien développer, ou comme s'il était profondément chrétien de faire (à nouveau) entendre, avant tout, voire seulement, qu'il s'agit de CROIRE EN L'HOMME et qu'IL SUFFIT D'AIMER les hommes, d'une manière susceptible de réduire le christianisme catholique à un solidarisme spontanéiste.
Bonne journée.
Scrutator.

( 804099 )
S'ils disent vrai pour l'avenir, ils ne le disent pas pour le passé. par Scrutator Sapientiæ (2016-05-08 08:41:16)
[en réponse à 804002]
Bonjour, bon dimanche, et merci, Ion.
A. Je me suis, même sans le savoir, mal fait comprendre, puisque vous avez, même en me lisant, mal compris.
Je vous cite : "En disant "C’est vrai, ce concile n’a pas voulu obliger", vous avez mille fois raison."
B. Le problème est que je ne dis pas cela, et que je dis même à peu près le contraire : ceux qui disent cela, en contradiction avec tout ce dont les catholiques ont été témoins, depuis le milieu des années 1960, ce sont certains des interlocuteurs romains récents de Mgr FELLAY :
" Et dans les relations que nous avons avec Rome, il y a des choses encore plus étonnantes et que nous relions à cette situation chaotique. Là récemment, pour la première fois, nous avons pu entendre à Rome que nous n’étions plus obligés d’accepter le Concile. Vous vous rendez compte : c’est énorme ! On nous a dit : « Vous avez le droit de maintenir cette opinion ». Ce n’est pas encore : « Nous avons eu tort », ce n’est pas encore : « le Concile était mauvais », mais c’est : « le Concile ne peut pas obliger ». On ne peut pas obliger quelqu’un à accepter le Concile pour être catholique. Alors que c’est ce qu’on nous a dit jusqu’à maintenant. Jusqu’à il y a deux ans en arrière, c’était : « Si vous voulez être catholiques, vous devez accepter le Concile, vous devez accepter la bonté de la nouvelle messe ». Eh bien ! maintenant on nous dit : « Non, vous ne le devez pas, parce que cela n’a pas le degré d’obligation » ; ils utilisent des termes pas assez précis. On nous dit : « Ce n’est pas doctrinal, c’est pastoral ». C’est un peu ce que nous avions dit nous-mêmes : « Ce concile est pastoral et il n’a pas voulu obliger ». Tout d’un coup maintenant, on nous le concède : « C’est vrai, ce concile n’a pas voulu obliger ». "
C. Face au Concile Vatican II, y compris face à quatre points présents, dans le Concile, dans des textes qui ne sont ni des Constitutions dogmatiques, ni des décrets d'application ad intra, dans l'acception la plus classique de ce terme, le Concile a bel et bien voulu obliger, ou plutôt les hommes d'Eglise ont bel et bien voulu que le Concile oblige. Sinon, nous n'en serions certes pas là où nous en sommes, depuis à présent un peu plus d'un demi-siècle.
D. Face à ces quatre points, et alors qu'aucun de ces quatre points n'est adossé à une position de principe à caractère explicitement et officiellement dogmatique, les catholiques n'ont pas eu le choix, ou plutôt si, ils ont eu le choix : ils ont eu le choix entre être pour et ne pas être contre, entre être formellement pour et ne pas être frontalement contre. Il est vrai que s'ils avaient eu le choix, non seulement "cela aurait fait désordre", mais en outre cela aurait permis de faire connaître à davantage de catholiques les "zones de fragilité" présentes dans les conceptions conciliaires, stricto sensu, du dialogue oecuménique, du dialogue interreligieux, de la liberté religieuse, de l'homme et du monde contemporains.
E. Il existe une notion que je n'apprécie guère, pour des raisons de forme, mais qui va peut-être me permettre de me faire comprendre un peu moins mal : c'est la notion de "points non négociables".
F. Eh bien, imaginons un seul instant que ce que disent les interlocuteurs romains récents de Mgr FELLAY soit "vraiment vrai", pour l'avenir : cela voudrait dire que les conceptions conciliaires, stricto sensu, du dialogue oecuménique, du dialogue interreligieux, de la liberté religieuse, de l'homme et du monde contemporains, auront été considérées comme "des points non négociables" pendant un demi-siècle, de 1965 à 2014, mais que, depuis un an et demi, selon Mgr FELLAY, ces conceptions sont susceptibles de ne plus être considérées comme "des point non négociables".
G. S'il advenait prochainement que l'on nous informe que le Concile Vatican II n'oblige pas, ou plutôt n'oblige plus, sur ces quatre points, ce serait en contradiction avec la conception du caractère "non négociable" du Concile Vatican II en général, et de ces quatre points en particulier, conception qui a été celle de Paul VI, de Jean-Paul II, et même, mais dans une moindre mesure, de Benoît XVI.
H. Je pense ici au raisonnement suivant, mais je ne suis évidemment pas à l'intérieur de la conscience de ceux qui sont susceptibles de le tenir, notamment depuis Rome :
"Puisque ce que nous persistons à prescrire et à pratiquer apparaît clairement comme emportant de moins en moins l'adhésion des fidèles, ou comme étant de plus en plus dysfonctionnel, ne serait-ce que parce qu'une partie des confessions chrétiennes non catholiques, une partie des religions non chrétiennes, une partie de ce qui caractérise l'homme et le monde contemporains, s'avèrent de plus en plus éloignées de, ou opposées à la vision que les Pères du Concile en ont eu, dans la première moitié des années 1960, nous n'avons plus qu'à nous préparer à autoriser les uns et les autres à avoir, pour l'avenir, une appréciation différenciée, sur ces prescriptions et ces pratiques".
"Mais comme il n'est évidemment pas question pour nous de laisser entendre que qui que ce soit a été trompé, s'est trompé, a trompé, sur quoi que ce soit, et qu'il n'est pas davantage question pour nous de désavouer qui ou quoi que ce soit, nous n'avons qu'à commencer à dire qu'une grande partie de ce dont il est question repose sur un malentendu originel, aux conséquences déplorables, auxquelles il convient de porter enfin remède, en faisant semblant de "rappeler" que, sur les points qui ne passent décidément pas, ou qui ne sont décidément pas aussi féconds qu'ils devraient pouvoir l'être, LE CONCILE N'A PAS VOULU OBLIGER."
Là où vous, de votre côté, me parlez pour ainsi dire du "simple rappel" d'une vision du caractère "non impératif" du Concile, vision qui aurait toujours été à l'ordre du jour, qui aurait toujours été vraie, depuis la clôture du Concile, je suis, pour ma part, en train de vous parler d'une vision qui, dans le meilleur des cas, commence à être vraie depuis moins de deux ans, qui ne pourra être vraie, à l'avenir, que pour l'avenir, et qui ne l'est pas encore, en tout cas, d'une manière officielle.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour la longueur de ce message, vous remercie de m'avoir donné l'idée de le rédiger, et je vous souhaite un bon dimanche.
Scrutator.

( 804106 )
L'interdiction de la "critique chrétienne" sera-t-elle bientôt levée ? par Scrutator Sapientiæ (2016-05-08 09:57:25)
[en réponse à 803964]
Bonjour et bon dimanche, XA.
A. La relecture du sermon de Mgr FELLAY m'inspire la question suivante : la quasi interdiction, "conciliaire", de la critique CHRETIENNE, catholique, d'inspiration surnaturelle et théologale, non des personnes non chrétiennes, ni de nos contemporains, en tant que tels, mais
- des fondements mêmes des religions non chrétiennes ou de contenus propres aux religions non chrétiennes,
- des principes mêmes du monde contemporain ou de pratiques propres au monde contemporain,
sera-t-elle bientôt levée, si jamais il est confirmé que "LE CONCILE VATICAN II N'A PAS VOULU OBLIGER" ?
B. Je rappelle ici que la critique catholique d'inspiration "humaniste" de certains abus, excès, errements, manquements, exclusions, injustices, oppressions, qui se manifestent, ici où là, avant tout, voire seulement, à l'égard de la dignité et de la liberté de la conscience et de la personne humaines, des droits de l'homme, etc, depuis l'intérieur de telle "zone d'influence" de telle religion non chrétienne, ou depuis l'intérieur du monde contemporain, ne donne pas lieu, elle, à une quasi interdiction ; ce n'est donc pas à elle que je fais allusion ici.
C. Je fais allusion ici à la quasi interdiction "conciliaire" de la mise en avant CHRETIENNE, catholique, inspirée par l'Ecriture et par la Tradition, des raisons religieuses, non seulement dogmatiques, mais aussi spirituelles, qui permettent de dire en quoi
- les fondements mêmes des religions non chrétiennes sont néfastes, ne serait-ce que dans l'ordre de la (re)connaissance, par l'homme, de Dieu,
- les principes mêmes du monde contemporain sont nuisibles, ne serait-ce que dans l'ordre de l'action de l'homme dans le monde.
D. A mon avis, c'est cette critique chrétienne, non avant tout ni seulement "humaniste", mais biblique ou thomiste (et donc susceptible de passer pour "fondamentaliste" ou pour "traditionaliste", du point de vue de certains), qui donne lieu, qui fait l'objet, depuis déjà plusieurs décennies, et depuis l'intérieur de l'Eglise catholique, d'une quasi interdiction.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser, si jamais je m'exprime mal et ne me fais pas bien comprendre, et je vous souhaite un bon dimanche.
Scrutator.