Le Forum Catholique

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images/icones/bravo.gif  ( 802286 )Antonio Socci: "coup d'état dans l'Eglise" par Leopardi (2016-04-13 10:09:08) 

Lu sur Benoît et moi

IL Y A UN COUP D'ÉTAT DANS L'EGLISE.
REBELLONS-NOUS CONTRE LA "DICTATURE DU RELATIVISME" QUI DÉTRUIT LE CATHOLICISME ET NOTRE CIVILISATION

www.antoniosocci.com
10 avril 2016


Sur la "Repubblica" d'hier, Alberto Melloni, l'idéologue du catholicisme de gauche (cattoprogressismo), nous informe que l'Exhortation bergoglienne (surnommée par certains "Familiaris divorzio") est un "éloge de la joie érotique."
La faisant ainsi paraître presque comme un traité ludique sur la pornographie à publier sur "Dagospia" [site de ragots, souvent à conotation sexuelle, mais très bien informé] avec le titre "Coïto ergo sum".

Mais un Vatican "a luci rosse" [expression qui désigne ce qui a trait à la pornographie], pour séduire, n'est-il pas pathétique? En fait, le "modernisme" bergoglien d'aujourd'hui fait penser à la vielle dame de 80 ans portant minijupe et talons de 12 cm, seins au vent: même sur les questions sociales Bergoglio récupère les slogans éculés de ces "luci rosse" (d'un exécrable rouge profond) des années soixante aujourd'hui à l'âge d'Alzheimer ou du cathéter.
Et puis les pages bergogliennes sur l'eros sont un plagiat maladroit et amateur (avec des erreurs) du chef-d'œuvre théologique et pastoral de Jean-Paul II qui, dans ses catéchèse sur la Genèse et sur le corps, liait splendidement "eros" et "agape" dans le mariage chrétien.
A la Genèse et au Cantique des Cantiques, Wojtyla ajoutait l'expérience humaine de son passé de mineur-poète-théologien qui, dans sa jeunesse, avait participé à la résistance contre le nazisme et le communisme en lisant Jean de la Croix et Monfort.
Quelqu'un, paraphrasant Melloni, dit de l'Exhortation bergoglienne qu'elle est en fait un "éloge de la joie hérétique" (pas érotique). Là est le problème.

JOIE ÉROTIQUE OU HÉRÉTIQUE?
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Pendant des années, l'Eglise s'est défendue contre l'assaut de la "dictature du relativisme". Elle s'est défendue aussi en mettant Bergoglio en minorité au consistoire de 2014 et aux deux synodes, mais le pape argentin a imposé quand même à l'Église, d'autorité, sa "révolution" (à la barbe de la "collégialité").
Aujourd'hui, c'est le journal des évêques lui-même, "Avvenire", qui ayant à la hâte jeté aux orties Benoît XVI et Jean-Paul II, nous informe que dans l'Église, une révolution est vraiment en marche.
L'organe officiel de la Conférence épiscopale italienne a présenté l'exhortation en ces termes:
«Quand, il y a une dizaine de jours, le cardinal Kasper, pré-annonçant la sortie de l'Exhortation post-synodale à la famille, avait parlé "du document le plus important dans l'histoire de l'Eglise du dernier millénaire", beaucoup l'avaient regardé avec cette faux condescendance qu'on réserve aux déclarations un peu exagérées... Maintenant qu'Amoris laetitia est sous les yeux de tous, il semble très difficile de contredire le cardinal allemand. Le texte de François a la saveur d'un texte solide et révolutionnaire».

Donc Bergoglio est en train de "révolutionner", c'est-à-dire de renverser l'Eglise catholique, comme Ross Douthat l'avait écrit en Novembre dans le "New York Times", indiquant l'existence d'un "complot visant à changer le catholicisme" et ajoutant qu'"en ce moment le premier conspirateur est le Pape lui-même".
A présent, c'est officiel. Et aujourd'hui, après la publication de ce texte révolutionnaire, pour l'Eglise c'est le "day after". Ce qu'on croyait impossible est arrivé.
L'Exhortation apostolique est un geste de défi ouvert à deux mille ans d'enseignement catholique. Et, dans les milieux catholiques (choqués), domine un désarroi silencieux. Bien que, de l'étranger, les voix catholiques commencent à faire entendre des protestations sonores, qui vont monter de plus en plus, en particulier aux États-Unis (mais aussi en Pologne, en Afrique, au Mexique et ailleurs) [pas en France!!].
Hier, sur un site catholique canadien, apparaissait un titre volontairement pesant, mais qui fait comprend combien d'indignation couve sous la cendre: «Qui va dénoncer 'Amoris Laetitia' comme hérétique? Qui va mettre en cause Jorge Bergoglio pour ce qu'il a fait? L'histoire la définira-t-elle comme une hérésie bergoglienne?».

Naturellement - dans tout cela - la communion pour les divorcés remariés est seulement un prétexte, c'est une question qui ne passionne personne, pas même les divorcés: les "révolutionnaires" ont tout simplement utilisé les "couples irréguliers" comme force de frappe pour démolir les fondations de deux mille ans du catholicisme.
Et maintenant il y a un panorama de ruines devant les yeux des pasteurs encore catholiques, parce que - comme des quilles au bowling - en cascade, après l'indissolubilité du mariage, tout va tomber: la confession, les commandements, la loi naturelle. Et surtout, ce qui en sort démoli, c'est l'enseignement constant de l'Eglise.
Il faut penser à tous ceux qui ont connu des divisions familiales ou des situations d'épreuve et - par amour du Christ - sont restés fidèles aux commandements et aux préceptes de l'Eglise.
L'une de ces personnes me disait:
«Amoris Laetitia est terrible pour moi parce qu'elle nous dit: "vous avez été idiots de faire confiance à Jésus-Christ et à l'Eglise, en supportant ces épreuves. Vous avez stupidement gâché votre vie, quand vous pouviez avoir de bons moments et aujourd'hui vous auriez l'aval du Pape».
Et d'un Vatican qui fait l'éloge des "joies érotiques", comme dit Melloni. Mais pour les catholiques, il est évident qu'il s'agirait de (fausses) joies hérétiques car c'est Jésus lui-même qui ordonne "que l'homme n'ose pas séparer ce que Dieu a uni" (Mt 19,6).
Ses paroles "ne passeront jamais". Et le Magistère de l'Église repose précisément sur Sa Parole et sur la loi de Dieu. Il ne pourra jamais être nié ou changé par aucun pape.

LE CAS BERGOGLIO
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En outre, ce qui se passe n'est pas pour surprendre. Dans ces trois années, nous en avons vu de toutes les couleurs.
D'abord, le grand Pape Benoît qui, à sa messe inaugurale, implore «Priez pour moi afin que je ne fuie pas par peur des loups».
Ensuite, cette "renonciation" mystérieuse et inexpliquée, après laquelle il a voulu nous faire savoir que «ma décision de renoncer à l'exercice actif du ministère ne révoque pas cela», restant de fait Pape émérite, puis François élu "un peu comme ça" (et malgré le voeu des jésuites qui aurait dû l'interdire), puis deux papes (du jamais vu en deux mille ans).
Enfin, le truculent spectacle latino-américain, du "qui suis-je pour juger" au Dieu qui "n'est pas catholique", du crucifix avec le marteau et la faucille à l'hommage à Fidel Castro, de la lettre aux tyrans chinois à l'éloge de "l'invasion" des migrants, de la gifle à Trump au silence sur Cirinnà, de la distance glaciale au Family Day aux singes sur la façade de Saint-Pierre, de la communion pour les divorcés remariés à l'Eucharistie réduite à une opinion pratiquement équivalente à celle luthérienne, du Jubilé sans indulgence ni purgatoire à l'encyclique sur le "tri sélectif", des rencontres fraternelles avec Scalfari au silence glacial et obstiné sur Asia Bibi.
Tout cela étrange, surréaliste, inquiétant et douloureux pour les catholiques qui entre-temps sont persécutés et massacrés dans le monde entier.
A l'étrangeté des hosannas des médias laïcs (depuis toujours ennemis de l'Eglise) s'est ajoutée une nouvelle papolâtrie du monde clérical.
Hier, dans "Avvenire" - le journal de la CEI - l'article sur l'exhortation commençait ainsi: «La famille recommence à partir de François». Textuel. Mais la famille a été instituée par le Créateur et faite sacrement par Jésus-Christ. Peut-être qu'aujourd'hui, Bergoglio est à la place de Dieu?
Toujours "Avvenire" d'hier nous informait que dans l'Exhortation l'"indissolubilité" du mariage est pas la réalité, mais une référence idéale, "un point d'arrivée". Jusqu'à présent, l'Église avait enseigné qu'elle est le point de départ, établi par Jésus-Christ dans l'Evangile.

Est-il possible que les évêques et les cardinaux soient tous rendus muets par cette révolution? Possible que personne ne ressente le besoin de répondre à Dieu et d'allumer une lumière pour le peuple chrétien confus et désorienté?
Possible que personne n'ait la dignité de dire ce qu'il pense, c'est-à-dire que l'exhortation est déplorable et dévastatrice pour l'Eglise? «Dans ce cas, se taire équivaut à la connivence», disait le pape Célestin.

Je continue pourtant à espérer que le Pape changera d'avis, qu'il prendra note que ce type de "modernisation", a déjà détruit les communautés protestantes européennes et a eu des effets dévastateurs dans les Eglises catholiques progressistes (en Europe ou en Amérique latine).
Mais le Pape doit être aidé par notre sincérité, avec la liberté de le critiquer ouvertement. C'est l'avenir de l'Eglise (et pas seulement).
Quoi qu'il en soit, à partir d'aujourd'hui, être catholique sera - pour paraphraser Melloni - une «joie héroïque».
images/icones/hein.gif  ( 802293 )Bizarre et étrange quand même par jejomau (2016-04-13 11:14:41) 
[en réponse à 802286]

que des "idéologues du catholicisme de gauche" se rebellent et appellent à la "révolution" contre une soi-disant révolution dans l'Eglise..

Est-ce que ces idéologues n'arrivent pas à avaler le fait que le sacrement de pénitence soit désormais valide pour la FSSPX ?

Vraiment c'est une simple question que je pose comme ça... intuitivement...

Le colonel Chateau-Jobert, dans son ouvrage remarquable sur la Contre-Révolution indique précisément sur le sujet qu'on ne peut utiliser les mêmes armes et les mêmes méthodes que les "révolutionnaires" sous peine justement de faire comme eux et de continuer la Révolution , œuvre satanique....

Donc, non, comme catholique, je ne ferai rien de la sorte contre le pape et la papauté..
images/icones/coeurbrise.gif  ( 802296 )Le coup d'Etat dans l'Eglise a eu lieu il y a 50 ans ! par Jean-Paul PARFU (2016-04-13 11:41:00) 
[en réponse à 802286]

Ce que vous vivons aujourd'hui n'est que le déroulement de ce coup d'Etat-là accompli à l'occasion du concile Vatican II. Les choses se sont déroulées ainsi :

1) destruction de la doctrine de l'Eglise (1962-65) ;
2) destruction de la liturgie de l'Eglise, surtout de la messe (1969-70) ;
3) destruction de la morale chrétienne (2013-2016).

La morale est ce qui est le plus difficile à détruire. C'est ce qui vient donc en dernier ! Pourquoi me direz-vous ?

Parce que la morale est naturelle, elle relève de la loi morale naturelle et de l'ordre naturel. Chacun la ressent en lui-même et se sent directement concerné. C'est comme l'instinct de conservation si vous voulez. Tout le monde, par exemple, comprend que deux hommes ou deux femmes ne peuvent fonder une famille. Cela relève de l'évidence comme 2+2=4 ou ce qui est rond ne peut être en même temps carré ou qu'un bâton n'a pas un seul bout, mais deux !

Ceux qui ont quitté l'Eglise, l'ont quitté, non en raison de son enseignement sur la Ste Trinité, mais à cause de son enseignement moral et notamment de son enseignement sur la morale sexuelle et conjugale. En sens inverse, c'est en raison de l'abandon de l'enseignement moral de l'Eglise, notamment sur ces sujets, que beaucoup, aujourd'hui, ouvrent enfin les yeux sur la réalité de Rome et de la papauté. Mais encore une fois, il fallait se réveiller plus tôt ! Le combat décisif a eu lieu il y a 50 ans ! D'où Mgr Lefebvre ! Le reste n'est que le déploiement logique de ce combat perdu par les bons !
images/icones/salutscout.gif  ( 802301 )On pourrait vous donner raison, mais les crises sont simultanées par Athanase (2016-04-13 12:34:34) 
[en réponse à 802296]

Les processus sont simultanés et communiquent entre eux:

- La morale commence a être détruite dans le sillage de la non-réception d'Humanae vitae, qui n'a jamais vraiment été acceptéee. Les histoires de communion sacrilège n'ont pas attendu 2016 (!), mais correspondent à des décennies de communion "sauvage". Les théories fumeuses fleurissent aussi dans ces années. Amoris laetitia arrive dans un terrain qui est déjà ravagé, où personne n'a attendu la décision du pape. Quand on me dit que c'est la crise, je réponds que "c'est déjà le cas".

- La liturgie commence a être détruite avant le nouveau missel, dès les "expériences" des années 1960: le nouveau missel n'est qu'une tentative de freiner tout en avalisant ces "expériences". Mais je note que lorsqu'une vague emporte tout, même le missel traditionnel est défiguré par ces expériences. Néanmoins, il y a des redressements (limités) et le pape Benoît XVI reconnaît que l'ancien missel n'a pas été abrogé.

- La doctrine a pu être détruite au concile (vous parlez de 1962-1965), mais la destruction ne s'arrête pas et des théories nouvelles ont continué à sévir. Mais le concile reste prudent, au point même que la minorité signe ses documents. Concernant le "combat décisif" de 1962-1965, il faut quand même souligner que Mgr Lefebvre est prudent à l'issue du concile. Sans être "fan" des textes, il s'en remet à Rome.

Je pense tout simplement que nous avons une crise totale qui ne cesse pas de s'étendre. Ce qui fait la crise de l'Eglise, c'est bien son caractère "totalisant": elle touche vraiment à tout (morale, sacrement, etc.). Et cette crise est bien le fruit de démissions des pasteurs et d'une crise vécue chez les chrétiens eux-mêmes.

Il y a un autre élément que j'ajouterais: le carriérisme des pasteurs et leur manque d'énergie. Le personne ecclésiatique dont le rôle dans la crise est indéniable (carriérisme, formation peu solide, etc.). Je pense que c'est un réél problème, car il a aussi entraîné une moindre résistance aux crises doctrinales. Même un Pie XII qui a nommé une grande partie des pasteurs qui ont fait Vatican II n'a pas empêché une crise à venir. A mon humble avis, il faudra aussi résoudre ce problème, car cela ne se limite pas au seul fait d'avoir des évêques progressistes.
images/icones/fleche2.gif  ( 802353 )Votre dernier argument est tout à fait essentiel. par Scrutator Sapientiæ (2016-04-14 09:30:10) 
[en réponse à 802301]

Bonjour Athanase,

Votre dernier argument est tout à fait essentiel :

- il y a, ou il y a eu, des clercs irénistes par ignorance sélective sur ce qui caractérise l'esprit du monde et par négligence tendancieuse sur ce qui caractérise la Foi catholique,

mais

- il y a aussi, ou il y a eu aussi, des clercs irénistes par intérêt ou par lâcheté, par carriérisme ambitieux ou par carriérisme apeuré.

Et le carriérisme conduit tout droit au conformisme, à l'acceptation, voire à l'approbation, de l'expression ou de l'opinion dominante, en lieu et place de la conviction catholique, la plus orthodoxe et la plus réaliste.

Ici.

Ici..

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/1j.gif  ( 802302 )Plus précisément ... par Lycobates (2016-04-13 12:45:59) 
[en réponse à 802296]

depuis 58 ans.
L'émergence de Mgr. Roncalli le mardi 28 octobre 1958, dies atro notandus lapillo s'il en est, deux jours après la première fumée blanche "erronée" du 26 octobre, dimanche du Christ-Roi (même si tout est loin d'être clair dans ce dossier, et sans tomber dans le piège de certaines idées rocambolesques), en est sûrement le triste point de départ.

Quant au point 1) "destruction de la doctrine de l'Église", il faut ajouter, après (1962-1965), aussi, comme années fortes : (1979-1986) ;
et pour le point 2) il faudrait élargir : "destruction de la liturgie et des sacrements" (1968-1973).
Quant au point 3), je crains bien fort que l'année 2016 ne soit pas la dernière avant la parenthèse.

Mais, je m'arrête ici, pensant à la parole de Notre Seigneur (Jn. 16,12): Adhuc multa habeo vobis dicere, sed non potestis portare modo.
images/icones/fleche2.gif  ( 802350 )Les Lumières ont précédé et préparé la Révolution. par Scrutator Sapientiæ (2016-04-14 09:00:29) 
[en réponse à 802296]

Bonjour Jean-Paul PARFU,

1. Si je puis m'exprimer ainsi, de même que les Lumières ont précédé et préparé la Révolution, en amont de 1789, de même d'autres "Lumières" ont précédé et préparé une autre "Révolution", en amont de 1959.

2. Je veux dire par là qu'en ce qui me concerne c'est la compréhension de la théologie néo-moderniste, qui a précédé et préparé le Concile Vatican II, qui m'a permis de comprendre, le mieux et le plus possible,

- d'une part, en quoi la destruction d'une certaine conception de la théologie et d'une certaine relation à la théologie a précédé et préparé la destruction d'une certaine conception du Magistère et d'une certaine relation au Magistère,

- d'autre part, en quoi il y a eu accélération, amplification, légitimation, approfondissement, officialisation d'un mouvement de pensée et d'action préexistant, à l'occasion du Concile Vatican II.

3. Je ne parlerai donc pas d'une destruction de la doctrine, de la liturgie, de la morale, à partir du Concile Vatican II, mais de la destruction d'une certaine conception de la doctrine, de la liturgie, de la morale, et d'une certaine relation à la doctrine, à la liturgie, à la morale, au moins à partir de 1945.

4. La conception fixiste et thomiste de la doctrine, de la liturgie, de la morale, ont, en effet, commencé à donner lieu à contournement et à dépassement, dans le cadre d'une "révolution" intellectuelle qui, en aval immédiat de la fin de la seconde guerre mondiale, a précédé et préparé la "révolution" magistérielle qui a eu lieu dans la chapelle sixties, dans laquelle beaucoup ont confondu, dans un même ensemble, Espérance chrétienne et optimisme à l'égard du spécifique de l'homme et du monde contemporains.

5. Si j'osais, je dirais volontiers qu'à ce qui a parfois été un "bourrage de crâne", plus suarézien que thomiste, a succédé ce qui a souvent été un "lavage de cerveau", notamment rahnérien et teilhardien : je veux dire par là que les théologiens et les évêques irénistes d'aujourd'hui sont les continuateurs, plus ou moins conscients, des clercs d'avant-hier, dont le cerveau a été lavé, ou dont la culture et la doctrine ont été délavées, par un mode de raisonnement qui s'apparente à une tendance, à une tentation, ou à une tentative de justification "anthropologique" et "biocosmologique" de la révélation chrétienne.

6. Tant que que les clercs d'aujourd'hui ne seront pas bien plus nombreux à avoir bien plus pleinement conscience du fait qu'ils ont pris la suite de prédécesseurs d'avant-hier qui ont été, au minimum, les victimes consentantes de ce lavage de cerveau, d'ailleurs avant tout philosophique, et non avant tout théologique, au sens propre du terme, il n'y aura pas de perspective d'amélioration, dans la durée et en profondeur, de la situation.

7. Il me semble en effet que l'on ne reviendra, non en arrière, mais par et vers l'essentiel, qu'en renouant, avant tout intellectuellement, avec une conception de la doctrine, de la liturgie, de la morale, non nécessairement fixiste ou thomiste, mais nécessairement opposée à cette tentative de légitimation "anthropologique" et biocosmologique" de la révélation chrétienne, d'autant plus que cette tentative a débouché sur un mode de raisonnement, pour ainsi dire, anti-apologiste, anti-controversiste, et anti-exclusiviste, démobilisateur et désorganisateur.

8. Il ne faut pas le dire trop fort, non parce que c'est faux, mais parce que, dit comme cela, c'est susceptible de scandaliser, mais les clercs, dans leur très grande majorité, ont décidé

- de coopérer, ou, en tout cas, de ne pas résister, face à l'égalitarisme et à l'évolutionnisme culturels, et face à l'existentialisme et au fraternitarisme sociétaux,

et,

- de considérer, d'une manière, en un sens, cohérente, que toute attitude catholique digne de celle d'un apologiste, controversiste et exclusiviste, fait obstacle à cette coopération, ou à cette non résistance, et est donc à proscrire.

9. Que pouvons-nous espérer de clercs, qui ne sont pas formellement hérétiques, mais qui se croient vraiment chargés de contribuer

- à la formation progressive d'un signe d'égalité entre les confessions chrétiennes et entre les religions et traditions croyantes,

- à l'accompagnement, théoriquement humanisateur et, pratiquement, inconditionnel, de l'évolution des aspirations et orientations de l'humanité,

- à la prise en compte prioritaire de l'existence des êtres humains, en lieu et place de la mise en avant prioritaire de la substance de la Foi, de l'Espérance, de la Charité,

- à la formation progressive d'un signe d'égalité entre le christianisme et la fraternité, ou d'un signe de compatibilité entre le catholicisme et le vivre-ensemblisme ?

10. C'est sur cette tendance à l'alignement global sur la mentalité dominante, ou plutôt sur la mentalité implémentée ou véhiculée par les classes dominantes de l'économie et de la société, qu'il faudrait pouvoir exhorter les clercs à revenir...

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 802351 )Les Lumières ont précédé et préparé la Révolution. par Scrutator Sapientiæ (2016-04-14 09:03:11) 
[en réponse à 802296]

Bonjour Jean-Paul PARFU,

1. Si je puis m'exprimer ainsi, de même que les Lumières ont précédé et préparé la Révolution, en amont de 1789, de même d'autres "Lumières" ont précédé et préparé une autre "Révolution", en amont de 1959.

2. Je veux dire par là qu'en ce qui me concerne c'est la compréhension de la théologie néo-moderniste, qui a précédé et préparé le Concile Vatican II, qui m'a permis de comprendre, le mieux et le plus possible,

- d'une part, en quoi la destruction d'une certaine conception de la théologie et d'une certaine relation à la théologie a précédé et préparé la destruction d'une certaine conception du Magistère et d'une certaine relation au Magistère,

- d'autre part, en quoi il y a eu accélération, amplification, légitimation, approfondissement, officialisation d'un mouvement de pensée et d'action préexistant, à l'occasion du Concile Vatican II.

3. Je ne parlerai donc pas d'une destruction de la doctrine, de la liturgie, de la morale, à partir du Concile Vatican II, mais de la destruction d'une certaine conception de la doctrine, de la liturgie, de la morale, et d'une certaine relation à la doctrine, à la liturgie, à la morale, au moins à partir de 1945.

4. La conception fixiste et thomiste de la doctrine, de la liturgie, de la morale, ont, en effet, commencé à donner lieu à contournement et à dépassement, dans le cadre d'une "révolution" intellectuelle qui, en aval immédiat de la fin de la seconde guerre mondiale, a précédé et préparé la "révolution" magistérielle qui a eu lieu dans la chapelle sixties, dans laquelle beaucoup ont confondu, dans un même ensemble, Espérance chrétienne et optimisme à l'égard du spécifique de l'homme et du monde contemporains.

5. Si j'osais, je dirais volontiers qu'à ce qui a parfois été un "bourrage de crâne", plus suarézien que thomiste, a succédé ce qui a souvent été un "lavage de cerveau", notamment rahnérien et teilhardien : je veux dire par là que les théologiens et les évêques irénistes d'aujourd'hui sont les continuateurs, plus ou moins conscients, des clercs d'avant-hier, dont le cerveau a été lavé, ou dont la culture et la doctrine ont été délavées, par un mode de raisonnement qui s'apparente à une tendance, à une tentation, ou à une tentative de justification "anthropologique" et "biocosmologique" de la révélation chrétienne.

6. Tant que que les clercs d'aujourd'hui ne seront pas bien plus nombreux à avoir bien plus pleinement conscience du fait qu'ils ont pris la suite de prédécesseurs d'avant-hier qui ont été, au minimum, les victimes consentantes de ce lavage de cerveau, d'ailleurs avant tout philosophique, et non avant tout théologique, au sens propre du terme, il n'y aura pas de perspective d'amélioration, dans la durée et en profondeur, de la situation.

7. Il me semble en effet que l'on ne reviendra, non en arrière, mais par et vers l'essentiel, qu'en renouant, avant tout intellectuellement, avec une conception de la doctrine, de la liturgie, de la morale, non nécessairement fixiste ou thomiste, mais nécessairement opposée à cette tentative de légitimation "anthropologique" et biocosmologique" de la révélation chrétienne, d'autant plus que cette tentative a débouché sur un mode de raisonnement, pour ainsi dire, anti-apologiste, anti-controversiste, et anti-exclusiviste, démobilisateur et désorganisateur.

8. Il ne faut pas le dire trop fort, non parce que c'est faux, mais parce que, dit comme cela, c'est susceptible de scandaliser, mais les clercs, dans leur très grande majorité, ont décidé

- de coopérer, ou, en tout cas, de ne pas résister, face à l'égalitarisme et à l'évolutionnisme culturels, et face à l'existentialisme et au fraternitarisme sociétaux,

et,

- de considérer, d'une manière, en un sens, cohérente, que toute attitude catholique digne de celle d'un apologiste, controversiste et exclusiviste, fait obstacle à cette coopération, ou à cette non résistance, et est donc à proscrire.

9. Que pouvons-nous espérer de clercs, qui ne sont pas formellement hérétiques, mais qui se croient vraiment chargés de contribuer

- à la formation progressive d'un signe d'égalité entre les confessions chrétiennes et entre les religions et traditions croyantes,

- à l'accompagnement, théoriquement humanisateur et, pratiquement, inconditionnel, de l'évolution des aspirations et orientations de l'humanité,

- à la prise en compte prioritaire de l'existence des êtres humains, en lieu et place de la mise en avant prioritaire de la substance de la Foi, de l'Espérance, de la Charité,

- à la formation progressive d'un signe d'égalité entre le christianisme et la fraternité, ou d'un signe de compatibilité entre le catholicisme et le vivre-ensemblisme ?

10. C'est sur cette tendance à l'alignement global sur la mentalité dominante, ou plutôt sur la mentalité implémentée ou véhiculée par les classes dominantes de l'économie et de la société, qu'il faudrait pouvoir exhorter les clercs à revenir...

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 802312 )Vous pouviez citer par Bertrand (2016-04-13 15:49:40) 
[en réponse à 802286]

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