Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=801852
images/icones/carnet.gif  ( 801852 )Amoris Laetitia, analyse de l'abbé Claude Barthe : "L’instinct de la foi" par La Favillana (2016-04-08 16:46:07) 

Tribune libre sur le Blog de l'Homme Nouveau


Deux assemblées successives du Synode des Évêques à propos de la Famille, bien encadrées par ce que l’on pourrait appeler un « Synode des Médias », ont focalisé l’attention sur l’ouverture dans certains cas des sacrements de pénitence et d’eucharistie aux personnes vivant publiquement dans l’adultère. Nous évoquions dans un article de L’Homme Nouveau du 14 mars 2015 , « L’instinct de la foi et la crise de la doctrine du mariage », la possibilité que les paragraphes ambigus des relations finales de ces assemblées puissent être repris par l’exhortation post-synodale qui devait suivre. Nous y sommes.

Bien des analystes compétents vont faire le commentaire de cette exhortation, intitulée Amoris lætitia, et datée du 19 mars dernier. Ils relèveront de fort beaux passages sur la famille chrétienne, des considérations opportunes sur des aspects rarement abordées par les textes pontificaux (les parents âgés, les difficultés concrètes de l’éducation, etc.) Ils apprécieront le fait que le texte affronte directement les situations véritables de la famille dans le monde contemporain.

Mais ils noteront aussi que, dès le début, l’exhortation, alors qu’elle va traiter d’un certain nombre de problèmes doctrinaux déjà tranchés par le magistère de l’Église, affirme cependant la légitimité de la libre discussion quant aux applications dans certains cas : « Je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent ». Cela laisse d’ailleurs une grande liberté pour discuter l’exhortation, qui se place donc, en préalable, hors du champ des « interventions magistérielles ».

En fonction de cela, le huitième chapitre (« Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », pp. 221-244), spécialement les nn. 296-312 ouvrent une brèche dans la doctrine morale antérieure :


Lire la suite sur le blog de L'Homme Nouveau
images/icones/1i.gif  ( 801901 )C'est tout le problème en effet ... par Exocet (2016-04-08 19:03:43) 
[en réponse à 801852]

Puisque les débats doctrinaux ne doivent pas être tranchés par les interventions magistérielles, on peut appliquer ce principe aux interventions du Pape à partir d'aujourd'hui. On peut donc considérer que la magistère de l'Eglise est figé depuis le 7 avril 2016 ? Ce qui, d'un autre côté, peut être considéré comme rassurant ...
images/icones/neutre.gif  ( 801907 )c'est la "ruse" pontificale justement par Luc Perrin (2016-04-08 20:33:46) 
[en réponse à 801901]

Depuis son élection, le pape François a méthodiquement affaibli la notion de magistère, déjà un peu écornée parfois de ci de là par ses prédécesseurs. Mais ce qui était l'exception est devenu la règle ou du moins une pratique courante : les interviews à un journal anti-catholique et anti-chrétien, les bons mots dans les avions portant sur la théologie fondamentale (plus de bien et de mal hors la "conscience" individuelle), les confidences à des visiteurs traitées en encycliques, le mépris/refus constamment affiché et exprimé (ici à nouveau) pour le "doctrinal"...
Au final la boutade pontificale est mise sur le même plan par l'opinion publique des textes "officiels", le tout étant livré à l'exégèse des théologiens, de certains prélats et surtout des media libéraux toujours prêts à piétiner la Bible, les Pères, les conciles y compris le dernier en date, le magistère pontifical antérieur.

Que retiendra le peuple ? Le "cardinal" Terras, le prophète Valadier, Mgr Lalanne, l'ancien directeur du Pèlerin etc. et les interprètes "qualifiés" type Yves Thréard, Rockaya Diallo, Caroline Fourest ou les théologiennes de la jupe etc.

Alors oui il convient de recourir comme le pape le réclame au "discernement" dans ce flot fait de mots qui surnagent dans un torrent médiatico-clérical sans atteindre la roche, le message évangélique qui allie miséricorde et jugement, accueil et sévérité.
images/icones/carnet.gif  ( 801962 )Un chef-d’œuvre de l’art jésuite:La Joie de l’amour par Jean Kinzler (2016-04-09 17:02:28) 
[en réponse à 801907]


"La Joie de l’amour", chef-d’œuvre de l’art jésuite

JEAN-PIERRE DENIS, DIRECTEUR DE LA RÉDACTION
CRÉÉ LE 08/04/2016 / MODIFIÉ LE 08/04/2016 À 17H56


Le genre « exhortation apostolique postsynodale » est rarement ce que l’on préfère en littérature. Et pourtant, Amoris Lætitia, la Joie de l’amour, leçons tirées par le pape des deux synodes sur la famille, abonde en développements admirables. François ne fait pas, on s’en doute, dans la bluette. Il aligne comme à la parade des formules d’une incroyable dureté contre ce pharisianisme et cette bureaucratie qui gangrènent son Église. Citons : « Les lois morales ne doivent pas devenir des pierres lancées à la vie des personnes. » Ou encore cette dénonciation des « cœurs fermés qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église » et de la « morale bureaucratique froide ». Pour autant, la Joie de l’amour est un texte subtil et magnifique.

François fait du Jean Paul II. Les références au grand pape de la… révolution sexuelle (he oui, c’est de Wojtyla qu’il s’agit, nonobstant le préservatif) sont omniprésentes. Il fait aussi, mais un peu moins, du Benoît XVI, en veillant à conserver intact le dépôt de la foi. Mais François en définitive, fait du François. Pour lui, si la tradition indique le chemin, c’est bien la lampe de la miséricorde qui éclaire la route. Et elle substitue le discernement au jugement. « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une situation irrégulière vivent dans une situation de péché mortel ». Et « personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ».

La voie des sacrements est clairement fermée pour « les » divorcés remariés. Elle est tout aussi assurément ouverte pour « des » divorcés remariés. Tout est à l’avenant. Aimer vraiment, fidèlement, et pour toujours : pour les jeunes qui s’engagent et pour les couples qui durent, le texte sera une bénédiction. Mais aimer aussi et surtout dans les réalités concrètes de l’existence : le corps qui vieillit, le désir qui change, l’absence d’enfants, leur homosexualité, l’amour qui se fragilise, la violence qui s’abat, la rupture inévitable ou même souhaitable dans certains cas, la reconstruction, le mélange de joies et de douleurs, la pauvreté, la vieillesse, le plaisir et la grâce.

La Joie de l’amour fera deux catégories de déçus. D’abord ceux qui veulent que la loi ait le dernier mot et que ce mot soit immuable ; ceux-là ont tendance à se ficher un peu du réel. Ensuite leurs adversaires, qui veulent changer la norme parce que les comportements évoluent, et qui sans doute se moquent un peu de l’idéal. Ces deux catégories n’en font qu’une : c’est toujours et encore la même attitude légaliste, normative et puritaine qui sous-tend leur démarche. Le moindre écart entre théorie et pratique est vécu comme une concession, une hypocrisie, une faiblesse et finalement une menace. C’est la logique du tout ou rien. Le général est censé absorber le particulier, en toutes circonstances. Tout doit être mesuré selon le même mètre étalon.

Mais la vie n’est pas ainsi faite, et l’Évangile étant la vie même, il n’est pas ainsi écrit. C’est ce que pense le pape, en tout cas. François choisit de ne pas toucher à la norme, et je pense qu’il le fait d’abord parce qu’il tient compte du contexte ecclésial. Les synodes ont montré qu’il n’était pas possible de résoudre le problème des divorcés remariés en l’abordant par le biais canonique, normatif. Ou alors, en faisant subir à l’édifice une tension pouvant aller jusqu’au schisme. Dès lors, comment le pape pouvait-il se tirer du mauvais pas dans lequel il s’était lui-même fourré ?

Avec une habilité consommée, François choisit de dépasser la polémique par la casuistique. Il sort de la logique du tout ou rien pour proposer quelque chose de faussement modeste. Le discernement devient boussole. Le jésuite fait de la casuistique une méthode de travail pour toute l’Église. Pour les amateurs de normes, rien n’est résolu. Soyons-en certains : la fin du document ouvrira de vicieuses querelles d’interprétations. C’est son principal point faible. Des prêtres, des évêques ou des conférences épiscopales se livreront à une interprétation libérale, convaincus que le sous-texte invite à tout changer sans le dire. D’autres se tiendront droits dans leurs bottes, relevant que la norme n’a pas varié et se persuadant que l’important est que tout change pour que rien ne change.

Le pari fait par François est le pari central de son pontificat en même temps que le grand malentendu auquel il s’expose. Il consiste à ne pas toucher aux structures pour privilégier la conversion missionnaire des personnes qui font l’Église. Pas de réforme des lois ou des institutions, mais une ambitieuse réforme de l’attitude personnelle. C’est encore plus ambitieux, au risque de faire pschitt. Espérons pour l’Église catholique que le pape sera réellement lu pour ce qu’il écrit, et non pour ce qu’on veut lui faire dire.lavie.fr
images/icones/carnet.gif  ( 802032 )Analyse qui laisse perplexe par Peregrinus (2016-04-10 14:17:13) 
[en réponse à 801962]

L'analyse de J.-P. Denis a de quoi laisser perplexe, même si à sa décharge il faut bien dire qu'elle se veut un commentaire d'un texte dont c'est peu dire qu'il laisse hélas lui-même plus que perplexe.
Je passe sur les amabilités que M. Denis adresse aux uns et aux autres, notamment aux puritains-légalistes-normatifs ; ces insultes sont devenues trop communes ces derniers temps dans l'Eglise pour qu'on ose en faire reproche à un journaliste.

En revanche, en plusieurs points, l'analyse de M. Denis pose des problèmes considérables.
M. Denis écrit tout d'abord, à propos de la position progressiste ou évolutionniste, qu'elle revient à se "moquer de l'idéal". Le problème est ici que le journaliste désigne comme un "idéal" le mariage chrétien, alors même que celui-ci existe. Un sacrement n'est pas un "idéal", mais un signe efficace de la grâce que Dieu donne. Le fondement même de la réflexion est donc viciée dans la mesure où ce que Dieu a fait est renvoyé à l'idéal, c'est-à-dire, selon la connotation de ce mot, à ce qui n'est pas réalisé, voire à ce qui n'est pas réalisable.
J.-P. Denis reproche à ceux qui s'attachent à la "norme" d'absorber le particulier dans le général, de vouloir tout "mesurer selon le même mètre-étalon". Il oublie ici que tous nous avons reçu en partage la même nature humaine, que tous nous avons été rachetés dans le même sang au Calvaire par Celui qui est le même hier, aujourd'hui et pour l'éternité. Ce sont à la fois la loi naturelle et la loi surnaturelle qui disparaissent dans un refus de l'universel au nom du particulier. C'est au fond pire qu'un changement des normes, car c'est affirmer en définitive qu'il n'est pas utile de se préoccuper des normes.
On peut noter encore le paralogisme d'anthologie : "La vie n'est pas ainsi faite, et l'Evangile étant la vie même, il n'est pas ainsi écrit." J.-P. Denis semble n'avoir pas même envisagé qu'il n'entend pas le mot vie dans le même sens dans la première et dans la deuxième partie de sa phrase. Cela le conduit à confondre la vie comme existence concrète de l'homme et la vie surnaturelle, et donc à absorber la seconde dans la première dans un pseudo-surnaturalisme dont les conséquences spirituelles et morales ont de quoi faire frémir.
Les derniers paragraphes sont effarants en tant qu'ils sont accablants pour le pape François : tout cela, nous explique J.-P. Denis, est l'échappatoire politique trouvé par le pape jésuite au guêpier où il s'est lui-même jeté. Au nom d'un impératif politique particulier, on réécrit donc toute la pastorale, voire toute la doctrine de l'Eglise en matière familiale. Ce constat, qui est terrible, est renversé en éloge par le journaliste, qui ne semble pas même se rendre compte qu'il donne en réalité raison par avance à toutes les critiques qu'il déclare redouter.

Peregrinus