Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 801508 )Bible d'Alcuin (Charlemagne) par Quaerere Deum (2016-04-05 12:54:22) 

Bonjour,

Est-ce qu'on peut trouver quelque part le texte de la Bible d'Alcuin -- révision de la Vulgate commandée par Charlemagne ?

D'après Pierre Perrier, cette édition serait la plus proche des écrits araméens de la Peshytta.
images/icones/1e.gif  ( 801519 )Rigolo. par Yves Daoudal (2016-04-05 14:58:55) 
[en réponse à 801508]

Je savais déjà que les élucubrations genre Pierre Perrier étaient gaguesques, mais là c'est un sommet.

Ce que vous appelez la Bible d'Alcuin est ce que les spécialistes de la Vulgate appellent le "consensus codicum Φ secundum exemplar Alcuini scriptorum". Désigné, donc, par la lettre Φ dans les éditions récentes.

Comme l'indique l'expression "consensus codicum", Alcuin avait réuni les codex qu'il pouvait réunir, afin de réaliser la première édition critique de la Bible latine de saint Jérôme. Elle sera ensuite une base importante de la nouvelle édition critique, la clémentine, qui sera la Vulgate. C'est pourquoi, comme on peut le constater dans la Vulgate de Stuttgart, la Bible d'Alcuin est, sans surprise, la plus proche de la Vulgate clémentine, laquelle donne assez souvent le texte d'Alcuin quand la majorité des manuscrits dont nous disposons aujourd'hui donne une version (légèrement) différente.

Rien à voir, mais vraiment rien, avec la Peshitta...

(Pour avoir le texte d'Alcuin, vous prenez la Vulgate de Stuttgart et vous regardez les notes qui ont Φ - ce sont souvent les notes qui ont aussi le c de la Vulgate clémentine, c'est-à-dire que c'est vraiment sans importance, à moins de vouloir faire une étude de détail extrêmement pointue.)
images/icones/1e.gif  ( 801526 )Tiens par Quaerere Deum (2016-04-05 15:19:21) 
[en réponse à 801519]

j'avais plutôt entendu ou lu que la Vulgate Clémentine s'éloignait de la Bible d'Alcuin, en se confrontant aux seuls manuscrits grecs (pour le NT, je suppose ...).
Mais si vous affirmez le contraire, j'y perds mon latin.

Sur ce que dit Pierre Perrier, j'ai effectué des recherches sur Internet sans avoir trouvé de confirmation. A ce sujet, je ne sais pas sur quoi il s'appuie. En tout cas, l'émission de Radio Courtoisie en question se trouve ici (26 septembre 2014, pour les cotisants).

A part ça, vous pensez vraiment qu'il n'a que des élucubrations ? Ses recherches semblent plutôt sérieuses.
images/icones/fleche2.gif  ( 801612 )Sondage par Yves Daoudal (2016-04-06 13:21:26) 
[en réponse à 801519]

J’ai pris au hasard deux chapitres de chaque évangile, et j’ai compté les variantes identiques chez Alcuin (Φ) et dans la clémentine (c), et les variantes n’existant que dans Φ (selon la Vulgate de Stuttgart).

Résultat : dans ces huit chapitres (Matth 14-15, Marc 11-12, Luc 13-14, Jean 2-3), on trouve 28 variantes Φc et 21 variantes Φ tout seul.

Sur les 21 variantes Φ tout seul, 18 ne sont pas exploitables : il s’agit d’exacts synonymes qui ne permettent pas de comparer avec le syriaque, ou d’interversions de mots sans incidence sur le sens, ou d’autres minuscules différences qui ne correspondent d’ailleurs à rien dans le texte grec.

Sur les 3 qui restent, 2 ne correspondent à rien dans la Peshitta.

Et la dernière, Matthieu 14,22, qui dit « ses disciples » (discipulos suos) au lieu de « les disciples », si elle se trouve bien dans la Peshitta, se trouve également dans de nombreux manuscrits grecs, dont ceux de la tradition byzantine !

Il ne reste donc rien de ce que prétend Pierre Perrier. Absolument rien, sur huit chapitres des Evangiles.

Au contraire, une majorité de variantes d’Alcuin se trouve aussi dans la clémentine. Sans surprise, comme je l’ai déjà dit.

Ce décompte m’a toutefois permis de noter une disparité dans les Evangiles. Ainsi chez Luc (13-14) il n’y a que 2 Φc contre 6 Φ tout seul, alors que chez saint Jean (2-3) il y a 11 Φc contre 1 Φ tout seul (saint Jean doit être une sorte d'extrémiste anti-Peshitta...).
images/icones/1e.gif  ( 801613 )Quel travail ! par Quaerere Deum (2016-04-06 13:33:57) 
[en réponse à 801612]

Et Jean 3,33 ? C'est un indicateur de différence avec l'araméen qui parait-il fournit un texte différent de "Dieu est véritable".
images/icones/neutre.gif  ( 801623 )[réponse] par Yves Daoudal (2016-04-06 15:18:03) 
[en réponse à 801613]

Comme je ne m'intéresse pas à la Peshitta, je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

Si l'on considère le texte grec, qui est le texte originel et authentique, on constate qu'il n'existe aucune variante dans les centaines de manuscrits.

On voit l'ajout d'un "mais", au début, dans la version arabe de Tatien et dans deux vieilles latines, pour souligner l'antithèse avec la phrase précédente.

Et certaines versions latines, dont les évangiles de Split, Alcuin, et la Vulgate clémentine, mettent le verbe au "parfait" alors qu'en grec c'est un participe présent.

Une fois encore on voit la clémentine suivre Alcuin. Quel rapport avec la Peshitta ?
images/icones/hum2.gif  ( 801627 )Pardonnez-moi par Quaerere Deum (2016-04-06 15:26:28) 
[en réponse à 801623]

il faudrait que je réécoute précisemment l'émission car Pierre Perrier démontrait l'antériorité de l'araméen des évangiles en donnant l'exemple de Jean 3,33 dont le sens semble perdu dans la version grecque.

Mais s'il n'y a pas de différence entre Alcuin et la clémentine dans Jean 3,33, cela infirme un peu le lien entre le travail d'Alcuin et les versions araméennes.

Désolé de ne pas être assez clair.
images/icones/neutre.gif  ( 801690 )C'est du pipeau. par Yves Daoudal (2016-04-07 12:26:48) 
[en réponse à 801627]

Même si ça peut être joli, le pipeau, ça reste du pipeau.

Quand on lit les Evangiles dans une édition critique, on constate que très souvent les variantes de la Peshitta sont parmi les variantes des versions qui harmonisent les synoptiques dans les passages parallèles, donc qui datent forcément d'après les premiers textes.

Ce matin, par hasard, je suis tombé sur un autre indice. C'est à la fin du récit des Noces de Cana. Le texte dit exactement: "Ce commencement des signes fit Jésus à Cana de la Galilée".

Le mot que je traduis par "commencement" est "archè". Il est clair que saint Jean, au 2e chapitre de son évangile, utilise exprès le mot qui commence son évangile. Il utilise le mot "archè" pour souligner que nous sommes à un nouveau commencement absolu: ce miracle de l'eau changée en vin n'a pu être fait que par le Créateur, celui qui a tout fait "en archè", et qui commence ici sa nouvelle création. "Ce commencement des signes" aboutira au signe de la Croix.

Mais la Peshitta a : "ce premier signe". Il est manifeste que le traducteur s'est dit que "Ce commencement des signes fit Jésus" ne serait pas compris par le plus grand nombre. Alors il a mis "premier". Comme dans la version arabe de Tatien, comme dans une version copte, comme dans de... mauvaises traductions françaises. (Mais il n'y a aucun manuscrit grec ni aucune version latine qui ait "premier".)
images/icones/1a.gif  ( 801695 )Jolie trouvaille par Quaerere Deum (2016-04-07 13:02:31) 
[en réponse à 801690]

Ne me dites pas que vous connaissez aussi l'araméen !
images/icones/5b.gif  ( 801698 )Oh non... par Yves Daoudal (2016-04-07 13:26:54) 
[en réponse à 801695]

Je ne connais pas l'araméen. Mais l'apparat critique donne les variantes de la Peshitta en... latin !
images/icones/neutre.gif  ( 801703 )Très utile par Quaerere Deum (2016-04-07 15:10:15) 
[en réponse à 801698]

cette Stuttgartine !
images/icones/fleche3.gif  ( 801520 )Au musée de la cathédrale de Monza par CMdelaRocca (2016-04-05 14:59:08) 
[en réponse à 801508]

...du moins un des trente exemplaires connus...La première traduction complète de la Bible en latin de l’hébraïque et du grec, la Vulgate, remonte au Ive siècle, œuvre de Saint Jérôme. A cause des transcriptions successives, des variantes sont apparues dans le temps. En 801 Alcuin d' York fût chargé par Charlemagne de conduire une révision de la Vulgate pour en l'expurger des erreurs et reproduire fidèlement le texte original.
Le manuscrit de Monza se réfère aux dernières année durant lesquelles Alcuin était Abbé de Tours.

images/icones/neutre.gif  ( 801527 )[réponse] par Quaerere Deum (2016-04-05 15:21:27) 
[en réponse à 801520]

Merci. Il y en aura peut-être un facsimile sur Internet ?
images/icones/1a.gif  ( 801590 )Les bibles d' Alcuin: tour d'horizon par baudelairec2000 (2016-04-06 09:00:32) 
[en réponse à 801508]

Alcuin et la Bible


Alcuin, le principal conseiller de Charlemagne, fut nommé par le futur empereur à la tête de l’abbaye de Saint-Martin de Tours en 796. Sur les quelques trois cents lettres d’Alcuin que nous avons conservées, plus de deux cents sont datées de Saint-Martin. Il faut dire qu’on demande à l’ancien écolâtre d’York des conseils, le roi des Francs évidemment continue de bénéficier de l’influence bienfaisante de son ancien maître palatin. Mais on ne lui demande pas que des conseils, on lui commande aussi des livres, surtout dans le domaine de l’exégèse biblique : Alcuin, comme ses contemporains, connaît fort bien les commentaires des Pères sur les textes bibliques. C’est donc tout naturellement que Charles lui confia la mission de réviser le texte de la Vulgate.


Les intentions de Charlemagne

« Les directives les plus importantes de Charles ayant trait à la Bible, ou du moins aux parties liturgiques de celle-ci, sont le capitulaire connu sous le nom d’"Admonitio" generalis et la lettre intitulée "Epistola de Litteris colendis". Dans son "Admonitio generalis", qu’il adresse au clergé de son royaume en mars 789, Charles se préoccupe de la création d’écoles dans les diocèses et monastères, et de la copie exacte et soigneuse des textes liturgiques, surtout des évangiles, des psaumes et du missel.

« Qu’on corrige avec soin, ordonne-t-il, les livres catholiques ; souvent, en effet, ceux qui désirent bien prier Dieu le font à l’aide de livres fautifs ; ne laissez pas vos enfants les corrompre encore en les étudiant ou en les copiant. Quant à la tâche de copier l’évangile, le psautier ou le missel, qu’on la confie à des hommes d’âge mûr qui l’effectueront avec le plus grand soin. »

Dans son "Epistola de litteris colendis", vraisemblablement antérieure à l’Admonitio, Charlemagne donne instruction au clergé d’encourager l’étude des lettres, pour permettre une meilleure compréhension des Ecritures.

Un troisième texte, l’Epistola generalis, affirme :

« Avec l’aide universelle de Dieu, nous-mêmes avons fait corriger rigoureusement tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, corrompue par l’impéritie des éditeurs. »

Cette epistola generalis est datée des années 786-801, soit largement avant l’entreprise confiée à Alcuin ; aussi d’autres corrections ont-elles été menées à bien avant ou en même temps que celle de l’abbé de Tours. Ainsi une bible fut produite à Metz sous la direction de l’abbé Angilram, décédé en 791 ; cette bible dont il ne subsiste que la seconde partie est la première bible carolingienne de grand format, complète en un seul volume : c’est-à-dire du type qu’on associe exclusivement à Alcuin et au scriptorium de Tours. Cette bible est conservée à Metz ; le manuscrit mesure 46 x 33 cm, et est écrit sur deux colonnes de quarante lignes. De par son texte, la Bible de Metz ne semble pas apparentée à celle d’Alcuin, bien qu’elle ait été corrigée d’après elle par la suite.

La plus célèbre des révisions carolingiennes de la Bible est, sans aucun doute, celle qui est associée à Alcuin. Alcuin vint à bout de cette entreprise colossale et il offrit à son royal commanditaire sa version corrigée de l’Ancien et du Nouveau Testament soit à la Noël 800, soit à la fin de l’année suivante ; nous n’avons là aucune certitude. Cet exemplaire n’a pas été conservé, une certitude cependant : il est à l’origine de toute une famille de manuscrits issus du scriptorium de Saint-Martin qui se diffusèrent et imposèrent une nouvelle version de la Vulgate.

En 800, Alcuin a envoyé une partie de son commentaire sur l’Evangile de saint Jean à Gisèle, sœur de Charles et Rotrude, fille de celui-ci, moniales de Chelles, pour les lectures du temps de Carême. Il travaillait alors à une révision de la Bible. Dans la lettre accompagnant son envoi, peu avant Pâques 800, il explique pourquoi ses commentaires sur les quatre Evangiles, qu’il leur avait promis, ne sont pas achevés : « Sans doute vous aurais-je adressé mes commentaires de tout l’Evangile, si je n’étais pas occupé à exécuter l’ordre du seigneur roi de corriger l’Ancien et le Nouveau Testament. »

Dans une lettre qu’il adresse à Frédégise, futur abbé à Tours, Alcuin déclare que Frédégise doit présenter à Charlemagne une Bible en guise de cadeau : « Au jour de Noël, homme de paix, remets à mon seigneur David (= Charles) la missive de ma petitesse, avec le très saint présent de la divine Ecriture et quelques mots de salut. » Ce qui nous ferait déjà deux Bibles.

Outre ces deux Bibles, Alcuin a supervisé la production d’au moins quatre autres bibles pendant qu’il était abbé à Saint-Martin. Dans ses poèmes d’introduction, Alcuin mentionne que l’une d’elles a été faite pour Gerfrid de Laon, et une autre pour Ava. Mais aucun des manuscrits survivants du temps d’Alcuin n’est identifiable à l’une de ces quatre Bibles. Attestée par les documents, la production de six Bibles complètes est une véritable prouesse.

Il est dommage que seule la Bible de Saint-Gall 75 ait survécu dans sa totalité, car c’est loin d’être un beau manuscrit. Du point de vue de l’orthographe, elle est médiocre, et elle n’a pas les décorations splendides et la mise en pages minutieuse qui caractériseront les autres Bibles dites d’Alcuin. Les manuscrits d’Ada et les Bibles produites par Théodulf, contemporain d’Alcuin, abbé de Fleury et futur évêque d’Orléans, sont des réussites beaucoup plus impressionnantes, des points de vue artistique et calligraphique. Il est donc très peu probable que le manuscrit de Saint-Gall soit la Bible qui a été réellement offerte à Charlemagne. Une question se pose encore : La Bible d’Alcuin a-t-elle été réalisée à la demande de Charlemagne pour servir de modèle officiel à tout le royaume ? Impossible de répondre par un argument convaincant. La Bible d’Alcuin n’était qu’une bible parmi un certain nombre d’autres produites pour Charlemagne, et sa popularité et son influence sont postérieures à la mort d’Alcuin et de Charlemagne. On sait en revanche que pour effectuer ses corrections, il a choisi de ne pas utiliser la Vetus Latina. Sa Bible était une Vulgate, purifiée en partie des interpolations de la Vetus latina.

L’influence qu’a eue cette Bible après Alcuin tient largement à l’importance de Tours comme centre de production de manuscrits. Alcuin eut comme successeurs Frédégise (807-834), Adalhard (834-843) et Vivien (844-851). Des Bibles produites à Tours avant la mort de Vivien, il reste dix exemplaires complets, dont la fameuse Bible de Charles le Chauve. Un très bel album, témoin d’une exposition à la BNF, offre des reproductions splendides de ces réalisations : Trésors carolingiens. Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve (BNF, 2007).

un aperçu de l'exposition à la BNF


Sur le sujet, nous recommandons vivement la lecture des ouvrages suivants :

Le Moyen Age et la Bible (dir. Pierre Riche et Guy Lobrichon), Beauchesne, 1984. Cet ouvrage comporte un article important de Laura Light, « Versions et révisions du texte biblique », que nous citons abondamment.

Guy Lobrichon, La Bible au moyen Age, Picard, 2003

Du même, « Le texte des bibles alcuiniennes », contribution à un bel ouvrage collectif sur Alcuin, Alcuin de York à Tours, Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, t. 111, 2004 ( indispensable sur les différentes versions de la Bible avant et après Alcuin ; disponible en téléchargement).

P. L. Ganshof, La révision de la Bible par Alcuin dans Bibliothèque d’humanisme et renaissance, t. IX, 1947 (article fondateur, mais l’auteur, des décennies plus tard, a remis en question cet article).

Pour le contexte : Jean Chélini, Alcuin, Charlemagne et Saint-Martin de Tours, article paru dans la Revue d’Histoire de l’Eglise de France, n° 144, 1961.
images/icones/neutre.gif  ( 801591 )Merci par Quaerere Deum (2016-04-06 09:14:24) 
[en réponse à 801590]

C'est très instructif !
images/icones/bravo.gif  ( 801626 )Autre trésor... "Le personnalisme intégral" par Glycéra (2016-04-06 15:24:14) 
[en réponse à 801590]


écrit par l'abbé Serralda est un trésor.

Sur son site :
http://ab2t.blogspot.fr/2009_09_01_archive.html

l'abbé de Tanouarn en fait un éloge plus qu'appuyé.
images/icones/hum2.gif  ( 801664 )Modérez votre enthousiasme ! par baudelairec2000 (2016-04-07 00:02:17) 
[en réponse à 801626]

le hic, madame, c'est qu'il s'agit d'un très mauvais ouvrage qui donne constamment dans l'anachronisme: comment peut-on parler de personnalisme - le fait de le qualifier d'intégral ne lui conférerait pas davantage de respectabilité - à l'époque d'Alcuin? Il est aussi question de souveraineté; or, il faudra attendre les XIVe et XVe siècles pour voir s'épanouir la notion.

Le titre de l'ouvrage est: La philosophie de la personne chez Alcuin (NEL). Rappelons que le terme de persona au haut Moyen Age est un terme qui a de multiples significations qu'on ne peut réduire à une notion pseudo-métaphysique; références dans le Gaffiot:


1. Masque de l’acteur 2. Rôle de l’acteur, caractère 3. Rôle, caractère, personnage 4.Caractère, individualité, personnalité 5. Personne humaine, individu 6.Personne (en grammaire) 7.Personne de la Ste Trinité

Les références dans Niermeyer, "Mediae latinitas lexicon minus" sont encore plus précises pour l'époque qui nous occupe:

1. Individu, être humain 2.Personne (en parlant du statut des non-libres) 3. Personne(en soulignant l’action personnelle)
4. Identité 5. Personne morale 6. Personnification 7. Délégué, fondé de pouvoirs 8.Persona alicujus 9. Beauté 10. Qualité d’être reconnu comme personne ayant des droits 11. Compétence, capacité 12. Dignité, rang, importance 13. Individu d’un certain rang social 14. Fonctionnaire 15. Dignitaire 16. Ecclésiastique qui a été investi d’une cure par l’évêque et qui la tient à vie, à titre personnel. 17. Droit de personnat, obligation qui incombe au patron d’une église paroissiale de présenter un ecclésiastique à l’évêque après le décès du titulaire (synonyme personatus).

Le spécialiste de cette époque, quand il rencontre persona dans les textes non théologiques, sait que le terme renvoie à un personnage, à une personnalité, un homme investi d'une charge et d'un honor. Ainsi les conciles du IXe siècle ne cesse de distinguer la personne du pontife et la personne du roi, ces deux personae qui régissent l'Eglise. Rien n'est plus éloigné du personnalisme que le Moyen Age réel rendu par les différents textes normatifs ou épistolaires. On serait presque tenté de dire que l'individu, être isolé, n'a pas de place dans cette société. La notion de respublica (la chose publique), d'ailleurs connaît un renouveau à partir du règne de Louis le Pieux; et les ecclésiastiques sont les premiers à l'utiliser.

Cette pensée sytématique d'Alcuin, telle que nous l'expose l'abbé Serralda dans des développements confus, ne recoupe que très peu l'oeuvre du principal conseiller de Charlemagne.

baudelairec2000 qui s'est intéressé à la pensée politique d'Alcuin dans le cadre d'un Master d'histoire.