Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=799058
images/icones/fleche3.gif  ( 799058 )La théorie fumeuse de deux Églises institutionnelles par Ennemond (2016-02-29 17:03:38) 



Hier, une poignée de traditionalistes, les plus passionnés, s’arrogeaient une mini-autorité pour décréter qui était le pape, qui ne l’était pas. Ils ont constitué ce qu’il est convenu d’appeler le sédévacantisme. Mgr Lefebvre a rejeté de façon définitive la théorie qui consisterait à prétendre que le pontife romain serait un usurpateur et qu’on ne pourrait de ce fait le placer dans la chaîne des successeurs de Pierre, sinon, il serait impossible, expliquait-il, de trouver une solution à la crise. Qui décréterait la fin de cette dernière ? Qui devrait rétablir le véritable pape ? Qui le désignerait ? Autant de questions auxquelles les sédévacantistes ne pouvaient répondre tandis que leur nombre allaient en diminuant à mesure que ce nouveau contexte s’étalait sur les mois, les années, puis les décennies.

Le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X a tellement insisté sur ce rejet du sédévacantisme que parmi ses fidèles une petite minorité, tout en étant attirée par ces thèses hâtives et tout en conservant l’idée de demeurer fidèle à l’archevêque, ont inventé une forme de sédévacantisme larvé. Ils ont laissé de côté la gênante question du pape pour, de la même manière, dire de façon définitive du haut de leur seule autorité que l’Église que le pape conduirait ne serait pas l’Église. Le mirage ne se situerait pas à l’échelon du pape, mais de l’Église elle-même. Il y aurait deux Églises qui se feraient face : l’une conciliaire serait animée à Rome, l’autre catholique et on ne saurait pas bien où se trouve son gouvernement. Peut-être à Rome, peut-être à Écône ou Saint-Nicolas, peut-être à Londres ou à Avrillé. Ce ne serait plus du sédévacantisme mais de l’ecclésiovacantisme. On pourrait alors poser les mêmes questions sur l’issue aventureuse de cette théorie. Qui relancera la véritable Église ? Qui la dirige vraiment aujourd’hui ? Le collège cardinalice, pourtant peuplé de modernistes, en fait-il toujours partie ? S’il est un collège d’une fausse Église, peut-il élire le véritable pape ? Bref, on retombe dans une suite de questionnements extravagants et sans réponse.

Où donc les « théoriciens » de ces propositions amphigouriques, avançant qu’il y aurait deux Églises distinctes, tirent-ils leur idée fumeuse ? Selon leurs propos, de la déclaration de Mgr Lefebvre du 21 septembre 1974 qui parlait de deux Rome : la « Rome éternelle » à laquelle il voulait demeurer fidèle, opposée à la « Rome de tendance néo-moderniste » qu’il refusait complètement. Deux ans plus tard, il a d’une certaine manière réutilisé cette analogie en parlant d’une nouvelle Église avec « ses sacrements, sa foi, son culte, ses catéchismes ». Mais il s’agissait bien évidemment d’une analogie. Sinon, il aurait été inconséquent pour Mgr Lefebvre de continuer des pourparlers et même de les envisager dix ans plus tard avec une Église qui aurait été un ersatz d’Église. On notera d’ailleurs que nos « théoriciens » datent la naissance de la soi-disante nouvelle Église du code de Droit Canon de 1983. Mgr Lefebvre a pourtant prononcé sa déclaration analogique des deux Rome en 1974… Les dominicains d’Avrillé prétendent de leur côté que Mgr Lefebvre avait définitivement conclu en 1978 que l’Église constituée des prélats romains n’était pas vraiment l’Église catholique. Pourtant c’est avec ces mêmes prélats qu’il préparait des accords dix ans plus tard.

A suivre ce montage élaboré de fraîche date, on aurait donc eu un fondateur de la Fraternité qui, pendant des années, aurait littéralement trompé les fidèles en leur faisant croire qu’il allait les faire reconnaître par une fausse Église, animée par des comédiens. Une telle vision confine à l’absurdité car elle extrapole une analogie et en fait déduire des conclusions nocives. C'est le propre du raisonnement univoque. Quand Mgr Lefebvre parlait d’Église conciliaire, il ne parlait pas d'une institution. Il parlait bien réellement de la mouvance progressiste qui s’est installée dans les cadres de la Sainte Église. Avec cette dernière, fondée par le Christ, et malgré les méfaits des clercs corrompus, il n’a jamais voulu rompre et avec ses représentants légitimes, quoique parfois bien indignes, il a toujours désiré parvenir à un accord pour être reconnu.

Vouloir conclure à une opposition entre deux Églises institutionnelles revient à solliciter outre-mesure une analogie circonstancielle. Prenons un exemple bien connu. Sous la IIIe République, les observateurs ont, par commodité, théorisé une opposition entre « les deux France » : Il y aurait eu d’un côté la France républicaine et anticléricale, héritière de la Révolution et imbibée des idées maçonniques ; de l’autre la France catholique et monarchique, héritière de l’histoire des rois et des saints. Il s’agissait bien évidemment de présenter deux mouvances cohabitant en France, l’une relevant de ce qu’a toujours été la France, l’autre étant un véritable corps étranger qui s’est niché dans l’esprit de dirigeants corrompus. Mais il ne s’est trouvé à l’époque aucun esprit tordu pour décréter que ces deux France étaient deux pays différents, avec des gouvernements différents, des ambassades différentes, des institutions différentes. Sinon, pourquoi ne pas avoir poussé l’analogie encore plus loin pour passer de l’absurdité à la folie : On aurait pu s’ingénier à localiser ces deux France sur une carte comme nous aurions essayé de calculer la distance qui sépare en kilomètre la Rome éternelle de la Rome conciliaire. Cela n’aurait évidemment eu aucun sens.

Ces quelques mots n’ont d’autre but que de montrer que pousser l’analogie un peu trop loin, c’est risquer de faire abstraction de sa raison. En tout cas, définir des vérités en les fondant sur des analogies ou des comparaisons qui visent avant tout à faciliter la compréhension, conduit toujours à contrefaire la vérité. C’est en général ainsi que sont nées les grandes hérésies, à coups de sophismes et de raisonnements captieux. Même des esprits brillants y ont sombré.
images/icones/neutre.gif  ( 799071 )Merci Ennemond par Jacques (2016-02-29 18:58:38) 
[en réponse à 799058]

Encore une démonstration claire comme à votre habitude.

Et à opposer ces "deux Eglises" au point de les rendre irréconciliable on en perd de vue l'essentiel.

Je crois qu'il y a beaucoup d'égos, la crainte de voir restreinte une "petite" liberté acquise au fil des années, un manque de confiance dans la sainteté de l'Eglise.
images/icones/neutre.gif  ( 799090 )Excellente argumentation par Peroutradition (2016-02-29 21:13:02) 
[en réponse à 799058]

et très claire. Il est vrai que l'on ressent parfois cette tendance chez certains prêtres de la FSSPX, et votre brillante démonstration montre que cette théorie fumeuse n'est pas compatible avec la vrai Foi catholique, comme Mgr Lefebvre l'avait lui-même très bien comprit.
images/icones/fleur.gif  ( 799097 )C'est exactement ça! par PEB (2016-02-29 22:29:17) 
[en réponse à 799058]

L'ancien séminariste romain né il y a plus d'un siècle usait ainsi des catégories intellectuelles apprises de ses parents. Il y avait les deux France, il y aura donc les deux Rome. Cette formule est purement politique et n'a, en effet, aucun fondement théologique en elle-même.

C'est pourquoi je souhaite tant la réconciliation, le pardon réciproque. Que la Fraternité Saint-Pie-X soit reçue comme don de l'Esprit-Saint et qu'elle-même reçoive formellement sa mission de l’Église universelle. Qu'à la fin - et c'est qu'un début, l'Abbé Guillaume Normand confie à son confrère de la Rocque des registres paroissiaux vierges et ce, sous la bénédiction de l'Archevêque.
images/icones/neutre.gif  ( 799139 )effectivement par Folgoët (2016-03-01 14:53:11) 
[en réponse à 799097]

Je trouve Ennemond bien plus logique que Mgr Tissier. Ennemond pense qu'il n'y a qu'une église sans distinction dans la réalité et il conclut logiquement que l'acceptation d'une reconnaissance canonique n'a rien de répréhensible puisque c'est le pape qui reconnaît le catholicisme de la fsspx alors que Mgr Tissier pense qu'il y a spirituellement et réellement deux églises mais il ne veut pas s'opposer à cette reconnaissance qui équivaut à une intégration réelle de la tradition dans le système conciliaire.

Ennemond est logique. Mgr Tissier ne l'est pas.
images/icones/1n.gif  ( 799147 )J'ai souvent entendu! par Miserere (2016-03-01 17:06:52) 
[en réponse à 799139]


Depuis des années plusieurs prêtres de la FSSPX parlaient d'une nouvelle église à Rome.

Même l'abbé Lorans en parlait à une certaine époque.

Mais bon aujourd’hui c'est Ennemond qui contrôle la FSSPX!
images/icones/fleche2.gif  ( 799173 )Mais non, vous n'y êtes pas par Philippilus (2016-03-01 21:55:01) 
[en réponse à 799147]

Ennemond est en secret sous contrôle de son frère aîné, qui est lui-même sous l'influence de forces occultes.

On voit donc clairement qui tire les ficelles dans l'ombre.

Philippilus
images/icones/fleche2.gif  ( 799181 )Ce n'est pas contradictoire avec ce que j'ai écrit par Ennemond (2016-03-01 22:11:50) 
[en réponse à 799147]

Bien sûr que les prêtres ont parlé d'une Eglise conciliaire, mais de façon analogique pour désigner la mouvance conciliaire dans l'Eglise. Sinon pourquoi Mgr Lefebvre a-t-il essayé de signer des accords en 1988 si l'Eglise conciliaire était une fausse Eglise ?

Je peux aller plus loin, je peux vous trouver des passages de Mgr Lefebvre affirmant en 1988 "Nous n'avons jamais voulu rompre avec la Rome conciliaire" (sic !) ou encore "Si le Bon Dieu le veut, il nous intégrera dans l'Eglise officielle tels que nous sommes". Et à mon sens ces affirmations ne sont pas du tout contradictoires avec la déclaration de 1974 ou son Itinéraire spirituel. Tout dépend du sens analogique qui est donné au terme "Eglise conciliaire" ou "Eglise officielle".

Si vous n'êtes plus capable de faire la différence entre un propos analogique et une réalité, alors vous allez finir par penser que Notre Seigneur nous prend réellement pour des grains de sénevé ou pour un coureur de stade, ce que vous n'êtes pas ni dans un cas ni dans l'autre. C'est le drame de l'univocité.
images/icones/1n.gif  ( 799184 )Pas Conciliaire! par Miserere (2016-03-01 22:49:54) 
[en réponse à 799181]


Mais Église nouvelle!

Ce n'est pas la même chose!
images/icones/fleche3.gif  ( 799185 )C'est analogique aussi par Ennemond (2016-03-01 22:57:19) 
[en réponse à 799184]

Si l'Eglise nouvelle était une institution nouvelle et distincte de l'Eglise catholique, pour quelle raison Mgr Lefebvre aurait-il envisagé de faire un accord avec une fausse Eglise ?

Tous ces adjectifs sont analogiques sinon vous faites passer Mgr Lefebvre pour un fou.
images/icones/fleche2.gif  ( 799189 )Des catholiques irénistes, et non une Eglise conciliaire. par Scrutator Sapientiæ (2016-03-02 07:15:13) 
[en réponse à 799058]

Bonjour Ennemond,

1. Pour ma part, je raisonnerai davantage en parlant de catholiques irénistes qu'en parlant d'Eglise conciliaire, le problème auquel nous sommes confrontés étant avant tout d'ordre comportemental et non avant tout d'ordre institutionnel.

2. Des clercs,

- en amont du Concile Vatican II, ont commencé à introduire dans une partie de l'Eglise,

puis,

- à la faveur du Concile Vatican II, ont commencé à imposer à presque toute l'Eglise,

un nouveau mode de raisonnement, avant tout pacificateur, et non avant tout sanctificateur, générateur d'un nouveau mode de comportement, intellectuel et relationnel.

3. Ce mode de raisonnement ne me semble vraiment pas être avant tout conciliaire, ni même avant tout moderniste ou progressiste, au sens strict du terme : il a commencé à se manifester d'une manière antérieure et extérieure au Concile, et a amplement survécu au (néo)modernisme et au (néo)progressisme, tels que nous les avons connus jusqu'à la fin des années 1980.

4. Ce mode de raisonnement n'est pas non plus "libéral", ou plutôt, à tout le moins dans le contexte français, bien des catholiques irénistes se disent "anti-libéraux", que ce soit sur le plan philosophique ou sur le plan économique.

5. Quatre des caractéristiques fondamentales de cet irénisme, parfois obsessionnel, sont l'anti-dogmatisme, l'anti-légalisme, l'anti-controversisme et l'anti-prosélytisme ;

- certes, on peut considérer que certains textes du Concile, tels que UR et NA, ont donné une forme de consécration magistérielle à au moins deux de ces principes généraux,

- mais des catholiques, fort peu nombreux, il est vrai, ont commencé à souscrire à ces principes dès l'avant-Concile,

- et bien des catholiques se sont mis à souscrire, à se résigner, ou à se soumettre, à ces principes, dans l'après-Concile, sans toujours bien connaître ni bien comprendre les textes du Concile.

6. Je vois dans cet irénisme, parfois obsessionnel, une perversion de la charité d'une extrême gravité, qui ne se limite pas à du modérantisme ou à du tolérantisme, mais qui va jusqu'à une inversion de ce que l'on devrait pouvoir dire et faire : les catholiques irénistes me font souvent penser à ces parents qui, "par amour" pour leur enfants, les laissent dire et faire ce qu'ils veulent, leur disent ou leur font ce qui les arrange, et taisent ou défont ce qui les dérange...

(Cela étant écrit, j'ai bien conscience du fait que la permissivité des catholiques irénistes est à géométrie variable : par exemple, s'ils permettent que la liturgie officielle ne soit pas respectée, ils ne permettent pas qu'elle soit respectée, ou, en tout cas, permettent qu'elle ne le soit pas, y compris en ce qui concerne le N.O.M.)

7. Je constate enfin que cet irénisme comporte une capacité de régénération, relativement indépendante des corps de doctrine successifs sur lesquels il surfe, et du corps de bataille, ici où là, en peau de chagrin, dont il dispose, précisément pour ne mener aucune bataille, ne serait-ce que défensive, contre les courants de pensée et d'action qui s'en sont pris hier, ou s'en prennent aujourd'hui, au christianisme catholique.

8. Des clercs irénistes ont été "communisants" hier, notamment dans les années 1950 et 1960, et à mon sens, pour être "communisants", ils n'avaient pas besoin de bien connaître le communisme : il leur suffisait d'être anti anti-communistes ; de même, des clercs irénistes sont "islamisants", aujourd'hui, et à mes yeux, pour être "islamisants", ils n'ont pas besoin de bien connaître l'islam : il leur suffit d'être anti anti-islamistes.

Bonne journée.

Scrutator.