Le Forum Catholique
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( 798280 )
Les loups d'Habacuc par Rémi (2016-02-18 17:42:50)
au premier chapitre verset huit, sont-ils "du soir" (lupis vespertinis, Vulgate), "d'Arabie" (τοὺς λύκους τῆς ᾽Αραβίας, Septante), ou, sait-on jamais, "du désert" (lupis desertis, néo Vulgate) ??
M. Daoudal, peut-être ?
Question tout à fait anecdotique, mais j'aime beaucoup ce verset ...

( 798283 )
dans ma traduction portugaise par ab Rémi (2016-02-18 18:13:55)
[en réponse à 798280]
"mais ferozes que os lobos ao anoitecer" : plus féroces que les loups à la tombée du jour ...

( 798285 )
Traduction par Rémi (2016-02-18 18:24:56)
[en réponse à 798283]
qui suit donc la Vulgate, comme la plupart il me semble. Merci Monsieur l'abbé.
Mais pourquoi la version de la Septante a-t-elle été délaissée ? En raison de l'original hébreux ? L'Arabie pourrait-elle signifier le couchant ?

( 798294 )
[réponse] par Yves Daoudal (2016-02-18 19:42:28)
[en réponse à 798280]
Le mot hébreu est ערב
La première lettre (en partant de la droite) est 'ayin, lettre imprononçable par des gosiers occidentaux, qu'on transcrit par '
la deuxième lettre est r
La troisième lettre est b, mais sans le point à l'intérieur, donc elle se prononce v (mais c'est bien la même lettre).
Si on vocalise avec deux a, cela donne 'arab (arav), nom de la péninsule arabique.
Si on vocalise avec deux è, cela donne 'èrèv, ce qui veut dire le soir.
D'où la différence entre la Vulgate et la Septante.
La Bible massorétique a érèv, le soir.
Le même mot, selon sa vocalisation, a 10 autres significations, dont couvrir, agréable, mouche, corbeau... Mais pas désert. Il y a un mot qui en est dérivé et qui est un des mots désignant le désert, c'est 'arabah, mais le texte massorétique ne permet pas de voir ici le désert, et la Vulgate comme la Septante attestent que le mot original est ערב

( 798307 )
Fascinant. par Rémi (2016-02-18 20:37:26)
[en réponse à 798294]
Je vous remercie très vivement, voilà qui répond complètement à mon interrogation. De détail, certes, mais enfin j'aurai appris des choses.
N'est-il pas toutefois surprenant que les Septante aient penché pour "a" à la différence du texte massorétique ?

( 798367 )
[réponse] par Yves Daoudal (2016-02-19 11:50:10)
[en réponse à 798307]
Ce sont plutôt les massorètes, au Xe siècle (après Jésus-Christ) qui auraient voulu se distinguer de la Septante en vocalisant autrement. Et donc en comprenant comme saint Jérôme...
On peut très bien considérer les deux traductions comme bonnes.
Mais pas celle de la soi-disant néo-Vulgate. Il est ahurissant de voir que ces grands, ces importants, ces immenses spécialistes, sont si imbus de leur science qu'ils ne se sont pas contentés de "corriger" la Vulgate, mais qu'ils ont également "corrigé" le texte hébreu !

( 798371 )
Au temps pour moi. par Rémi (2016-02-19 13:00:41)
[en réponse à 798367]
N'étant pas au fait de ces choses j'imaginais que par "texte massorétique" on entendait un "original" hébreux antérieur à la traduction des Septante.

( 798378 )
Et il est important par Yves Daoudal (2016-02-19 14:01:28)
[en réponse à 798371]
de toujours se souvenir que la vocalisation aujourd'hui admise de façon ultra-dogmatique par tous les "spécialistes" est l'oeuvre de rabbins du Xe siècle, curieusement considérés comme infaillibles.

( 798353 )
Qu'est-ce que ce système d'écriture qui ne permet pas de donner un sens clair aux mots ? par Regnum Galliae (2016-02-19 09:58:01)
[en réponse à 798294]
Comment peut-on comprendre un texte dans ces conditions ?

( 798368 )
[réponse] par Yves Daoudal (2016-02-19 11:59:14)
[en réponse à 798353]
C'est le cas de toutes les langues sémitiques (y compris de l'hébreu moderne, comme de l'arabe), et il n'y a pas à porter de jugement de valeur. C'est tout simplement une autre façon de concevoir l'écriture, plus une "sténo" qu'une transcription exhaustive. Cela n'empêche pas d'avoir aussi tous les signes qui permettent de préciser, quand c'est nécessaire.
Vous pourriez avoir une réaction analogue en voyant les anciens codex grecs ou même latins où il n'y a ni ponctuation ni d'espace entre les mots.

( 798380 )
il n'y a pas de jugement de valeur par Regnum Galliae (2016-02-19 14:29:22)
[en réponse à 798368]
Je serais mal placé pour le faire vu que je n'y connais rien. En revanche, il y a un étonnement légitime. Je ne doute pas que le système d'écriture ait sa cohérence, mais il n'empêche que l'on arrive à deux traductions fort différentes... Vous me direz, ce peut être le cas dans nos langues indo-européennes...

( 798382 )
en tout cas par Regnum Galliae (2016-02-19 14:32:25)
[en réponse à 798380]
vous me semblez être un puits de science, à maîtriser aussi bien l'hébreux, le grec (votre étude du Notre Père est passionnante), le latin... le breton peut-être ?

( 798404 )
Oh non... par Yves Daoudal (2016-02-19 17:42:36)
[en réponse à 798382]
Je ne suis pas du tout un puits de science, et je ne maîtrise aucune langue, sauf un peu le français. En dehors de la liturgie, de certains livres de la Bible, des homélies de saint Augustin et de saint Léon (et de saint Bède), j'ai bien du mal à comprendre les textes latins. Je commence à comprendre les évangiles en grec, et je n'ai encore que de petits rudiments d'hébreu. Mais les mots me passionnent, surtout les mots de la Sainte Ecriture.
Je ne savais rien de cette question des loups d'Habacuc, mais la question de Rémi a été comme un défi. Il fallait que j'y réponde pour moi, et comme j'ai trouvé la réponse, autant en faire partager les autres...
Il y a très longtemps j'avais commencé à apprendre le breton... Il ne m'en reste que de vagues souvenirs. C'est une langue très intéressante, qui ne fonctionne pas comme le français. D'où sa difficulté si on veut le parler correctement, ce qui hélas ne sert plus à rien en Bretagne...

( 798409 )
Remarquez par Rémi (2016-02-19 18:23:07)
[en réponse à 798380]
que dans la mesure où il ne s'agit ici que d'une simple comparaison très poétique quant à l'agilité des chevaux des Chaldéens, il importe finalement assez peu que ces loups soient du soir ou d'Arabie.
Mais peut-être qu'ailleurs dans les textes sacrés cette particularité des langues sémites pose des problèmes de sens plus sérieux. Toutefois le Bon Dieu savait bien ce qu'il faisait en élisant un peuple usant d'une telle langue ...