
( 797162 )
Pascal Ory connait-il bien l"Histoire de l'Eglise? par Jean Kinzler (2016-02-03 14:05:25)
La phrase que j'ai soulignée est-elle historiquement exacte?
JK
Malraux disait que la France est le pays des cathédrales et de la Révolution, est-ce que cela reste vrai au XXIe siècle ?
Au fond, il n'y a rien de plus à ajouter, en effet. Mais il faut rappeler que la Révolution s'est faite contre un roi de droit divin et l'Église catholique. Mais nous restons aujourd'hui un État fortement centralisé où le logiciel de Charlie n'est plus vraiment adapté : ce sont les damnés de la terre qui assassinent, face auxquels il n'y avait pas assez de flics pour se protéger ! Le national n'est plus synonyme de fascisme et le libéral n'implique pas un libéralisme sauvage. Du coup, la gauche est la famille politique qui a le plus à réfléchir sur ses valeurs.
L'Église a fini par accepter la laïcité et vous paraissez en tirer des conclusions optimistes pour l'islam ?
L'Église a, pendant plus d'un siècle, condamné les droits de l'Homme, de Pie VI à Pie XII et il faudra attendre Jean XXIII pour qu'elle salue la Déclaration universelle de 1948. Et la tentation est donc grande de voir les sociétés musulmanes suivre le même chemin. Je cite dans mon livre, Jean Jaurès, qui affirmait, en 1908, que l'Islam ne se sauvera qu'en se renouvelant.
Au niveau mondial, on assiste à un retour du religieux et l'islam semble être devenu la dernière des utopies ?
Non, les sociétés auront toujours besoin de projets ambitieux et cette religion est une utopie dynamique qui suscite des vocations. Le radicalisme et l'évangélisme ont en partage le populisme, où l'on retrouve des traits communs avec le Front national. Car il est toujours plus facile de passer d'un extrême à l'autre, sans passer par le centre. Mais la société française a réagi très positivement, le vivre ensemble l'emporte sur la vendetta et le second tour des élections régionales l'a confirmé. Après avoir constaté cela, rien ne dit ce que sera 2016...
Le Télégramme
ici

( 797224 )
vrai en gros oui à une nuance près par Luc Perrin (2016-02-03 23:19:37)
[en réponse à 797162]
Il se réfère à Pacem in Terris de 1963.
Toutefois le brouillon en quelque sorte de l'encyclique giovanéenne se trouve dans le Radio-Message de Noël 1942 du Vénérable Pie XII : un texte remarquable et pas seulement à cause de la petite phrase qui condamne les génocides en cours, phrase coupée dans le film Amen.Le texte de 1963 cite 9 fois celui de 1942 mais aussi d'autres Radio-Messages de Pie XII.
Voici un extrait significatif de la version italienne en ligne sur le site du Vatican, hélas il n'y a pas la française ni l'anglaise :
"1° Dignità e diritti della persona umana
1) Chi vuole che la stella della pace spunti e si fermi sulla società, concorra da parte sua a ridonare alla persona umana la dignità concessale da Dio fin dal principio; si opponga all'eccessivo aggruppamento degli uomini, quasi come masse senz'anima; alla loro inconsistenza economica, sociale, politica, intellettuale e morale; alla loro mancanza di solidi principi e di forti convinzioni; alla loro sovrabbondanza di eccitazione istintive e sensibili, e alla loro volubilità;
favorisca, con tutti i mezzi leciti, in tutti i campi della vita, forme sociali, in cui sia resa possibile e garantita una piena responsabilità personale, così quanto all'ordine terreno come quanto all'eterno;
sostenga il rispetto e la pratica attuazione dei seguenti fondamentali diritti della persona: il diritto a mantenere e sviluppare la vita corporale, intellettuale e morale, e particolarmente il diritto ad una formazione ed educazione religiosa; il diritto al culto di Dio privato e pubblico, compresa l'azione caritativa religiosa; il diritto, in massima, al matrimonio e al conseguimento del suo scopo, il diritto alla società coniugale e domestica; il diritto di lavorare come mezzo indispensabile al mantenimento della vita familiare; il diritto alla libera scelta dello stato, quindi anche dello stato sacerdotale e religioso; il diritto ad un uso dei beni materiali, cosciente dei suoi doveri e delle limitazioni sociali."
L'expression "droits de l'homme" d'ailleurs tellement associée au libéralisme et aux courants laïcistes n'est pas employée positivement avant Jean-Paul II et encore il me semble tardivement par ce dernier.
On lui préfère "droits de la personne" et pas à cause du gender neutral.
C'est l'expression qu'utilise Jean XXIII (et Pietro Pavan le principal rédacteur) ; il est utile de relire les articles 9 et 10 qui évoque la personne et la dignité humaine en reliant le tout à Dieu.
En outre Pacem in terris consacre plusieurs articles aux devoirs et pas qu'aux droits.
Parmi les droits, l'article 25 a une actualité certaine.
Les articles 35, 37 et 38 feront les délices de Vianney et de ses amis, les miens aussi : le club pourra se rebaptiser Pie IX-Jean XXIII.
Je pense que Pascal Ory s'étranglerait à leur lecture autant que Caroline Fourest ... précisons que ce bon historien du contemporain n'est pas un spécialiste du catholicisme.
Citons ceux-ci comme friandise :
"49 - Par suite, l'autorité humaine ne peut lier les consciences que dans la mesure où elle se relie à l'autorité de Dieu et en constitue une participation (32).
50 - Ainsi se trouve garantie la dignité même des citoyens, car l'obéissance qu'ils rendent aux détenteurs de l'autorité ne va pas à des hommes comme tels ; elle est un hommage adressé à Dieu, Créateur et Providence, qui a soumis les rapports humains à l'ordre qu'il a lui-même établi. Et, bien loin de nous abaisser en rendant à Dieu le respect qui lui est dû, nous ne faisons en cela que nous élever et nous ennoblir, puisque c'est régner que servir Dieu (33).
51 - L'autorité exigée par l'ordre moral émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d'édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (34) ». Bien plus, en pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression. « La législation humaine ne revêt le caractère de loi qu'autant qu'elle se conforme à la juste raison ; d'où il appert qu'elle tient sa vigueur de la loi éternelle. Mais dans la mesure où elle s'écarte de la raison, on la déclare injuste, elle ne vérifie pas la notion de loi, elle est plutôt une forme de la violence (35). »
52 - L'origine divine de l'autorité n'enlève aucunement aux hommes le pouvoir d'élire leurs gouvernants, de définir la forme de l'Etat ou d'imposer des règles et des bornes à l'exercice de l'autorité. Ainsi la doctrine que Nous venons d'exposer convient à toute espèce de régime vraiment démocratique (36).(Pacem in terris, 1963)

( 797707 )
Pie XII parle dans son radio-message de 1941 ou 1942 par Athanase (2016-02-09 17:56:50)
[en réponse à 797224]
... des droits de la personne humaine. Il dit clairement que c'est une limite aux pouvoirs publics. Pour nous, c'est une banalité, mais à cette époque, c'est un refus net des démarches totalitaires. On peut y voir un amorçage de Gaudium et Spes (je renvoie aussi aux alluocuations de Pie XII qui reste assez optimiste sur le progrès de l'Humanité. Cf. son admission du progrès psychique de l'homme, etc.).
En cette époque d'état d'urgence généralisé ou de déchéance de nationalité, on pourrait réfléchir à ce danger d'emprise des pouvoirs publics, y compris au nom de notre confort...
Fourest s'arracherait les cheveux avec les derniers paragraphes que vous citez, Golias aussi qui supporterait mal une "littérature oppressante et médiévale"... Parler d'"ordre moral", ce n'est vraiment pas ménager les galipettes théologiques sexuelles de certains théologiens d'avant-garde...

( 797714 )
Droits de Dieu, paix pour l'homme par PEB (2016-02-09 18:26:07)
[en réponse à 797162]
La défense des droits de la personne humaine remonte au moins à la paix de Dieu établie par Sylvestre II. Et je passe sur le devoir apostolique de prendre soin de la veuve et de l'orphelin, c'est-à-dire du sujet en situation de faiblesse objective.
La déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, si elle reprend la forme de 1789, s'inscrit plutôt dans le respect de la personne humaine dans toutes ses dimensions réelles: mariage, éducation, nationalité, intégrité physique, propriété privée, travail &c. On se situe dans un cadre résolument démocrate chrétien.
La déclaration de 1789, le Bill of Rights &c., pose un homme auto-référent. Les droits imprescriptibles ne sont plus reliés à d'autre transcendance que celle d'une raison laissée à elle-même. Paradoxalement, la liberté excessive du législateur peut conduire à un totalitarisme, officiellement bienveillant au nom de la volonté générale. On voit jusqu'où cette rationalité a pu conduire: aucun ange pour arrêter le bras d'Abraham et secourir ainsi son fils chéri. Créon triomphe d'Antigone.
Dans un même sens, la libre poursuite du bonheur (the free pursuit of happiness) consiste à vouloir faire sur terre le Royaume des Cieux sans l'aide des Cieux. Cela peut donner du grand n'importe quoi: du pseudo-mariage homosexuel (version individualiste) au bolchevisme (version collectiviste) en passant par le fascisme (version nationaliste) et le national-socialisme (version raciale).
Donc, la condamnation des Pères (de Grégoire XVI à saint Pie X) reste toujours valable si on la relie à cet esprit révolutionnaire des droits de l'homme. En revanche, les grands textes plus contemporains sont aussi le fruit de la réflexion de l'Eglise sinon des chrétiens engagés dans le respect de la paix de Dieu pour l'homme. Car la paix de Dieu a été donnée par le Précieux Sang offert devant le prétoire de Pilate.