Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=796626
images/icones/hein.gif  ( 796626 )Les deux épées par Aigle (2016-01-29 04:52:27) 

Je lis ceci dans l'Evangile selon Saint Luc

36 Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une.
37 Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. »
38 Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Traduction liturgique francophone


Quel est le but de cette demande ? Pourquoi acquérir des armes ? Seulement deux ?

Outre la théorie des deux glaives (spirituel et temporel) existe t il d'autres interprétations traditionnels de ces versets qui semblent contraster d'autres passages des Évangiles ?
images/icones/hum2.gif  ( 796628 )Vous ne cessez cher Aigle par Jean-Paul PARFU (2016-01-29 07:06:21) 
[en réponse à 796626]

de poser des questions, inaugurant ainsi des fils, mais auxquels ensuite vous ne participez plus et dont vous ne remerciez que rarement les différents protagonistes. Me trompé-je ?
images/icones/bulle.gif  ( 796638 )Dites... par Le Webmestre (2016-01-29 09:47:22) 
[en réponse à 796628]

Depuis quand avez-vous rejoint l'équipe de modération du FC ?

Sans blague.
images/icones/1b.gif  ( 796643 )Je rejoins Parfu dans l'équipe des modérateurs par baudelairec2000 (2016-01-29 10:18:39) 
[en réponse à 796638]

Cher Xa, il me semble que Parfu n'a pas tout à fait tort. J'irai même un peu plus loin que lui: les questions posées par Aigle ne sont pas toujours innocentes; posées à la va vite, innocemment, elles auraient même tendance à être orientées; témoin cette question sur l'amour, qui laissait à entendre que son auteur avait déjà sa petite idée sur la question, du moins une vision pour le moins tranché du monde catholique: les tradis qui saisiraient le vrai sens de l'amour et les autres bien gentils...

mais je ne voudrais pas, sachez- le bien, vous contrister.
images/icones/fleur.gif  ( 796647 )Merci baudelairec2000 par Jean-Paul PARFU (2016-01-29 11:00:44) 
[en réponse à 796643]

Ma remarque, me semble-t-il, ne relève pas tout à fait, ou à proprement parler, de la modération, mais de ce qu'on peut se dire entre "liseurs".

Par ailleurs, merci baudelairec 2000 pour vos dernières et excellentes contributions, que j'ai lues avec grande attention.
images/icones/1g.gif  ( 796648 )A ceci près par Le Webmestre (2016-01-29 11:10:45) 
[en réponse à 796647]

que lorsque vous formulez des remarques, vous le fait sur un ton doctoral qui me semble désagréable. Je n'ai d'ailleurs jamais constaté que cela porte le moindre fruit.

XA
images/icones/fleche2.gif  ( 796632 )Vous n'êtes pas un aigle par Jean Ferrand (2016-01-29 07:51:25) 
[en réponse à 796626]

Vous n'êtes pas un aigle, mon pauvre Aigle, et vous tombez des nues à chaque fois. Ce sont des précautions élémentaires qu'il faut prendre en cas de danger, danger de famine, danger de voyages, danger de luttes intestines. Mais sans exagération, toutefois. Nous ne sommes pas là pour faire la guerre. Celui qui prépare la guerre aura la guerre. Celui qui ne se garantit pas par un minimum de prévoyance en subira tôt ou tard les conséquences.

Quant à l'acception mystique de cette doctrine, c'est une extrapolation sortie du cerveau fertile de saint Bernard, pour signifier que le pouvoir spirituel est par essence supérieur au pouvoir temporel et doit par conséquent le modérer. Boniface VIII est d'autres Pères ont repris cette image pour illustrer la doctrine des rapports entre l’Église et L’État. Elle est toujours en vigueur en ce sens que la hiérarchie peut, et même doit, juger la politique ratione peccati, d'un point de vue éthique. Le pape actuel ne s'en prive pas.
images/icones/nul.gif  ( 796640 )vous êtes un vrai pacifiste par jejomau (2016-01-29 10:11:19) 
[en réponse à 796632]

quand vous dites :

Celui qui prépare la guerre aura la guerre


je vous renvoie à César :

Si vis pacem, para bellum (« Qui veut la paix prépare la guerre)»


D'ailleurs, il suffit de s'emparer de la réalité actuelle pour comprendre combien cette formule est vraie. Quelle est la seule nation Occidentale qui, aujourd'hui, a pu intervenir au Mali stopper les islamistes parce qu'elle avait des forces armées ? En revanche, pour quelle raison ne peut-elle en faire plus sinon parce que son budget a été considérablement rogné, laissant du coup de nombreuses communautés chrétiennes se faire occire ? Pourquoi la russie peut-elle alors intervenir, essayant d'arrêter les fous qui se trouvent aujourd'hui à notre porte?

HEUREUSEMENT que certaines nations continuent de se préparer à la guerre et entrainnent leurs hommes à mourir en temps de paix !!!!
images/icones/fleche2.gif  ( 796644 )Je préfère par Jean Ferrand (2016-01-29 10:22:06) 
[en réponse à 796640]

Je préfère la sagesse du Christ à celle de César !

D'ailleurs il n'est pas sûr que cette devise soit de César lui-même.
images/icones/1a.gif  ( 796645 )un peu de provoc alors... par jejomau (2016-01-29 10:36:16) 
[en réponse à 796644]

La Sagesse du Christ est-elle incompatible avec la préparation de la guerre ?

Si ds hommes chantent la louange du Seigneur jour et nuit dans des monastères, n'est-ce pas parce que leur pays est en paix ?

Si des enfants peuvent aller à l'école tous les matins et être instruit dans les vérités chrétiennes dans les cours de catéchisme par des "hommes de paix", n'est-ce pas pas pour la même raison ?

Mais allons jusqu'au bout pour dire les choses franchement...

Ceux qui maintiennent la paix, s'entrainent pendant ce temps en rampant dans la boue et en utilisant une arme létale en fantasmant dans leurs exercices de tir , s'imaginant "dégommer" quelque ennemi à qui il ferait bien leur sort...

Voyez comme ils sont retors !

Pourtant, n'est-ce pas celà justement qui fait hésiter l'ennemi aux mauvaises intentions de nous attaquer quand il sait, lui, que "ceux qui préparent la guerre" sont à redouter parce que justement, ils sont VRAIMENT capables de leur faire du tort ???

Voyez comme est grande la Sagesse du Christ qui infuse en ces hommes de guerre de telles pensées ... mais avec de bonnes intentions : celles qui permettront d'instaurer la paix..
images/icones/fleche2.gif  ( 796677 )Vous n'avez donc pas lu par Jean Ferrand (2016-01-29 16:46:37) 
[en réponse à 796645]

Vous n'avez donc pas lu la suite de l'évangile ? Matthieu 26, 52 Alors Jésus lui dit : " Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée." Vous n'avez qu'à critiquer le Christ quand vous y êtes.
images/icones/1a.gif  ( 796693 )parce que vous pensez que le Christ n'est pas violent ? par jejomau (2016-01-29 18:38:41) 
[en réponse à 796677]

N'avez vous pas lu ceci :

Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes etc...etc....


J'essaye de me représenter la scène... Les marchands paisibles vantant leurs produits; des familles flânant avec leurs enfants babillant entre eux... Et soudain , l'arrivée d'un grand gaillard costaud renverant tout ce qui se trouve à sa portée de main, fouettant tous ceux qui se trouvent sur son chemin.. Une petite fille prenant en pleine figure un coup de corde la faisant saigner tandis que son frère a le nez cassé par un autre coup égaré.. les boeufs affolés, se ruant à l'extérieur encornant tous les passants qui se trouvent sur leur passage...

Puis il y a ceci :

Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion lui fit dire par des amis : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver. Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : ’Va’, et il va ; à l’autre : ’Viens’, et il vient ; et à mon esclave : ’Fais ceci’, et il le fait. »
Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration. Il se tourna vers la foule qui le suivait : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! »


Jésus-Christ condamne-t-il le centurion pour son métier ? Le juge-t-il alors que c'est son métier d' égorger, de tuer, d'entraîner des hommes à manier le glaive ? Jésus-Christ ne sait-il pas que lorsque le centurion dit "va" à son soldat, c'est qu'il lui dit : "va et tue cet homme que je te désigne-là" ?
images/icones/fleche2.gif  ( 796716 )L'absence de guerre par Jean Ferrand (2016-01-29 20:42:27) 
[en réponse à 796693]

L'absence de guerre n'empêche pas la police, et la police du Temple en particulier. Le Christ a autorisé deux glaives, donc assumé la légitime défense. L’Église l'a toujours entendu ainsi. Vous chipotez, comme d'habitude. Dans certains cas la légitime défense peut être un devoir. Le Christ n'est pas un pacifiste à la Gandhi. Il est pour le droit et la paix.
images/icones/fleche2.gif  ( 796742 )Il ne faut pas confondre par Jean Ferrand (2016-01-30 08:47:23) 
[en réponse à 796716]

Il ne faut pas confondre le droit et le fait. Quand le Christ constate : "Celui qui se sert de l'épée périra par l'épée" il ne veut pas dire absolument : On ne doit jamais se servir de l'épée. Parfois c'est légitime. Parfois c'est nécessaire. Et parfois c'est inopportun, comme dans le cas de la Passion du Christ. Il veut dire : Celui qui se servira habituellement de l'épée finira par périr par l'épée. C'est ainsi qu'on voit tous les jours les soldats d'une juste guerre mourir sur les champs de bataille. Et c'est pourquoi aussi l'on commémore les morts.
images/icones/neutre.gif  ( 796637 )la théorie des deux glaives; vision réductrice des paroles de l'Evangile par baudelairec2000 (2016-01-29 09:45:58) 
[en réponse à 796626]

La théorie des deux glaives est communément attribuée à saint Bernard. En réalité, le thème est plus ancien, et il n'a pas eu d'abord un sens théologico-politique.

Les Pères de l'Eglise


Les Pères Grecs semblent être tous d'avis que le précepte de vendre sa tunique pour acheter un glaive doit être pris au figuré. Certains pensent qu'il s'agit d'une allusion discrète aux dangers que vont courir les Apôtres. Peut-être s'agit-il tout simplement des deux grands couteaux qui serviront à découper l'agneau pascal. Pour Origène, l'interprétation est la suivante: la lettre tue.

Les Pères latins, eux, prennent à la lettre l'ordre d'acheter un glaive, et, comme saint Ambroise, se demandent pourquoi le Christ leur en interdit ensuite l'usage. Le même st. Ambroise voit dans les deux épees l'Ancien et le Nouveau Testament, et, lorsque le Seigneur dit: "C'est assez", il veut indiquer par là que rien ne manque à celui qui est muni de la doctrine de l'un et l'autre Testament.


Extrait de la Catena aurea de Saint Thomas, compilation des Pères de l'Eglise sur l'Evangile:

S. Ambr. Mais pourquoi Notre-Seigneur, qui défend de frapper, commande-t-il d’acheter un glaive ? C’est pour les préparer à une légitime défense, et non pour autoriser un acte de vengeance, et pour qu’il soit bien constant qu’on a renoncé à se venger, alors qu’on aurait pu le faire. Il ajoute : " Et que celui qui n’en a point, vende sa tunique et achète une épée. "

— S. Chrys. Que signifient ces paroles ? Jésus a dit à ses disciples : " Si l’on vous frappe sur la joue droite, présentez l’autre, " (Mt 6) et voilà qu’il les arme pour se défendre, et seulement d’une épée. S’il jugeait nécessaire de les armer, il fallait joindre à l’épée le bouclier et le casque. Mais encore quand ils auraient eu ces armes par milliers, comment les Apôtres auraient-ils pu lutter contre tant de violences et d’embûches venant à la fois des peuples, des tyrans, des villes et des nations. Le seul aspect des armées ennemies eût jeté la terreur dans l’âme de ces hommes, qui avaient passé leur vie sur le bord des lacs et des fleuves. Ne croyons donc pas que Notre-Seigneur commande ici à ses disciples de se munir de glaives, il se sert ici de cette expression pour figurer les embûches que les Juifs lui tendaient pour le perdre. C’est pour cela qu’il ajoute : " Car je vous le dis, il faut encore que cette parole de l’Écriture s’accomplisse en moi. " " Il a été mis au rang des malfaiteurs. " (Is 52.)

— Théophyl. Le Sauveur, qui venait d’entendre ses disciples se disputer entre eux la préséance, leur dit : Ce n’est point ici le moment de vous occuper des premières places, c’est le temps des dangers et des blessures, moi-même qui suis votre maître, je vais être conduit à une mort ignominieuse et mis au rang des malfaiteurs, car toutes les prédictions qui me regardent touchent à leur fin, c’est-à-dire, à leur accomplissement. Sous cette image du glaive, Notre-Seigneur leur fait pressentir l’agression violente dont il va être l’objet, il ne la leur révèle pas tout entière pour ne point les frapper de terreur et d’abattement, il ne veut pas non plus la leur laisser entièrement ignorer, de peur que cette attaque subite et imprévue ne vînt les ébranler. Les disciples ainsi avertis, rappelleraient plus tard leurs souvenirs, et admireraient comment leur divin Maître s’était offert lui-même dans sa passion pour être la rançon du genre humain.

— S. Bas. (Règl. abrég., quest. 31.) Ou encore, le Seigneur ne fait pas ici un commandement de porter une bourse et un sac et d’acheter un glaive, mais il prédit ce qui doit arriver à ses Apôtres, qui, oubliant les circonstances de la passion, les grâces qu’ils avaient reçues, et la loi de Dieu, oseront se servir de l’épée ; souvent, en effet, l’Écriture emploie l’impératif pour le futur dans les prophéties, quoique cependant, dans plusieurs manuscrits, on ne lise point : Qu’il prenne, qu’il porte et qu’il achète, mais : " Il prendra, il portera, il achètera. "

— Théophyl. Ou bien, il leur annonce qu’ils auront à souffrir la faim et la soif (sous l’expression figurée du sac), et de nombreuses tribulations (figurées par le glaive).

S. Cyr. Ou bien encore, ces paroles du Sauveur : " Que celui qui a une bourse la prenne, et qu’il prenne aussi un sac, " ne s’adressent pas à ses disciples, mais à tous les Juifs en général, et il semble leur dire : Si quelqu’un, parmi vous, a de grandes richesses, qu’il les réunisse et qu’il prenne la fuite ; et si quelque habitant de ce pays se trouve réduit à la dernière indigence, qu’il vende sa tunique pour acheter une épée ; car le choc de l’attaque qui viendra fondre sur eux sera si terrible, que rien ne pourra lui résister. Il leur fait connaître ensuite la cause de ces calamités, c’est-à-dire parce qu’il a été condamné au supplice destiné aux criminels, et qu’il a été crucifié avec des voleurs. Or, lorsque ce crime aura été consommé, les prophéties qui avaient pour objet la rédemption seront accomplies, et les persécuteurs subiront les châtiments prédits par les prophètes. Notre-Seigneur a donc prédit ici le sort réservé à la nation juive ; mais les disciples ne comprenaient pas la portée de ses paroles et pensaient que c’était pour résister à l’attaque du perfide disciple qu’il était besoin d’épées : " Ils lui dirent donc : Seigneur, voici deux épées. "

— S. Chrys. Si son intention était qu’ils eussent recours pour le défendre à des moyens humains, cent épées n’auraient pas suffi, et s’il ne voulait qu’ils se servissent de ces moyens naturels, ces deux épées étaient même de trop.

Théophyl. Le Seigneur ne voulut point les reprendre de leur peu d’intelligence, il se contenta de leur dire : " C’est assez, " c’est ce que nous disons nous-mêmes lorsqu’une personne à qui nous adressons la parole, ne nous comprend pas : C’est bien, cela suffit, pour ne pas la fatiguer davantage. Quelques-uns prétendent que c’est par ironie que le Sauveur dit : " C’est assez, " comme pour dire : Puisqu’il y a deux épées, elles suffiront pour nous défendre contre la multitude qui doit nous assaillir.

— Bède. Ou bien encore, ces deux épées suffisent pour attester que le Sauveur a souffert volontairement sa passion, l’une témoigne du courage des Apôtres pour défendre leur divin Maître, et de la puissance qu’il a de guérir les blessures ; l’autre, qui n’est point tirée du fourreau, prouve qu’il ne leur a pas permis de faire tout ce qu’ils auraient pu pour le défendre.

— S. Ambr. Ou bien encore, comme la loi ne défendait pas de frapper celui qui avait frappé, peut-être le Seigneur dit-il a Pierre : " C’est assez, " pour faire entendre que cette juste vengeance n’était permise que jusqu’au règne de l’Évangile, parce que la loi ne commandait que la stricte justice, tandis que l’Évangile enseigne la charité parfaite. Il y a aussi un glaive spirituel qui porte le chrétien à vendre son patrimoine pour acheter la parole qui est comme le vêtement intérieur de l’âme. Il y a encore le glaive de la souffrance qui nous fait sacrifier notre corps, et acheter la couronne sacrée du martyre avec les dépouilles de notre chair immolée. Dans ces deux glaives que les disciples avaient avec eux, je ne puis m’empêcher de voir encore la figure de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui sont les armes mises en nos mains contre les attaques insidieuses du démon (Ep 6, 13.17). Enfin Notre-Seigneur dit : " C’est assez, " comme pour dire que rien ne manque à celui qui a pour armes la doctrine de l’Ancien et du Nouveau Testament.


Vers le sacerdoce et l'empire

Cependant on s'achemine vers l'interprétation qui finira par triompher: le glaive est le signe de la juridiction et du droit de punir: "Ce n'est pas en vain que le Prince porte l'épée, dit saint Paul, étant ministre de Dieu pour tirer vengeance de celui qui fait le mal."S'il y a un glaive matériel, il y aurait aussi un glaive spirituel qui est la parole de Dieu, nous dit encore saint Paul (Ephésiens, 6, 17). Certains ne tarderont pas à voir dans la sentence d'excommunication l'exercice de ce glaive spirituel et, pour en montrer les terribles effets, , il suffit d'invoquer l'exemple mémorable d'Ananie et de Saphire. Saint Jean décrit dans l'Apocalypse le Verbe de Dieu:
"De sa bouche sortait un glaive aigu à deux tranchants".

Dès la fin du VIIe siècle, ce texte sera employer pour symboliser la double juridiction spirituelle et temporelle:
"Par la décision du concile et par l'effet de l'arrêt impérial, comme par un glaive spirituel à deux tranchants, avec les anciennes hérésies la nouvelle erreur a été frappée à mort (le pape Léon II après le concile de Constantinople de 680).

Quatre siècles plus tard, saint Pierre Damien, dans un sermon pour la Dédicace, dit:

" Heureux le roi qui joint son glaive royal au glaive sacerdotal, de telle sorte que le glaive du prêtre adoucisse celui du roi et que le glaive du roi aiguise le glaive du prêtre. Ce sont là deux glaives dont il est parlé dans la Passion du Seigneur... la dignité royale s'accroît, le sacerdoce s'étend, l'un et l'autre sont grandement honorés, lorsqu'ils sont unis par une alliance heureuse et bénie du Seigneur."

Pas de polémique donc pour cet, pas plus pour les auteurs qui le précédèrent: l'argument des deux glaives n'est qu'une simple comparaison, le symbole de la concorde entre les deux pouvoirs et de leur mutuel appui.

Tout va changer à partir de la Querelle des Investitures. Il faut dire que c'est l'empereur Henri IV, l'homme de Canossa, qui ouvre les hostilités; il accuse Hildebrand (Grégoire VII) d'avoir usurpé à la fois la royauté et le sacerdoce:

"Ce faisant, dit-il aux évêques de Germanie, il a méprisé la sage disposition de Dieu qui a voulu que les deux dignités du sacerdoce et de la royauté reposent principalement sur deux têtes et non pas sur une seule, comme nous le donne à entendre, lors de sa Passion, le Maître et Sauveur lui-même, sous le symbole des deux glaives qu'il déclare suffisants... Il signifiait par là qu'il estimait nécessaire et suffisant la dualité des glaives dans l'Eglise, un glaive spirituel et un glaive matériel, à l'aide desquels tout ce qui est nuisible doit être éliminé... Voilà l'économie établie par Dieu et qui a été détruite par la folie d'Hildebrand."

Ce sont là des propos qui ne manquèrent pas d'inspirer les théologiens du camp grégorien (Grégoire VII ne s'empara pas de l'argument); ils développèrent une thèse diamétralement opposée: le pape possède l'un et l'autre glaive. Saint Bernard, sans s'inscrire dans la polémique, attribue au pape la double juridiction temporelle et spirituelle:
"L'un et l'autre appartiennent à l'Eglise, et le glaive spirituel et le glaive matériel; l'un doit être tiré pour elle, l'autre par elle; l'un par la main du prêtre, l'autre par la main du chevalier, mais sur la demande du prêtre et sur l'ordre de l'empereur."

Pour une vision complète de la question, je renvoie à une série d'articles remarquables de Joseph Lecler parus dans la revue des Recherches de science religieuse (1931-1932) et intulés "L'argument des deux glaives" (à acheter sur le site de la revue).



images/icones/fleche2.gif  ( 796679 )Ce n'est pas une lecture par Jean Ferrand (2016-01-29 16:55:51) 
[en réponse à 796637]

Ce n'est pas une lecture réductrice, c'est une lecture symbolique ou mystique, du second ou troisième degré, comme on le faisait beaucoup au Moyen Âge, et déjà les Pères de l’Église. Il existe plusieurs niveaux de lecture de l’Écriture Sainte. Le Catéchisme vous l’apprend.
images/icones/neutre.gif  ( 796823 )Mille mercis par Aigle (2016-01-30 21:59:15) 
[en réponse à 796637]

Cher Baudelaire
images/icones/1a.gif  ( 796639 )Alcuin commente saint Luc à la demande de Charlemagne par baudelairec2000 (2016-01-29 10:06:39) 
[en réponse à 796626]

Dans la lettre 136, Alcuin, célèbre conseiller de Charlemagne, passe en revue les multiples acceptions symboliques du glaive, il montre que l'on ne doit pas toujours traduire glaive par parole de Dieu, que les deux glaives peuvent figurer aussi le corps et l'âme. Il faut, selon lui, relier le glaive à la tunique et à la bourse évoquées dans le passage. Il répond à la question de savoir pourquoi l'un des deux glaives reste au fourreau.

Le texte latin de la lettre est disponible en ligne (MGH, Epistolae VI, p. 205-210); vous trouverez la traduction française de ce texte passionnant dans un ouvrage intitulé Alcuin, de York à Tours (Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, tome 111, n°3, 2004, p. 465 et suiv.).

Je peux vous renvoyer aussi à l'analyse qu'en a faite Michel Lauwers, spécialiste de l'époque dans ce numéro spécial consacré à Alcuin.

lettre d'Alcuin (taduction)

Article de Lauwers

deux références à télécharger.
images/icones/hein.gif  ( 796669 )Des épées... par Steve (2016-01-29 13:55:12) 
[en réponse à 796626]

Dans ce passage (Lc 22 : 35 – 38), Jésus prévient que les apôtres auront prochainement à se passer de sa présence physique. Et après ?

La suite est inspirée de l'ouvrage de R. E. Brown "(…) encyclopédie de la passion du Christ".
Le premier niveau de lecture serait celui du simple besoin d'autodéfense.
- Certains pensent que dans la région, au temps du Christ, "le port d'armes était presque aussi nécessaire que le port d'un vêtement" (…) "Les esséniens portaient des armes quand ils se déplaçaient, à cause des brigands de grand chemin".
- La parabole du bon Samaritain, c'est (aussi) une paraphrase de faits divers : dans le Proche-Orient d'alors, on est souvent proche du "Far-West".

Que, par la suite, on ait disserté sur des symboles à découvrir dans ce passage… Pourquoi pas ? Mais…
Serait-ce une raison suffisante pour enterrer la lecture au 1er degré ? Grave erreur révélatrice d'une Eglise volontiers hors-sol et narcissique.
images/icones/fleche2.gif  ( 796726 )En effet Steve par Jean-Paul PARFU (2016-01-29 22:22:05) 
[en réponse à 796669]

Je suis en partie d'accord avec vous. Il n'en reste pas moins vrai que les paroles du Christ étant les paroles de Dieu Lui-même et constituant un enseignement pour nous aussi, il est légitime de leur donner aussi une signification moins directe et plus profonde.