Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=796434
images/icones/tao.gif  ( 796434 )Mémoire interreligieuse et oecuménique un peu courte ? par Ennemond (2016-01-27 09:37:39) 

Les grandes ambiguïtés qui ont cours à Rome en matière de morale ont raison d’inquiéter car l’autorité laisse libre cours, sans les réprimer, à des erreurs graves diffusées par des princes de l’Église. Ce changement ne peut que scandaliser les âmes déterminées à demeurer fidèles à la morale transmise par l’Église depuis 2000 ans.

En revanche, les récents scandales relevant du « dialogue entre religions » ne sont malheureusement pas bien nouveaux. Le pape s’apprête à célébrer l’anniversaire de Martin Luther. Il est dans la logique de Benoît XVI, qui a multiplié les visites au temple où il ne manquait pas de vanter les mérites de l’hérésiarque :


« Ce qui l’a animé [Luther], c’était la question de Dieu, qui fut la passion profonde et le ressort de sa vie et de son itinéraire tout entier. « Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ? » Cette question lui pénétrait le cœur et se trouvait derrière chacune de ses recherches théologiques et chaque lutte intérieure. Pour Luther, la théologie n’était pas une question académique, mais la lutte intérieure avec lui-même, et ensuite c’était une lutte par rapport à Dieu et avec Dieu. » (Benoît XVI, Erfurt, 23 septembre 2011)



La vidéo qui a été diffusée en début d’année par le Vatican est un immense scandale dans la mesure où c’est un triste exemple du latitudinarisme ambiant au sommet de l’Église. Des représentants de différentes religions sont présentés comme des adorateurs du même Dieu et promouvant de la même manière la paix. Ce spectacle s’est malheureusement déjà vu et de façon répétée. Ce film n’est qu’une transposition à l’écran des cérémonies d’Assise, versions I, II, III et IV. Que des observateurs perçoivent les méfaits des messages véhiculés est réconfortant mais il faut bien reconnaître que ces messages ne sont pas l’apanage du pontife régnant qui est, en ce domaine, un héritier de la déclaration Nostra Aetate qualifiée de Carta Magna par ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI. Craignons qu’il s’agisse au contraire d’un triste texte qui n’a fait que grandir la confusion dans les âmes, favoriser les erreurs et prospérer des systèmes religieux galopants qui écartent de Jésus-Christ et de son Église plus qu’ils n’en rapprochent. Au lieu de s’adonner à des réactions passionnées, de se laisser emporter par la déception, par des réactions affectives qui poussent des esprits à placer des papes au Ciel, d’autres en enfer, il serait sans doute profitable, sans tomber dans l’aigreur morbide, de porter un regard posé et réaliste sur le drame relativiste et ses fondements qui paralysent depuis des décennies le catholicisme et l’exposent aux dangers les plus grands.








images/icones/4a.gif  ( 796448 )Oui...mais... par Antoine (2016-01-27 10:35:51) 
[en réponse à 796434]

Là ce sera le summum... on parle de célébrer un schisme... Célébrer... On ne parle plus de "participer avec un coeur bienveillant, blablabla"..
On parle de célébrer un schisme... ce n'est pas rien... on ne parle pas de baiser le Coran, acte qui peut, en tirant sur le trait et en s'appuyant sur la psychologie de Jean Paul II, être interprété comme un geste d’apaisement envers les musulmans (et non l'islam)..
Célébrer, c'est se réjouir que des millions d'âmes aient perdue la foi... Quel pape peut faire ça, et au nom de quoi ??? D'une mauvaise perception de la miséricorde??? Dieu dans sa miséricorde peut accueillir des âmes de protestants, malgré leur religion (ce qui devrait être rappelé, mais bon..)... mais là on parle de CELEBRER une religion qui perd les âmes...

Non, il y a des limites, et là je suis vraiment dubitatif...


Ce n'est pas parce que l'Eglise a sans cesse repoussé les frontières de l'œcuménisme qu'elle peut franchir certaines limites... et là, à mon avis, il y a une vraie limite... j'attends de voir ce qu'il en sera... j'espère que certains évêques s'opposeront et arriveront à minorer les actes que fera la pape...
images/icones/fleche3.gif  ( 796449 )Dérives et limite par Ennemond (2016-01-27 10:46:44) 
[en réponse à 796448]

Quand Benoît XVI vantait les mérites de Luther, on sombrait déjà dans le délire. La presse titrait :

Hommage de Benoît XVI à Luther

Benoît XVI fait son coming out luthérien

Benoît XVI loue la passion chrétienne de Luther

Même le diocèse de Paris titrait :

Benoît XVI à Erfurt sur les traces de Luther

Evidemment, il y a progression chez le pape actuel, surtout en matière de morale. Mais l'attitude qui consiste à voir le grand fossé entre Benoît XVI et François semble exagérée. Elle se situe surtout entre Pie XII et Jean XXIII. Depuis en matière interreligieuse, il n'y a qu'une accentuation des drames, avec l'arrivée de Paul VI, d'avantage encore avec Jean-Paul II et Benoît XVI a maintenu la ligne. François ne fait que poursuivre.

Comment voulez-vous concrétiser votre "vraie limite" ?
images/icones/fleche3.gif  ( 796451 )du Luthéranisme par jejomau (2016-01-27 11:03:15) 
[en réponse à 796449]

Vous n'avez pas tort Ennemond. Il faut déjà savoir ce que fête comme rapprochement oecuménique l'Eglise. Voilà ce que disait Mr l'abbé Viot sur ce Forum:

il faudrait savoir (pour y répondre) exactement de quelle forme de luthéranisme se réclame aujourd ‘hui les luthériens de 2011. Pour faire bref si ils se rallient à un luthéranisme confessionnel proche de la confession d’Augsbourg de 1530 ou encore de la formule de Concorde de 1580 ils devraient se rapprocher, selon moi, des catholiques. Mais si ce luthéranisme a subi l’infection de la philosophie des lumières et est devenu libéral, il peut faire bon ménage avec la pensée réformée d’aujourd’hui qui malheureusement n’a plus grande chose de calviniste.
En tout état de cause, le préalable a tout rapprochement avec le catholicisme devra être une réponse claire et nette à l’encyclique de Jean-Paul II « Ut unum sint » qui impliquerait de reconnaître la primauté du successeur de Pierre, son indispensable ministère d’unité, et sa juridiction immédiate sur toute l’église, avec cela va sans dire, son infaillibilité.


Pour en revenir à Benoit XVI, son action avait permis le retour d'une petite eglise Luthérienne dans le giron de l'Eglise catholique dont il faut rappeler la profession de foi à laquelle ne souscrit même pas nombre de nos catholiques actuels:

Finalement la ALCC est arrivée à reconnaître la vérité absolue de la foi catholique et s’est rendu compte qu’elle avait une obligation de conscience à retourner vers Rome.
On a décrit récemment l’Église Catholique Anglo-Luthérienne comme « totalement romanisée » et comme une Église qui « enseigne une doctrine catholique solide, en utilisant un vocabulaire luthérien et anglican, corrigeant ce dernier avec le premier ». Ces deux commentaires sont bien choisis et précis. Dans son essence, la ALCC s’est « romanisée » totalement en acceptant avec enthousiasme la vérité objective de tous les aspects de la foi catholique."






images/icones/fleur.gif  ( 796489 )Antoine et Ennemond ont chacun raison par Luc Perrin (2016-01-27 15:45:35) 
[en réponse à 796449]

Il est évident que célébrer un schisme et une hérésie, c'est une ineptie totale. Sauf à prétendre que le catholicisme est devenu luthérien et dès lors, il n'y a plus ni schisme ni hérésie.
Antoine a raison dans ce que les réjouissances prévues pour 2017 sont carrément indécentes et, pour le coup, dépourvues de simple raison.

J'ajoute qu'en outre la date retenue chez les protestants pour leur naissance du 31 octobre 1517 fait débat : presque personne aujourd'hui, en histoire et chez les théologiens sérieux connaisseurs du dossier, ne considère que le luthéranisme est entièrement là avec ces 95 thèses confuses qui mêlent divers aspects sur la nature et la prédication des indulgences. Au mieux, le luthéranisme y est à l'état de germe.
C'est à Leipzig en 1519 que Luther marque une vraie rupture en rompant avec l'institution conciliaire et en déclarant l'Église faillible.
Quant aux grands traités luthériens qui posent les bases de ce nouveau type de christianisme en rupture avec les siècles antérieurs (tant en Occident qu'en Orient), ils s'étalent de la fin 1519 aux 3 ouvrages de 1520.

Ennemond a également raison, à mon sens, de bien souligner que le confusionisme s'est installé de façon croissante et que Jean-Paul II et Benoît XVI y ont très largement et très activement contribué.

Les quelques textes où ces derniers sont revenus à la simple raison n'ont pas été systématiquement enseignés dans l'Église : boycottés par les épiscopats et le clergé, ignorés des séminaires, inconnus des baptisés, enfouis par les media prétendument catholiques.
C'est l'une des multiples carences du pontificat manqué de Benoît XVI d'avoir laissé dans l'oubli le texte cardinal qu'il a pourtant rédigé et fait approuver par Jean-Paul II : Dominus Iesus (2000).
Benoît XVI était attendu sur la liturgie où il a si peu fait (je parle du NOM), sur la réconciliation avec la FSSPX où il a renoncé in extremis (prisonnier il est vrai d'une mauvaise approche) et il aurait dû être le pape de Dominus Iesus et ne l'a pas été non plus.

Ce sont aussi le cardinal Ratzinger et Jean-Paul II qui avaient fait la mise au point judicieuse sur la notion d'Église soeur, appliquée aux Églises orthodoxes (Note de 2000). Quant aux "Églises" issues de la Réforme protestante, on devrait les dénommer, en dehors de la sociologie et de l'histoire, des "Communautés ecclésiales".

En n'ayant pas activement cherché la mise en oeuvre des principes et des règles qu'ils ont eux-mêmes rédigés, proclamés et ratifiés, les 2 prédécesseurs de François ont largement nourri le marais conceptuel tout envasé dans lequel barbote aujourd'hui tant l'oecuménisme catholique que le dialogue interreligieux de bas en haut.

Pour mémoire, Jean-Paul II a choisi Walter Kasper comme président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens (qui inclut la relation avec le judaïsme assez bizarrement) et c'est bien Benoît XVI qui lui a donné comme successeur le Suisse Kurt Koch qui s'est signalé par son opposition résolue à la réconciliation entre Rome et la FSSPX en 2011-2012 et par une vision judéo-chrétienne des plus étranges.
[Le Cardinal suisse, qui doit être un gymnaste de l'esprit dans l'art de manier les contradictions, a comme devise mais oui : « Ut sit in omnibus Christus primatum tenens », omnibus/en tout mais pas dans sa récente déclaration sur le judaïsme]
Sans surprise, ces deux cardinaux jouent un rôle de premier plan dans la Curie de François.

Dis moi qui tu nommes, je te dirai qui tu es.


images/icones/fleche2.gif  ( 796491 )Une petite nuance par Ennemond (2016-01-27 16:06:58) 
[en réponse à 796489]

A propos de votre dernière phrase.


Dis moi qui tu nommes, je te dirai qui tu es.



C'est tragique quand on l'applique à Pie XII qui a nommé l'immense majorité des évêques qui ont produit Vatican II. Que dire de ce pape qui avait pour substitut Mgr Montini, comme confesseur le futur cardinal Bea et qui a revêtu de la pourpre cardinalice des hommes tels que NN.SS. Lercaro, Frings, Liénart, Léger, etc. ?

Ne faut-il pas également prendre en compte l'évolution des hommes, les changements des contextes, le système de cooptation qui échappe au pape, le double jeu de certains et peut-être le manque de lucidité sur ces derniers.
images/icones/rose.gif  ( 796494 )certes mais j'appliquais ce principe par Luc Perrin (2016-01-27 16:28:47) 
[en réponse à 796491]

aux deux papes cités et l'exemple me semble probant.

Walter Kasper était-il un champion de l'orthodoxie quand il fut choisi ? Quant à l'évêque de Bâle, déjà par le pays, fallait-il être Sherlock Holmes pour détecter que peut-être, il n'aurait pas l'esprit requis par Dominus Iesus ?

Mais vous me direz Jean-Paul II ne connaissait rien de la théologie allemande ? Pas de chance avec un cardinal préfet de la CDF nommé Joseph Ratzinger.
Mais, vous me direz, Bâle c'est la Suisse, c'est loin de Benoît XVI : pas de chance car c'est la Suisse allemande et vraiment proche de la Bavière.

J'ajoute que le tout nouvellement élu pape François lui connaissait bien les écrits de Walter Kasper pour en faire et publiquement son mentor en théologie. Difficile de supposer que la culture théologique du pape polonais et du pape allemand ait été très inférieure à celle du pape argentin.

Les nominations de Jean-Paul II et pire encore de Benoît XVI reflètent bien leurs contradictions et pour le second, une dilection pour l'inaction.
Il suffit de voir comment très vite le pape François a remodelé la Curie pour voir les limites de ses deux prédécesseurs en la matière.

Quant à Pie XII, n'oubliez pas que de 1944 à 1958, il s'est nommé lui-même secrétaire d'Etat : ce qui n'était sans doute pas une si bonne idée que cela. Au moins avait-il confiance en lui et le pape pouvait penser que Pacelli ferait bien la politique de Pie XII ...
images/icones/1b.gif  ( 796521 )Certes Ennemond par Jean-Paul PARFU (2016-01-27 21:46:45) 
[en réponse à 796491]

Mais Notre Seigneur Jésus-Christ a bien nommé Judas évêque et de mauvais papes ont nommé de très bons évêques dont certains sont devenus de très bons papes.

C'est aussi un peu une loi de la vie elle-même : un père qui est un saint homme peut avoir des fils criminels et inversement, un odieux personnage peut donner la vie à des saints !
images/icones/1b.gif  ( 796525 )Et j'ajoute cher Ennemond par Jean-Paul PARFU (2016-01-27 22:25:43) 
[en réponse à 796521]

Avec tout le respect que je Lui dois, vous croyez que tous les ancêtres du Christ étaient des modèles de vertu ?

Prenons le plus grand d'entre eux, le roi David ? Vous croyez que reluquer en secret, depuis une fenêtre de son château, la femme de son principal général prenant un bain, et décider d'envoyer ce général en première ligne lors d'une bataille pour qu'il se fasse tuer et lui piquer sa femme, est très glorieux ?

C'est pas moi qui l'invente Ennemond, c'est dans la Bible !
images/icones/neutre.gif  ( 796516 )Oui et il y a pire par Aigle (2016-01-27 20:57:10) 
[en réponse à 796449]

Je suis pour ma part très frappé par l'absurdité qui consiste à célébrer Luther alors que de nos jours sa religion a disparu.

Qui croit encore aux formules sola fide sola scriptura sola gratia ?

Certainement pas François si attaché à la miséricorde et si méfiant à l'égard d'une lecture littérale des Écritures !
images/icones/neutre.gif  ( 796450 )Pour compléter.. par Antoine (2016-01-27 10:56:45) 
[en réponse à 796448]

Je ne suis pas particulièrement fan des prophéties et de tout ce qui tourne autour de la fin des temps, mais le Bon Dieu nous a donné des signes pour que nous soyons vigilants...

En voyant ce pape, j'y suis plus attentif qu'auparavant ...

Par exemple la prophétie du moine Johannes... Je ne sais pas ce qu'elle vaut, mais je la trouve intéressante. (à voir aussi celle de Saint Jean Bosco)...
images/icones/1x.gif  ( 796463 )Sur ces rencontres autrefois interdites par Jean-Paul PARFU (2016-01-27 12:33:06) 
[en réponse à 796434]

On peut aussi lire et voir ceci et cela
images/icones/1w.gif  ( 796465 )Jean Paul II par Jean-Paul PARFU (2016-01-27 12:47:35) 
[en réponse à 796463]

Jean Paul II est le premier pape à avoir prêché dans un temple protestant, prié dans une synagogue et à être entré dans une mosquée. En 1986, à Assise, il a présidé la fameuse journée interreligieuse de prière pour la paix.


Il est le premier pape à avoir embrassé le Coran



Et à s'être recueilli devant le Mur des Lamentations, à la manière des juifs religieux, en glissant une prière à Yahweh dans les interstices du mur

images/icones/1p.gif  ( 796496 )[réponse] par Abenader (2016-01-27 17:06:59) 
[en réponse à 796465]

Et à avoir participé à des rites animistes en Afrique, et à s'être fait bénir par des chamanes, et à avoir laissé mettre une statue de Bouddha sur l'autel à Assise, et à baiser le sol des contrées où il atterrissait, et à faire des ajouts au Rosaire, et, et, et.........
images/icones/ancre2.gif  ( 796513 )Pas tout à fait d'accord avec vous ! par Paterculus (2016-01-27 20:15:38) 
[en réponse à 796434]

A Erfuhrt, pensez-vous que Benoît XVI ait dit quelque chose de faux au sujet de Luther ? C'est vrai que la question de Dieu était primordiale pour cet hérésiarque. Ce que voulait Benoît XVI, c'était remettre ses interlocuteurs protestants libéraux sur ce chemin de la question de Dieu, car cela devrait les amener à renoncer à leur libéralisme, notamment moral. Cela ne signifie pas que Benoît XVI ait approuvé les réponses qu'avait apportées Luther à sa question sur Dieu.
Que des médias en aient profité pour jeter le trouble ne doit pas nous troubler. Ils le font régulièrement à tout propos.

L'attitude de Benoît XVI se comprend si l'on considère les changements que Vatican II a réellement voulu apporter à l’œcuménisme : pour moi, il s'agit non de changements stratégiques, où l'on renoncerait à convertir ses interlocuteurs, mais de changements tactiques. Il ne s'agit plus avant tout de dénoncer des erreurs, mais de mettre en valeur ce qu'il y a de bon dans la pensée de l'interlocuteur pour lui en faire tirer les conséquences qui le conduiront à la plénitude de la vérité.
Bien sûr ce qui est regrettable dans la façon dont cette tactique a été mise en oeuvre, c'est qu'on a cessé d'affirmer la vérité aux catholiques, et qu'on a laissé croire à un changement stratégique.

Dans cette perspective je ne vois pas de raison d'aller se réjouir - ou de se joindre à ceux qui se réjouissent - de cette prétendue réforme qui a privé et prive encore des millions de chrétiens de l'eucharistie, de la confirmation, de l'absolution...

Pour le reste je suis bien d'accord avec ceux qui affirment que certaines nominations ont été calamiteuses. De ce point de vue on a eu un gouvernement bisounours de l'Eglise. On feignait de croire que l'affirmation de certains principes allait dissiper les brumes de l'idéologie chez des gens qui baignaient depuis des décennies dans l'illusion idéologique.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/neutre.gif  ( 796555 )C'est un peu mon impression, oui. par Antoine (2016-01-28 09:24:27) 
[en réponse à 796513]

Mais c'est vrai que tout ceci n'est pas nouveau... Jusqu'où iront-ils ???
images/icones/fleche2.gif  ( 796524 )Deux textes, de Benoît XVI et du cardinal Koch, sur la crise de l'oecuménisme. par Scrutator Sapientiæ (2016-01-27 22:22:54) 
[en réponse à 796434]

Bonsoir Ennemond,

Voici, pour votre information et à toutes fins utiles :

2008

2012

Bonne soirée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 796528 )Un texte, souvent cité, parfois connu, de Jean-Paul II sur Assise. par Scrutator Sapientiæ (2016-01-27 22:34:28) 
[en réponse à 796434]

Bonsoir Ennemond,

Voici :

http://www.croire.com/Definitions/Vie-chretienne/Dialogue-interreligieux/Dans-l-esprit-d-Assise#

Le 22 décembre 1986, le Pape Jean-Paul II a reçu les cardinaux et les membres de la Curie romaine pour la présentation traditionnelle des vœux de Noël. Il a saisi cette occasion pour parler de la véritable signification qu'a pour l'Église la Journée de prière qui avait eu lieu à Assise le 27 octobre précédent et qui avait suscité de vives réactions dans l'Église et dans le monde. Nous présentons ici l'intégralité du discours du Pape.

" 1. C'est avec une joie particulière que je vous salue en cette rencontre traditionnelle qui nous voit réunis pour échanger mutuellement les vœux de Noël et du Nouvel An. Je remercie le nouveau cardinal doyen du Sacré-Collège pour les nobles paroles par lesquelles il a interprété les sentiments que suggère ce moment d'intimité familière.

En ces jours qui précèdent immédiatement la grande fête de Noël, au cours de laquelle nous célébrons et commémorons ensemble le Verbe de Dieu, vie et lumière des hommes (cf. Jean 1, 4), qui pour nous "s'est fait chair et est venu habiter parmi nous" (Jean 1, 14), mon esprit revit spontanément avec vous, vénérables et chers frères de la Curie romaine, ce qui semble avoir été l'événement religieux le plus suivi dans le monde en cette année qui est en train de s'achever ; la Journée mondiale de prière pour la paix à Assise, le 27 octobre dernier.

En cette Journée, en effet, et dans la prière qui en était le motif et l'unique contenu, semblait s'exprimer pour un instant, même de manière visible, l'unité cachée mais radicale que le Verbe divin, "dans lequel tout a été créé et dans lequel tout subsiste" (Colossiens 1, 16 ; Jean 1, 3), a établie entre les hommes et les femmes de ce monde, ceux qui maintenant partagent ensemble les angoisses et les joies de cette fin du XXe siècle, mais aussi ceux qui ont précédés et ceux qui prendront notre place "jusqu'à ce que vienne le Seigneur" (cf. 1 Corinthiens 11, 26). Le fait d'être réunis à Assise pour prier, jeûner et cheminer en silence - et cela pour la paix toujours fragile et toujours menacée, peut-être aujourd'hui plus que jamais - a été comme un signe clair de l'unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes (cf. Nostra ætate, 1).

2. Cet événement me paraît d'une si grande portée qu'il nous invite par lui-même à une réflexion approfondie pour en éclairer toujours mieux la signification à la lumière de la commémoration désormais imminente de l'incarnation du Fils éternel de Dieu.

Il est en effet évident que nous ne pouvons nous contenter du fait lui-même et de la réussite de sa réalisation. Certes, la Journée d'Assise encourage tous ceux dont la vie personnelle et communautaire est guidée par une conviction de foi à en tirer les conséquences sur le plan d'une conception approfondie de la paix et, d'une nouvelle manière, à s'engager pour elle. Mais en outre et peut-être principalement, cette Journée nous invite à une "lecture" de ce qui est arrivé à Assise et de son intime signification, à la lumière de notre foi chrétienne et catholique. La clé appropriée de lecture pour un si grand événement jaillit en effet de l'enseignement du Concile Vatican II qui associe de manière admirable la fidélité rigoureuse à la révélation biblique et à la tradition de l'Église, avec la conscience des besoins et des inquiétudes de notre temps, exprimés dans tant de "signes éloquents" (cf. Gaudium et spes, 4s.).

La mission de l'Église et l'unité du genre humain

3. Plus d'une fois, le Concile a mis en relation l'identité même et la mission de l'Église avec l'unité du genre humain, spécialement lorsqu'il a voulu définir l'Église "comme sacrement, c'est-à-dire comme signe et instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (Lumen gentium 1,9 ; cf. Gaudium et spes, 42).

Cette unité radicale qui appartient à l'identité même de l'être humain se fonde sur le mystère de la création divine. Le Dieu un dans lequel nous croyons, Père, Fils et Saint-Esprit, Trinité très sainte, a créé l'homme et la femme avec une attention particulière, selon le récit de la Genèse (cf. Genèse 1, 26 ss. ; 2, 7, 18-24). Cette affirmation contient et communique une profonde vérité : l'unité de l'origine divine de toute la famille humaine, de tout homme et de toute femme, qui se reflète dans l'unité de l'image divine que chacun porte en lui (cf. Gn 1, 26), et oriente par elle-même à une fin commune (cf. Nostra aetate, 1). "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, s'exclame saint Augustin, dans la plénitude de sa maturité de penseur, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en toi". (Conf., 1). La constitution dogmatique Dei Verbum déclare que "Dieu, qui crée et conserve toutes choses par son Verbe, offre aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur lui-même… et il a pris un soin constant du genre humain pour donner la vie éternelle à tous ceux qui, par la fidélité dans le bien, recherchaient le salut" (Dei Verbum, 3).

C'est pourquoi, il n'y a qu'un seul dessein divin pour tout être humain qui vient en ce monde (cf. Jean 1, 9), un principe et une fin uniques, quels que soient la couleur de sa peau, l'horizon historique et géographique dans lequel il vit et agit, la culture dans laquelle il a grandi et dans laquelle il s'exprime. Les différences sont un élément moins important par rapport à l'unité qui, au contraire, est radicale, fondamentale et déterminante.

L'Église, ministre et instrument de l'unité du créé

4. Le dessein divin, unique et définitif, a son centre en Jésus Christ, Dieu et homme "dans lequel les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse et en qui Dieu s'est réconcilié toutes choses" (Nostra aetate, 2). Comme il n'y a pas d'homme ou de femme qui ne portent en eux le signe de leur origine divine, de même il n'y a personne qui ne puisse demeurer en dehors et en marge de l’œuvre de Jésus-Christ, "mort pour tous", et donc "sauveur du monde" (cf. Jean 4, 42). "Nous devons en effet retenir que l'Esprit-Saint donne à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal" (Gaudium et spes, 22).

Comme on le dit dans la première Épître à Timothée, Dieu "veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi est le médiateur entre Dieu et les hommes" (2, 4-6).

Ce mystère éclairant de l'unité du genre humain dans sa création et de l'unité de l’œuvre salvifique du Christ qui porte avec lui la naissance de l'Église, comme ministre et instrument, s'est manifesté clairement à Assise, malgré les différences des professions religieuses, en rien cachées ou atténuées.

Le grand dessein qui préside à la création

5. À la lumière de ce mystère, les différences de tout genre, et en premier lieu les différences religieuses, dans la mesure où elles sont réductrices du dessein de Dieu, se révèlent en effet comme appartenant à un autre ordre. Si l'ordre de l'unité est celui qui remonte à la création et à la rédemption et s'il est donc, en ce sens, "divin", ces différences et ces divergences, même religieuses, remontent plutôt à un "fait humain", et doivent être dépassées dans le progrès vers la réalisation du grandiose dessein d'unité qui préside à la création. Il y a certes des différences dans lesquelles se reflètent le génie et les "richesses" spirituelles donnés par Dieu aux nations (cf. Ad gentes, 11). Ce n'est pas à elles que je me réfère. J'entends ici faire allusion aux différences dans lesquelles se manifestent les limites, les évolutions et les chutes de l'esprit humain tenté par l'esprit du mal dans l'histoire (Lumen gentium, 16).

Les hommes peuvent souvent ne pas être conscients de leur unité radicale d'origine, de destin et d'insertion dans le plan même de Dieu et, lorsqu'ils professent des religions différentes et incompatibles entre elles, ils peuvent même ressentir leurs divisions comme insurmontables, mais, malgré cela, ils sont inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus-Christ, qui "s'est uni d'une certaine manière à tous les hommes" (Gaudium et spes, 22), même si ceux-ci n'en sont pas conscients.

Appelés à former le nouveau Peuple de Dieu

6. Dans ce grand dessein de Dieu sur l'humanité, l'Église trouve son identité et sa tâche de "sacrement universel de salut" en étant précisément "signe et instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (Lumen gentium, 1). Cela signifie que l'Église est appelée à travailler de toutes ses forces (l'évangélisation, la prière, le dialogue) pour que disparaissent entre les hommes les fractures et les divisions qui les éloignent de leur principe et fin et qui les rendent hostiles les uns aux autres. Cela signifie que si le genre humain tout entier, dans l'infinie complexité de son histoire, avec ses cultures différentes, est "appelé à former le nouveau Peuple de Dieu" (Lumen gentium, 13) dans lequel se guérit, se consolide et s'élève l'union bénie de Dieu avec l'homme et l'unité de la famille humaine : "Tous les hommes sont donc appelés à cette unité catholique du Peuple de Dieu, qui préfigure et promeut la paix universelle et à laquelle appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut" (ibid).

Découvrir et respecter les semences du Verbe

7. L'unité universelle fondée sur l'événement de la création et de la rédemption ne peut pas ne pas laisser une trace dans la vie réelle des hommes, même de ceux qui appartiennent à des religions différentes. C'est pourquoi, le Concile a invité l'Église à respecter les semences du Verbe présentes dans ces religions (Ad gentes, 11) et il affirme que tous ceux qui n'ont pas encore reçu l'Évangile sont "ordonnés" à l'unité suprême de l'unique Peuple de Dieu à laquelle appartiennent déjà par la grâce de Dieu et par le don de la foi et du baptême tous les chrétiens avec qui les catholiques "qui conservent l'unité de la communion sous le Successeur de Pierre", savent qu'ils "sont unis pour de multiples raisons" (cf. Lumen gentium, 15).

C'est précisément la valeur réelle et objective de cette "ordinatio" à l'unité de l'unique Peuple de Dieu, souvent cachée à nos yeux, qui a pu être reconnue dans la Journée d'Assise, et dans la prière avec les représentants chrétiens, c'est la profonde communion qui existe déjà entre nous dans le Christ et dans l'Esprit, vivante et agissante, même si elle est encore incomplète, qui a eu l'une de ses manifestations particulières. L'événement d'Assise peut ainsi être considéré comme une illustration visible, une leçon de choses, une catéchèse intelligible à tous de ce que présuppose et signifie l'engagement œcuménique et l'engagement pour le dialogue interreligieux recommandé et promu par le Concile Vatican II.

Relations avec le peuple juif, avec les musulmans et ceux qui "cherchent un Dieu inconnu"

8. Comme source inspiratrice et comme orientation fondamentale pour un tel engagement, il y a toujours le mystère de l'unité, aussi bien celle qui est déjà atteinte dans le Christ par la foi et le baptême que celle qui s'exprime dans "l'ordination" au peuple de Dieu et donc encore à atteindre pleinement.

Tandis que la première trouve son expression adéquate et toujours valable dans le Décret Unitatis redintegratio sur l’œcuménisme, la seconde se trouve formulée, sur le plan de la relation et du dialogue interreligieux, dans la Déclaration Nostra aetate, et tous les deux sont à lire dans le contexte de la Constitution Lumen gentium.

C'est dans cette seconde dimension, encore assez nouvelle par rapport à la première, que la Journée d'Assise nous fournit de précieux éléments de réflexion qui se trouvent éclairés par une lecture attentive de la Déclaration en question sur les religions non chrétiennes.

Ici aussi, on parle de "l'unique communauté" que forment les hommes en ce monde (n. 1), et cette communauté s'explique comme le fruit de "l'unique origine" commune, "puisque Dieu a fait habiter le genre humain tout entier sur toute la face de la terre" (ibid) pour qu'il s'achemine vers "une seule fin dernière, Dieu, dont la Providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s'étendent à tous, jusqu'à ce que les élus soient réunis dans la Cité sainte que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront dans sa lumière" (ibid).

Dans les paragraphes suivants, la Déclaration nous enseigne à apprécier les différentes religions non chrétiennes à l'intérieur de ce cadre général où s'enracine notre unité, mais aussi en soulignant les valeurs authentiques qui les caractérisent dans leur effort pour répondre "aux énigmes obscures de la condition humaine" (ibid) et en voulant voir dans cet effort "un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes" (n. 2). Ainsi "l'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions et elle exhorte même ses fils pour que, avec prudence et charité…, tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en elles" (ibid).

Ce faisant, l'Église se propose avant tout de reconnaître et de respecter cette "ordination" au Peuple de Dieu dont parle Lumen gentium (n. 16) et à laquelle je viens de me référer. Quand elle agit de cette manière, elle est donc consciente de suivre une indication divine parce que c'est le Créateur et Rédempteur qui, dans son dessein d'amour, a disposé cette mystérieuse relation entre les hommes et les femmes religieux et l'unité du Peuple de Dieu.

Il y a avant tout une relation avec le peuple juif, "ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair" (Lumen gentium, 16), qui nous est uni par un "lien" spirituel (cf. Nostra aetate, 2). Mais il y a également une relation avec "ceux qui reconnaissent le Créateur et, parmi ceux-ci en premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d'Abraham et qui adorent avec nous un Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour" (Lumen gentium, 16). Et il y a encore une relation avec ceux qui "cherchent un Dieu inconnu dans les ombres et sous des images" et dont "Dieu lui-même n'est pas loin" (cf. Lumen gentium, 19).

Identité et conscience de l'Église catholique

9. En présentant l'Église catholique qui tient par la main ses frères chrétiens et ceux-ci tous ensemble qui donnent la main aux frères des autres religions, la Journée d'Assise a été comme une expression visible de ces affirmations du Concile Vatican II. Avec elle et par elle, nous avons réussi, grâce à Dieu, à mettre en pratique, sans aucune ombre de confusion ni de syncrétisme, cette conviction qui est la nôtre, inculquée par le Concile, sur l'unité de principe et de fin de la famille humaine et sur le sens et la valeur des religions non chrétiennes.

La Journée ne nous a-t-elle pas enseigné à relire, à notre tour, avec des yeux plus ouverts et plus pénétrants, le riche enseignement conciliaire sur le dessein salvifique de Dieu, le caractère central de ce dessein en Jésus-Christ et la profonde unité dont il part et vers laquelle il tend à travers la diaconie de l'Église ? L'Église catholique s'est manifestée à ses fils et au monde dans l'exercice de sa fonction de "promouvoir l'unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples" (Nostra aetate, 1).

En ce sens, on doit encore dire que l'identité même de l'Église catholique et la conscience qu'elle a d'elle-même ont été renforcées à Assise. L'Église, en effet, c'est-à-dire nous-mêmes, nous avons mieux compris, à la lumière de l'événement, quel est le vrai sens du mystère d'unité et de réconciliation que le Seigneur nous a confié et qu'il a exercé en premier lorsqu'il a offert sa vie "non seulement pour le peuple mais aussi pour réunir les fils de Dieu qui étaient dispersés" (Jean 11, 52).

Un ministère essentiel exercé de différentes manières

10. L'Église exerce ce ministère essentiel qui est le sien de différentes manières : par l'évangélisation, l'administration des sacrements et la conduite pastorale par le Successeur de Pierre et les évêques, par le service quotidien des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses, par l'effort et le témoignage des missionnaires et des catéchistes, par la prière silencieuse des contemplatifs et la souffrance des malades, des pauvres et des opprimés, et par tant de formes de dialogue et de collaboration des chrétiens pour réaliser l'idéal des Béatitudes et promouvoir les valeurs du Royaume de Dieu.

L'Église a également exercé ce ministère à Assise, d'une manière inédite si l'on veut, mais qui n'est pas moins efficace et moins engageante pour cela, comme cela été reconnu par nos hôtes qui ont exprimé leur joie et exhorté à continuer sur la route commencée. Par ailleurs, comme nous le voyons, la situation du monde en cette veille de Noël est en elle-même un appel pressant à retrouver et à maintenir toujours vivant l'esprit d'Assise comme motif d'espérance pour l'avenir.

La valeur unique de la prière de tous pour la paix dans le monde

11. Là, on a découvert, de manière extraordinaire, la valeur unique qu'a la prière pour la paix et même que l'on ne peut obtenir la paix sans la prière, et la prière de tous, chacun dans sa propre identité et dans la recherche de la vérité. C'est en cela qu'il faut voir, à la suite de ce que nous venons de dire, une autre manifestation admirable de cette unité qui nous lie au-delà des différences et des divisions de toutes sortes. Toute prière authentique se trouve sous l'influence de l'Esprit "qui intercède avec insistance pour nous car nous ne savons que demander pour prier comme il faut", mais Lui prie en nous "avec des gémissements inexprimables et Celui qui scrute les coeurs sait quels sont les désirs de l'Esprit" (Rm 8, 26-27). Nous pouvons en effet retenir que toute prière authentique est suscitée par l'Esprit-Saint qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme.

C'est ce que l'on a également vu à Assise : l'unité qui provient du fait que toute personne est capable de prier, c'est-à-dire de se soumettre totalement à Dieu et de se reconnaître pauvre devant lui. La prière est un des moyens pour réaliser le dessein de Dieu parmi les hommes (cf. Ad gentes, 3).

Il a été rendu manifeste de cette manière que le monde ne peut pas donner la paix (cf. Jn 14, 27), mais qu'elle est un don de Dieu et qu'il faut l'obtenir de lui par la prière de tous.

Un témoignage devant le monde de l'engagement commun pour la paix

12. En vous proposant à vous, messieurs les cardinaux, archevêques, évêques et membres de la Curie romaine, ces réflexions sur l'extraordinaire événement qui s'est déroulé à Assise le 27 octobre dernier, je voudrais avant tout que cela soit une aide pour mieux nous préparer à recevoir encore une fois ce Verbe en qui "toutes choses ont été créées" (cf. Jean 1, 3) et par qui tous les hommes sont appelés à "avoir la vie et à l'avoir en abondance" (Jn 10, 10), ce Verbe divin qui "a voulu habiter parmi nous" (cf. Jean 1, 14) et qui, par sa venue, sa mort et sa résurrection a voulu "récapituler en lui toutes choses, celles du ciel et celles de la terre" (cf. Hébreux 1, 10).

À lui qui, "par l'incarnation s'est uni d'une certaine manière à tout homme" (Gaudium et spes, 22), je voudrais encore confier la suite à donner à la Journée d'Assise et aux engagements que, dans ce but, tous, dans l'Église, nous devrons assumer ou que nous sommes déjà en train d'assumer pour répondre à la vocation fondamentale de l'Église parmi les hommes qui est d'être "sacrement de rédemption universelle" et "germe incorruptible d'unité et d'espérance pour toute l'humanité" (Lumen gentium, 9).

Je suis certain que vous tous, collaborateurs de la Curie romaine, vous êtes profondément conscients de cette mission. Je vous remercie de tout cela et aussi pour l'aide irremplaçable que vous m'offrez, jour après jour, dans le service de l'Église universelle, avec les représentants pontificaux dans les différents pays du monde.

13. Et tandis que je présente à tous mes vœux les plus fervents de Noël, je voudrais renouveler l'expression de ma reconnaissance à tous ceux qui, acceptant mon invitation, non sans difficultés et incommodités, nous ont, par leur exemple, poussés non seulement à rendre témoignage devant le monde de l'engagement commun pour la paix, mais aussi à réfléchir sur le mystère de l’œuvre de Dieu dans le monde, à laquelle nous voulons tous collaborer et dont nous nous apprêtons à célébrer dans la nuit de Noël, sous le regard maternel de Marie, le sommet dans la plénitude des temps. "

Traduction par la DC du texte italien publié dans l'Osservatore Romano des 22-23 décembre 1986 (voir DC 1987, n° 1933, p. 133-136).

Bonne soirée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 796531 )Ce texte est par Abenader (2016-01-27 22:55:21) 
[en réponse à 796528]

malgré le désir louable d'unité, en directe et frontale contradiction avec Mortalium animos de Pie XI:


Il est vrai, quand il s'agit de favoriser l'unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien. N'est-il pas juste, répète-t-on, n'est-ce pas même un devoir pour tous ceux qui invoquent le nom du Christ, de s'abstenir d'accusations réciproques et de s'unir enfin un jour par les liens de la charité des uns envers les autres ? Qui donc oserait affirmer qu'il aime le Christ s'il ne cherche de toutes ses forces à réaliser le voeu du Christ lui-même demandant à son Père que ses disciples soient "un" (Joan. XVII, 21) ? Et de plus le Christ n'a-t-il pas voulu que ses disciples fussent marqués et distingués des autres hommes par ce signe qu'ils s'aimeraient entre eux: " C'est à ce signe que tous connaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres " (Joan. XIII, 35) ?

Plaise à Dieu, ajoute-t-on, que tous les chrétiens soient "un" ! Car par l'unité, ils seraient beaucoup plus forts pour repousser la peste de l'impiété qui, s'infiltrant et se répandant chaque jour davantage, s'apprête à ruiner l'Evangile.



Seulement voilà:


Tels sont, parmi d'autres du même genre, les arguments que répandent et développent ceux qu'on appelle panchrétiens. Et il s'en faut que ces panchrétiens soient peu nombreux et disséminés; ils se sont, au contraire, multipliés en organisations complètes et ils ont fondé des associations largement répandues, que dirigent, le plus souvent, des non catholiques, quelles que soient leurs divergences en matières de foi. Leur entreprise est, d'ailleurs, poursuivie si activement qu'elle obtient en beaucoup d'endroits l'accueil de personnes de tout ordre et qu'elle séduit même de nombreux catholiques par l'espoir de former une union conforme, apparemment, aux voeux de notre Mère la Sainte Eglise, laquelle, certes, n'a rien plus à coeur que de rappeler et de ramener à son giron ses enfants égarés.

Mais en fait, sous les séductions et le charme de ces discours, se cache une erreur assurément fort grave, qui disloque de fond en comble les fondements de la foi catholique.

Avertis par la conscience de notre charge apostolique de ne pas laisser circonvenir par des erreurs pernicieuses le troupeau du Seigneur, nous faisons appel, vénérables frères, à votre zèle pour prendre garde à un tel malheur. Nous avons, en effet, la confiance que, par l'écrit et par la parole, chacun de vous pourra plus facilement atteindre son peuple et lui faire comprendre les principes et les raisons que nous allons exposer et que les catholiques pourront y trouver une règle de pensée et de conduite pour les entreprises visant à réunir, de quelque manière que ce soit, en un seul corps, tous ceux qui se réclament du nom chrétien.



Puis, Pie XI énonce ces erreurs pernicieuses, et conclut ainsi:


On comprend donc, Vénérables Frères, pourquoi ce Siège Apostolique n'a jamais autorisé ses fidèles à prendre part aux congrès des non-catholiques: il n'est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu'en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, puisqu'ils ont eu jadis le malheur de s'en séparer.

Le retour à l'unique véritable Eglise, disons-Nous, bien visible à tous les regards, et qui, par la volonté de son Fondateur, doit rester perpétuellement telle qu'il l'a instituée lui-même pour le salut de tous. Car jamais au cours des siècles, l'Epouse mystique du Christ n'a été souillée, et elle ne pourra jamais l'être, au témoignage de saint Cyprien: " L'Epouse du Christ ne peut commettre un adultère: elle est intacte et pure. Elle ne connaît qu'une seule demeure; par sa chaste pudeur, elle garde l'inviolabilité d'un seul foyer " (De cath. Ecclesiae unitate, VI). Et le saint martyr s'étonnait vivement, et à bon droit, qu'on pût croire " que cette unité provenant de la stabilité divine, consolidée par les sacrements célestes, pouvait être déchirée dans l'Église et brisée par le heurt des volontés discordantes " (ibid.). Le corps mystique du Christ, c'est-à-dire l'Eglise, étant un (I Cor., XII, 12), formé de parties liées et coordonnées (Eph. IV, 16) à l'instar d'un corps physique, il est absurde et ridicule de dire qu'il peut se composer de membres épars et disjoints; par suite, quiconque ne lui est pas uni n'est pas un de ses membres et n'est pas attaché à sa tête qui est le Christ (Eph.V, 30; 1,22).

Or, dans cette unique Eglise du Christ, personne ne se trouve, personne ne demeure, si, par son obéissance, il ne reconnaît et n'accepte l'autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes successeurs.



Et enfin, dans ce passage, Pie XI, longe mirante, taille un costard sur mesure aux hérétiques, aux schismatiques, aux panchrétiens qui font des congrès bariolés, et Dieu sait si c'était bariolé, à Assise... Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel !



Il en est, toutefois, qui affirment et concèdent que le protestantisme a rejeté trop inconsidérément certains dogmes de foi et plusieurs pratiques du culte extérieur, agréables et utiles sans aucun doute, que l'Eglise Romaine, au contraire, conserve encore. Ils se hâtent, d'ailleurs, d'ajouter que cette Eglise Romaine, elle aussi, s'est égarée, qu'elle a corrompu la religion primitive en lui ajoutant certaines doctrines moins étrangères que contraires à l'Evangile et en obligeant à y croire; parmi ces doctrines, ils citent en premier lieu celle de la primauté de juridiction attribuée à Pierre et à ses successeurs sur le siège romain. Dans ce nombre, il en est, assez peu, il est vrai, qui concèdent au Pontife romain soit une primauté honorifique, soit une certaine juridiction ou pouvoir, qui, estiment-ils toutefois, découle non du droit divin mais, d'une certaine façon, du consentement des fidèles; d'autres vont jusqu'à désirer que leurs fameux congrès, qu'on pourrait qualifier de bariolés, soient présidés par le Pontife lui-même. Pourtant, si on peut trouver des non-catholiques, d'ailleurs nombreux, qui prêchent à pleine voix une communion fraternelle dans le Christ Jésus, on n'en trouverait pas à qui vienne la pensée de se soumettre et d'obéir au Vicaire de Jésus-Christ quand il enseigne et quand il commande. Entre-temps, ils affirment qu'ils traiteront volontiers avec l'Eglise Romaine, mais à droits égaux, c'est-à-dire en égaux avec un égal; mais s'ils pouvaient traiter, il ne semble pas douteux qu'ils le feraient avec la pensée de ne pas être tenus, par le pacte éventuellement conclu, à renoncer aux opinions en raison desquelles, encore maintenant, ils restent dans leurs errements et dans leurs erreurs hors de l'unique bercail du Christ.



Comment, cher Scrutator, faire matcher cela avec le texte de Jean-Paul II ? C'est impossible, je le crains.
images/icones/fleche2.gif  ( 796532 )Quatre textes de Benoît XVI, avant, pendant, après Assise 2011. par Scrutator Sapientiæ (2016-01-27 22:55:36) 
[en réponse à 796434]

Bonsoir Ennemond,

Voici :

1.

2.

3.

4.

Bonne soirée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 796543 )"Prière de ne pas dire à ceux qui se trompent qu'ils se trompent" par Scrutator Sapientiæ (2016-01-28 00:26:44) 
[en réponse à 796434]

Bonsoir Ennemond,

Voici quelques lignes sur une partie de ce que j'en pense, si j'ose dire.

I.

1. Face aux confessions chrétiennes non catholiques, aux religions et traditions croyantes non chrétiennes, au relativisme et au subjectivisme, ou à l'indifférenciation, notamment dans l'ordre du croire,

- nous avons eu, avant-hier, des hommes d'Eglise debout,

- nous avons, depuis hier, une Eglise "assise",

- nous aurons, après demain, des hommes d'Eglise couchés.

2. J'avoue ne pas très comprendre pourquoi et comment des hommes d'Eglise peuvent s'imaginer un seul instant que toutes ces manifestations de consensus oecuméniste ou de consensus pseudo-religieux peuvent vraiment faire autorité, au sens plein de ce terme, peuvent être vraiment inspiratrices, ou instituantes, sur le plan religieux ou sur le plan spirituel.

3. Ce qui pourrait peut-être faire autorité, ce serait que l'Eglise catholique, par la voix de ses représentants, de ses responsables, se mette ou se remette

- à dire à ceux qui se trompent, en matière religieuse...qu'ils se trompent, en matière religieuse,

et

- à leur dire en quoi et pourquoi ils se trompent, pour quelles raisons et par quels moyens ils se trompent,

que les destinataires de cette régulation en matière de doctrine religieuse soient des catholiques, d'autres chrétiens, ou des croyants non chrétiens.

4. Il arrive en effet fréquemment que des catholiques eux-mêmes se trompent, parfois gravement, en matière de doctrine religieuse, comme c'est le cas, par exemple, à chaque fois que des catholiques accordent ou attribuent, par exemple, à Gaudium et Spes, un degré d'autorité infiniment supérieur à celui d'une Constitution dogmatique, alors qu'il ne s'agit que d'une Constitution pastorale.

II.

5. De mon point de vue, un premier aspect est tout à fait frappant : nous sommes en présence,

- non avant tout, de clercs démissionnaires, dans le domaine de l'évangélisation contra-positionnelle ad extra (comme si les premiers chrétiens n'avaient pas donné le meilleur exemple, dans ce domaine),

- mais, avant tout, de clercs démissionnaires dans le domaine de l'orientation des catholiques par l'exercice de l'autorité, de la régulation, de la supervision, en matière de doctrine religieuse.

6. Mais un deuxième aspect est tout aussi frappant : nous sommes en présence de clercs qui savent très bien que toutes ces manifestations de créativité, en tout cas pour l'instant, ont plutôt tendance, voire de plus en plus tendance, à reposer et à déboucher sur de l'imprécision, de l'imprudence, de l'indécision ou de l'indistinction, voire sur une ambivalente indifférenciation.

7. C'est pour cela que je me suis permis d'insérer les textes de Benoît XVI et du cardinal Koch, sur le fait que l'oecuménisme est en crise : nous sommes en présence de clercs qui savent très bien en quoi et pourquoi le consensus oecuméniste est dysfonctionnel, qui le reconnaissent publiquement, même si c'est à demi mots, mais qui continuent à s'y consacrer, apparemment en fonction, et non, bien sûr, en vertu...de la vitesse acquise.

8. La conclusion que j'en tire est la suivante : l'implicite du discours tenu par ces clercs, ou, en tout cas, par bon nombre d'entre eux, ne peut qu'être le suivant :

- de même que les catholiques sont désormais dispensés d'exhortation à la conversion,

- de même, les non catholiques sont désormais dispensés d'ouverture sur leur conversion.

III.

9. Une autre manière de dire à peu près la même chose est celle-ci :

- parmi les clercs d'avant-hier, il y a eu des pédagogues,

- parmi les clercs, depuis hier, il y a surtout des diplomates,

- parmi les clercs, après demain, il y aura des démagogues.

10. J'arrive à présent à au moins une remarque, sur la vidéo qui date de début janvier 2016, et qui provient de Rome. Cette vidéo, je le dis comme je le pense, n'est pas autre chose qu'une vidéo située au croisement du diplomatique et du publicitaire, et surtout située à la limite de la démagogie. C'est de la moraline pseudo-religieuse.

11. Je vais donc finir par croire que ce que j'écris, depuis déjà plusieurs années, n'est pas totalement faux : ce qui semble vraiment importer, dans toute cette affaire, ce qui semble vraiment en constituer la caractéristique fondamentale, la coloration principale, la tonalité dominante, à l'occasion de l'un ou l'autre de ces happenings, ce n'est pas tant

- ce qui est DIT ad extra, à l'attention et en direction des non catholiques, des non chrétiens, des non croyants,

que

- ce qui est TU ad intra, à destination, mais certes pas au bénéfice, des évêques, des prêtres, et des fidèles catholiques.

12. Compte tenu, en effet, de la banalité, constante, croissante, fervente ou fréquente, des discours et des propos tenus, à l'occasion de l'une ou l'autre de ces rencontres ou réunions, j'en suis venu à me dire, depuis déjà plusieurs années, que le plus important réside, est situé, à l'intérieur de ce dont les catholiques sont privés.

Et ils sont privés de régulation et de supervision, courageuse et dissensuelle, en matière de doctrine religieuse, exactement comme si le fait de dire à quelqu'un qui se trompe en matière religieuse qu'il se trompe en matière religieuse était dorénavant considéré comme attentatoire à la charité chrétienne et à la dignité ou à la liberté humaine.

IV.

Je termine ce billet d'humeur sur la remarque suivante : il arrive qu'il soit question de prière interreligieuse, et en effet, à l'occasion de l'un ou l'autre de ces happenings (plutôt médiatiquement et mondialistement corrects, même quand ils sont bien intentionnés et bien organisés, donc à grande distance du syncrétisme), le mot "prière" mérite pleinement d'être employé :

"Prière de ne pas dire à ceux qui se trompent en matière de doctrine religieuse qu'ils se trompent en matière de doctrine religieuse."

"Prière, Seigneur, de ne pas tout gâcher, au moyen de l'une ou l'autre de tes paroles exclusivistes, certes présente dans tel ou tel évangile, mais certes pas inspirée par "l'esprit de l'Evangile"...

Je me demande vraiment parfois ce que Jean-Paul II, et, dans une moindre mesure, Benoît XVI, "sont allés faire dans cette galère" : en particulier, comment se fait-il que Jean-Paul II n'ait pas vu

a) que son positionnement, plutôt opposé au relativisme, en matière morale, était quelque peu contrarié ou contredit par son positionnement, plutôt propice au relativisme, en matière (inter)religieuse ?

b) que ce même positionnement, en matière (inter)religieuse, a été considéré comme un formidable encouragement, comme une formidable légitimation de leur propre positionnement, par bien des clercs qui sont allés, pendant ou après son pontificat, encore plus loin que lui ?

Ce qui précède est certainement plein d'excès ou de défauts, ou nécessiterait bien des nuances ou des précisions, et je vous prie de bien vouloir m'en excuser, mais je n'ai pas le temps de les apporter.

Bonne soirée.

Scrutator.