Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=795751
images/icones/mitre4.png  ( 795751 )On reparle du cardinal Congar par Jean Kinzler (2016-01-20 18:13:34) 

Le cardinal Congar, l'apôtre de l'Unité des chrétiens

Le théologien dominicain Yves Congar avait une passion pour l'Unité des chrétiens. "Il y a quelque chose de très profond à comprendre et à trouver chez Luther", disait cet expert au concile Vatican II. Publié le 19 janvier 2016.


Toute sa vie, le P. Congar fut hanté par l'unité des chrétiens. Cette conviction forte vient d'une intuition de jeunesse.

Né à Sedan, place forte protestante, il est en effet profondément marqué par le climat fraternel et d'émulation qui existe entre les deux communautés chrétiennes. En 1929, la lecture de l'Evangile de Jean, et particulièrement la prière sacerdotale, l'émeut profondément.

"Ma vocation ecclésiale et unique est apparue en 1929" rapporte-t-il. Il conçoit alors un grand amour pour l'unité des chrétiens. Cette vocation, il n'a de cesse de l'approfondir durant toutes les années passées au Saulchoir (entre 1930 et 1939).

Ses rencontres avec des frères séparés, protestants et orthodoxes, lui font ouvrir un chantier oecuménique sans précédent. Grâce à un réseau d'amitiés fortes et fécondes, il comprend alors que les divisions des chrétiens sont très différentes de ce qu'en disent les manuels de théologie catholique. Il comprend aussi que l'unité, ce n'est pas purement et simplement le retour des "dissidents" dans le giron de l'Eglise catholique romaine. Mais une lente et fraternelle avancée vers le dialogue.

En 1937, la parution de son livre Chrétiens désunis inaugure un nouvelle période de "l'oecuménisme" catholique.

Dès lors, il devient l'interlocuteur privilégié des rencontres oecuméniques. Ses travaux hardis et courageux font déjà froncer quelques sourcils mais le mouvement est lancé. L'épreuve de la guerre et de captivité les laisseront en suspens. Ils reprendront avec force dès 1947.

Dans ces années d'après-guerre, si riches pour l'Eglise, il ne ménage pas sa peine, malgré la fatigue et la maladie. Il sillonne la France, participe à toutes les cérémonies des semaines pour l'Unité, répond à toutes les sollicitations. Ses travaux ne se limitent plus à l'oecuménisme, mais tous sont issus de cette réflexion en profondeur.

La disgrâce vient en 1954. Avec le reproche suivant : écrire que les divisions chrétiennes appauvrissaient la catholicité de l'Eglise. Et que par conséquent il manquait quelque chose à cette Eglise pour qu'elle soit pleinement catholique.

Les consignes tombent : interdictions de traductions de ses livres, "éloignement" à Cambridge. Le père Congar "paie" cher ses avancées théologiques. Et pourtant, celles-ci seront pleinement reprises à Vatican II dans les désormais célèbres Nostra Aetate et Unitatis redintegratio.

"C'est fantastique, on a fait le pas !"

Voici ce qu'il écrit dans son journal du Concile :

11 mai 1965 : à 9h au Secrétariat. On achève [le texte Dignitatis humanae sur] la liberté religieuse. A 11H, vote (secret) sur l'ensemble du texte tel qu'il est à ce jour. (...) Travail extrêmement sérieux, pas de verbosité. Quand je considère ce qu'est aujourd'hui, au sommet, l'oecuménisme catholique, je suis confondu. C'est fantastique! ON A FAIT LE PAS!

30 septembre 1965 : à 15h, visite de trois prêtres de Chambéry. (...) Ils ont travaillé beaucoup avec Taizé et ils projettent de constituer une communauté oecuménique d'évangélisation. Un frère de Taizé viendrait se joindre à eux. D'une part, le moment est venu, au point de vue oecuménique, de poser des actes, des gestes, qui ouvrent et préparent l'avenir. D'autre part, oecuménisme et mission ont un lien profond. Je suis impressionné par la vérité de ce qu'ils me disent: l'oecuménisme exercé et vécu apporte à la mission, à l'évangélisation, un élan, quelque chose d'efficace. Cela répond vraiment à une attente. En particulier des jeunes.

J'ai le sentiment que ce que ces trois jeunes prêtres veulent commencer vient du Saint-Esprit. Je leur dis, en les quittant, ce que j'entends moi-même chaque jour depuis quarante ans: "et tu puer propheta Altissimi vocaberis; praebis" (Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut; tu marcheras... Luc 1, 76)

Extraits de "Mon Journal du Concile" de Yves Congar paru aux éditions du Cerf.

Sophie de Villeneuveici
images/icones/2a.gif  ( 795767 )Congar dépeint par ses écrits par Vianney (2016-01-20 22:32:34) 
[en réponse à 795751]

 
A lire ici.

Avec la modestie qui le caractérisait – à ses yeux, le P. Garrigou-Lagrange était un “ignorant” – cet “expert” conciliaire se croyait chargé d’ouvrir les portes que saint Pie V (“ce pape-inquisiteur”) avait fermées !

V.
 

images/icones/hein.gif  ( 795774 )Et si les années 2010 étaient des années 1950, mais inversées ? par Athanase (2016-01-20 23:16:57) 
[en réponse à 795751]

En me remémorant la trajectoire du RP Congar, celui-ci fait référence au contexte des années 1950. Pour les théologiens "d'ouverture", c'est une période de défiance. Quelques années plus tard, c'est un certain changement, marqué par l'accueil de leurs travaux au moment de Vatican II.

Alors, je me permets de formuler une hypothèse: et si ces années difficiles que nous connaissons, malgré par une certaine distance avec la Tradition, y compris en haut-lieu, étaient le prélude à des années plus heureuse ? Et si, après ce bâclage, survenait un véritable renouveau dans lequel le pontificat de Benoît XVI poserait les bases liturgiques, spirituelles et doctrinales ? Dans ce sens, nous serions dans une situation inverse de celle des années 1950: des forces traditionnelles brimées, mais appelées à mieux émerger.

Ce n'est qu'une hypothèse. Certes, un souhait. Mais une possibilité. Évidemment, le pire est toujours possible.
images/icones/fleche2.gif  ( 795966 )Et si les années 2010 étaient des années 1970, mais aggravées ? par Scrutator Sapientiæ (2016-01-23 08:26:48) 
[en réponse à 795774]

Bonjour Athanase,

1. Pour aller vite, d'une manière certainement trop schématique, je dirai ceci :

- les premiers ralliements explicites ou les premières soumissions explicites de théologiens catholiques à la mentalité ou à la philosophie postmoderne datent de la fin des années 1960 ou du début des années 1970 ;

- le premier Pape qui semble vraiment pouvoir être qualifié d'anti-intellectualiste et de postmoderne, compte tenu de la forme et du fond de son enseignement, notamment et surtout ad extra, a été élu au début des années 2010.

2. En ce qui concerne le spécifique du positionnement ad extra du Pape François, sommes-nous

- plutôt en présence d'un élément directeur et précurseur de plusieurs décennies d'alignement de l'Eglise catholique, ou, en tout cas, de la très grande majorité des théologiens et de l'épiscopat, sur le climat mental postmoderne,

ou

- plutôt en présence, pour ainsi dire, d'une "queue de comète",

a) avant tout nostalgique de la tentative de "dépassement" de l'intégralisme et du personnalisme qui s'est manifestée, en aval immédiat du Concile Vatican II, puis tout au long des années 1970,

et non

b) avant tout novatrice et "rupturiste" dans sa forme, mais orthodoxe et "continuiste" dans son fond ?

3. Je suis un prophète de malheur qui espère avoir tort, et je plaide donc en faveur de la première branche de cette alternative, car les manifestations de créativité du Pape François m'ont persuadé qu'il a bien du mal à résister à la tentation de démanteler ou de neutraliser le recentrage postconciliaire, lequel

- dans sa plus grande extension, aura duré près de 40 ans, de 1975, sous Paul VI, à 2012, sous Benoît XVI,

- dans sa plus grande densité, aura duré à peine 12 ans, de 1993 (Veritatis splendor) à 2005 (le Compendium du Catéchisme).

4. Les théologiens d'ouverture d'avant-hier, comme vous l'écrivez, ont pu être des théologiens d'ouverture sur la préparation du Renouveau conciliaire, au sens large, parce qu'ils ont été des théologiens désobéissants, mais je ne suis pas absolument persuadé qu'il soit facile ou possible, pour d'autres théologiens d'ouverture, aujourd'hui, d'être des théologiens de réouverture sur la Tradition catholique, car cela les obligerait à être désobéissants, dans la direction opposée, c'est-à-dire dans la direction dont le Pape François ne veut pas entendre parler.

A mon avis, le Pape François veut IRREVERSIBILISER ce qu'il y a de spécifique dans son positionnement, et c'est à cette volonté d'irréversibilisation du ralliement ou de la soumission de l'Eglise catholique à la mentalité postmoderne, notamment dans les relations ad extra de l'Eglise, que se heurteraient des théologiens qui voudraient, en quelque sorte, inciter à renouer avec le fil de la Tradition.

Mais j'espère me tromper.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/francis1.gif  ( 795782 )Congar: une "super star" du Concile par Peroutradition (2016-01-21 07:50:31) 
[en réponse à 795751]

A l'époque où j'étudiais à Louvain, Congar était une des "super star" des cours œcuménisme et d'histoire du concile Vatican II (cours qu'on aurait mieux fait d’appeler: "apologie des progressistes au concile Vatican II). Mgr Lefebvre et le cardinal Ottaviani étaient(j'exagère à peine) les grands Satan.

Une grande Université qui est tombé si bas... Heureusement que j'ai prit la peine de lire, découvrir Saint Thomas d'Aquin, et me rendre compte que les meilleurs livres de spiritualité ont été écrit avant Vatican II. Ensuite, quand on se demande vraiment pourquoi, on commence à lire Mgr Lefebvre, les déclarations des Souverains Pontifes et conciles antérieurs et on comprend bpc mieux certaines choses à la lumière de la Tradition... Mais c'est une autre histoire.