
( 795311 )
Les deux seuls points sur lesquels je formule des réserves. par Scrutator Sapientiæ (2016-01-16 09:08:51)
[en réponse à 795272]
Bonjour Mingdi,
1. Merci beaucoup pour ce texte, qui comporte une très bonne description des stratagèmes et subterfuges qui sont à l'oeuvre, et qui relèvent, en effet, d'une hétéropraxie, à la fois manipulatoire, neutralisatrice, oecuméniste et eudémoniste, selon laquelle toutes les religions contribuent, d'une manière émancipatrice et unificatrice, au bonheur de l'homme dans le monde.
2. Voici les deux seuls points sur lesquels je formule des réserves :
- d'abord, la notion de Magistère éternel serait à préciser : d'une part, tous les textes du Magistère n'ont pas le même degré d'autorité, le même niveau d'importance, d'autre part, bien des textes du Magistère sont situés à la fois au-dessus et au-dedans de l'histoire des hommes, ne serait-ce que compte tenu des sujets traités dans ces textes, comme dans le cas de la doctrine sociale.
Il faudrait donc dire en quoi une composante du Magistère est à la fois définitive et définitoire, et en quoi l'hétéropraxie interreligieuse ou pseudo-religieuse dont il est question ici fonctionne au contournement ou au dépassement, autoproclamé "é-van-gé-li-que", de cette composante du Magistère, éclairante et exigeante, alors que nous sommes en présence d'hommes d'Eglise et d'un monde de plus en plus réfractaire à l'égard de cette composante.
- ensuite, le fait que cette hétéropraxie consensualiste fraternitaire soit d'inspiration conciliaire serait, lui aussi, à préciser : à ma connaissance, mais je me trompe peut-être, il s'est écoulé vingt années, sous Paul VI, puis sous Jean-Paul II, au cours desquelles le Concile a été mis en oeuvre sans que l'on semble envisager, à Rome, d'aller, de faire aller, ou de laisser aller, en direction de cette hétéropraxie.
Et puis d'un seul coup ou presque, à partir du milieu des années 1980, on a commencé à assister à une montée en puissance de cette thématique et de cette pastorale, qui fonctionne à la sursollicitation de certains passages du Concile, dont LG 16 et NA, mais qui fonctionne aussi à la non sollicitation d'autres passages du Concile, dont LG 17 et AG.
3. Je "maintiens", pour ma part, que nous manquons dramatiquement d'une authentique théologie catholique, à la fois confessante et réflexive, sur la nature des religions et traditions croyantes non chrétiennes, et sur les relations avec ces religions et à ces traditions, alors qu'il y a de nombreux livres qui prônent plutôt une théologie chrétienne (en fait, plutôt "christique") partisane et promotrice du pluralisme religieux, de jure, comme si toutes les religions et traditions croyantes étaient également légitimes et nécessaires, ce qui ne manque pas, au demeurant, d'être fréquemment contredit, à l'occasion de telle rencontre ou réunion interreligieuse, puisque, compte tenu de l'existence de quelques dizaines de religions et traditions croyantes, il est impossible de cheminer ou de dialoguer avec les représentants ou responsables (quand il y en a) de TOUTES les religions ou traditions.
4. En définitive, qu'est-ce qui est commun à tous, catholiques ou non, chrétiens ou non, croyants ou non ? Ceci, il me semble :
a) avant tout la vocation de chacun au respect et au souci du bien commun, de la loi naturelle, et de la personne humaine,
et non pas
b) avant tout tel croire-ensembliste incantatoire
- qui dispense d'annonce du Christ les catholiques, et qui dispense de conversion chrétienne les croyants non chrétiens,
- qui ne distingue rien, ne précise rien, ne délimite rien, ne détermine rien,
- qui n'objecte pas grand-chose au relativisme et au subjectivisme dans l'ordre du croire,
- qui n'oppose presque rien au relativisme et au subjectivisme dans l'ordre de l'agir,
- qui tend à transformer le christianisme catholique
. en une instance d'attiédissement des âmes, sur le plan situé au croisement du doctrinal et du spirituel,
. en une mystique de l'authenticité individuelle postmoderne, ou de la sensibilité et de la subjectivité narcissiques.
Bonne journée.
Scrutator.

( 795403 )
Les deux seuls points sur lesquels je formule des suggestions. par Scrutator Sapientiæ (2016-01-17 10:17:54)
[en réponse à 795272]
Bonjour Mingdi,
Après lecture du texte inséré par vos soins, voici les deux seuls points sur lesquels je formule des suggestions, à l'attention des catholiques qui réfléchissent, en général, et des catholiques traditionnels, en particulier.
1. Que les catholiques analysent donc davantage les fondements philosophiques de la montée en puissance du dialogue interreligieux, fondements situés, notamment, au croisement de Heidegger et de Lévinas, mais aussi les fondements de l'aléthophobie, de l'antagophobie, de l'altérolâtrie et de l'irénolâtrie qui carcatérisent régulièrement régulièrement cette montée en puissance.
2. Que les catholiques examinent donc davantage les débouchés théologiques du développement du dialogue interreligieux, débouchés théologiques situés en aval de ces fondements théologiques, ou situés au contact de contextes multireligieux potentiellement inspirateurs d'une théologie interreligieuse. Qu'ils lisent donc, entre autres auteurs, Jacques Dupuis, Claude Geffré, Raimon Panikkar.
3. En d'autres termes, que les catholiques soient plus vigilants et résistants, et incitent davantage, autour d'eux, à la vigilance et à la résistance, face à la dialogomanie, mais qu'ils le fassent en bonne connaissance de la chose, et non en relative ignorance de la chose.
4. ce qui est toujours aussi nécessaire, à savoir la prise en compte de la connaissance, de la compréhension, et de la condamnation du modernisme d'avant-hier, dans Pascendi, de Saint Pie X, est devenu totalement insuffisant, pour connaître, comprendre les fondements, le contenu, les mérites, mais aussi et surtout les limites, de la philosophie et de la théologie qui contribuent autant à cette dialogomanie.
5. Soyons contre la confusion, contemporaine et dominatrice, entre dialogue interreligieux et consensus pseudo-religieux, soyons contre la soumission, hégémonique, et non évangélique, du dialogue interreligieux au consensus pseudo-religieux.
6. Mais soyons-le, pour ainsi dire, encore plus intelligemment, et lisons donc les documents les plus représentatifs de la philosophie et de la théologie dont il est question ici, pour disposer des arguments les plus significatifs contre la mentalité et la pastorale qui prend appui, directement ou indirectement, sur cette philosophie ou sur cette théologie.
Bonne journée.
Scrutator.