« C’est sur cet article de la messe que le prochain Concile s’échauffera le plus et qu’il consumera ses forces et son temps. Si même il était possible qu’ils nous concèdent tous les autres articles, sur celui-là ils ne cèderont pas [ça le rassure le Bougre qu'on ne lui cède pas]. Le cardinal Cajétan me l’a bien dit à Augsbourg : « Plutôt je me ferais hacher en pièces que de renoncer à la messe ». Et moi je dis : « Je me laisserais plutôt brûler vif [comme le fut Jean Hus], si Dieu le permet, que d’admettre qu’un misérable diseur de messe, bon ou mauvais [sic], s’avise de se dire l’égal ou même le supérieur de Jésus mon Seigneur et mon Sauveur ! Ainsi notre désaccord est éternel et nous demeurons ennemis [ça le rassure]. Ils le sentent bien : si la messe tombe, la papauté s’écroule. Plutôt que de tolérer cela, ils nous égorgeraient tous s’ils le peuvent. De plus >cette queue de dragon (je veux dire la messe) a engendré toutes sortes d’abominations et de cultes idolâtres » (tr. Ed. Roerich 1928 p. 302).
Merci, O Dieu pour les nombreux directeurs idées théologiques et spirituels que nous avons tous reçus par la Réforme. Merci aussi pour les bonnes transformations mises en mouvement par la Réforme avec ses défis.
Merci pour la proclamation de l'Évangile qui a eu lieu au cours de la Réforme et qui, depuis lors, a renforcé la foi en Jésus-Christ chez d'innombrables personnes .
1492
Tous et chacun des articles ou des erreurs précités (ci-dessous), nous les condamnons, les réprouvons et les rejetons totalement, selon le cas, comme hérétiques, ou scandaleux, ou faux, ou comme offensant les oreilles pies ou comme induisant en erreur les esprits simples et comme opposés à la vérité catholique.
1451
1. C'est une opinion hérétique, mais fréquente, que les sacrements de la Loi nouvelle donnent la grâce sanctifiante à ceux qui n'y mettent pas obstacle.
1452
2. Nier que le péché demeure dans un enfant après le baptême est fouler aux pieds tout à la fois Paul et le Christ.
1453
3. Le foyer du péché empêche l'entrée du ciel pour l'âme qui quitte son corps, même s'il n'y a pas de péché actuel.
1454
4. La charité imparfaite du mourant comprend nécessairement une grande crainte qui par elle-même suffit à entraîner la peine du purgatoire et qui empêche d'entrer au ciel.
1455
5. Les trois parties de la pénitence, contrition, confession et satisfaction, n'ont de fondement ni dans la sainte Ecriture, ni chez les saints docteurs anciens du christianisme.
1456
6. La contrition, que préparent la recherche, la récapitulation et la détestation des péchés, lorsqu'on repense à sa vie dans l'amertume de son coeur Is 38,15, en pesant la gravité, le nombre et la laideur des péchés, en voyant la béatitude éternelle perdue et la damnation éternelle encourue, cette contrition rend hypocrite et même plus pécheur.
1457
7. Très vrai et plus excellent que tous les enseignements donnés jusqu'à ce jour sur les sortes de contrition est le proverbe : "Ne pas faire le mal à l'avenir est souveraine pénitence ; la meilleure pénitence, c'est la vie nouvelle."
1458
8. N'aie nullement la présomption de confesser les péchés véniels ni même tous les pêchés mortels, car il est impossible que tu connaisses tous tes péchés mortels. Voilà pourquoi dans la primitive Eglise, on confessait seulement les péchés mortels manifestes.
1459
9. Quand nous voulons confesser tous nos péchés clairement, nous voulons équivalemment ne rien laisser pardonner à la miséricorde de Dieu.
1460
10. Personne n'a ses péchés remis s'il ne croit qu'ils sont remis quand le prêtre les remet ; bien plus, le péché demeurerait si l'on ne croyait qu'il est remis ; car la remise des péchés et la donation de la grâce ne suffisent pas, mais il faut encore croire que le péché est remis.
1461
11. Tu ne dois nullement avoir confiance d'être absous à cause de ta contrition, mais à cause de la parole du Christ "Ce que tu délieras", etc. Mt 16,19 C'est pourquoi, je te le dis, aie confiance si tu as obtenu l'absolution du prêtre, et crois fortement que tu es absous tu seras vraiment absous, quoi qu'il en soit de la contrition.
1462
12. Si par impossible un pénitent n'était pas contrit, ou si le prêtre ne l'absolvait pas sérieusement, mais par plaisanterie, si pourtant le pénitent se croit absous, il l'est en toute vérité.
1463
13. Dans le sacrement de pénitence et dans la rémission des péchés, le pape ou un évêque ne fait pas plus que le moindre des prêtres ; bien plus, là où il n'y aurait pas de prêtre, n'importe quel chrétien, même une femme ou un enfant, en peut tout autant.
1464
14. Personne n'est obligé de répondre au prêtre qu'il est contrit, et le prêtre ne doit pas le demander.
1465
15. Grande est l'erreur de ceux qui s'approchent du sacrement de l'eucharistie en ayant confiance de s'être confessés, de n'être conscients d'aucun péché mortel, d'avoir fait précéder des prières et des préparations : tous ceux-là mangent et boivent leur jugement. Mais s'ils croient et s'ils ont confiance d'obtenir la grâce, cette seule foi les rend purs et dignes.
1466
16. Il semble opportun que l'Eglise décide dans un concile commun de donner la communion aux laïcs sous les deux espèces et les gens de Bohème qui communient sous les deux espèces ne sont pas des hérétiques mais des schismatiques.
1467
17. Les trésors de l'Eglise d'où le pape donne les indulgences, ne sont pas les mérites du Christ et des saints.
1468
18. Les indulgences sont une pieuse fraude pour les fidèles et une dispense des bonnes oeuvres ; elles sont du nombre des choses permises, pas du nombre des choses utiles.
1469
19. Les indulgences pour ceux qui les gagnent vraiment, n'ont pas de valeur pour remettre la peine due aux péchés actuels devant la justice de Dieu.
1470
20. Se fourvoient ceux qui croient que les indulgences sont salutaires et utiles au profit spirituel.
1471
21. Les indulgences ne sont nécessaires que pour les fautes graves publiques, et elles ne sont réellement accordées qu'aux gens endurcis et aux impatients.
1472
22. Il est six espèces d'hommes pour lesquels les indulgences ne sont ni nécessaires ni utiles : les morts ou les moribonds, les malades, ceux qui ont un empêchement légitime, ceux qui n'ont pas commis de fautes graves ceux qui ont commis des fautes graves mais non publiques ceux qui font des oeuvres meilleures.
1473
23. Les excommunications ne sont que des peines extérieures et elles ne privent pas l'homme des prières spirituelles communes de l'Eglise.
1474
24. Il faut enseigner aux chrétiens d'aimer l'excommunication plutôt que de la craindre.
1475
25. Le pontife romain successeur de Pierre, n'est pas le vicaire du Christ établi par le Christ lui-même, dans la personne de Pierre, sur toutes les Eglises du monde entier.
1476
26. La parole du Christ à Pierre "tout ce que tu lieras sur la terre, etc." Mt 16,19 s'étend uniquement à ce que Pierre lui-même a lié.
1477
27. Il est certain qu'il n'est aucunement au pouvoir de l'Eglise ou du pape d'établir des articles de foi, et moins encore des lois concernant les moeurs ou les bonnes oeuvres.
1478
28. Si le pape pensait de telle ou telle matière avec une grande partie de l'Eglise, il ne se tromperait pas ; cependant, ce n'est ni un péché ni une hérésie de penser le contraire, surtout dans une question qui n'est pas nécessaire au salut, jusqu'à ce que le concile universel ait condamné une opinion et approuvé l'autre.
1479
29. Le chemin nous est ouvert pour énerver l'autorité des conciles, contredire leurs actes, juger leurs décrets, confesser avec confiance ce qui semble vrai, que cela ait été approuvé ou réprouvé par un concile quel qu'il soit.
1480
30. Certains articles de Jean Hus qui ont été condamnés au concile de Constance sont tout à fait chrétiens, très vrais et évangéliques : pas même l'Eglise entière ne pourrait les condamner.
1481
31. En toute oeuvre bonne le juste pèche.
1482
32. Une oeuvre bonne parfaitement accomplie est un péché véniel.
1483
33. Que des hérétiques aient été brûlés est contraire à la volonté de l'Esprit.
1484
34. Se battre contre les Turcs, c'est s'opposer à Dieu qui par eux visite nos iniquités.
1485
35. Personne n'est certain qu'il ne pèche pas sans cesse naturellement, en raison du vice très caché de l'orgueil.
1486
36. Le libre arbitre, après le péché, n'est quelque chose que de nom ; et aussi longtemps qu'il fait ce qui est en son pouvoir, il pèche mortellement.
1487
37. On ne peut pas prouver le purgatoire par un texte de la sainte Ecriture qui soit dans le canon.
1488
38. Les âmes du purgatoire ne sont pas sûres de leur salut, du moins pas toutes. Aucune raison et aucun texte d'Ecriture ne prouve qu'elles ne sont pas dans un état où elles méritent et où leur charité augmente.
1489
39. Les âmes du purgatoire ne cessent de pécher aussi longtemps qu'elles cherchent le repos et ont horreur des peines.
1490
40. Les âmes libérées du purgatoire grâce aux suffrages des vivants sont moins heureuses que si elles avaient satisfait par elles-mêmes.
1491
41. Les prélats ecclésiastiques et les princes séculiers n'agiraient pas mal s'ils détruisaient tous les mendiants.
Le cinquième centenaire de la naissance de Martin Luther, le grand responsable de la révolution protestante au XVI° siècle, a donné lieu dans certains milieux catholiques à des manifestations de sympathie qu’on aurait jugées absolument inconcevables il y a cinq ans encore. À leur nombre figure la visite du pape François à la « Christus Kirche », le temple protestant de Rome (1).
Sur Martin Luther, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, fondateur de l’Association Brésilienne pour la Défense de la Tradition, de la Famille et de la Propriété (TFP) et Président de son Conseil National, a écrit pour le principal quotidien de São Paulo, la grande métropole industrielle du Brésil, deux articles hautement instructifs.
J’ai eu l’honneur, en 1974, d’être le premier signataire d’un manifeste publié dans des quotidiens parmi les principaux du Brésil et reproduit dans presque tous les pays ou existaient les onze TFP d’alors. Il s’intitulait : « La politique de détente du Vatican avec les gouvernements communistes – Pour la TFP : s’abstenir ? ou résister ? » (cf. Folha de S. Paulo, 10 avril 1974).
Les associations y déclaraient leur respectueux désaccord vis-à-vis de l’« Ostpolitik » menée par Paul VI, et exposaient en détail leurs raisons pour cela. Soit dit en passant, tout y était exprimé avec tant d’orthodoxie que personne n’a soulevé la moindre objection à cet égard.
Pour résumer en une phrase à la fois toute la vénération envers la Papauté et la fermeté avec laquelle elles déclaraient leur Résistance à l’« Ostpolitik » vaticane, les TFP disaient au Souverain Pontife : « Notre âme est vôtre, notre vie est vôtre. Commandez-nous ce que vous voudrez. Mais ne nous demandez pas de croiser les bras devant le loup rouge qui mène l’assaut. Notre conscience s’y oppose ».
Je me suis rappelé cette phrase avec une particulière tristesse en lisant la lettre écrite par Jean-Paul II au Cardinal Willebrands (cf. L’Osservatore Romano, 6 novembre 1983), à propos du cinquième centenaire de la naissance de Martin Luther, et signée du 31 octobre dernier, date anniversaire du premier acte de rébellion de cet hérésiarque dans l’église du château de Wittemberg. Elle est pétrie de tant de bienveillance et d’aménité que je me suis demandé si l’auguste signataire avait oublié les terribles blasphèmes que le moine apostat avait lancés contre Dieu, contre le Christ Jésus Fils de Dieu, contre le Très Saint Sacrement, la Vierge Marie et la Papauté elle-même.
Il est pourtant sûr qu’il ne les ignore point, car ils sont à la portée de n’importe quel catholique cultivé, dans des livres de bon aloi, qu’on trouve encore aujourd’hui sans difficulté.
Deux d’entre eux me viennent à l’esprit. L’un, écrit au Brésil : c’est « L’Église, la Réforme et la Civilisation », du grand jésuite Leonel Franca. Sur ce livre comme sur son auteur, les silences ecclésiastiques officiels laissent la poussière retomber.
L’autre livre est d’un historien français parmi les plus connus de ce siècle, Funck-Brentano, membre de l’Institut, et d’ailleurs protestant peu suspect.
Commençons par citer les textes recueillis dans l’ouvrage de ce dernier : « Luther » (Grasset, Paris, 1934. 7e éd., 352 pp).
Et allons droit à ce blasphème sans nom : « Le Christ, dit Luther, a commis l’adultère une première fois avec la femme à la fontaine dont parle Jean. Ne murmurait-il pas autour de lui : « Qu’a-t-il donc fait avec elle ? », puis avec la Madeleine, puis avec la femme adultère qu’il a tenue quitte si légèrement. Ainsi le Christ, si pieux, a dû, lui aussi, forniquer avant de mourir » (« Propos de table », n° 1472, éd. de Weimar II, 107 – cf. op. cit., p. 235).
Quand on a lu cela, on ne s’étonne pas que Luther pense, comme le signale Funck-Brentano, que « Certes, Dieu est grand et puissant, bon et miséricordieux […] mais il est stupide – « Deus est stultissimus » (« Propos de table », n° 963, éd. De Weimar, I, 487). C’est un tyran. Moïse agissait par sa volonté, comme son lieutenant, en maître bourreau que nul n’a dépassé, voire égalé à effrayer, terroriser, martyriser le pauvre monde » (op. cit., p. 230).
Tout cela est en cohérence étroite avec cet autre blasphème, qui impute à Dieu la responsabilité de la trahison de Judas et de la révolte d’Adam : « Luther », commente Funck-Brentano, « en arrive à déclarer que Judas, en trahissant le Christ, agit sous l’impétueuse décision du Tout-Puissant. « Sa volonté (celle de Judas) était dirigée par Dieu ; Dieu le faisait mouvoir en sa toute « puissance ». Adam lui-même, au paradis terrestre, fut contraint d’agir comme il agit. Il se trouvait mis par Dieu dans une situation telle qu’il lui était impossible de ne pas tomber » (op. cit., p. 246).
Non moins cohérent avec cette séquence abominable, un pamphlet de Luther intitulé « Contre le pontificat romain fondé par le diable », de mars I545, dénommait le Pape, non pas « très saint » selon l’usage, mais « très infernal », et ajoutait que la papauté s’était toujours montrée assoiffée du sang (cf. op. cit., pp. 337-338).
On ne s’étonne pas alors que Luther, mû par de telles idées, ait écrit à Melanchthon, à propos des sanglantes persécutions d’Henri VIII contre les catholiques d’Angleterre : « Il est permis de s’abandonner à la colère quand on sait quels traîtres, voleurs, meurtriers sont les papes, leurs cardinaux et leurs légats. Plût à Dieu que l’on vît s’employer à les faire disparaître plusieurs rois d’Angleterre » (op. cit., p. 254).
Il s’est exclamé pour la même raison : « Assez de paroles, le fer ! le feu ! ». Il ajoute : « Nous punissons les voleurs par l’épée, pourquoi ne pas empoigner pape et cardinaux et toute la séquelle de la Sodome romaine et nous laver les mains dans leur sang ? » (op. cit., p. 104).
Cette haine a accompagné Luther jusqu’à la fin de sa vie ; Funck-Brentano affirme : « Son dernier sermon public à Wittemberg est du 17 janvier 1546 : ultime cri de malédiction contre le pape, le sacrifice de la messe, le culte de la Vierge » (op.cit., p. 340).
On comprend alors que des grands persécuteurs de l'Église aient célébré sa mémoire. Ainsi « Hitler a fait proclamer fête nationale en Allemagne l’anniversaire du 31 octobre 1517 où le moine augustin révolte fit afficher aux portes de l’église du château de Wittemherg ses fameuses 95 propositions contre la suprématie et les doctrines pontificales » (op.cit., p. 272).
En dépit de tout l’athéisme officiel du régime communiste, M. Erich Honnecker, président du Conseil d’État et du Conseil de Défense, premier personnage de la République Démocratique Allemande, a organisé cette année en l’honneur de Luther des célébrations impressionnantes (cr. « German Comments », Osnabrück, Allemagne de l’Ouest, avril 1983).
Rien de plus déconcertant, de plus sidérant même, que ce qui s’est passé lors de la toute récente célébration du cinquième centenaire de la naissance de Luther dans un maigre temple protestant de Rome, le 11 décembre dernier.
Cette manifestation de fête, d’amour et d’admiration pour la mémoire de l’hérésiarque a comporté la participation du prélat que le conclave de 1978 a élu Pape. Celui donc auquel incomberait la mission de défendre contre les hérésiarques et les hérétiques les saints noms de Dieu et de Jésus-Christ, la Sainte Messe, la Sainte Eucharistie et la Papauté !
« Sidérant, ahurissant » – tel a été le gémissement de mon cœur de catholique. Qui n’en a pas moins redoublé de foi et de vénération pour la Papauté.
Dans le prochain article, il me reste à citer « L’Église, la Réforme et la Civilisation » du grand P. Leonel Franca.