Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 790940 )Paul VI,le pape des tempêtes par Jean Kinzler (2015-11-07 18:06:14) 

Le timonier du Concile a su naviguer entre le temps des réformes de l'Église et celui des crises. Retour sur un « souverain éclairé », injustement méconnu.

Coincées entre le règne court mais décisif de Jean XXIII et le long pontificat de Jean Paul II, les années de papauté de Paul VI ont du mal à susciter l'intérêt et plus encore les passions. Sa béatification en octobre 2014, après la canonisation des deux géants, faisait figure de « séance de rattrapage ». Comme s'il ne fallait pas délaisser cet homme de l'entre-deux, isolé de toute considération médiatique et ne générant aucune ferveur populaire : « Aucun des papes que nous avons vus à l'oeuvre depuis un demi-siècle n'aura été plus injustement malmené et méconnu », disait déjà de lui André Frossard.

De son côté, Benoît XVI estimait que le règne de Giovanni Battista Montini avait été difficile parce qu'il avait fallu achever le Concile. Ce fut la priorité des premières années. Le pape Montini en a été son « timonier », son autorité. S'ensuivit le temps des réformes, mais aussi celui des crises. Rarement l'image d'une Église dans la tempête aura à ce point pris tout son sens : remise en cause de certains fondamentaux de la foi, refus de la morale catholique, effondrement des vocations, contestations de tous bords. Si bien que Paul VI lui-même estimait que « les fumées de Satan » s'étaient infiltrées dans l'Église... Pour mieux comprendre ce pontificat difficile, mais non moins riche, deux biographies complètent le peu de littérature sur le sujet.

Spécialiste du catholicisme contemporain, l'historien Philippe Chenaux aborde avec objectivité cette vie faite de disgrâces, pourtant à la recherche constante d'un équilibre. Le temps de l'écologie intégrale, même s'il plonge ses racines sous son règne, n'était pas encore venu. Paul VI parlait, lui, de l'homme intégral, c'est-à-dire d'un nouvel humanisme chrétien. Il s'agissait là du caractère essentiel du Concile, une réponse à l'humanisme laïque et profane : « La religion du Dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion (car c'en est une) de l'homme qui se fait Dieu. » Une fois le Concile terminé, le pape était persuadé qu'il devait être appliqué sous sa propre autorité. D'où l'expression de « souverain éclairé » que Chenaux attribue à Paul VI, comme ces rois du XVIIIe siècle « qui avaient voulu réformer l'État en appliquant le programme de la philosophie des Lumières ». Une forme de troisième voie réconciliant foi et modernité, qui n'était pas sans risque.

L'autre biographie est le résultat du travail de l'Institut Paul VI de Brescia, chargé de recueillir les archives et d'éditer les documents sur Montini afin de « garder vivante la mémoire du pape brescian ». Il s'agit d'une oeuvre collective placée sous la direction de Xenio Toscani. Cet épais travail, qui laisse une belle part aux citations, n'est pas seulement un livre d'histoire, c'est aussi une ouverture à la spiritualité montinienne, aux accents parfois hagiographiques. Il n'en reste pas moins un ouvrage incontournable pour ceux qui souhaitent aborder la vie de ce pape qui, au crépuscule de son existence, répétait le mot de Bernanos : « Tout est grâce. »


> À lire :
Paul VI, le souverain éclairé, de Philippe Chenaux, Cerf, 29€.
Paul VI, la biographie, de Xenio Toscani, Salvator, 29€.lavie.fr
images/icones/1w.gif  ( 790942 )Hum, hum ! par Jean-Paul PARFU (2015-11-07 18:23:08) 
[en réponse à 790940]

Non, rien !
images/icones/1b.gif  ( 790952 )Le "Grand Timonier" fut le titre de Mao Zedong par Ewondo (2015-11-07 19:36:53) 
[en réponse à 790940]

... du moins donné par les Chinois pendant la Révolution Culturelle.

Rien à voir avec le Saint Père de la même époque, bien sûr.

Pierre.

images/icones/hum2.gif  ( 790957 )Rien à voir ? Pas si sûr... par Vianney (2015-11-07 20:43:32) 
[en réponse à 790952]

 
On reste stupéfait de constater à quel point Paul VI était exalté en pensant à cette “révolution culturelle”, en dépit de ses massacres sans nombre, en particulier ceux des chrétiens de l’Eglise clandestine :
“Nous voudrions faire savoir à la jeunesse chinoise avec quelle trépidation et avec quelle affection Nous considérons sa présente exaltation vers idéaux de vie nouvelle, laborieuse, prospère et unanime...”
Et au sinistre Mao :
“Nous voudrions aussi avec celui qui préside à la vie chinoise actuelle sur le Continent, raisonner de paix, sachant combien ce suprême idéal humain et civil est intimement congénital à l’esprit du peuple chinois” (Paul VI, extraits du discours du 16 janvier 1967)

images/icones/1n.gif  ( 790969 )Vous me sanglacez, cher Vianney par Ewondo (2015-11-08 06:54:26) 
[en réponse à 790957]

J'ai vécu derrière le "Rideau de Bambou" dans les années 75 à 78 et j'ai connu les dérives mentales de bien d'intellectuels de "gauche", illusionnés par ces régimes.

Mais je n'imaginais pas cela de la part d'un Saint Père.

D'ici quelques temps, je me permettrai de mettre un article sur la cathédrale de Canton (transformée alors en tribunal populaire), d'où j'ai vu sortir en 1976 des hommes ensanglantés et prêts à se faire décapiter ... c'était la fin de la Révolution Culturelle et, disons le pudiquement, ils "réglaient leurs comptes".

Cette cathédrale de Canton, construite sur le modèle d'une basilique parisienne (Sainte Clotilde) et financées sur les cassettes de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie, est remarquable !

Pierre.
images/icones/neutre.gif  ( 790975 )Votre témoignage m’intéresserait beaucoup par Vianney (2015-11-08 09:38:23) 
[en réponse à 790969]

 
...cher Ewondo, on a raconté tant de choses qu’on n’arrive pas toujours à démêler le vrai du faux. Sur cette période de l’histoire de la Chine, j’ai été marqué par les ouvrages de mon (regretté) compatriote Simon Leys, en particulier Ombres chinoises.

Bon dimanche !

V.
 
images/icones/barbu2.gif  ( 790984 )la diplomatie vaticane Vianney a ses rituels par Luc Perrin (2015-11-08 15:10:45) 
[en réponse à 790957]

Je n'ai ni le temps ni le courage de chercher les lettres de congratulations des papes à d'affreux tyrans depuis plusieurs siècles mais vous en trouverez du même style avant et après Vatican II.

Ce sont comme les messages creux envoyés lors des fêtes des autres religions par le dicastère en charge du "dialogue" interreligieux.

Derrière la mécanique vaticane et ses tours de manège, il faut observer les faits de coopération réelle.

Je doute qu'il y en ait eu beaucoup entre Paul VI et Mao ... même dans le contexte de l'Ostpolitik vaticane du cardinal Casaroli.

Ce type de message, niais disons le, est certainement à replacer dans les tentatives de reprendre pied en Chine communiste avec le schisme de l'Église officielle dite patriotique, efforts poursuivis sous Jean-Paul II et Benoît XVI ... efforts restés totalement vains à ce jour.

Benoît XVI s'était fendu de toute une lettre et les media s'étaient beaucoup agités dans l'espoir d'un retour de cette Église à la communion romaine mais le statu quo a prévalu.

De là à transformer le Bienheureux Montini en maoïste réellement enthousiaste, il y faut de l'humour et de l'imagination.
images/icones/1n.gif  ( 790999 )On a accusé Pie XII... par Vianney (2015-11-08 18:20:58) 
[en réponse à 790984]

 
...à tort ou à raison d’avoir trop souvent conservé le silence face à un certain Hitler, mais jamais à ma connaissance personne ne lui a vu écrire qu’il trépignait d’enthousiasme au spectacle des jeunesses hitlériennes.

La diplomatie de l’Ostpolitik a bon dos. Vous confirmez qu’elle n’a rien donné de bon en Chine. C’est normal : Que votre oui soit oui, et votre non soit non...

V.
 
images/icones/vatican.gif  ( 791006 )Rituels récents par Aigle (2015-11-08 20:04:41) 
[en réponse à 790984]

Voici comment s'exprimait Pie VI en 1793 :

« Vénérables Frères, comment Notre voix n’est‑elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ? N’est‑ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur sans bornes que Nous sommes obligés de manifester devant vous en vous retraçant le spectacle que l’on vit à Paris le 21 du mois de janvier dernier.

« Le Roi très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de la sentence. La Convention Nationale n’avait ni droit ni autorité pour la prononcer.

« En effet, après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de chose par la vérité et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé, entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel… La portion la plus féroce de ce peuple, peu satisfaite d’avoir dégradé la majesté de son Roi, et déterminée à lui arracher la vie, voulut qu’il fût jugé par ses propres accusateurs qui s’étaient déclarés hautement ses plus implacables ennemis. Déjà, dès l’ouverture du procès, on avait appelé, tour à tour, parmi les juges quelques députés plus particulièrement connus par leurs mauvaises dispositions, pour mieux s’assurer de faire prévaloir l’avis de la condamnation par la pluralité des opinions.

« On ne put cependant pas assez augmenter le nombre pour obtenir que le Roi fût immolé en vertu d’une majorité légale. A quoi ne devait‑on pas s’attendre et quel jugement exécrable à tous les siècles ne pouvait‑on pas pressentir en voyant le concours de tant de juges pervers, et de tant de manœuvres employées pour capter les suffrages.

Texte intégral sur http://www.icrsp.org/Textes-Divers/Discours-Pie-VI.htm
images/icones/neutre.gif  ( 791009 )Pie VI et la Révolution par Peregrinus (2015-11-08 20:33:00) 
[en réponse à 791006]

Cher Aigle,

Il me semble qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'une allocution au Consistoire, dont je ne crois pas qu'elle ait été immédiatement publiée.
Pie VI, sous la Révolution, s'est montré de manière générale très diplomate, hésitant longtemps (au point que certains historiens récents ont parlé des "silences de Pie VI"), cherchant à tout prix à éviter le schisme, ne publiant le bref Quod aliquantum condamnant la Constitution civile du clergé que lorsqu'il n'a plus eu d'autre choix. Il s'est montré plus diplomate encore face aux prétentions juridictionnalistes, réformistes et jansénisantes des Habsbourgs d'Autriche et de Toscane : le synode janséniste de Pistoie de 1786 n'a été condamné qu'en 1794 (la Révolution et sa radicalisation n'y ont d'ailleurs pas été pour rien ; sur Pie VI et la Révolution, voir G. Pelletier, Rome et la Révolution française. La théologie et la politique du Saint-Siège face à la Révolution française, Rome, 2004).

Peregrinus
images/icones/neutre.gif  ( 791067 )Merci par Aigle (2015-11-09 22:47:09) 
[en réponse à 791009]

De ces précisions cher Peregrinus