Le pape Pie XII était certes un "atlantiste" (un peu avant la lettre), ce que je déplore (moralement et politiquement), sauveur zélé de Juifs (avec des moyens parfois très douteux) et diplomate agile (sur ce dernier point je me rangerai à l'avis critique du cardinal Gomá de Tolède), mais il n'était pas un fou ni un irresponsable. Il a scrupuleusement respecté la neutralité, pas de l'Église (cette neutralité n'existe pas, même s'il n'y a pas toujours obligation de tout clamer de tous les toits), mais de son État reconstitué et vieux de seulement une bonne dizaine d'années. Ce fut d'ailleurs une question de survie, après l'occupation de la Ville éternelle par les troupes allemandes surtout.
Il y a eu je crois en tout 42 tentatives d'attentat allemandes contre la vie du chancelier du IIIe Reich. Elles ont toutes échouées.
L'attentat le plus connu, perpétré le 20 juillet 1944 par un officier de carrière, pourtant assermenté, un jeune homme bien fait et bien né, père de famille, et d'une très bonne famille, catholique depuis toujours, le comte Stauffenberg, a échoué aussi.
Il paraît que le comte Stauffenberg, avant de prendre, avec sa mallette qui contenait la bombe, ce matin du 20 juillet l'avion de Berlin à Rastenburg, en Prusse orientale, à 690 km, où se trouvait le quartier général, rendit visite à la résidence de l'évêque de Berlin, Mgr. Konrad v. Preysing (comte lui aussi, et prince de l'Église en 1946, avec son cousin le comte Galen, prince-évêque de Munster, tous les deux les évêques allemands les plus courageusement opposés au régime). On ignore si c'est pour se confesser, pour demander l'avis de l'évêque ou pour demander de l'aide ultérieure pour sa femme et ses 5 enfants.
Mais s'il avait manifesté son dessein dans le détail, il serait absolument inconcevable que l'évêque l'eût cautionné, a fortiori le Pape, s'il l'eût pu savoir à l'avance (ce qui est très invraisemblable). Non seulement parce que le
tyrannicidium ne se justifie pas, mais surtout parce que le meurtre potentiel d'une vingtaine de personnes supplémentaires, présentes avec le chancelier de malheur dans la baraque de Rastenburg, est une monstruosité morale absolument indéfendable, même si certaines (pas toutes) de ces personnes étaient des criminels de droit commun ou de droit de guerre qu'il fallait juger, et peut-être éliminer, mais au moins juger en justice d'abord.
En effet le comte Stauffenberg, l’explosif amorcé, déposa simplement sa mallette au pied de la table de l'état-major en pleine réunion, avant de quitter lui-même le lieu, mine de rien, et c'est la qualité du bois de nos chênes ancestrales,
die deutsche Eiche, au moment de l'explosion, la table s'étant renversée sur lui, qui sauva le dictateur funeste. À déplorer : 4 morts et 9 blessés graves, le dictateur à peine décoiffé.
On ne saurait en conscience approuver un tel attentat, ce n'est pas droit comme procédé, même si je conçois que cet acte, quoique prémédité, peut être jugé comme celui d'un homme désespéré aux meilleures intentions.
