Le Forum Catholique
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( 787355 )
Monseigneur Livi (doyen du Latran) : Mgr Kasper ne croit pas à l'Eucharistie ' par Dodom (2015-09-19 15:40:44)

( 787356 )
Le lien et quelques explications par Jean-Paul PARFU (2015-09-19 16:09:26)
[en réponse à 787355]
C'est
ici
Le clergé catholique allemand est très influencé par le Luthéranisme ou plus exactement par le fonds culturel "luthérano-prussien" qui domine dans les élites et la population allemande et parfois même inconsciemment.
Le titre du livre "le Rhin se jette dans le Tibre" de Ralph Wiltgen est tout à fait exact et toujours d'actualité, sachant qu'auparavant les thèses de Luther avaient fini par couler dans le Rhin.
On doit également noter que la Rhénanie catholique (Osnabrück, Münster, Düsseldorf et la Ruhr, Cologne, Bonn, Coblence, Mayence ...) est devenue prussienne en 1815, après les guerres napoléoniennes et le Congrès de Vienne, et que les élites catholiques locales, contrairement à ce qu'on pourrait croire, bien que restant catholiques, étaient très légalistes et très attachées à la monarchie Hohenzollern et à l'unité allemande, contrairement aux catholiques bavarois par exemple.

( 787398 )
Ce ne sont plus des théologiens, mais des herméneutes, et ce depuis longtemps. par Scrutator Sapientiæ (2015-09-20 16:07:46)
[en réponse à 787355]
Bonjour et bon dimanche, Dodom.
Ce ne sont plus des théologiens, mais des herméneutes, et ce depuis déjà longtemps : la vie intellectuelle, au sein de l'Eglise catholique, dès les années 1930, a commencé à préparer ce qui n'a eu la possibilité de se déployer davantage, à l'extérieur des cercles spécialisés, qu'à partir de 1945. Voyez Chenu, Rahner, ou Teilhard.
Des théologiens qui accordent beaucoup plus d'autorité à telle ou telle composante du patrimoine de la philosophie allemande qu'à l'Ecriture, qu'à la Tradition, qu'au Magistère (quand ceux qui en ont la charge veulent bien se donner la peine de la supporter pleinement) ne sont pas des théologiens, mais sont des herméneutes, qui veulent interpréter pour actualiser, au sens de : interpréter pour modifier.
Pour aller vite, je dirai
- qu'il n'est peut-être pas toujours légitime de (ne) chausser (que) des lunettes aristotéliciennes pour pouvoir appréhender la Parole de Dieu,
mais
- que les herméneutes dont il est question ici ont réussi à faire croire qu'il est devenu indispensable de chausser des lunettes philosophiques allemandes pour pouvoir interpréter la Parole de Dieu.
Une grande partie du mal provient du fait que les moins atteints par cette transmutation de la théologie catholique en une philosophie religieuse située "contre, tout contre", la "ligne" du temps, ne peuvent pas, ne savent pas, ou ne veulent pas sévir, contre cet "herméneutisme", qui biaise tout ou qui fausse tout, comme si la domination de la référence catholique à la Parole de Dieu, par une certaine forme d'interprétation convergentialiste (entre la position de l'Eglise et l'histoire du monde), était infiniment plus importante ou légitime que la consolidation ad intra et l'évangélisation ad extra.
Qu'ont donc cru Jean-Paul II et Benoît XVI, pendant trois décennies consécutives : que les herméneutes concernés allaient s'assagir, et que ce courant, herméneutisant et historicisant, allait rentrer dans le rang, comme une rivière dans son lit, à l'issue d'une décrue ?
Cet aspect des choses me dépasse quelque peu ; si quelqu'un a une réponse à cette question, merci beaucoup pour tout message.
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.

( 787431 )
Une hypothèse par Aigle (2015-09-20 22:19:16)
[en réponse à 787398]
Je suis surpris et attristé comme vous par ce triomphe intellectuel de l'hermeneutique. Une hypothèse : et si c'était une affaire de génération ?
Les théologiens de la période 1930-1990 étaient ils complexés par rapport à des intellectuels laïcs qui armés par Marx, Nietzsche, Freud , Sartre et Levi Strauss, sans oublier dérida ou Bourdieu, étaient capables d'expliquer le monde pour mieux le transformer ?
Je me souviens de l'énergie avec laquelle nos profs des années 1970-1990 cherchaient à montrer que le christianisme n'étaient pas désuet sur le plan intellectuel. Il me semble que Jean Paul II et le cardinal Ratzinger partageaient aussi cette anxiété. Le jeune Woyttila n'a t il pas été très influence par un Max Scheler ?
Depuis 1990 et la chute du communisme qui a exprimé la supériorité de l'inculte Reagan sur les pseudo philosophes de gauche, le débat a perdu beaucoup et son intérêt. Mais nos théologiens sont âgés et ont été formés avant (et même avant 1970).
Telle est mon hypothèse.

( 787514 )
C'est une question d'herméneutiSME et de générationS. par Scrutator Sapientiæ (2015-09-22 08:38:52)
[en réponse à 787431]
Bonjour Aigle,
1. Je ne mets pas en cause l'herméneutique, mais l'herméneutiSME, ce qui n'est pas la même chose : par exemple, il existe une herméneutique augustinienne,
- qui priorise la relation entre la conscience de l'homme ou la vie de l'Eglise et la Parole de Dieu,
et
- qui est située aux antipodes de l'herméneutiSME contemporain,
lequel priorise la relation entre une certaine vision, bien plus philosophique et non chrétienne que théologique et chrétienne, de la conscience de l'homme ou de la vie de l'Eglise, et une certaine vision, elle aussi plus philosophique que théologique d'inspiration, du devenir du monde.
Pour le dire rapidement, la mise en priorité de la réceptivité, face à la Parole de Dieu, est une chose, alors que celle de la créativité, adaptative et orientative, face au devenir du monde, en est une tout autre.
2. Je ne mets pas en cause une génération de théologiens, mais au moins trois générationS, que je distingue de cette manière, certainement trop schématique :
- la génération primo-moderniste (1893-1914)
- la génération néo-moderniste (1930-1970)
- la génération postmoderniste (1971 à nos jours) (postmoderniste en ce qu'elle est ouverte, d'une manière extrêmement bienveillante, sur la mentalité ou la philosophie postmoderne).
L'herméneutiSME que je pointe du doigt est plus précisément le fait de la deuxième, et surtout de la troisième, de ces générationS.
Et cela a été une grave erreur de croire (si jamais cette erreur a eu cours) que tout cela était l'affaire d'une seule génération, et qu'il suffirait, par exemple, que Rahner passe de vie à trépas (en 1984), pour qu'il n'ait pas de contemporains, puis de continuateurs, encore plus herméneutiSTES que lui, et pour que l'herméneutiSME s'estompe.
3. Il fut un temps, néo-thomiste, où un vocabulaire et des argumentaires d'inspiration aristotélicienne étaient considérés comme indispensables à la pratique de toute bonne apologétique (avant que l'on commence à parler, de plus en plus, de théologie fondamentale).
Mais depuis les années 1930, un autre mode de conception et de déploiement d'un discours théologien, plus philosophique que théologique, et, il faut bien le dire, plus anthropocentrique que métaphysique, un mode de raisonnement globalement d'inspiration heideggerienne, a commencé à se faire jour (avant que l'on commence à parler, de moins en moins, d'apologétique).
Compte tenu des connaissances, certainement imparfaites ou incomplètes, dont je dispose, sur cette question cruciale, je crois pouvoir dire que Max Scheler, mort en 1928, est beaucoup moins responsable de l'hégémonie actuelle de cet état d'esprit herméneutiSTE, dans certains cercles théologiques, que Heidegger et les heideggeriens.
Faute de temps, je ne développe pas, j'espère avoir été le plus précis et le plus prudent possible, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.

( 787531 )
Merci par Aigle (2015-09-22 13:20:43)
[en réponse à 787514]
Cher Scrutator je me suis mal expliqué. Mon intuition était sommaire : les théologiens du XX siècle aspirait à des constructions intellectuelles innovantes capables de rivaliser avec les philosophes laïcs. De même que les catholiques voulaient s'engager dans le monde comme le faisaient les militants communistes...
Nous mêmes aujourd hui ne sommes plus avides de nouveauté mais de vérité. Du moins en ce qui concerne les Catholiques de moins de soixante ans ...
L'hermeneutisme que vous dénoncez justement serait donc à mes yeux une mode intellectuelle qui a dominé tous les théologiens et tous les prêtres nés avant 1955...mais qui risque de de perier naturellement comme va dépérir l'esprit du Concile si le pape régnant ne lui donne pas une nouvelle légitimité !

( 787553 )
Souvenez-vous du "dépassement" de la philosophie chrétienne. par Scrutator Sapientiæ (2015-09-22 22:17:34)
[en réponse à 787531]
Bonsoir et merci, Aigle.
Dans les années 1930, il y a eu un débat, entre intellectuels français, Blondel, Bréhier, Gilson, de Lubac, Maritain, sur la notion de philosophie chrétienne, à moins qu'il ne faille dire sur le constat de décès ou la mise en congé de cette notion, telle qu'elle a été comprise pendant des siècles, au cours desquels on a posé un signe d'égalité entre philosophie chrétienne et philosophia perennis.
Toujours dans les années 1930, Bergson a achevé, en un sens, de "préparer le terrain", pour que bien des esprits soient des plus sensibles, par la suite, aux oeuvres de Teilhard, et Heidegger a commencé à exercé son influence, notamment en direction de Bultmann et de Rahner, qui ont été eux-mêmes extrêmement influents, chacun sur son registre.
Il y a donc eu, à ce moment là, à mon sens, à la fois
- une bonne question, sur la nature des relations entre le christianisme catholique et la philosophie d'Aristote, car il est vrai que cette "qualité de relation" ne va pas ou plus de soi,
et
- une mauvaise réponse, au moyen de laquelle on a entendu résoudre un complexe d'infériorité intellectuelle, vis-à-vis de courants de pensée extérieurs à l'Eglise, en les imitant ou en les intégrant.
Je suis convaincu, pour ma part, que ce n'est pas un phénomène réductible à une ou deux générations, et que l'institution ecclésiale s'y est mal pris, face à ce phénomène, puisqu'elle est passée d'une attitude disciplinaire, entre 1945 et 1960, à une attitude approbatrice, ou, en tout cas, pusillanime.
En d'autres termes, je suis plus "pessimiste" que vous, tout en espérant me tromper, et en espérant que vous avez raison, bien sûr.
D'aucuns vont me trouver fondamentaliste et / ou protestant, mais enfin je rappelle qu'une théologie catholique qui ne puise pas son inspiration, avant tout (mais pas seulement), au contact d'un vocabulaire et d'argumentaires d'origine biblique, en le faisant par l'intermédiaire des Pères et des Docteurs de l'Eglise, s'expose fréquemment au risque de s'éloigner ou de s'opposer à l'Ecriture et à la Tradition.
Or, la tentation de prendre appui sur autre chose que sur la Bible et les Pères (y compris Saint Augustin et saint Jean Chrysostome...) a probablement existé, dans l'histoire de l'Eglise, en amont des années 1930, et existera probablement, dans l'histoire de l'Eglise, en aval des années 2010, parce que cette tentation repose sur quelque chose d'extrêmement profond : il se trouvera toujours des clercs
- qui auront la crainte de ne pas être "dans le coup", "à la page", vis-à-vis de telle mentalité ou philosophie "à la mode",
- qui auront le désir d'incarner une avant-garde intellectuelle rénovatrice, et non conservatrice, ni (encore moins !) restauratrice.
Vous parlez, d'une part, des catholiques nés avant 1955, d'autre part, de ceux qui ont moins de soixante ans (ou soixante ans cette année...).
Il est tout à fait possible que bien des relations que vous avez ou bien des rencontres que vous faites vous amènent à penser qu'il existe en effet un ligne de démarcation inter-générationnelle, en aval de laquelle les jeunes générations sont moins sensibles aux nouveautés qui proviennent du monde et plus sensibles à la vérité qui provient de l'Eglise, ou qui devrait pouvoir provenir plus souvent des hommes d'Eglise.
Et il est également possible que cette ligne de démarcation sépare, en ce qui concerne le prochain Synode, les partisans de la ligne qui est celle du Pape François, ou qui lui est prêtée, à plus ou moins juste titre, des partisans d'une ligne non créative, mais réceptive, face à l'Ecriture, à la Tradition, et au Magistère antérieur.
Vous et moi, et "quelques autres" aussi, bien sûr, nous serons bientôt fixés...
Bonne soirée et à bientôt.
Scrutator.

( 787587 )
L'orgueil hégelianojésuite = source de la "morale sexuelle de situation" de la majorité des pères synodaux 2015 par Presbu (2015-09-23 15:46:05)
[en réponse à 787553]
La prochaine session du Synode des Évêques a été "un poco furbamente" préparée en sélectionnant un majorité de partisans ou de pratiquants du subjectivisme en morale conjugale et domaines annexes, et juste d'une minorité symbolique d'évêques fidèles aux "exigences du Seigneur".
___ Condamnée fermement sous Pie XII, la "morale de situation" réapparaît plus virulente en 2015 comme "morale de l'expérience individuelle" et du relâchement consensuel: cette doxa subjectiviste n'a pu s'infiltrer chez les clercs et les laîcs qu'à la suite de l'idéalisme allemand magnifié par Hegel et ses disciples catholiques, RAHNER et alii.
___ Ce n'est pas sans raison que les Franciscains de l'immaculée ont été réduits au silence, peu de mois après avoir organisé un colloque très critique sur Karl RAHNER !