Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=787357
images/icones/heho.gif  ( 787357 )Analyse intéressante d'Henri Hude sur la réforme concernant les nullités de mariage par Rodolphe (2015-09-19 16:22:15) 

ICI

"[...]

La réforme de François, à la lumière de la philosophie de la culture


Expliquons donc maintenant pourquoi, aux yeux de la philosophie, la réforme de François paraît très judicieuse.

Les esprits sont imprégnés de culture relativiste, libertaire et individualiste. C’est vrai surtout en Occident et le devient dans le monde entier. Or, le mariage chrétien est tout le contraire de cette culture : fondé dans l’Absolu, lien perpétuel où s’accomplit la liberté, fondateur d’une communauté où se dépasse l’individualisme.

Par conséquent, (c’est mon opinion, mais elle n’est pas dans le texte du pape) les personnes complètement imprégnées de cette culture sont suspectes d’incapacité à contracter un mariage chrétien réel et non nul (comme d’ailleurs de signer n’importe quel contrat avec l’intention de s’y tenir). A leur consentement risquera en effet de faire défaut la toute première des conditions de tout consentement : la connaissance, ici la simple compréhension de ce dont il s’agit, la culture permettant de comprendre la possibilité, la nature et la valeur de l’union matrimoniale et d’en accepter les obligations.

Si donc de telles personnes pétries de relativisme ont apparemment contracté des mariages chrétiens, et même si elles viennent de familles chrétiennes et pratiquantes, il est possible que nombre de leurs mariages soient nuls. Même si l’autre conjoint avait l’intention sérieuse de se marier chrétiennement, l’union tout entière peut être frappée de nullité, parce qu’un seul vrai consentement ne suffit pas. Soumis à la logique relativiste, le mariage chrétien n’est en fait qu’un coup de goupillon donné sur une relation individualiste, libérale, hédoniste et malthusienne. Si donc un tel mariage fait faillite, comme c’est trop souvent le cas, sa nullité doit certainement être reconnue.

Dans un temps de société chrétienne et de culture réaliste, tous les mariages pouvaient être présumés valides, parce que les prérequis culturels étaient assez bien compris par tous. Dans un temps de culture et de société relativistes, la présomption est parfois presque inversée. Par suite, le souci de protéger la liberté (celle de se marier authentiquement) devient un moyen privilégié de la protection juridique du mariage, dans une situation où la culture en dilue l’authenticité. Telle est la situation.


La politique du pape et sa pastorale


Dans ces conditions, que demande de faire le pape ?

Trois choses.

Premièrement, rendre plus aisément leur liberté aux parties désireuses d’entrer au plus vite dans une relation non structurée par le relativisme, et donc non nulle de plein droit.

Deuxièmement, proposer à tous l’exemple de la sainteté la plus haute vécue dans le mariage, en dépit de toutes les difficultés inhérentes à la condition humaine (et aux imperfections de la culture). C’est ainsi que le pape se propose de canoniser bientôt les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, doublement, c’est-à-dire chacun pris individuellement, et tous les deux pris ensemble dans leur unité conjugale. Troisièmement, renforcer la paroisse comme lieu de préparation au mariage, lieu de soutien mutuel et lieu d’accueil des souffrances humaines.


Le thème de la miséricorde


La culture relativiste aboutit à la solitude et la désespérance. Elle produit une effrayante misère affective et morale, sans parler d’un nouvel esclavage économique. Dans ces conditions, il faut moins montrer aux hommes un visage de juge sévère, qui accroîtrait leur désarroi, que le visage de Dieu sauveur, Jésus-Christ, icône de la miséricorde divine.

C’est l’évêque qui « est tenu[i] de suivre avec un esprit apostolique, les conjoints séparés ou divorcés [selon le droit civil], qui ont fini par abandonner la pratique religieuse à cause de leur condition de vie. Il partage avec les curés de paroisse[ii] la sollicitude pastorale envers ces fidèles en difficulté[iii]. »

La miséricorde consiste à juger le moins possible les personnes, car il n’y a pas de péché sans conscience de la loi. Or, le relativisme faisant du respect de la liberté arbitraire la seule loi, émousse tellement le sens du bien et du mal, qu’on peut assez souvent présumer l’absence de faute personnelle grave même chez ceux qui commettent manifestement des actes matériellement graves.

La miséricorde consiste alors à faire de l’Eglise l’hôpital des consciences, où elles retrouvent leur vigueur, leur lucidité, la conscience de la loi et où surtout elles puisent la grâce. C’est elle qui permet de vivre au-delà de la loi et dans la liberté, sans rien faire contre la loi : car telle est la vie dans l’Esprit[iv].

En vérité, il s’agit moins aujourd’hui de « défendre le mariage », comme s’il existait encore évidemment, que de permettre à nouveau aux gens de se marier vraiment, et aux gens mariés de le redécouvrir et, pour ainsi dire, de se remarier pour de bon avec leurs conjoints. Mais il faut, pour cela, se libérer d’une culture malade :

-incapable de voir la vérité du désir sexuel au-delà de la concupiscence, et celle de l’éros en dehors de la fornication ou de l’adultère,

-incapable de saisir la beauté de la vie et de la fidélité,

-incapable de comprendre la puissance symbolique et sacramentelle du mariage.

Dans un monde de matérialisme technocratique et de liberté arbitraire, l’Eglise doit redevenir visiblement une famille, une maison familiale, et perdre toute apparence de bureaucratie impersonnelle. Cela passe par le retour en force de la figure paternelle de l’évêque sur le terrain.

L’introduction de la procédure simplifiée dans l’examen des cas de nullité est ici l’occasion d’obtenir l’implication personnelle de l’évêque dans un processus curatif et de faire de lui un responsable visible de la réaffirmation de l’indissolubilité.

« Il ne m’a pas échappé, écrit le pape[v], qu’une procédure de jugement courte puisse faire courir un risque au principe de l’indissolubilité du mariage. C’est précisément pour cela que j’ai voulu que l’évêque lui-même soit intégré dans une telle procédure, parce qu’il est avec Pierre, en vertu de son office le meilleur garant de l’unité catholique dans la foi et la discipline. »


[i] En vertu du canon 383, §1 du Code de Droit Canonique.
[ii] Cfr. can. 529 § 1.
[iii] Normes pratiques d’application, Art. 1.
[iv] Rm.8.
[v] 1ère partie, IV."
images/icones/1n.gif  ( 787358 )Ouais! par Miserere (2015-09-19 17:39:21) 
[en réponse à 787357]


Il dénigre surtout le mariage catholique, en gros la réforme du Pape

arrange bien ceux qui tilte sur un sacrement de validité absolue.
images/icones/hein.gif  ( 787359 )Définition SVP ... par Exocet (2015-09-19 18:00:07) 
[en réponse à 787358]

C'est quoi un sacrement de validité absolue ?
images/icones/1v.gif  ( 787363 )Au plus vite... par Paterculus (2015-09-19 20:20:29) 
[en réponse à 787357]

... ne devrait pas aboutir à ce qu'on ait des doutes sur la sentence.
Celle-ci ne devrait pas reposer sur des présomptions, fussent-elles culturelles.
Ce texte est en effet très intéressant !
Votre dévoué Paterculus
images/icones/neutre.gif  ( 787364 )Dangereuse analyse par Meneau (2015-09-19 21:30:17) 
[en réponse à 787357]

Avec de tels raisonnements on renverse complètement le sens du canon :


Can. 1060 - Le mariage jouit de la faveur du droit; c'est pourquoi, en cas de doute, il faut tenir le mariage pour valide, jusqu'à preuve du contraire.



Il n'y a pas besoin d'être imprégné de culture non relativiste pour comprendre ce que veulent dire les mots "pour toujours" ou "jusqu'à ce que la mort vous sépare".

Est-ce que les tribunaux civils cassent des contrats commerciaux sous prétexte que dans notre culture relativiste et hédoniste, les gens ne comprennent pas forcément qu'ils doivent payer 1000€ pour le bien vendu 1000€ ?

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 787365 )A votre question on peut répondre oui.. par Rodolphe (2015-09-19 21:44:51) 
[en réponse à 787364]

"Est-ce que les tribunaux civils cassent des contrats commerciaux sous prétexte que dans notre culture relativiste et hédoniste, les gens ne comprennent pas forcément qu'ils doivent payer 1000€ pour le bien vendu 1000€ ?".

S'ils n'ont pas compris qu'ils devaient payer 1000 euros et que l'erreur n'est pas "inexcusable", cela se plaide... Surtout si le débiteur de la somme a la qualité de "consommateur" (plus difficilement s'il s'agit d'un contrat commercial).
images/icones/neutre.gif  ( 787374 )Voui... par Meneau (2015-09-19 23:37:17) 
[en réponse à 787365]

"Si...., et que... Surtout si..." alors ça se plaide (mais pas sûr de gagner).

Cordialement
Meneau
images/icones/iphone.jpg  ( 787378 )On peut toujours plaider mais de là à être entendu! par Ubique Fidelis (2015-09-20 08:37:31) 
[en réponse à 787365]

Je plaide souvent que le droit n'est pas fait pour protéger les imbéciles et je maintiens que le recours irréfléchi aux vices du consentement n'est qu'une facilité de certains confrères incapables d'étudier les conditions d'exécution du contrat!

Pour ce qui concerne cette analyse, elle est effectivement très intéressante, particulièrement en ce qu'elle lève le voile sur les raisons de certains de défendre cette mauvaise réforme: donner le primat à la médiocrité au risque de dissoudre, dans les faits et les esprits, ce qui était indissoluble et sacré, et tout cela au nom d'une miséricorde sans justice.

Mais suivons leur raisonnement et puisqu'il s'agit de relativiser l'existence possible d'un lien authentique au nom d'un relativisme que l'on sait ou que l'on veut endémique et généralisé, supprimons le défenseur du Lien. Alors, on aura achevé de détruire le sens des procédures de déclaration de nullités.

Tout cela n'est pas sérieux.
images/icones/1n.gif  ( 787366 )Si je vous comprends bien ... par Exocet (2015-09-19 22:03:05) 
[en réponse à 787364]

... vous souhaiteriez que le canon 1060 soit réécrit, en supprimant les mots "jusqu'à preuve du contraire" ?
images/icones/neutre.gif  ( 787372 )Non par Meneau (2015-09-19 23:32:25) 
[en réponse à 787366]

Je trouve qu'on s'oriente dangereusement, avec des raisonnements comme celui de cette analyse, vers la logique inverse du canon 1060 qui devient :
en cas de doute, il faut tenir le mariage pour invalide, jusqu'à preuve du contraire


Cordialement
Meneau
images/icones/iphone.jpg  ( 787380 )C'est exactement ce à quoi nous arrivons dans les esprits! par Ubique Fidelis (2015-09-20 08:39:10) 
[en réponse à 787372]

Mais cela sert la cause de ce nouveau divorce catholique
images/icones/neutre.gif  ( 787389 )D'autant que par Meneau (2015-09-20 09:58:35) 
[en réponse à 787380]

je reste persuadé que, contrairement à ce que veut nous faire croire une génération catholique vieillissante, beaucoup de jeunes sont justement en quête d'un Absolu et d'un idéal que l'Eglise n'est plus capable de leur proposer correctement...

Il n'y a qu'à voir avec quelle facilité l'islam embrigade.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche2.gif  ( 787375 )Je n'y crois pas par Jean Ferrand (2015-09-20 07:57:56) 
[en réponse à 787357]

Je n'y crois pas. C'est du blablabla. Aujourd'hui quand on se marie à l'église, on sait bien que le mariage chrétien est un et indivisible. Donc il est valide. On n'est plus au temps où l'on mariait les gens de force. Tous les mariages sont valides, sauf bien sûr en cas de fraude ou de parenté cachée.
images/icones/iphone.jpg  ( 787382 )Je suis parfaitement d'accord par Ubique Fidelis (2015-09-20 08:42:09) 
[en réponse à 787375]

Comme on ne peut plus soutenir que, pour certains péchés mortels, sauf abolition du discernement, dont la condamnation est publique et répétée, des catholiques ne pourraient pas avoir connaissance de leur caractère gravement pecamineux!
images/icones/neutre.gif  ( 787383 )Un autre facteur par AVV-VVK (2015-09-20 08:54:53) 
[en réponse à 787375]

La validité de la liturgie célébrée peut menacer celle du mariage selon l'auteur du site Pro Liturgia.
images/icones/fleche2.gif  ( 787384 )Même par Jean Ferrand (2015-09-20 09:05:21) 
[en réponse à 787383]

Même avec une liturgie invalide, le mariage serait valide. Voir les protestants, chez qui le premier mariage (avant divorce éventuel) est parfaitement valide, c'est-à-dire sacramentel.

N.B. Je maintiens quand même, pour les catholiques, et même chez les orthodoxes, la nécessité de la forme canonique.
images/icones/neutre.gif  ( 787387 )Pour le coup ça se discute par Meneau (2015-09-20 09:56:28) 
[en réponse à 787384]

Imaginez des fiancés qui échangeraient leur "consentement" en disant par exemple uniquement :
- je t'aime
- je t'aime aussi

On pourrait s'interroger sur l'engagement qu'ils prennent ou veulent prendre réellement.

La liturgie est quand même censée représenter ce qu'elle signifie.

Cordialement
Meneau

images/icones/fleche2.gif  ( 787402 )Il faut par Jean Ferrand (2015-09-20 16:38:53) 
[en réponse à 787387]

Il faut effectivement un engagement clair pour conclure le contrat.
images/icones/neutre.gif  ( 787433 )Cette idée-là... par Steve (2015-09-20 22:33:37) 
[en réponse à 787383]

Cette idée-là n'a pas beaucoup de sens pour la simple raison que ce sont les fiancés qui se donnent le sacrement de mariage.

Le clerc étant le témoin officiel de l'Eglise, il officie quand il dit la messe. Là, les fiancés ne sont pas les acteurs. Mais, avec ou sans cette messe, le mariage resterait valide.

Quand le mariage a lieu, malgré les apparences généralement d'usage, le prêtre n'est pas aux manettes. La "mise en scène" rend-t-elle assez compte de la réalité ? On peut en douter.

Quant à dire que les fiancés ignoreraient les objectifs et les engagements du mariage chrétien... C'est prendre les gens pour des neu-neux.
Tout le monde est informé. Même les non-chrétiens qui ne manquent pas de s'en gausser.

Quant à savoir si les engagements pris sont réfléchis et sincères. C'est autre chose.
images/icones/1a.gif  ( 787388 )Houla ! par Cath...o (2015-09-20 09:58:11) 
[en réponse à 787375]

Revoyez votre droit canonique !

Il y a tout de même d'autre raisons de nullité que le mariage de force, la fraude ou la parenté cachée ...
images/icones/fleche2.gif  ( 787403 )Je les expose par Jean Ferrand (2015-09-20 16:43:03) 
[en réponse à 787388]

Je les expose ICI. Voyez lire Ouagadougou, et non pas Ouagagoudou (sic). Excuses.
images/icones/neutre.gif  ( 787390 )Tout à fait d'accord par Aigle (2015-09-20 10:12:40) 
[en réponse à 787375]

Avec vous cher Jean Ferrand. Je déteste cette casuistique imbécile : qui se marie en espérant divorcer ? En ignorant que l'Eglise exclut le divorce ? Tous les pertes perdraient ils leur temps à célébrer des mariages invalides ?
images/icones/fleche2.gif  ( 787376 )L'église de Ouagagoudou par Jean Ferrand (2015-09-20 08:13:49) 
[en réponse à 787357]

L'église de Ouagagoudou (Abbé Jacob YODA) ICI nous rappelle quels sont les empêchements au mariage catholique.
images/icones/fleche3.gif  ( 787393 )Oui, mais justement.. par Rodolphe (2015-09-20 14:34:38) 
[en réponse à 787376]

Il est rappelé que parmi les causes de nullité du mariage figurent:

"- L’erreur doctrinale :

L’erreur doctrinale dans le cas du mariage comprend une erreur intellectuelle sur l’unité un (1) homme et une (1) femme ou l’indissolubilité du mariage ou encore sa dignité sacramentelle. Si l’on ignore ces trois éléments ou l’un d’eux, on est dans le cas d’une erreur doctrinale. Mais pour qu’une telle erreur rende le mariage nul, il ne faut pas qu’elle reste dans le domaine des idées mais qu’elle exprime une volonté affichée. Ainsi, une telle erreur doit déterminer la conduite et les décisions de la personne qui va agir en conséquence.

(...)


Exclusion de l’indissolubilité

C’est une attitude qui consiste à rejeter l’indissolubilité du mariage en général et à l’appliquer à son propre mariage. Cela se justifie par exemple par un désir ou même le projet de changer tôt ou tard de conjoint. Si le fait est prouvé, le mariage pourrait être déclaré nul".

Or, il me semble que dans bien des cas, même s'il n'y a pas erreur doctrinale, il a exclusion de l'indissolubilité en ce sens que beaucoup de jeunes se marient en refusant d'exclure la possibilité d'un divorce en cas d'"échec" de leur vie conjugale. J'ose affirmer qu'il y a d'ailleurs assez souvent "simulation" de l'adhésion sur ce point, le mariage à l'Eglise ayant pour beaucoup une portée purement "romantique", laquelle justifie quelques arrangements avec sa conscience lorsqu'on prononce le "oui"...

J'en connais... Bien évidemment, reste le problème de la preuve. On ne peut présumer d'une telle erreur dans le cadre d'un procès. Néanmoins, il me semble que sur le plan sociologique, il s'agit bien là d'une réalité. Henri Hude a le mérite de souligner ce point et de mettre en exergue le fait que cette réalité sociétale est très probablement à l'origine de la réforme.

Toutefois, je précise que j'ai moi-même des réserves concernant celle-ci. Il y a évidemment un risque que le remède soit pire que le mal. Mais on peut espérer que tel ne sera pas le cas si on applique cette réforme conformément à l'esprit qui l'anime.
images/icones/1g.gif  ( 787401 )Toujours le même problème ... par Exocet (2015-09-20 16:38:22) 
[en réponse à 787393]

Trop de mariages sont célébrés, alors qu'ils n'auraient jamais dû l'être. Cela est souvent dû au manque de discernement (ou de curiosité) des prêtres chargés de la préparation au mariage. Par exemple des fiancés qui excluent par principe toute procréation ne peuvent pas être mariés. Et ceux qui mentent sur leurs intentions contractent un mariage invalide, en plus de commettre un péché très grave.