Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 785205 )Affaire Huonder:une guerre interne à l’Eglise par Jean Kinzler (2015-08-17 09:39:24) 

Deux versets bibliques enflamment la Suisse, mettant en ordre de bataille les organisations homosexuelles, obligeant un évêque à se justifier, d’autres à se distancier. Et si c’était un règlement de comptes en coulisse, dont les homosexuels ne sont que le prétexte?

Au centre de la tourmente, un prêtre, l’évêque de Coire, Mgr Vitus Huonder, réputé pour ses positions conservatrices. Lors d’un vaste rassemblement de l’organisation catholique conservatrice allemande Forum Deutscher Katholiken, à Fulda, il a rappelé, dans une intervention très charpentée, ce que le Lévitique déclare des relations homosexuelles: au chapitre XVIII, 22, le texte lance: «Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme; ce serait une abomination»; au chapitre XX, 13: «Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils font tous les deux est une abomination: ils seront mis à mort, leur sang retombera sur eux.»

L’évêque de Coire compte-t-il réintroduire la peine de mort pour les homosexuels, comme l’Europe chrétienne la pratiqua des siècles durant avec la bénédiction de l’Eglise, de l’Inquisition et des Etats d’alors? Ce serait faire injure à l’intelligence de Vitus Huonder que de le penser.

Pour tenter de saisir ce que l’homme d’Eglise avait en tête ce 31 juillet 2015 lorsqu’il prit la parole à Fulda, il faut mettre les choses en perspective. Et remonter à octobre 2014, lorsque s’est ouverte à Rome la première session du synode sur la famille. L’Eglise catholique entrait alors dans une vaste réflexion sur la famille et la sexualité dont ce synode était l’épicentre.

Des discussions, il s’avéra rapidement que cardinaux, évêques et autres théologiens n’étaient pas unanimes. Et qu’une aile conservatrice comptait bien user de son influence. Ce qu’elle commença de faire avant même l’ouverture du synode. Parmi ces conservateurs, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et membre du conseil du Forum Deutscher Katholiken, l’organisation précisément qui invitait Mgr Huonder à Fulda.

En octobre 2015 doit avoir lieu la seconde mi-temps du synode. Dans l’entretemps, c’est champ libre pour les «lobbyistes» de tous les camps. Or, en mai de cette année, les épiscopats suisse, français et allemand ont organisé à huis clos, à Rome, un colloque sur le sujet, puis décidé d’en rendre publiques les propositions.

Le document de synthèse de ces journées, une soixantaine de pages, constitue un plaidoyer vibrant pour une Eglise catholique qui, tout en gardant le cœur de ses convictions, tente de se rapprocher des préoccupations de l’homme et de la femme contemporains. Parmi les textes les plus engagés dans un renouveau de la pastorale, celui du professeur de théologie de l’Université de Fribourg, l’abbé François-Xavier Amherdt, qui plaide dans le domaine, par exemple, des relations sexuelles hors mariage, pour une pastorale subtile. Sa thèse est «qu’il faut opérer un discernement selon les situations, qu’il vaut la peine de valoriser les semences de l’Esprit déjà à l’œuvre dans certaines relations et que, selon la pédagogie graduelle de Dieu, il faut faire retentir une parole d’appel plutôt que de condamnation, selon une pastorale d’accompagnement».

Le document comporte aussi une mise en garde contre les pièges de l’interprétation biblique trop littérale: «les textes bibliques requièrent une interprétation du fait du cadre historique dans lequel la parole humaine a, alors, restitué la parole divine. […] Ce qui importe là, ce n’est pas de considérer les assertions bibliques isolément, mais dans leur époque, dans leur contexte textuel respectif et dans le contexte d’ensemble du message biblique, afin de pouvoir en extraire les aspects théologiques d’actualité.»

Le document appelle à intégrer les sciences humaines comme la médecine, la psychologie du développement mais aussi la sociologie du monde actuel dans la poursuite de l’évolution de la doctrine ecclésiastique.

Il plaide pour ce qu’il appelle la gradualité: «L’Eglise a affaire à des personnes sur le chemin. […] Cela entraîne une imprécision, nécessaire dans une certaine mesure, de l’ajustage entre la doctrine et la vie. […] D’un autre côté vaut ce principe: qui aime vit une expérience transcendantale. Il se trouve donc aussi dans les relations d’amour qui ne se conforment apparemment pas aux normes de l’Eglise des aspects qu’il faut considérer comme d’authentiques témoignages de l’amour de Dieu et de l’action de l’Esprit […].»

C’était en mai. Parcourons maintenant à grands traits les 22 pages de Vitus Huonder: c’est une réplique en règle, un pilonnage continu de toutes les propositions et réflexions de ses collègues suisses, français et allemands consignées dans le document cité.

Convoquer les sciences humaines pour mieux rapprocher l’Eglise du monde actuel? Vitus Huonder glisse à Fulda: «Il me semble que dans la situation actuelle la parole authentique, la parole de la révélation n’est pas suffisamment prise en considération.» Puis il tape sur le clou: «Car la parole de Dieu doit nous imprégner. Elle nous aidera à maîtriser les crises et à régler les problèmes. Pour ce faire, il est nécessaire de la connaître et d’avoir la volonté de l’accepter et de modeler notre vie en conséquence.»

Envisager que la sexualité soit une expression de l’amour même hors du mariage, comme le suggère François-Xavier Amherdt? Vitus Huonder sort le Code du droit canonique de 1917, où il n’y a pas de salut hors du mariage, dont le sens est d’élever et d’éduquer sa descendance, de se prêter secours mutuel entre époux et épouse et d’y trouver un remède à sa concupiscence, en latin dans le texte: «Remedium concupiscentiae». Et pourquoi le Code de 1917 plutôt que celui de 1983? C’est que l’évêque le trouve plus réaliste. Quant au plaisir sexuel, il est sans appel: «La sexualité n’est pas un générateur de plaisir.»

Venons-en à l’homosexualité. Dans le document des épiscopats français, suisse et allemand, on peut lire ce texte, certes exploratoire: «Pour les personnes homosexuelles vivant en couple stable et fidèle, une même atténuation de la malice objective des actes sexuels pourrait être posée et la responsabilité morale subjective diminuée voire supprimée. Ceci serait cohérent avec l’affirmation qu’une relation homosexuelle vécue dans la stabilité et la fidélité peut être un chemin de sainteté. Une sainteté à laquelle le Concile appelle tous les chrétiens. De plus, la personne homosexuelle ne peut être réduite à son orientation sexuelle, ni à ses actes. […] Il s’agit d’aider les personnes à vivre ce qui est humainement possible dans un chemin de croissance vers ce qui est souhaitable.» C’est sans doute face à de tels arguments que Mgr Vitus Huonder affiche en majesté dans son argumentaire les deux versets du Lévitique dans toute leur raideur. En prenant soin d’ajouter: «Ces deux versets seuls suffiraient à orienter dans la bonne direction la question de l’homosexualité dans la perspective de la foi.» En allemand: «Die beiden zitierten Stellen würden alleine genügen, um die Frage der Homosexualität aus der Sicht des Glaubens die rechte Wende zu geben.»

C’est à cet instant que Mgr Huon­der, à Fulda, met le feu aux poudres et déclenche la polémique qui n’a cessé d’enfler depuis. Depuis aussi, il est sorti du bois en déclarant, dans un long entretien au Blick : «Le mot Wende était une allusion compréhensible seulement des insiders à la prochaine session du synode […]; il s’agissait pour moi de faire comprendre aux chrétiens combien radicalement l’Ancien Testament parle en certains endroits.»

Si l’on comprend donc bien Mgr Huonder, ses citations étaient plus faites pour marquer ses positions dans un débat interne à l’Eglise que pour parler à la terre entière sur le ton pastoral.

Le bibliste suisse Thomas Römer dans un livre qu’il a cosigné avec Loyse Bonjour en 2005 (Ed. Labor et Fides), L’homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible, décrit parfaitement ce mécanisme: «Dans le débat sur l’homosexualité dans le contexte des Eglises, l’argument biblique joue un rôle important voire décisif. Très fréquemment, on cite la Bible pour légitimer sa propre position sur la question de l’homosexualité. Or, ce recours à la Bible est une affaire hautement piégée. […] La Bible est considérée comme une sorte de manuel utilisable directement, sans aucune médiation, pour légitimer des prises de position d’éthique sexuelle. On oublie alors que plus de deux mille ans nous séparent de la mise par écrit des textes.»

La communauté LGBT a donc été, en quelque sorte, la victime collatérale des visées polémiques de Mgr Huonder à l’endroit de l’aile libérale du synode, et en particulier de ses collègues suisses. Comment dit-on, déjà? La pièce que vous voyez sur scène n’est pas celle qui se joue.letemps.ch
images/icones/fleche2.gif  ( 785206 )Ils appellent ça par Jean Ferrand (2015-08-17 10:07:34) 
[en réponse à 785205]

Ils appellent ça gradualité. Moi, je l'appellerais plutôt relativisme. Tout est relatif aux temps et aux lieux. Rien n'est absolu.
images/icones/fleche3.gif  ( 785209 )Le relativisme, un terrorisme intellectuel par jejomau (2015-08-17 10:47:10) 
[en réponse à 785206]

Sur le sujet, redécouvrir Benoît XVI


Dans son homélie, lors du conclave de 2005 qui devait bientôt le choisir comme successeur de Jean-Paul II, le cardinal Joseph Ratzinger mettait en garde son auditoire: «Nous nous dirigeons vers une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien pour certain et qui a pour but le plus élevé son propre ego et ses propres désirs».
C'est un avertissement que le pape Benoît XVI ne s'est jamais lassé de répéter au cours de son pontificat.
Le relativisme est un poison. Il attaque notre capacité la plus humaine, la capacité de chercher et de connaître la vérité, y compris la vérité morale. Une dictature du relativisme impose par une authentique force culturelle (et même par la force politique) une norme non-standard (no-standard standard), l'ordre que chacun doit s'imprégner de ce poison.



«Au cours des dernières années, - dit le Cardinal Ratzinger dans "Without roots" (ndt: co-écrit en 2004 avec Marcello Pera publié en italien sous le titre "Senza radici: Europa, relativismo, cristianesimo, islam", je ne sais pas où on le trouve en français, cf. ici) - j'ai noté que plus le relativisme devenait le mode de pensée généralement accepté, plus il tendait vers l'intolérance. Le politiquement correct ... cherche à imposer le domaine d'une unique façon de penser et de parler. Son relativisme crée l'illusion qu'il a atteint des sommets plus élevés que les réalisations philosophiques les plus élevées du passé. Il se présente comme la seule façon de penser et de parler - si l'on veut rester à la mode. ... Je pense qu'il est vital que nous nous opposions à cette imposition d'un nouveau pseudo-illuminisme, qui menace la liberté de pensée et la liberté de religion».




images/icones/fleche2.gif  ( 785276 )Petit cadeau : "Relativisme, vérité et foi". par Scrutator Sapientiæ (2015-08-18 08:38:20) 
[en réponse à 785209]

Bonjour et merci, jejomau.

Voici :

La passion pour la vérité.

Relativisme, vérité et foi.

Je me permets une remarque personnelle : à mon avis, il y a plusieurs remèdes au relativisme, dont la lecture de la Parole de Dieu et la prière inspirée par Dieu, mais je pense ici à un remède à caractère philosophique, et ce remède, c'est un non thomiste qui vous le dit, c'est la métaphysique, c'est ce que j'appelle le substantialisme.

Or, le mode de raisonnement substantialiste est précisément le mode de raisonnement que l'on accepte le moins possible, dans l'Eglise catholique, depuis déjà plusieurs décennies.

Ainsi, le mode de raisonnement intégraliste et personnaliste, même s'il ne débouche pas sur un anti-substantialisme caractérisé, est souvent lucide, mais aussi impuissant, face au relativisme.

Le mode de raisonnement substantialiste est à la fois apodictique et définitoire, en ce qu'il recourt à des définitions et à des démonstrations à la fois fondamentales et universelles.

Vous aurez compris que ce mode de raisonnement est à la fois anti-relativiste et anti-subjectiviste, et que c'est le mode de raisonnement dont l'Eglise a le plus besoin, et dont bien des hommes d'Eglise ont le moins envie, car ce qui est ortho-positionnel, dans l'ordre de la réflexion, et qui est exprimé d'une manière radicale et substantielle, est peu procice, se prête mal, à une attitude proxi-positionnelle, dans l'ordre de la relation.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/info2.gif  ( 785282 )L’Eglise n’a pas le droit d’affirmer ses normes dans la société,selon un vicaire général par Jean Kinzler (2015-08-18 09:20:52) 
[en réponse à 785276]

Les propos de l’évêque de Coire Vitus Huonder sur l’homosexualité n’ont pas fini de faire des vagues. Son propre porte-parole se dit «choqué». Des responsables catholiques zurichois et glaronais, qui dépendent pourtant du diocèse grison, présentent leurs excuses.

Le porte-parole Giuseppe Gracia a évoqué une situation de crise au sein du diocèse de Coire. Interrogé hier sur les ondes de la radio alémanique SRF, il a toutefois assuré vouloir contribuer à sortir de l’ornière.

Du côté de Zurich et de Glaris, les excuses s’adressent aux homosexuels, mais aussi aux chrétiens réformés et à tous ceux qui ont été scandalisés, écrivent le vicaire général de Zurich et de Glaris Josef Annen ainsi que le président du Conseil synodal de la collectivité catholique-romaine zurichoise Benno Schnüriger.

De nombreux croyants ont réagi avec colère à l’exposé tenu par l’ecclésiastique controversé, signalent-ils dans leur lettre. L’image et la crédibilité de l’Eglise ont considérablement souffert des déclarations faites à la fin juillet. L’Eglise catholique n’a pas le droit d’affirmer ses normes sexuelles dans la société de façon fondamentaliste, poursuivent les deux responsables.

Lors d’une intervention à Fulda (Allemagne), Mgr Huonder a cité des passages de la Bible «condamnant à mort» les auteurs «d’abominations» que sont les personnes qui «couchent» avec des individus du même sexe. Ces propos tirés du texte du Lévitique de l’Ancien Testament ont suscité un tollé. ATS laliberte.ch
images/icones/fleche2.gif  ( 785285 )Le synode par Jean Ferrand (2015-08-18 09:32:13) 
[en réponse à 785282]

Le synode tranchera. Il est là pour ça.
images/icones/fleche2.gif  ( 785283 )En quoi par Jean Ferrand (2015-08-18 09:24:18) 
[en réponse à 785276]

En quoi n'êtes-vous pas thomiste ? Qu'appelez-vous exactement substantialisme ? Êtes-vous donc cartésien ? Et croyez-vous à ses foutaises ?

Peut-on être catholique romain sans être thomiste, alors que l’Église a souvent affirmé que le thomisme était la philosophia perennis, la philosophie première et pérenne, seule compatible avec l'évangile et avec le dogme chrétien ?
images/icones/fleche2.gif  ( 785421 )Voici quelques éléments de réponse. par Scrutator Sapientiæ (2015-08-20 09:21:14) 
[en réponse à 785283]

Bonjour Jean Ferrand,

Rapidement, voici quelques éléments de réponse.

A. Je ne suis pas thomiste en ce que je ne le suis pas spontanément, étant bien plus un (apprenti) augustinien, par tempérament, mais cela ne fait pas de moi un anti-thomiste pour autant.

La première fois que j'ai rencontré un authentique thomiste, ou plutôt un authentique aristotélico-thomiste, j'ai rencontré quelqu'un qui était capable de commencer chacune de ses réponses

- par : " Aristote, en prenant appui sur ce qu'il écrit lui-même dans (...), vous aurait répliqué : "..." "

ou

- par : " Saint Thomas, en tirant parti de ce qu'il écrit lui-même dans (...), vous aurait répondu : "..." "

Je ne suis ni capable, ni désireux, de me référer à Saint Thomas de cette manière là, mais je reconnais en Saint Thomas le docteur commun, sinon le docteur unique.

B. Pourquoi ai-je commencé à me tourner vers Saint Augustin ? La question est plutôt : grâce à qui ? C'est grâce à Joseph Ratzinger / Benoît XVI que j'ai commencé à étudier Saint Augustin, dont la pensée est moins architecturée, systématisée, que celle de Saint Thomas, mais qui fait bien plus souvent référence à l'Ecriture qu'à Aristote.

C. Je suis substantialiste en ce que je crois en la réalité de la substance de certaines choses, d'une manière relativement indépendante des accidents, notamment historiques, qui profitent à ces choses ou que subissent ces choses ; je me trompe peut-être, mais il me semble

- qu'une phrase telle que : "je crois en l'Eglise, une, sainte, catholique, apostolique", renvoie avant tout à la substance de l'Eglise catholique, et non avant tout à telle ou telle manifestation de cette substance, dans tel ou tel contexte culturel ou historique ;

- qu'une expression telle que : "la Foi catholique" renvoie avant tout aux fondements, au contenu, à la structure, et, en définitive, à la substance de la Foi catholique, et non avant tout à la moyenne ou à la somme des convictions et des croyances des catholiques.

En d'autres termes, je suis substantialiste, en ce sens que je ne suis pas phénoméniste, mais je ne pense pas que cela fasse de moi un cartésien.

D. Je reviens un instant à Saint Augustin : le simple fait de commencer à me tourner vers lui m'a permis de bénéficier d'un "effet de levier" doctrinal et spirituel : d'un seul coup, j'ai (re)découvert, par la lecture et par la prière, énormément de choses.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour la banalité de ce qui précède, et je vous souhaite une bonne journée.

Scrutator.