Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 784492 )L'Eglise doit-elle avoir honte des croisades ? par Jean Kinzler (2015-07-31 19:44:35) 

« Si tu portes ta foi comme un étendard, comme aux Croisades, et que tu fais du prosélytisme, ça ne va pas », avait répondu le pape François à un jeune belge qui l’interrogeait il y a un peu plus d’un an. Immédiatement, la comparaison avait été mise en exergue, certains médias n’hésitant pas à titrer que le pape condamnait les Croisades, suscitant un débat enflammé dans la presse. Aujourd’hui encore sujet est tabou et propice aux récupérations idéologiques de tous bords. Ainsi, quand le cardinal Ratzinger, avec la Commission théologique internationale dont il était alors président, et Jean Paul II avaient, à la veille du Jubilé de l’an 2000, travaillé sur la notion de repentance par rapport aux fautes commises par l’Eglise au cours des siècles passés, ils s’étaient heurtés à un certain nombre de résistances, certains leur reprochant de vouloir faire le procès de l’Histoire. Mais ils avaient tenu bon et Jean Paul II avait demandé pardon pour les « péchés commis dans le service de la vérité ». Ces péchés, quels furent-ils?

« La croisade a été une idée qui, de soi, était pure, mais de fait, a été tout de suite envahie et souillée par une idée impure », écrivait le philosophe français Jacques Maritain en 1970 (Œuvres complètes XIII, Pleiade Gallimard). De fait, l'idée pure est celle de la « guerre juste » qui recouvre deux dimensions. La première est le légitime secours porté par les croisés occidentaux à leurs frères chrétiens d'Orient sous le joug de l'envahisseur Turc qui au XIe siècle menace l'empire byzantin. Le deuxième est la libération du Saint Sépulcre et la protection des pèlerins en route vers Jérusalem, victimes de pillages et de meurtres. « Le problème, explique le dominicain François Daguet, docteur en théologie, c'est que la réalisation n’a pas été tout à fait conforme à l'intention : rapidement, subtilement, il y a un glissement de la guerre juste à la guerre sainte ». Or, si la guerre juste obéissait à une logique de légitime défense collective avec un bien commun à récupérer, avec la guerre sainte, poursuit François Daguet, « il s’agit d’user de la force et de la violence au nom de Dieu et de la propagation de la foi ».

Ainsi, que se passe-t-il dans la tête d’un chevalier du XIe siècle qui décide de se croiser ? L’historien Jean Richard a consacré une partie de ses recherches à cette question. Dans L’Esprit de la croisade, il évoque, au premier rang des motivations, la « caritas fraterna », charité fraternelle. « Pourquoi la croisade, esquissée en 1074, s’est elle réalisée en 1095 ? » interroge l’historien. Pas à cause de la prise de Jérusalem par les musulmans : ces derniers s’y étaient établis plus de quatre cents ans auparavant. « C’est parce que l’invasion, par les Turcs, des territoires byzantins, peuplés de chrétiens est cause, pour ces mêmes chrétiens, de souffrances et d’oppression », explique Jean Richard. Les croisés puisent aussi leur ardeur dans l’idée de défendre « l’héritage du Christ » qu’est la Terre Sainte qu’ils croient fermement avoir perdu à cause de leur péché. Pour la retrouver, il faut donc faire pénitence. Ainsi, la motivation spirituelle est souvent première : le pape Urbain II n’a-t-il pas promis l’indulgence plénière à qui participerait à l’expédition visant à libérer le tombeau du Christ ? Le pèlerin est un pénitent. Les conditions de l’expédition sont réellement dures, les combats meurtriers, la faim et les épidémies féroces. On a beaucoup glosé sur la cupidité des croisés et l’attrait du pouvoir mais si cela a malheureusement existé, dans leur immense majorité, ceux-ci doivent s’endetter pour financer leur voyage et rentrent appauvris. Ainsi, poursuit Jean Richard, « leur motif essentiel reste celui que Rutebeuf exprime au XIIIe siècle, sous cette forme pittoresque : le Paradis ne saurait s’acheter à trop haut prix ! ». En un mot : le salut.

Défensif et pénitent, l’esprit de Croisade est corrompu quand la violence s’invite, d’emblée. « La première corruption de la guerre juste par rapport à la doctrine de la guerre, analyse François Daguet, a été l’usage de la violence terrible dont les croisés, notamment en Europe, ont fait preuve en particulier vis à vis des juifs. » En 1096, sur le chemin vers la Terre Sainte, des croisés s’en prennent aux communautés juives en Rhénanie, Cologne, Mayence, Trêves, commettant des massacres de grande ampleur. L’historien Jean Flori explique que contaminés par la thèse développée par l’Eglise romaine faisant des juifs le « peuple déicide », « beaucoup de croisés ne comprenaient pas comment l’on pouvait aller combattre au loin les « ennemis du Christ » (les musulmans au Proche Orient) et laisser vivre en paix, au cœur même de la chrétienté, d’autres « ennemis du Christ » (les juifs). Le glissement vers la guerre sainte est consommé. « En période de Chrétienté, poursuit François Daguet, le religieux et le temporel sont très étroitement mêlés. Le pape décrète la croisade et ce sont les royaumes chrétiens et l’Empire qui procurent les troupes pour faire la Croisade. Maintenir dans ces conditions strictement et à tout instant l’objectif religieux est tout à fait difficile. On ne fait jamais la guerre proprement. Ce qu’illustrent les croisades c’est l’extrême danger qu’il y a à ce que des instances civiles coopèrent aux visées religieuses surtout quand il s’agit de faire usage de la force armée. »

Dès lors que le verrou a sauté et que l’on s’accoutume à mettre la force armée au service de la religion, de nouvelles croisades voient le jour dont le but n’est plus ni Jérusalem ni les Chrétiens d’Orient, mais les albigeois et les hussites, sans compter que cette conception aura des conséquences désastreuses au moment des guerres de religion. Pour autant, le mea culpa nécessaire de l’Eglise catholique n’est ni un exercice d’autoflagellation ni un jugement a posteriori. Au-delà de la nécessité de tirer les leçons de l’Histoire, c’est un devoir spirituel sous-tendu par une question théologique : « l’Eglise est le corps du Christ et c’est le même depuis 2000 ans, explique François Daguet. La solidarité entre ses membres transcende le temps et l’espace ».la vie
images/icones/fleche3.gif  ( 784499 )foin des théories par jejomau (2015-07-31 22:26:55) 
[en réponse à 784492]

la réalité , c'est le concret , c'est le quotidien. Et aujourd'hui le concret, c'est de défendre TOUT DE SUITE les Chrétiens d'Orient comme on peut. Jeanne d'ARC aussi avait pris les armes !

secourir les Chrétiens d'Orient
images/icones/fleche2.gif  ( 784508 )Mais jejomau par Jean Ferrand (2015-08-01 08:17:42) 
[en réponse à 784499]

Mais jejomau je vous vois très bien partir avec un mousquet et une haridelle. Allez-y, nous vous suivrons (au moins par la pensée).
images/icones/iphone.jpg  ( 784510 )Peut-être nous faudra-t-il, un jour, nous croiser par Ubique Fidelis (2015-08-01 08:40:27) 
[en réponse à 784499]

comme nos ancêtres l'ont fait!

Qui sait ce qu'il adviendra de l'Orient chrétien....
images/icones/iphone.jpg  ( 784500 )Intéressant mais rappelons que l'hérésie cathare par Ubique Fidelis (2015-07-31 23:06:21) 
[en réponse à 784492]

( manichéisme) menaçait la pérennité humaine en séparant le corps de l'âme et en affirmant que l'usage, notamment charnel, du corps souillait l'âme. Ainsi était visée la procréation et hypothéquée la génération.
images/icones/1g.gif  ( 784504 )Un plan satanique... par Vianney (2015-08-01 00:00:33) 
[en réponse à 784500]

 
...pour la destruction de l’humanité, et ce plan est on ne peut plus actuel : contraception, avortement, euthanasie... En particulier chez ceux qui nient que la vie est un don de Dieu pour n’y voir, selon l’expression de l’influent docteur Pierre Simon, qu’un “matériau à gérer” !

V.
 
images/icones/iphone.jpg  ( 784505 )Sans oublier que les hérétiques cathares par Ubique Fidelis (2015-08-01 00:58:24) 
[en réponse à 784504]

considéraient que Dieu était inconnaissable et inaccessible et qu'il était absent du monde....
images/icones/fleche3.gif  ( 784506 )le pourquoi des croisades par jejomau (2015-08-01 06:01:30) 
[en réponse à 784492]

à méditer :

A l’époque Istamboul fêtait l’Assomption de Marie pendant un mois !


En ce sanctuaire de Hodegas, ‘Notre Dame des Hodegui’ (des guides), à Constantinople (aujourd’hui Istamboul) en Turquie, était à l’honneur une icône représentant la Vierge portant l’enfant qui bénit et que la tradition attribuait à saint Luc.

Selon la tradition, c’est aussi là que la Vierge Marie aurait conduit par la main deux aveugles pour qu’ils soient guéris à sa prière.

En remerciement pour une protection spéciale lors d’une révolution, Andronic II Paléologue (†1328) publia un décret ordonnant le jeûne du 1° au 14 août ; la fête de l’Assomption (15 août) durait ensuite 8 jours et se concluait encore du 28 au 31 août !

Ces pratiques durèrent jusqu’au jour où le sanctuaire fut saccagé par les Musulmans, en 1453.

lien

images/icones/fleche2.gif  ( 784509 )Mais jejomau par Jean Ferrand (2015-08-01 08:33:27) 
[en réponse à 784506]

Mais jejomau, Istanbul ne s'appelait pas Istanbul, mais Constantinople. Et les grecs ne fêtaient pas l’Assomption mais la Dormition. Cela dit ils étaient très mariaux, et nous pourrions en prendre de la graine. Qu'il suffise de rappeler l'hymne acathiste qui s'écoutait debout (par définition). Même les culs-de-jatte se mettaient-ils debout ? C'est possible. Les byzantins conservaient et vénéraient à l'extrême des reliques insignes de la Vierge Marie. ICI.
images/icones/fleche2.gif  ( 784511 )L'hymne acathiste par Jean Ferrand (2015-08-01 08:45:34) 
[en réponse à 784509]

L'hymne acathiste, puisqu'on en parle. Je ne la croyais pas si longue. ICI.
images/icones/fleche2.gif  ( 784512 )L'Église par Jean Ferrand (2015-08-01 09:38:27) 
[en réponse à 784492]

L’Église a prêché la croisade pendant près de mille ans, au moins jusqu'au XVIIIe siècle, et même récemment François invitait à mettre fin (par les armes s'il le fallait) aux exactions sans nom commises au Moyen Orient contre les chrétiens. C'était pour elle un impérieux devoir car l'islam, incarné plus tard par l'empire ottoman, menaçait directement l'Europe et la chrétienté.

J'ai rappelé naguère les sentiments qui assaillaient le pape Pie II quand il accéda au pontificat suprême. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires (passionnants de bout en bout, je le redis à l'occasion):

"Le pape Pie II fut couronné en la basilique Saint-Pierre le 3 septembre de l'an de grâce 1458 et, le jour même, il se rendit au Latran en procession solennelle. Il y échappa de justesse à la mort pressé par des hommes qui, l'épée à la main, se disputaient le cheval sur lequel il se tenait, et il ne dut son salut qu'à l'intervention divine. Les solennités achevées, il offrit un banquet digne d'un roi non seulement aux cardinaux, mais aussi à tous les ambassadeurs ainsi qu'aux nobles et aux plus éminents citoyens de Rome, venus assister à la cérémonie. La nuit même, il retourna à son palais du Vatican. Mais de toutes les préoccupations qui assaillaient son esprit, l'emportait celle de savoir comment il pourrait réveiller l'ardeur des chrétiens contre les Turcs et leur porter la guerre."


Il n'eut de cesse de réunir le congrès de Mantoue pour ameuter l'Europe chrétienne contre les Turcs qui venaient de s'emparer de Constantinople en 1453. Et il mourut lui-même à Ancône sur l'Adriatique où il attendait la croisade entreprise par les vénitiens et par le duc de Bourgogne.

La croisade était un devoir impérieux, je le rappelle, prêchée par les papes au nom de Dieu. Souvenons-nous du cri des premiers croisés au concile de Clermont : "Dieu le veut !" Et bien des saints se sont sanctifiés, justement, par la croisade. Nommons simplement ici saint Louis, qui en a entrepris deux, et Bernard de Clairvaux.
images/icones/fleche2.gif  ( 784521 )Quelques questions que je me pose depuis longtemps. par Scrutator Sapientiæ (2015-08-01 11:03:19) 
[en réponse à 784492]

Bonjour et merci, Jean Kinzler.

1. D'une part, je connais très mal le Moyen Age ; je le sais : ce n'est pas bien (et je l'écris sans ironie : ce n'est VRAIMENT pas bien).

Je suis d'ailleurs demandeur et preneur de toute orientation bibliographique qui me permettrait de combler mes lacunes dans ce domaine (mais la vie chrétienne ne se réduit pas à la lecture, et on ne peut pas tout lire ni tout savoir).

2. D'autre part, je ne raisonnerai pas avant tout en termes de honte, mais avant tout en termes d'échec : ce qui m'intéresse le plus,

- ce n'est pas avant tout de savoir pourquoi on devrait avoir honte, aujourd'hui, des Croisades (attention aux anachronismes axiologiques rétrospectifs !)

mais

- c'est avant tout de savoir comment on a bien pu échouer, avant-hier, à l'époque des Croisades.

3. Il se trouve que j'ai lu, à la fin des années 1980, dans "Historiens et chroniqueurs du Moyen Age" paru dans la Pléiade, "la Conquête de Constantinople", d'abord par Robert de Clari, ensuite par Villehardouin. J'en ai retenu les impressions suivantes, qui me semblent pouvoir aller au-delà du spécifique de la IV° Croisade :

- si honte il doit y avoir, cette honte ne doit pas retomber seulement sur l'Eglise, mais elle doit également retomber sur la société, je dirais même sur l'économie et la société de l'époque, même si, j'en conviens volontiers, à cette époque là, il y avait une imbrication réciproque entre l'économie, la société, et l'Eglise, d'autant plus que l'Etat moderne, qui commence à apparaître au début du XVI° siècle (sauf, notamment, en Italie), n'existait pas encore ;

- si échec il y a eu, cet échec a été militaire, politique, religieux, moral ou social, mais il a également été, tout simplement, d'ordre logistico-matériel, compte tenu des défis à relever, des distances à parcourir, des espaces à occuper, de la nécessité de mobiliser et de ravitailler en permanence et en quantité.

Merci bien de me dire ce que vous en pensez, et bien sûr bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 784532 )Mais scrutateur par Jean Ferrand (2015-08-01 12:42:37) 
[en réponse à 784521]

Mais scrutateur de la sagesse, pourquoi ne lisez-vous pas les mémoires de Pie II, qui ne fut pas du Moyen Âge mais bien de la Renaissance. Vous y verrez quelle était en ces années-là l'impérieuse nécessité de la croisade. Pie II y a consacré les six années de son pontificat.

L'empire ottoman venait, en 1453, de s'emparer de Constantinople, de détruire l'empire byzantin et ainsi de prendre pied en Europe, vous lisez bien, en Europe. Il était une menace directe sur la Hongrie, Vienne et le Saint-Empire Romain germanique, et même pour l'Italie et Rome.

C'était un pistolet braqué sur la poitrine de l'Europe. Du temps de Pie V, et de la bataille de Lépante, ce sera pareille. L’Église romaine a sauvé la chrétienté.

Vous auriez déserté, vous ? Honte à vous !
images/icones/fleche2.gif  ( 784542 )Je me suis donc mal exprimé. par Scrutator Sapientiæ (2015-08-01 13:32:36) 
[en réponse à 784532]

Bonjour et merci, Jean Ferrand.

A tort ou à raison, je ne me demande pas si les Croisades ont été légitimes ou nécessaires, mais je me demande pourquoi elles n'ont pas été opérantes ou efficaces, ce qui n'est pas la même chose.

Je ne mets évidemment pas en cause la légitimité globale des Croisades, dont le caractère défensif, ou plutôt contre-offensif, est avéré, mais je m'interroge sur les raisons pour lesquelles elles ont échoué, en tout cas en ce qui concerne celles qui ont eu lieu au Moyen Age.

Et pour vous dire à quel point je ne déserte pas, je suis plutôt de ceux qui considèrent que les chrétiens d'Occident ne sont pas moins en danger que les chrétiens d'Orient, même si ce danger ne se manifeste pas encore avec la même ampleur, ou avec la même intensité.

Je me suis probablement mal exprimé, dans mon message précédent, et je vous prie de bien vouloir m'en excuser.

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/ancre2.gif  ( 784556 )Echec des croisades ? Pas sûr ! par Paterculus (2015-08-01 23:18:41) 
[en réponse à 784542]

Quand la première croisade commence, les armées turques sont devant Constantinople. Celle-ci ne sera prise qu'en 1453 : l'Europe a gagné trois siècles, durant lesquels elle a forgé les outils de sa résistance ultérieure.

Quand les croisades se terminent, l'Espagne est pratiquement libérée du joug musulman. Sans les croisades, il y aurait certainement eu des expéditions de soutien aux défenseurs d'Al-Andalous.

La présence chrétienne, sa densité sur le littoral méditerranéen de la Syrie, du Liban et de la Palestine, densité qui a permis à ces communautés de durer, vient du Royaume franc de Jérusalem.

Voilà pour le volet militaire.

D'un point de vue spirituel, doit-on compter pour rien la naissance et l'expansion de l'Ordre du Carmel, ou celles des Ordres chevaleresques ? Et la présence chrétienne occidentale en Terre Sainte n'a pu que renforcer le sentiment de continuité entre la Bible et l'Eglise chez les penseurs occidentaux.

Il resterait à parler du volet culturel ou encore technique des échanges entre Orient et Occident...

Bilan "globalement positif" comme disaient nos "camarades", mais eux le faisaient à tort.

Puisque vous sollicitez des références bibliographiques, voyez l'Histoire des Croisades de René Grousset, ou son abrégé l’Épopée des Croisades.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche2.gif  ( 784564 )J'ajoute par Jean Ferrand (2015-08-02 08:59:22) 
[en réponse à 784556]

J'ajoute à la référence de Paterculus : Histoire des croisades, de Jean Richard, Fayard, 1996. C'est un maître livre. C'est un de mes livres de chevet. L'état scientifique de la question, à la date de publication.
images/icones/fleche2.gif  ( 784568 )Merci beaucoup à Jean Ferrand et à Paterculus. par Scrutator Sapientiæ (2015-08-02 10:18:17) 
[en réponse à 784564]

Bonjour et bon dimanche,

Merci beaucoup pour vos messages.

Grâce à vos réponses et à vos orientations bibliographiques, je vais donc pouvoir commencer à considérer cette question "en connaissance de cause".

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 784534 )Il y eu des chrétiens opposés aux croisades par Jean Kinzler (2015-08-01 12:59:01) 
[en réponse à 784521]

Voir à ce sujet:.jbnoe.fr
et
franceculture.fr/des-chretiens-contre-les-croisades
et
Compte rendu du livre/des-chretiens-contre-les-croisades
et
autres articles




images/icones/1f.gif  ( 784543 )Cette étude ne prouve rien par Vianney (2015-08-01 14:59:21) 
[en réponse à 784534]

 
La vraie question est de connaître ce que le magistère de l’Eglise a enseigné à propos des croisades, pas de savoir si ce qu’en pense tel ou tel baptisé sans mandat.

Sur le plan des principes, l’Eglise n’a à proprement parler aucun pouvoir de juridiction sur les non baptisés. Mais, au nom du Christ à qui “tout pouvoir a été confié au Ciel comme sur la terre”, elle a le droit d’exiger des infidèles qu’ils ne mettent aucun obstacle à son apostolat. Et elle a le droit d’exhorter les princes chrétiens à faire respecter ce droit partout où il est bafoué.

Historiquement parlant, les croisades en tant qu’expéditions militaires encouragées par les papes n’ont donc pas eu pour but premier de convertir les infidèles, mais de les contre-attaquer pour défendre la chrétienté injustement attaquée chez elle.

Qu’une action missionnaire ait accompagné la plupart du temps l’action militaire, elle restait de toute façon distincte de celle-ci, et n’utilisait pas du tout les mêmes “armes”...

V.
 
images/icones/hein.gif  ( 784554 )"Elle a le droit d’exiger des infidèles qu’ils ne mettent aucun obstacle à son apostolat." par Nemo (2015-08-01 22:44:21) 
[en réponse à 784543]

Non, je ne crois pas qu'elle en ait le droit.
Le Christ ne l'a pas fait en tous cas.
Il y a une très grosse différence entre la légitime défense et exiger.
images/icones/musique.gif  ( 784559 )Ce qui revient à dire que... par Vianney (2015-08-02 00:03:19) 
[en réponse à 784554]

 
...l’Eglise se serait trompée pendant plus de 1900 ans sur l’étendue de ses droits ? Car du discours de saint André au gouverneur de Patras à celui du pape Pie XII aux juristes italiens, l’idée est bien la même : seule la Vérité a des droits.

V.
 
images/icones/1a.gif  ( 784616 )Je me réfère au Christ par Nemo (2015-08-03 12:17:09) 
[en réponse à 784559]

Il serait amusant que sur un forum où l'on passe trop de temps à mon goût à montrer que tout ce que fait l'Eglise aujourd'hui est mal, on puisse défendre l'idée que tout ce qu'a fait l'Eglise par le passé était bien.

Vous écrivez :
Elle (l'Eglise) a le droit d’exiger des infidèles qu’ils ne mettent aucun obstacle à son apostolat.

Le Christ avait le droit d'exiger des infidèles qu'ils ne mettent aucun obstacle à son apostolat. Je ne vois aucun exemple d'application de ce droit. D'autant plus que justement, si le Christ avait voulu, il bien évidemment pu. Du reste on voit sa réponse au Diable quand ce dernier lui demande de mettre en pratique ses droits et pouvoirs...

L'Eglise n'a que le droit (et le devoir) de se défendre, elle et les siens. Elle n'exige jamais, ni des fidèles, ni des infidèles. C'est bien là où réside notre liberté.
images/icones/1e.gif  ( 784635 )L’Église n’exige jamais rien des fidèles ? par Vianney (2015-08-03 21:19:52) 
[en réponse à 784616]

 
Il aurait fallu l’expliquer à saint Pierre quand il a exigé d’Ananie et Saphire qu’ils soient fidèles à leur promesse envers l’Église… Et comment expliquer que Dieu a ratifié la sentence de son Vicaire en frappant de mort, l’un après l’autre, les contrevenants obstinés : frappés de mort pour avoir menti, c’est tout de même pousser la “légitime défense” de l’Église un peu loin, non ?

C’est sans doute pourquoi cet épisode “choquant” du Nouveau Testament met à la torture les méninges des nos propros :

Certains se demandent même s’ils ne faut pas comprendre la mort dont parle Luc comme une exclusion définitive de la communauté (mort à la communauté de vie), en faisant le parallèle avec l’expression “mort au péché” lors du cérémonial du baptême, plutôt qu’une mort physique, qui est notre interprétation habituelle.


Ben voyons !

V.
 
images/icones/iphone.jpg  ( 784643 )Brisons là par Nemo (2015-08-04 00:42:36) 
[en réponse à 784635]

Vos arguments partent dans tous les sens.
Je répondrai simplement que si l'Eglise était telle que vous l'imaginez, je serais au désespoir. Et perdrais sans doute la foi. Mais ça c'est votre église, pas la mienne.
images/icones/1f.gif  ( 784650 )En effet... par Vianney (2015-08-04 09:20:28) 
[en réponse à 784643]

 
...je suis comme vous convaincu qu’il s’agit de deux églises : votre église, c’est celle que j’ai vu occuper les locaux de la vraie dans les années 60, mais qu’étant jeune – et passablement écervelé – j’ai pris un certain temps pour la véritable. Jusqu’au moment où j’ai commencé à lire les grandes encycliques des papes de Grégoire XVI à Pie XII. Du coup, j’ai compris peu à peu pourquoi l’Eglise avait pu instituer l’inquisition, et pourquoi elle avait canonisé plusieurs inquisiteurs tels que saint Pierre de Vérone et le plus illustre d’entre eux : le grand pape saint Pie V. Comme l’explique L’Année liturgique en ce jour où nous fêtons saint Dominique :
“Notre temps met sa gloire dans un libéralisme qui a fait ses preuves en multipliant les ruines, et, philosophiquement, ne repose que sur l’étrange confusion de la licence avec la liberté : il ne fallait rien moins que cet affaissement intellectuel pour ne plus comprendre que, dans une société où la foi est la base des institutions comme elle est le principe du salut de tous, nul crime n’égale celui d’ébranler le fondement sur lequel repose ainsi avec l’intérêt social le bien le plus précieux des particuliers. Ni l’idéal de la justice, ni davantage celui de la liberté, ne consiste à laisser à la merci du mal ou du mauvais le faible que ne peut se garder lui-même : la chevalerie fit de cette vérité son axiome, et ce fut sa gloire ; les frères de Pierre Martyr dévouèrent leur vie à protéger contre les surprises du fort armé, et la contagion qui se glisse dans la nuit, la sécurité des enfants de Dieu : ce fut l’honneur « de la troupe sainte que Dominique conduit par un chemin où l’on profite, si l’on ne s’égare pas » (Honorius III, Diploma confirmans Ordinem).”
V.
images/icones/livre.gif  ( 784560 )Cette étude prouve ce qu'elle titre par Balbula (2015-08-02 02:07:31) 
[en réponse à 784543]

C'est-à-dire que les documents d'époque montrent qu'il y a eu des réactions de réserve, voire d'opposition envers les croisades en raison de certaines dérives : violence, luxure, cupidité...
Du reste, M. Aurell est un excellent médiéviste que j'ai connu comme directeur de thèse à l'université de Poitiers, membre de l'Opus Dei, et dont je suis contente d'avoir des nouvelles.
Je ne pense pas que le but de M. Aurell était de montrer la position officielle de l'Église par rapport aux croisades.
Pour donner un autre exemple de l'«hommerie» qui entache les meilleures choses, le si important concile de Trente a attiré un grand ramassis de ribaudes et de débauchés dans cette ville quand il a eu lieu. C'est le côté moins reluisant de la médaille ...
Les croisades, comme les pèlerinages, n'y ont pas échappé, malheureusement.
Union de prières
Balbula
images/icones/fleche2.gif  ( 784565 )D'accord avec vous par Jean Ferrand (2015-08-02 09:11:22) 
[en réponse à 784560]

D'accord avec vous Balbula, sauf que vous confondez, je pense, en l’occurrence le concile de Trente (1545-1563), avec le concile de Contance (1414-1418), qui en effet avait attiré pas mal de ribaudes sur les bords du lac. Mais c'était un concile autant politique (convoqué par l'empereur d’Allemagne ou le roi de Rome) que religieux.
images/icones/hein.gif  ( 784604 )Constance ou Trente par Balbula (2015-08-03 05:42:02) 
[en réponse à 784565]

Pour le concile de Constance, le conte de Balzac sur Imperia a bien romancé certaines dérives qu'on observe aussi avec sainte Jehanne d'Arc qui fait le ménage dans ses troupes en chassant les ribaudes. Pour le concile de Trente, il me semble avoir déjà vu, au hasard de mes lectures, quelque chose là-dessus. Cependant, je ne me souviens plus où, alors je peux me tromper.
Union de prières
Balbula
images/icones/bravo.gif  ( 784566 )Vous avez raison par Vianney (2015-08-02 09:57:54) 
[en réponse à 784560]

 
Je m’étais laissé influencer malgré moi par la recension de Marc Alain Bonenfant qui présentait, texte à l’appui, Pierre le Vénérable comme un partisan exclusif de la non-violence. Or il aurait suffi que je me reporte au chapitre du livre de Martin Aurell d’où était extraite cette citation pour y lire (p. 166) un propos beaucoup plus nuancé :

Pierre le Vénérable prône le recours à la parole, à la raison et même à l’affection pour vaincre l’islam. L’histoire du christianisme regorge d’exemple de conversion d’innombrables païens obtenue par la seule mission. L’abbé de Cluny relate ainsi l’action d’Augustin de Cantorbéry et de ses compagnons en Angleterre, où Éthelbert (561-616) les accueille et les encourage à prêcher à ses sujets qui embrassent la nouvelle religion (§ 51-54). Les califes et les émirs se comporteront peut-être un jour comme ce roi anglo-saxon… En attendant ce jour heureux, Pierre ne rejette pas la croisade. [souligné par moi] Grâce à elle, les musulmans sous domination chrétienne pourront écouter des prédicateurs usant des outils apologétiques qu’il a forgés entre Tolède et Cluny.


Bon dimanche !

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 784561 )La réponse est Non. Où en serions-nous sans les Croisades? par Castille (2015-08-02 06:38:43) 
[en réponse à 784492]

On ne peut avoir honte des Croisades sans finir -tôt ou tard- par s'excuser d'être chrétien. Voire critiquer le Christ.

L'oeil glissé sur la poignée de l'épée, dans l'illustration de la couverture nous suggère (entre autres qu'il faut observer a la loupe le passé Argument de ceux qui entendent en faire "table rase".

Les Croisades ont été faites pour libérer les lieux saints tombés aux mains des musulmans, et non pour "se rendre chez les gens" comme on l'entend parfois de la part de certains. Quant aux Cathares, avec leur démon créateur, ils auraient fini par décimer le pays, si le bon Dieu n'avait pas inspiré un Saint Dominique.


O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours a Vous"
images/icones/neutre.gif  ( 784562 )Ma réponse est "non" aussi... par Pol (2015-08-02 07:35:02) 
[en réponse à 784492]

....et d'ailleurs , la question n'est meme pas utile. La Terre Sainte a été Chretienne dès la Crucifixion et est chez elle la-bas...La Providence veillera a ce que les Lieux Saints soient protégés.
images/icones/neutre.gif  ( 784573 )Je dirai meme que la question... par Pol (2015-08-02 12:27:20) 
[en réponse à 784562]

....nous affaiblit , au depart, et donc ce genre de questions peut nous faire du tort, meme si nous sommes qu'entre nous ici. Je sais qu'il n'y a pas que de tradis, mais l'idée est de faire passer le message et la richesse de la Tradition a ceux de nos Frères qui n'ont pas eu cette chance encore.
Les forces occultes se frottent les mains en constatant que "le travail" est regulierement fait par des Catholiques eux-memes. Quel drame de la Vie sur Terre...
La lutte se poursuivra inlassablement sur tous les fronts, St Michel, defendez-nous dans le combat. Le pic-nic sur Terre tire a sa fin...
Volo
images/icones/pelerouin1.gif  ( 784570 )Ne vous laissez pas influencer Jean Kinzler ! par Jean-Paul PARFU (2015-08-02 11:10:14) 
[en réponse à 784492]

D'abord, on ne parlait pas de "Croisades" au Moyen-âge, mais de pèlerinages armés.

Il s'est agi, à la demande de la Papauté, de permettre aux pèlerins de se rendre sur les lieux saints, ce qui n'était plus possible depuis 1078 et la conquête de la Palestine par les Turcs seldjoukides.

Ensuite, il s'est agi de consolider les conquêtes et de permettre au pèlerins, commerçants etc ... de se rendre sans dommages à Jérusalem et ailleurs.

Il faut arrêter de battre sa coulpe quand on pense que la Turquie de Erdogan vient de fêter de manière grandiose la conquête de Constantinople, aujourd'hui Istanbul, par les Turcs.

Cet esprit de repentance qui vient des Lumières est la cause et la conséquence de notre déclin.

Aujourd'hui, si nous allions là-bas comme nous y étions allés alors, il n'y aurait pas de Daesch !

Libérez nous, Jean Kinzler, de ces marronniers !
images/icones/fleche2.gif  ( 784571 )Libérez-vous de l'esprit de nos adversaires par Jean-Paul PARFU (2015-08-02 11:12:29) 
[en réponse à 784570]

Et voir sur les causes de la 1ère Croisade ici
images/icones/fleche3.gif  ( 784652 )Les croisades ont eu des échecs et des succès par Ennemond (2015-08-04 12:09:47) 
[en réponse à 784492]

Les croisades permettaient de se refaire un chemin jusqu'aux lieux saints qui commençaient à être inaccessibles. Par ailleurs, les Chrétiens d'Orient suppliaient l'Occident de venir à leur secours face aux assauts turcs sur des terres qui étaient musulmanes de fraîche date (Antioche ne l'était que depuis 15 ans). Mossoul-Ninive, Jérusalem, Antioche, autant d'anciennes villes chrétiennes, qui avaient en leur sein des chrétiens opprimés et réduits dans des situations sociales humiliantes. Sur le long terme, si les possessions franques ont fini par tomber (la dernière en 1291), elles permirent de maintenir durablement les pèlerinages (qui seraient peut-être impossibles aujourd'hui s'il n'y avait pas eu ce sacrifice de l'époque). Ailleurs, les croisades (reconquista) ont permis d'établir des chrétientés florissantes, comme ce fut le cas en Espagne. L'Eglise doit-elle avoir honte de la reconquête des Royaumes Chrétiens d'Espagne sur leurs occupants musulmans ? Un jour peut-être la libération des tombeaux (non du Christ, mais ceux des rois de France) sera peut-être perçue comme une odieuse agression de populations vivant pacifiquement à Saint-Denis. A noter que le terme de croisade est apparu dans le courant du XIIIe siècle et le terme n'est apparu dans la langue arabe qu'au XIXe siècle, une fois que les historiens anticléricaux ont été connus en Orient...
images/icones/fleche2.gif  ( 784655 )Saint Louis par Jean Ferrand (2015-08-04 16:51:02) 
[en réponse à 784652]

Saint Louis, tout saint qu'il était, a commis une bourde monumentale lors de la septième croisade. Son armée, venant de Chypre en 1248, avait abordé très facilement, en tout cas rapidement, sur le sol égyptien. Ils avaient conquis Damiette, dont les défenseurs se débandèrent. Il aurait alors fallu s'emparer de suite de la grande ville d'Alexandrie, à l'ouest, qui était à portée de main. C’eût été un gage considérable qui valait à lui seul la Terre Sainte. Même s'il n'arrivait pas à conquérir l’Égypte, il eût pu négocier et se faire livrer la Terre Sainte sans coup férir. De plus il s'ouvrait une voie facile vers le Caire, à travers le désert, par delà la branche ouest du Nil, la voie suivie plus tard par Bonaparte, lors de l'expédition d’Égypte. Cette voie, certes, était désertique et manquait de points d'eau. Mais on eût pu facilement faire suivre des navires ravitailleurs sur le Nil.

Au lieu de cela, lors du conseil qui décida de la suite de la campagne, le roi Louis eut le tort de suivre les conseils du bouillant Robert d'Artois, son frère, qui voulait en découdre immédiatement avec les mameluks. On fonça droit sur le Caire, à travers le delta inondé. Ce fut bientôt un désastre. Robert d'Artois se précipita derrière les murs de la Mansoura, la forteresse ennemie. Il y fut détruit avec son armée, l'avant-garde de saint Louis. La maladie se mit dans le reste de l'armée. La retraite fut ordonnée sur Damiette. Saint Louis, malade lui-même, fut fait prisonnier. C'était un échec. Libéré un mois après sa capture, contre rançon, il renonça à l’Égypte et alla batailler en Syrie pendant quelques années, avant de rentrer en France.

Comme quoi les saints ne sont pas à l'abri d'erreurs stratégiques. Et Dieu n'avait pas promis une victoire facile aux combattants.