Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=784233
images/icones/carnet.gif  ( 784233 )Philippe Bilger : le pape joue avec le feu,avec la foi... par Jean Kinzler (2015-07-26 19:47:47) 

Philippe Bilger est magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole. Son dernier livreOrdre et Désordresvient de paraître aux éditions Le Passeur.
Ce doit être l'air de l'Amérique du Sud qui a inspiré au pape François des discours radicaux, tant pour l'écologie que pour la doctrine sociale.
Les accents avec lesquels il a évoqué celle-ci en Bolivie - où le président Evo Morales est tenté par un quatrième mandat après une révision de la Constitution - dépassent largement ce que ce pape formidable et atypique a déjà, pour la foi, l'authenticité de la religion et la miséricorde, vertement enjoint au catholicisme, à ses hiérarchies et aux fidèles du monde entier.
Quand il fustige l'économie qui «tue» et qui «exclut», «l'ambition sans retenue de l'argent qui commande et l'économie idolâtre», qu'il proclame: «Vous les exploités, les exclus, ne vous sous-estimez pas! Vous êtes des semeurs de changement», il semble lâcher la bride à son tempérament et proposer une vision de dénonciation et de révolte qui apparemment a plus à voir avec la lutte des classes même adaptée à ce continent qu'à une classique conception de la justice sociale.
Il a d'ailleurs résumé sa pensée en mettant en évidence le caractère «révolutionnaire» du catholicisme.
Le respect que j'éprouve pour cette personnalité bouleversante - en si peu de temps, il a transformé le catholicisme, le monde et le rapport entre les deux! - ne m'interdit pas de pointer les risques d'un tel extrémisme de la compassion et de la glorification. Il y a mille manières de dire que les derniers seront les premiers mais le pape François a choisi la plus périlleuse.
Certes il ne manque pas d'audace et j'ai aimé Alexis Tsipras affirmant qu'aujourd'hui, «le pape est le plus courageux».
Il n'est pas non plus dupe des idéologies qui, selon lui, «se terminent mal».
Il n'empêche qu'il apporte de l'eau (bénite) au moulin de certains démagogues talentueux mais peu accordés à notre normalité démocratique.
Il conforte l'interprétation unilatérale que d'aucuns font de l'Evangile et de Jésus-Christ en assimilant l'un à une bible pour la subversion et l'autre à un boutefeu qui pourrait être récupéré par Karl Marx ou le Fidel Castro de la grande époque.
Il amplifie, de la sorte, l'opposition que ne cesse de lui manifester la famille traditionnelle et conservatrice du catholicisme, aussi bien de la part des cardinaux qui la représentent que pour des pratiquants qui étaient sans doute prêts à changer mais pas au point d'être ainsi bousculés!
En Amérique du Sud, il donne du crédit à cette église militante, partiale et politisée qui, imprégnée de la théologie de la libération, s'était surtout libérée de la théologie.
Le pape François était si conscient de ces dérives possibles qu'il a précisé les trois conditions qui permettraient aux «mouvements populaires» - «personne n'aime une idée, un concept, on aime les gens», a-t-il fait valoir lucidement - de battre en brèche le triomphe de l'argent et d'une économie corrupteurs.
D'abord, alors qu'on souffre «d'un certain excès de diagnostic qui nous conduit parfois à un pessimisme charlatanesque ou à nous complaire dans le négatif», ces multitudes populaires sont «dans l'action et enracinées dans le réel des individus».
Ensuite, elles consacrent la vigueur d'un «collectif» qui au jour le jour sert l'humanité en la reconnaissant «dans le visage de l'autre».
Enfin - c'est capital pour ce pape qui n'a cessé à Rome comme ailleurs de développer cette intuition -, elles n'inscrivent pas le changement «en termes de structures mais de processus». Faute «d'une conversion sincère des attitudes et du coeur», l'instauration de nouvelles «structures» ne relèvera que du jeu social ou politique.
Ce discours de François est fondamental et il demeure dans la droite ligne de ce que celui-ci a toujours laissé entrevoir ou explicitement proféré. Mais il est sur le fil du rasoir entre la mission universelle de l'Eglise et sa dénaturation, voire son dévoiement dans le relatif et le contingent.
Jamais le pape n'est allé aussi loin en chargeant si intensément l'un des plateaux, progressiste et solidaire, de la balance au détriment de l'autre, plus classique et habituel.
Le pape joue avec le feu, avec la foi. J'ai peur pour lui. Il doit se garder à gauche comme à droite. J'éprouve le sentiment angoissant, tant il est nécessaire au catholicisme, à la société et à la paix, qu'il est guetté, épié, qu'on attend, qu'on espère sa chute et que la certitude d'un mandat épuisant mais qu'il pressent devoir assumer dans l'urgence l'incite à brûler les étapes et à ne ménager rien ni personne.
Il y a quelque chose d'immense, de grandiose et, à la fois, de suicidaire dans la démarche de cet homme unique, de ce pape d'exception.
figaro
images/icones/2a.gif  ( 784271 )Que ce Pape soit pressé par ptk (2015-07-27 11:43:18) 
[en réponse à 784233]

est bien compréhensible:

car si la Sainte Eglise a l'Eternité devant Elle, l'église conciliaire vit ses derniers soubresauts.
images/icones/neutre.gif  ( 784283 )Tous les signes sont là.... par Pol (2015-07-27 13:08:12) 
[en réponse à 784271]

....que la Providence intervienne vite et cette Sainte Eglise sera remise sur ses rails....en route toujours pour l'Eternité.....sauvant les âmes... St Michel Archange, intervenez pour nous. Notre Dame de Fatima, priez pour nous, que cette consecration de la Russie soit faite bientot. Laudetur Jesus Christus.
images/icones/fleche2.gif  ( 784306 )Première rechute ou derniers soubresauts ? par Scrutator Sapientiæ (2015-07-28 09:27:58) 
[en réponse à 784271]

Bonjour et merci, ptk.

A titre personnel, je n'utilise guère la notion d'Eglise conciliaire, l'état d'esprit dont nous déplorons tous les conséquences ayant des origines antérieures au Concile et n'étant pas présent, d'une manière "égalitaire", dans chacun des textes du Concile, ni dans chacune des prises de positions doctrinales et pastorales postérieures au Concile. Mais ce n'est pas sur ce terrain que je me prononce ici.

Depuis mars 2013, après un tiers de siècle (1979-2012) d'un recentrage qui a été nécessaire, mais qui n'a pas été suffisant, et qui s'en est bien plus pris, avec effet utile, à la théologie de la libération sociale et politique, qu'à celle du pluralisme moral et religieux,

- sommes-nous en présence d'une première rechute,

ou

- sommes-nous confrontés aux derniers soubresauts ?

S'il est vrai, je dis bien : s'il est vrai, que le Pape actuel

- aurait dû pouvoir être élu dès 2005,

- ne fait rien par hasard, et a un agenda,

nous sommes en présence d'une mouvance ou d'une tendance, au sein et à la tête de l'Eglise, qui considère probablement qu'elle doit d'autant plus mettre les bouchées doubles

a) qu'elle a huit ans de retard, sur son agenda,

b) qu'elle est confrontée à des obstructions internes.

Nous serons un peu plus fixés, après le prochain synode, mais une partie du mal est déjà faite, dans les deux directions suivantes :

- une grenade à fragmentation a explosé à l'intérieur de l'épiscopat, et pas seulement sur les questions inscrites à l'ordre du jour du synode de l'an dernier et de celui de cette année : il y a eu accélération et amplification de la mise en évidence du fait que si les évêques ne sont toujours pas d'accord avec les catholiques traditionnels, ils ne sont pas non plus toujours d'accord entre eux ;

- la mentalité anti-intellectualiste postmoderne (au sens de : plutôt non résistante au relativisme et au subjectivisme qu'adhérente à un normativisme objectiviste d'inspiration substantialiste) est encore plus présente et active qu'avant, au sein même de l'Eglise, notamment et surtout dans l'ordre du croire : il existe, pour ainsi dire, UN ACQUIS MENTAL, tenu pour légitimé par le style du Pape François, et qui consiste à faire croire qu'il est évangélique de laisser entendre que chacun a bien raison de croire en "D-i-e-u" comme il l'entend.

La question de savoir ce qu'il sera possible de faire pour contrer ces deux conséquences de l'élection de mars 2013 me paraît au moins aussi importante que la question de savoir si nous sommes en présence d'une première rechute ou des derniers soubresauts.

Merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion, au contact de ce qui précède, bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/5b.gif  ( 784309 )De la vertu d'une espérance raisonnable par ptk (2015-07-28 11:24:00) 
[en réponse à 784306]

Cher scrutator,

Soubresauts ou rechute ?

L'alternative que vous posez mérite considération.

Le choix que j'ai fait du soubresaut repose à la fois sur une espérance et sur une analyse.

Je veux espérer, en effet, tout d'abord, que Dieu, fléchi par nos prières,mettra bientôt fin à l'épreuve qu'il fit de notre Foi, en permettant les divagations qui ont affecté la Chaire de Pierre depuis quelques décennies.

Pour ce qui est de l'analyse, j'observe que l'unanimité conciliarôlatre se fissure. Pour la première fois des princes de l'Eglise, en nombre, expriment des divergences avec la tendance mondaine du culte de l'homme et rappellent que la religion catholique est une religion révélée par Dieu et non construite par les hommes.

Réaffirmer le vrai message de l'évangile, celui qui y est réellement écrit, les paroles de Dieu Lui-même, et non celui que l'on veut y lire selon l'air du temps est une nouveauté bienvenue.

Peut-être sera-t-il plus difficile de faire oublier, par exemple, Saint Matthieu (repris en fin de message)qu'il l'a été de mettre sous le boisseau les textes pontificaux sur la primauté pontificale, les fausses religions, le vrai oeucuménisme : de retour,.....


Enfin, je reviendrai sur votre indulgence, du moins est-ce ainsi que je comprends le début de votre message, envers le concile.
Il y a, de tout temps eu des errements dans l'Eglise, mais c'est la première fois (ou presque) avec ce concile que le Saint-Siège les approuve au lieu de les condamner. Par ailleurs, même si, certes, les textes méritent d'être examinés en détail, ils sont tous imprégnés du même esprit qui, lui, est condamnable: celui de la soumission au monde.

ptk

Saint Matthieu 19


Des Pharisiens l'abordèrent pour le mettre à l'épreuve, et dirent: " Est-il permis à l'homme de répudier sa femme pour quelque motif que ce soit? " Il répondit: " N'avez-vous pas lu que celui qui (les créa), au commencement, les fit mâle et femelle,
et qu'il dit: A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni! " Ils lui dirent: " Pourquoi donc MoÏse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce et de la répudier? " Il leur dit: " C'est à cause de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes: mais, au commencement, il n'en fut pas ainsi. Or je vous dis que celui qui répudie sa femme, si ce n'est pour adultère, et en épouse une autre, commet un adultère. "