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images/icones/vatican.gif  ( 784187 )Mgr Gänswein explique la continuité entre Benoît XVI et François par Chicoutimi (2015-07-26 04:02:11) 

Lu sur Zenit :

"L’Église est une « équipe de prière » explique Mgr Gänswein (1/2)

Entretien avec le préfet de la Maison pontificale, auprès du pape François, Mgr Georg Gänswein, qui est aussi secrétaire du pape émérite Benoît XVI. Il revient sur le renoncement du pape émérite.

Rome, 23 juillet 2015

Zenit - Comment faites-vous pour vous adapter à deux personnalités aussi différentes ?

Mgr Gänswein - C’est certain, ils sont très différents ; et pour moi, après une longue expérience comme secrétaire auprès du cardinal Ratzinger, puis Benoît XVI, commencer à travailler aussi avec le pape François n’a pas été facile. Disons que, pour reprendre un terme du langage informatique, j’ai du ‘me rendre compatible’, car le changement était assez prononcé. J’avais déjà reçu la charge de préfet que François a voulu reconfirmer. Ce que nous faisons – mes collaborateurs et moi – c’est servir. C’est tout. Comment fait-on? Cela dépend beaucoup du pape et de sa manière de guider l’Eglise. Toutefois, je dois dire qu’il y a un grand avantage dans tout cela : faire l’expérience de cette diversité, m’a aidé à grandir au plan humain et spirituel.

Au-delà des différences physiques – chaussures, croix... – quelque chose les différencie aussi dans ce qu’ils disent ?

Toutes ces histoires que nous entendons depuis le début du pontificat, comme par exemple, que le pape François utilise des chaussures noires, ou bien que sa croix pectorale est en argent ou pas, sont secondaires : ce sont des choses extérieures, des façons de faire. Si l’on regarde un peu mieux les contenus, on verra que dans l’exercice du munus petrinum il y a une continuité avec Benoît XVI. Et c’est juste qu’il en soit ainsi. Nous parlons d’un Sud-Américain et d’un Allemand, de deux personnalités très différentes. Le premier est éduqué, formé, dans l’esprit jésuite, et il est logique que sa manière de penser, sa manière de faire, mais aussi d’exercer le service de Pierre soit différente, comparé à quelqu’un qui a eu une formation avant tout académique et universitaire.

Deux ans après son renoncement, à quoi faisait allusion Benoît XVI en parlant de son « pèlerinage sur terre »?

Dans son dernier bref discours à Castel Gandolfo, Benoît XVI a parlé de sa « dernière étape du pèlerinage terrestre ». Auparavant, il avait dit qu’il ne serait jamais descendu de la croix, qu’il n’aurait jamais laissé le Seigneur. Il est allé sur la montagne prier pour l’Eglise et pour son successeur. Son rôle, maintenant, est d’ordre spirituel : prier pour la barque de Pierre. Il est important de rappeler que l’Eglise ne se gouverne pas uniquement à coups de décisions ou stratégies, mais aussi et surtout par la prière. L’Eglise est une « équipe de prière », et nous savons bien que plus de personnes prient mieux c’est. Au sein de cette équipe, le pape émérite a une place particulière, une place de « pèlerin ».

Comment interpréter ce renoncement ?

Nous pourrions écrire un livre entier d’hypothèses et théories à ce propos! Le 11 février 2013, le pape Benoît XVI a lu une déclaration brève et très claire expliquant ses raisons. Tout ce qui a été dit d’autre est une hypothèse totalement privée de fondement. Si des individus, voire des courants, sont contre Benoît XVI, cela est sans importance comparé à ce renoncement. Il est évident qu’une personne comme lui a longtemps réfléchi à une question d’une aussi grande importance. Il ne s’est laissé intimider par personne. Il a été très clair dans sa conversation avec Peter Seewald, plusieurs années avant sa démission: « Quand il y a les loups, quand il y a danger, le berger ne doit pas laisser son troupeau ». Il ne l’a pas fait à l’époque, et ne l’a jamais fait, ça n’est pas une fuite de sa part. C’est la vérité et l’unique explication sur les raisons de son renoncement.

Vous avez parlé de « fruits » de ce renoncement : quels sont-ils?

Le pape Benoît XVI s’est rendu compte que pour guider l’Eglise d’aujourd’hui il faut avoir de la force, spirituelle mais aussi physique. Renoncer à la papauté pour laisser la place à quelqu’un de plus jeune et plus fort est un geste de grande humilité. Je pense qu’il s’agit d’un grand exemple d’amour du Seigneur et de l’Eglise, un exemple que tous peuvent comprendre. En regardant le pontificat du pape François, on peut voir que l’image de l’Eglise a changé en mieux. Le pape Benoît XVI a fait le premier pas pour que cela change : il a ouvert la porte pour parcourir ce chemin. Je pense qu’il pourra y en avoir d’autres.

Au moment du renoncement, par quels sentiments étiez vous habité ?

Ce furent des journées très difficiles, mais le gros travail commença en réalité au moment où le pape Benoît m’a dit ce qu’il voulait faire, de nombreux mois auparavant. Naturellement je devais me taire et, comme on peut bien l’imaginer, cela demandait un gros effort. Ce fameux 11 février et puis, le 28, j’ai été traversé par des sentiments de gratitude..., mais aussi de tristesse, et aussi par quelque chose de comparable à une sorte de deuil. Mais le Saint-Père avait pris sa décision, une décision de conscience, coram Deo - devant Dieu - et donc à respecter et à suivre.

Pourquoi Joseph Ratzinger vous a-t-il choisi comme secrétaire?

Quelle question! Il avait 75 ans et il était convaincu que Jean-Paul II accepterait sa démission. Je travaillais déjà à la Congrégation pour la doctrine de la foi et son secrétaire de l’époque venait juste de recevoir de nouvelles charges à la Congrégation pour la vie consacrée. Le cardinal avait besoin de quelqu’un qui lui serve de secrétaire et il m’a choisi. Il ne m’a pas expliqué pourquoi moi, et moi je ne l’ai jamais demandé. Bien sûr, cela m’a surpris; mais il a pris cette décision et j’ai accepté.

Vous avez été surpris de voir le cardinal Ratzinger devenir pape ?

Oui, naturellement. Je n’aurais jamais imaginé cela, et je crois le cardinal lui-même encore moins. Il a été élu. Il voulait se retirer mais il en fut autrement! Il a accepté d’être élu pape car il y a vu la volonté de Dieu. Et je suis devenu secrétaire d’un pape. Pour moi aussi cette période fut comme un tsunami, vous pouvez l’imaginer.

Le pape des gestes et de la miséricorde, par Mgr Gänswein (2/2)

[Suite] Entretien avec le préfet de la Maison pontificale, auprès du pape François, Mgr Georg Gänswein, qui est aussi secrétaire du pape émérite Benoît XVI. Il revient sur le synode pour la famille et les priorités du pontificat.

Rome, 24 juillet 2015

Zenit - François rappelle souvent Jean-Paul II...

Mgr Georg Gänswein - Oui, peut-être. Même si 20 ans séparent leurs élections au Siège de Pierre. Bien que provenant de milieux politiques et culturels très différents, tous deux avaient déjà accumulé une immense expérience pastorale. Le pape François après avoir dirigé un grand diocèse guère facile comme celui de Buenos Aires; saint Jean Paul II à la tête de l’Eglise de Cracovie qui, à l’époque, était le seul endroit où l’on pouvait s’exprimer librement. Je pense que c’est en cela qu’on peut les comparer, mais également sur d’autres aspects de leur personnalité.

Lesquels?

François, par exemple, parle beaucoup de « culture de la rencontre » : rencontrer des personnes et le plus possible. Jean Paul II n’a pas parlé expressément de cette culture, mais il l’a constamment pratiquée. Le contact avec les autres, y compris le contact physique, est ce qui frappe le plus chez ces deux papes.

On a entendu dire: « Jean Paul II est le pape de l’espérance, Benoît XVI le pape de la foi, François le pape de la charité » : c’est une bonne analyse de la réalité?

Il est difficile de résumer en un mot tout un pontificat. A chaque fois que l’on cherche à enfermer quelque chose de complexe dans un mot, on court toujours un risque. Je dirais que le pape François est le pape des gestes, le pape de la miséricorde. Nous sommes encore en marche. Quoiqu’il en soit, après deux ans, je crois que dire qu’il est le pape des gestes peut servir à donner une idée.

A l’élection du nouveau pape, avez-vous pensé que vous alliez quitter pour une vie un peu plus ‘calme’?

Non. Non pas parce que j’étais sûr d’être confirmé, mais parce que tout cela ne m’inquiétait pas. Donc je n’y ai pas beaucoup pensé, et je n’ai pas eu peur au moment du changement. Il est normal que le pape, quand il veut, quand il le juge opportun, change son équipe. En 2013 il a décidé de me confirmer dans mes charges, et je suis ici. Maintenant je ne pense qu’à servir le mieux possible.

Pour le pape Ratzinger la lutte contre le relativisme a été très importante : quel est le thème de prédilection du pape actuel?

La question de la vérité reste très importante et je crois que François est du même avis. Cela ne veut pas dire que la lutte contre le relativisme ne l’intéresse pas, mais il voit clairement que Dieu lui demande de centrer son pontificat sur d’autres questions, d’autres défis. Il tient beaucoup à parler d’une « Eglise missionnaire, pauvre » ; il aime le concept de l’Eglise comme un ‘hôpital de campagne après une guerre’ ou comme une « Eglise qui sort ». C’est en ce sens que le pape François mène sa lutte.

La famille est un des défis : pourquoi, selon vous, tant de nouvelles confuses sur le dernier synode et sur celui d’octobre prochain?

Des personnes ont écrit ou écrivent sans être bien informées ou bien préparées, sans compter qu’il existe des « courants » de pensée. C’est pourquoi il est très important que les pasteurs de l’Eglise mais aussi les fidèles aient les idées claires et qu’ils s’expriment avec franchise et sincérité. En octobre, le synode doit partir non pas d’un problème particulier, mais du thème principal c’est-à-dire de « l’évangélisation et la famille ». Il clair que l’Eglise ne ferme pas les yeux devant les difficultés des fidèles qui vivent des situations difficiles. Toutefois l’Eglise doit offrir des réponses sincères qui suivent, non pas l’air du temps, mais l’Evangile, la parole de Jésus-Christ et la tradition catholique.

Quels sont les défis actuels dans ce domaine?

Un des défis sont certainement les chrétiens qui se trouvent dans une situation matrimoniale, dite théologiquement « irrégulière ». Cela veut dire des personnes qui ont divorcé et se sont remariées civilement. Nous devons les aider, bien sûr, mais pas de manière réductive. Il est important de se rapprocher de ces personnes, de créer un contact et de l’entretenir, car ces personnes font partie de l’Eglise comme toutes les autres personnes, elles ne sont ni expulsées ni excommuniées. On doit les accompagner, mais il y a des problèmes au plan sacramentel. L’Eglise doit faire preuve de grande sincérité, les fidèles qui vivent cette situation aussi. Il ne s’agit pas uniquement de dire: « elles peuvent ou ne peuvent pas ». Et là, d’après moi, le sujet doit être affronté de manière positive. L’accès à la vie sacramentelle est une question qu’il faut affronter de manière sincère en se fondant sur le magistère catholique. J’espère que durant les mois de préparation avant le synode il y aura des propositions qui aideront à trouver de bonnes réponses à ces difficultés.

Certaines de ces disputes viennent d’Allemagne. Pourquoi?

Oui. C’est vrai que les erreurs ne viennent pas toutes de là-bas mais le point en question certainement oui: il y a 20 ans, Jean-Paul II, après de longues et dures tractations, a refusé que les chrétiens remariés puissent accéder à l’Eucharistie. Nous ne pouvons pas ignorer son magistère et changer les choses. Pourquoi certains pasteurs veulent-ils proposer l’impossible? Je ne sais pas. Ils cèdent peut-être à l’esprit du temps, peut-être se laissent-ils emporter par l’approbation humaine véhiculée par les médias … Etre critique vis-à-vis des médias est certainement moins agréable ; mais un pasteur ne doit pas décider sur la base de l’applaudissements des médias ; son mètre de mesure doit être l’Evangile, sa foi, la saine doctrine, la tradition.

Les médias ne parlent presque pas des chrétiens persécutés : le pape est-il seul?

Le pape François est très clair sur ce point et, malheureusement, de grandes institutions se taisent ou, si elles parlent, elles le font de manière inconsistante. Et c’est très grave. C’est un comportement inacceptable. Jusqu’à présent le pape est la seule voix convaincante et courageuse qui dise les choses telles qu’elles sont. Il n’a pas peur et ne recherche pas les applaudissements des gens. Il agit comme saint Paul, c’est-à-dire qu’il intervient de manière claire nécessaire et importune.

La journée du pape est intense, et j’en conclue que la vôtre aussi. Auriez-vous souhaité une autre vie?

Je ne me suis jamais posé cette question. Car je ne me suis jamais dit : « Je veux faire ceci, ceci ou cela … » Quand ma fonction est arrivée, j’ai accepté. Le pape Benoît XVI m’a demandé quelque chose, et j’ai accepté, je l’ai fait volontiers. Cela vaut aussi pour le pape François.

En voyant défiler sa vie, de l’époque où il portait les cheveux longs jusqu’à nos jours, que dirait Georg Gänswein ?

Quand je regarde en-arrière je ris un peu de tout cela … J’avais 18, 19 ans, et à cette époque – fin du lycée et début du séminaire – c’était la mode: je n’étais pas le seul! Mon père désapprouvait, et cela causa quelques petites tensions. Mais personnellement, cela m’a été utile comme principe de vie: ‘fais confiance, mais fais attention à qui’. Et un autre qui dit en allemand : Tue recht und scheue niemanden. C’est-à-dire, ‘fais tout ce que tu juges bon et n’ai peur de personne’."

Sources :

Entrevue 1/2

Entrevue 2/2