Le Forum Catholique
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( 783291 )
Ave Maria en grec par Quodvultdeus (2015-07-15 18:20:54)
Voici, ci-dessous, deux versions de l'Ave Maria en grec (grec classique et grec moderne). Quelqu'un (Yves Daoudal, Lycobates ou un autre érudit...) pourrait-il me dire quelle est la version que les catholiques de langue grecque récitent ?
Merci d'avance pour vos réponses.
Quodvultdeus
Χαῖρε, Μαρία, κεχαριτωμένη
ὁ Κύριος μετὰ σοῦ·
εὐλογημένη σύ ἐν γυναιξίν,
καί εὐλογημένος ὁ καρπός τῆς κοιλίας σου, ὁ Ἰησοῦς.
Ἁγία Μαρία, Θεοτόκε,
πρέσϐευε ὑπέρ ἡμῶν τῶν ἁμαρτωλῶν,
νῦν καί ἐν τῃ ὥρᾳ τοῦ θανάτου ἡμῶν.
Ἀμήν.
Χαίρε, Μαρία, κεχαριτωμένη,
ο Κύριος είναι μετά σου·
ευλογημένη εσύ μεταξύ των γυναικών,
και ευλογημένος ο καρπός της κοιλίας σου, ο Ιησούς.
Αγία Μαρία, Θεοτόκε,
παρακαλεί για μας τους αμαρτωλούς,
τώρα και στην ώρα του θανάτου μας.
Αμήν.

( 783295 )
[réponse] par Yves Daoudal (2015-07-15 18:47:42)
[en réponse à 783291]
Les catholiques de langue grecque sont une poignée, une petite poignée. Je vois sur internet un site grec Saint-Nicolas qui donne l'Ave Maria en grec moderne. Et aussi (je n'y pensais pas) il y a les maronites de Chypre, qui sont effectivement de langue grecque, et qui, ayant subi une grosse influence latine, ont adopté (semble-t-il) le rosaire.
Quant aux catholiques de RITE grec, ils n'ont pas l'Ave Maria, qui est une prière occidentale. S'ils la disaient, ce serait en slavon ou en arabe (ou dans leur langue maternelle). Et s'ils voulaient la chanter de façon solennelle, les catholiques grecs de langue arabe la chanteraient en grec ancien, comme le reste de la liturgie. Mais, encore une fois, l'Ave Marie ne fait pas partie de leurs prières. (Donc l'Ave Maria en grec ancien n'existe pas, bien que la première partie soit authentiquement en grec ancien...)

( 783304 )
Merci beaucoup par Vassilissa (2015-07-15 21:57:02)
[en réponse à 783291]
de me rappeler ce texte que j'ai su par cœur autrefois. C'est le texte en démotique (grec moderne) que disent les Grecs, comme pour toutes les autres prières. Prions pour eux, et contre le sort injuste qui leur est fait.

( 783339 )
Quelques observations encore par Lycobates (2015-07-16 15:57:33)
[en réponse à 783291]
Je suis globalement d'accord avec ce que M. Daoudal vous a déjà répondu.
L'Ave Maria que nous prions est, M. Daoudal vous l'a dit, une prière occidentale, et c'est une prière composite.
La première partie (je ne vous apprends rien), la louange, est évidemment très ancienne, tirée du Nouveau Testament, et par conséquent le grec en est l'original, traduit par la suite en latin en dans mainte autre langue. La deuxième partie (l'invocation) est beaucoup plus récente, elle date dans sa forme actuelle du XIVe siècle, et elle a été généralisée au XVIe siècle dans notre Bréviaire romain de saint Pie V. Elle est inconnue de l'Orient. Le latin en est l'original, traduit en d'autres langues, mais pas le grec, sinon de façon secondaire.
En effet, des livres de piétés modernes, pour érudits, comportent souvent des traductions en grec de l'Ave Maria, comme d'autres prières typiquement occidentales (le Te Deum ou le Salve Regina). Par exemple l'Officium parvum B.M.V. Graece et Latine, de 1823, que j'ai devant moi. Ces prières hellénisées relèvent, comme diraient les Anglais, d'un acquired taste.
Je ne suis pas grec (même si je connais de longue date plutôt bien toute chose grecque et les Grecs, je dirais même que je les connais un peu trop bien pour être trop indulgent ou sentimental avec eux) et mes pratiques de piété sont solidement romaines, mais les Grecs, je dirais, "authentiques", qu'ils soient catholiques ou photiens, peu importe pour notre question, ne prient pas l'Ave Maria, autant que je sache ; ils ont une multitude d'autres prières, invocations, etc. à la Vierge, mais pas celle-là.
Quant au texte en grec ancien que vous citez, la première partie (mis à part l'ajout de l’invocation Μαρία au début et du Saint Nom Ἰησοῦς à la fin, sans l'article dans ma source) reprend évidemment le texte original du NT. Cela ne pose aucun problème.
La deuxième partie est plus complexe ; déjà il existe plusieurs versions, ce qui montre le caractère un peu flou, non consacré par l'usage, de cette prière en grec. Dans l'Officium précité au lieu de Ἁγία Μαρία, Θεοτόκε, πρέσβευε ὑπὲρ κτλ. de votre texte, je lis : Ἁγία Μαρία, Μῆτερ Θεοῦ, προσεύχου ὑπὲρ κτλ.
Θεοτόκος et Μήτηρ Θεοῦ sont évidemment équivalents ; l'un est la formule consacrée par un concile œcuménique, l'autre se retrouve toujours en abrégé sur les icônes de la Vierge. Je trouve le πρέσβευε un peu malheureux; le verbe πρεσβεύω signifie d'abord "avoir la priorité (d'âge)" ou "agir en ambassadeur", donc si l'on veut : "intercéder", mais "prier pour" προσεύχομαι me paraît plus simple.
Si on m'avait demandé d'en faire la traduction en grec, je me serais plus inspiré de l'esprit de prières grecques existantes à la Vierge, au lieu de traduire ad litteram. Quand on feuillète un peu les livres de piété grecs, on constate que la Vierge est rarement invoquée avec son nom Μαρία, mais plutôt par le biais d'une grande variété d'épithètes, parfois très poétiques : Θεοτόκε, Μῆτερ (τοῦ) Θεοῦ, Νύμφη ἀνύμφευτε, Κόρη, Δέσποινα, Παρθένε, Ἄχραντε, etc. (je mets tout au vocatif). En plus, dans les invocations, elle n'est jamais simplement Ἁγία, mais plutôt Παναγία ou Ὑπεραγία. Je me serais plutôt adapté à cet usage.
Donc j'aurais traduit Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae, par : Ὑπεραγία Θεοτόκε, προσεύχου ὑπὲρ ἡμῶν τῶν ἁμαρτωλῶν, νῦν καὶ ἐν τῇ ὥρᾳ τοῦ θανάτου ἡμῶν [je corrige en passant les accents dans la version que vous citez !].
Quant à la version en vernaculaire : j'avoue que le vernaculaire grec écrit en système monotonique (hélas en vigueur depuis 1982) me donne des boutons ; ayant appris mon grec avant cette date, j'écris en principe tous les accents et esprits. Mais votre texte me paraît correct.
Seulement je ne saurais vraiment pas qui puisse utiliser cette prière dans cette forme. Liturgiquement, la langue grecque ancienne est utilisée, et ce exclusivement ; aussi pour la piété populaire, la prière personnelle, on tend à suivre les formes liturgiques, donc le grec ancien, même si des traductions de la liturgie proprement dite en grec démotique existent, pour un usage, plutôt une prise de connaissance, exclusivement privés. (Très peu de Grecs de nos jours comprennent en effet un seul mot de grec ancien). Mais l'Ave Maria n'est pas une prière liturgique chez les Grecs (pas non plus chez nous, d'ailleurs, au sens strict) et l'idée de devoir comprendre matériellement chaque mot d'une prière qu'on fait, est une idée très occidentale et très moderne.
En plus, et c'est plus important du point de vue ecclésiastique ou disciplinaire grec, cette prière comporte une première partie issue d'un texte évangélique. Or, l'église grecque a longuement et assidument proscrite tout essai de traduction en vernaculaire du Nouveau Testament. Et ce à très juste titre : nous le savons, fides ex auditu. Le fidèle grec (comme le fidèle romain) puise sa foi de l'enseignement, de la liturgie et des sacrements de son église, non point de l'étude ou de la lecture personnelle d'un livre. C'est superflu et souvent nocif (nous en avons discuté ici, mot clef : Quesnel).
Ce n'est qu'il y a quelques années qu'une traduction en grec populaire de la Bible a été faite, non sans sursauts des secteurs les plus traditionnels. Mais l'exemple, la concurrence et la pression des protestants de l'infâme Bible Society (ce dès le XIXe siècle) ont été décisifs dans cette démarche que la hiérarchie a dû faire un peu malgré elle. C'est très déplorable.
Le modernisme, longuement marginal en Orient, se fait sentir de plus en plus. Nous y passerons tous.

( 783348 )
Excellent. par Yves Daoudal (2015-07-16 17:39:06)
[en réponse à 783339]
En effet une prière grecque doit dire Ὑπεραγία Θεοτόκε.
Ἁγία Μαρία se dit des autres Marie, donc d'abord de Marie Madeleine et de Marie l'Egyptienne.
Il y a des prières qui disent Ὑπεραγία Θεοτόκε πρέσβευε ὑπὲρ ἡμῶν, mais c'est dans le genre des litanies des saints: "intercédez pour nous".
Donc vous avez raison de mettre προσεύχου, même si cela donne une prière: Ὑπεραγία Θεοτόκε, προσεύχου ὑπὲρ ἡμῶν, dont G**gle ne connaît aucun exemple...

( 783356 )
Gratias vobis ago par Quodvultdeus (2015-07-16 18:52:00)
[en réponse à 783339]
Merci à vous deux, Yves Daoudal et Lycobates, pour vos réponses pleinement satisfaisantes.
Et merci notamment à Lycobates d'avoir pris le temps de me répondre longuement avant de partir ad aquas.
Quodvultdeus

( 783366 )
Une notification de la Congrégation pour l'Église Orientale par John DALY (2015-07-16 20:18:02)
[en réponse à 783291]
Voici le texte tel qu'il est paru dans les Acta Apostolicæ Sedis, vol. XXXVI à la page 245 :
NOTIFICATIO
Die 3 Iunii a. 1888 Sacra Congregatio Indulgentiis Sacrisque Reliquiis praeposita sequens Rescriptum emisit : « Sacra Congregatio Indulgentiis Sacrisque Reliquiis praeposita, utendo facultatibus a Ssmo D. N. Leone Pp. XIII sibi specialiter tributis, benigne declarat, et quatenus opus est indulget, ut Salutatio Angelica prouti hucusque recitari consuevit apud Ruthenos necnon alios Christifideles ritus orientalis, quoties praescribatur uti conditio necessaria ad Indulgentias lucrifaciendas, aeque valeat ad huiusmodi effectum ut Salutatio Angelica quae recitatur a Christifidelibus Ecclesiae latinae. Contrariis etc. ».
Cum autem a quibusdam disceptatum fuerit de sensu huius Rescripti, Sacra Congregatio pro Ecclesia Orientali sequentia dubia Sacrae Paenitentiariae Apostolicae solvenda proposuit :
1. utrum Rescriptum adhuc vigeat ;
2. utrum Rescriptum valeat tantum pro fidelibus rituum orientalium, aut etiam pro fidelibus ritus latini, qui recitant Salutationem Angelicam iuxta textum in ritibus orientalibus usitatum;
3. utrum Indulgentiae, recitationi Ssmi Rosarii B. M. V. adnexae, lucrifieri possint ab omnibus, qui recitant Salutationem Angelicam iuxta textum in ritibus orientalibus usitatum.
Sacra Paenitentiaria Apostolica, die 21 m. Martii a. 1944, ad proposita dubia respondendum censuit :
ad 1 : afiirmative;
ad 2. : negative ad primam partem, affirmative ad secundam ;
ad 3. : affirmative, sed in publica recitatione nihil immutetur.
Datum Romae, ex Aedibus Sacrae Congregationis pro Ecclesia Orientali, die 22 m. Aprilis a. 1944.
E. Card. TISSERANT, a Secretis.
Ant. Arata, Archiep. tit. Sardianus, Adsessor.
On remarquera, pour ce qui concerne la question de Quodvultdeus, que chez
certains orientaux, notamment mais pas exclusivement les Ruthéniens, on récite une version de la Salutation Angélique différente de la nôtre, et il n'est même pas inconnu qu'on l'utilise pour réciter le rosaire.
Ai-je raison de penser qu'il s'agit tout simplement de la première partie de notre
Ave Maria, essentiellement puisée dans le Nouveau Testament, sans la partie composée par l'Église ?

( 783430 )
Que de souvenirs… par Olivier Figueras (2015-07-17 18:57:16)
[en réponse à 783291]
Chers amis,
Je n'ajouterai rien à ce qui est dit plus haut par plus autorisé que moi, seulement un souvenir.
J'ai eu, quelque temps, pour professeur de grec un vénérable prêtre qui n'imaginait pas que l'on puisse utiliser cette langue pour autre chose que la prière. Moralité : à chaque examen, nous devions réciter le "Notre Père" et le "Je vous salue Marie".
La première fois, je l'avoue, j'ai été surpris. La seconde fois, j'avais compris. Mes notes se sont, de ce fait, nettement améliorées…
Amitiés,
Olivier

( 783509 )
χαῖρε, κεχαριτωμένη Μαρία par Quodvultdeus (2015-07-18 15:48:35)
[en réponse à 783291]
Ave Maria en grec (suite) :
Voici, ci-dessous, la prière grecque orthodoxe qui se rapproche le plus de notre Ave Maria. Une chose, cependant, me tarabuste : pourquoi, à la différence du texte biblique (Luc 1, 42), la consonne finale manque-t-elle à γυναιξὶ ?
Θεοτόκε Παρθένε,
χαῖρε, κεχαριτωμένη Μαρία,
ὁ Κύριος μετὰ σοῦ·
εὐλογημένη σὺ ἐν γυναιξὶ
καὶ εὐλογημένος ὁ καρπὸς τῆς κοιλίας σου,
ὅτι Σωτῆρα ἔτεκες τῶν ψυχῶν ἡμῶν.
J'ai l'habitude, en récitant le chapelet, de dire le Pater et le Gloria Patri en latin, la prière de Fàtima en portugais, et les dix Ave Maria en diverses langues, afin de mieux fixer l'attention et d'éviter la monotonie : latin - français - italien - espagnol - portugais - anglais - allemand - polonais - hongrois. Il me manquait une dixième langue : ce sera donc le grec dans la version ci-dessus à laquelle j'ajouterai la "prière de Jésus" comme ci-dessous :
Κύριε Ἰησοῦ Χριστέ,
Υἱὲ τοῦ Θεοῦ,
ἐλέησόν με τὸν ἁμαρτωλόν.
Et merci aussi à John DALY pour sa savante contribution.
Quodvultdeus

( 783523 )
[réponse] par Yves Daoudal (2015-07-18 17:55:17)
[en réponse à 783509]
La consonne finale manque parce que c'est comme ça dans le texte utilisé par l'Eglise orthodoxe grecque. Cf.
ici.
De toute façon ce ν n'est jamais obligatoire, me semble-t-il, dans les datifs en ξὶν, sauf pour raison euphonique (devant une voyelle).
Greek Work Study Tool semble même trouver que c'est la forme normale.

( 783526 )
Merci encore par Quodvultdeus (2015-07-18 18:26:32)
[en réponse à 783523]
Merci, cher Yves Daoudal, votre érudition semble n'avoir pas de limites. Vous avez toujours la bonne réponse à toutes mes questions.
Merci donc pour ce lien fort intéressant : que de variantes d'orthographe, d'accents, de ponctuation, et dans l'emploi des majuscules ou minuscules !
Bon dimanche à vous.
Quodvultdeus