Le Forum Catholique

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images/icones/5a.gif  ( 779622 )Le Rhin va-t-il se jeter dans le Tibre ? par Jean Ferrand (2015-05-29 16:27:42) 

L'analyse de Sandro Magister.
images/icones/fleche2.gif  ( 779690 )En tout cas ce n'est plus tout à fait la même eau. par Scrutator Sapientiæ (2015-05-30 13:46:21) 
[en réponse à 779622]

Bonjour et merci, Jean Ferrand.

Je m'exprime ici à propos de la source intellectuelle du fleuve dont il est question ici.

1. Je crois pouvoir dire que désormais

- nous ne sommes plus en présence d'une théologie néo-moderne, ou néo-moderniste, qui a été incarnée, en amont puis au moment du Concile, notamment par Congar, de Lubac, Murray, Rahner, Schillebeekx, avec, en surplomb ou en toile de fond, l'influence indirecte de Chenu et de Teihard ;

- nous sommes bien en présence d'une théologie post-moderne, ou post-moderniste, qui est incarnée aujourd'hui, notamment, par Claude GEFFRE et par Joseph MOINGT, ce qui ne signifie pas que ce sont ces deux auteurs qui sont les plus en pointe, en l'occurrence.

2. S'agit-il encore de théologie (fondamentale) ?

- si l'on considère celle-ci, entre autres choses, comme ce que je suis tenté d'appeler une activité intellectuelle faisant référence, confessante ET réflexive, à l'autorité de la révélation, pour mieux faire connaître et comprendre la Parole de Dieu, la conscience et la vocation de l'homme, le devenir du monde,

- si l'on prend un tant soit peu connaissance des idées des théologiens post-modernes et de leur orientation générale,

- alors, on est amené à se dire que ces théologiens de formation et de profession ne sont plus avant tout des théologiens, mais sont avant tout, voire seulement, des herméneutes.

3. Ce sont non seulement des interprètes, mais aussi et surtout des actualisateurs, au sens de : des reconfigurateurs du christianisme catholique, afin que celui-ci soit de plus en plus compatible, ou conciliable, avec l'évolution de la conception dominante de la conscience et de la destinée de l'homme, des aspirations de l'homme et de l'évolution du monde.

4. A tort ou à raison, je pense que les théologiens qui ont été les principaux inspirateurs du Concile Vatican II n'étaient pas des éléments précurseurs, annonciateurs ou inspirateurs, du spécifique de l'état d'esprit émancipationniste, relativiste et subjectiviste, dont il est question ici, et, à la limite, si je devais citer un théologien qui était présent au Concile, qui n'a pas été le plus influent, au Concile, et qui a évolué, par la suite, d'une manière relativement anticipatrice de la théologie post-moderne actuelle, je citerais Hans KUNG.

5. Mais pourquoi donc la conception dominante, post-moderne, de l'homme et du monde, de la conscience et de la culture, de la dignité et de la liberté, de la justice et de la vérité, de l'identité et de l'orientation, de la vie morale et de la vie sociale, devrait-elle faire davantage autorité, AU SEIN MEME DE L'EGLISE, que la conception catholique de ces notions et de ces réalités, conception qui prend appui sur l'Ecriture, sur la Tradition, et sur le Magistère ?

6. Pour moi c'est avant tout un mystère d'iniquité intellectuelle, et non pas avant tout une source d'inspiration vraiment chrétienne d'une attitude vraiment fidèle à (on vous l'a dit et répété) "l'esprit de l'Evangile", pensée et vécue dans "la miséricorde", "ouverte sur et tournée vers les périphéries".

7. Je ne sais pas pourquoi, et je me trompe peut-être, mais je pense ici à la surmajoration contemporaine des notions suivantes, approximativement "derridiennes", dans le cas de la déconstruction et de la dissémination, et approximativement "lévinassiennes", dans le cas de l'altérité et de la signification.

8. J'ai l'impression que pour certains herméneutes, générateurs de concepts ou de discours mutagènes, au préjudice de l'Eglise catholique

- seule la déconstruction du christianisme catholique, en amont de sa reconstruction, sur des bases libérées de l'hétéronomie judéo-chrétienne, est évangélique,

- seule la dissémination de "l'esprit de l'Evangile" au sein des différents états d'esprit, des différents états de vie, autour d'un "centre" qui n'exige rien, et qui n'oblige à rien, d'un tant soit peu contraignant ou contrariant pour l'individu, est porteuse d'une signification évangélique,

- seul "le culte de l'autre",

a) l'accréditation inconditionnelle de toute conviction ou croyance religieuse ou spirituelle, de toute conduite ou pratique de vie affective, amoureuse, morale ou sexuelle,

b) la diabolisation inconditionnelle de tout ce qui est catholique intransigeant ou catholique orthodoxe, et qui a le malheur et le grand tort d'être fidèle à la Foi, à l'Espérance, à la Charité,

sont miséricordieusement ouvertes sur et tournées vers les "périphéries".

François ne veut pas d'une Eglise ONG, d'une Organisation Non Gaudium-et-spiste ; je me demande parfois s'il ne veut pas (ou s'il ne laisse pas agir ou sévir ceux qui veulent) d'une Eglise OGM, d'un Organisme Génétiquement Modifié.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 779720 )Sont-ils par Jean Ferrand (2015-05-30 20:37:09) 
[en réponse à 779690]

Sont-ils encore orthodoxes ? Sont-ils encore catholiques ? Sont-ils encore chrétiens ?
images/icones/fleche2.gif  ( 779735 )"Si vous posez des limites, c'est que vous manquez de charité". par Scrutator Sapientiæ (2015-05-31 09:16:10) 
[en réponse à 779720]

Bonjour et bon dimanche, Jean Ferrand.

1. Voici "ce que je crois" : je crois qu'il y a des "clercs", au sens large, qui (dé)raisonnent réellement plus ou moins comme cela :

"Si vous posez des limites, c'est que vous manquez de charité".

Je vous renvoie ici à la crise de l'autorité, de la discipline, de la réception et de la transmission des catégories et des comportements, dans les écoles, dans les familles, et bien sûr dans l'Eglise.

2. Et quand je parle de limites, je parle de délimitations, non seulement dans l'ordre des comportements vécus, mais aussi, en amont et en surplomb, dans l'ordre des catégories pensées, y compris en théologie morale.

3. Vous connaissez sûrement la réflexion selon laquelle ce n'est parce que Dieu est Amour que tout amour humain est, à coup sûr, inspiré par Dieu, les êtres humains ayant une aptitude remarquable à commettre bien des contresens, en ce qui concerne la qualification et la signification de l'amour.

4. Autre remarque, plus aronienne ou tocquevilienne d'inspiration : il y a probablement ici, dans l'état d'esprit dont nous constatons et déplorons la nocivité, une "structure d'accueil" favorable à la prise en compte

- de la mystique de "l'accord global avec soi-même", de "l'authenticité individuelle", comme si le Christ nous avait dit : "Ne soyez pas avant tout en accord avec mon Père, mais soyez avant tout en accord avec votre Moi",

- du passage de la démocratie d'opinion, très (trop ?) idéologisée, à la démocratie d'émotion, plus "sentimentale" et "solidariste", mais aussi plus anti-intellectualiste et postmoderne,

- de la vision des choses selon laquelle, quand des êtres humains ont "le droit", c'est qu'ils ont "raison".

5. Je ne sais pas si j'ai "répondu" à votre message, mais je crois que ce précède entre quelque peu en ligne de compte, dans toute cette affaire, de même que la vision selon laquelle l'ouverture sur le contexte en devenir, c'est-à-dire, en réalité, sur la conception dominante de l'individu et du monde contemporains, a vocation à avoir, au sein même de l'Eglise catholique, une autorité plus légitime que l'attachement au texte de l'Evangile, ou aux textes du Magistère.

6. Voilà ce qui arrive, quand la "pastoralité" s'affranchit de, ou l'emporte sur, la "normativité".

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 779737 )Peut-on par Jean Ferrand (2015-05-31 09:26:20) 
[en réponse à 779735]

Peut-on s'affranchir du Décalogue ?

1. Je suis l'Éternel ton Dieu : tu n'auras pas d'autres dieux que moi.
2. Tu ne feras pas d'images taillées pour les adorer et leur rendre un culte.
3. Tu ne te serviras pas avec légèreté du nom du Seigneur, ton Dieu.
4. Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat. Tu travailleras pendant six jours, mais le septième est le repos du Seigneur ton Dieu.
5. Honore ton père et ta mère.
6. Tu ne tueras pas.
7. Tu ne commettras pas d'adultère.
8. Tu ne déroberas pas.
9. Tu ne porteras pas de faux témoignages contre ton prochain.
10.Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni sa femme, ni rien
de ce qui lui appartient

.
images/icones/1e.gif  ( 779762 )Je vais paraître un peu trop Républicain par PEB (2015-05-31 18:46:26) 
[en réponse à 779735]

mais, bon, hier toute la journée, lors du congrès refondateur de la formation politique éponyme, le mot "autorité" fut scandé par une demi-douzaine d'orateur et non des moindres.
C'est bien la preuve que la crise de l'autorité interroge les politiques depuis une cinquantaine d'années.

Mais je crois, cher scrutateur de sagesse, que vous avez mis le doigt en plein dans la plaie purulente de notre siècle. Pour ne pas se recevoir comme fils, nous avons tué le Père. Et (de) quelle vie voulons-nous vivre? (sujet de sermon pour la Trinité...)

L’Église doit être la mère qui présente le Père. Paradoxalement, elle est d'autant plus audible qu'elle témoigne en vérité de cette Parole qui sonde les reins et les cœurs. Elle doit continuer à être lionne en chaire mais agneau au confessionnal. Surtout les fidèles, et au premier rang d'entre eux les clercs, se doivent d'avoir un témoignage de vie en cohérence avec l’Évangile tout en conservant un sens éminent de la charité et du bien des âmes.

Je dirais donc: dire et faire les choses en vérité mais ne pas se faire juge à la place du Grand Juge et plutôt accompagner chacun de là où il est pour l'amener à une guérison qui n'est pas de notre ressort mais de celui du Maître. Sur bien des sujets, nous sommes comme les brancardiers du paralytique...