Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 779280 )Les Dominicains pour un procès sans tabou de l'Inquisition par Jean Kinzler (2015-05-25 09:03:07) 

Après la conférence la semaine dernière du professeur Jean Louis Biget sur la situation religieuse de l'Occitanie au début du XIIIe (on y a parlé évidemment de catharisme et d'hérésie), comme en écho, le frère Augustin Laffay, dominicain et historien, poursuivra le débat cette semaine sur le thème «l'inquisition en procès». Un mot, une marque, qui a poursuivi l'ordre au fil des temps, imposant ici ou là des épisodes assez douloureux.


Inquisition et catharisme

«Pour nous Dominicains, l'inquisition, c'est à la fois une question et un problème. Nous avons été très marqués par la volonté de Jean-Paul II, lors du jubilé de l'an 2000, de lancer une réflexion historique et théologique, avec des demandes de pardon pour des faits commis par des hommes d'église».

Beaucoup de dominicains ont été liés à l'inquisition, mais précise d'emblée le frère Augustin, «les dominicains ne sont pas l'ordre de l'inquisition. «Il y a aussi beaucoup de fantasme dès qu'on prononce ce mot et le débat sera j'en suis sur très intéressant. Par exemple, Bernard Gui, ce n'est certes pas l'abbé Pierre mais ce n'est pas non plus le personnage qu'on voit dans le film «Le nom de la rose.»

«En Espagne et au Portugal, l‘inquisition a été instrumentalisée de manière politique, a entraîné une surveillance policière très forte, puis a été exportée vers le Nouveau Monde» poursuit-il.

Est-ce un héritage lourd à porte ? Frère Augustin répond «Lourd, je ne sais pas. Si on devient Dominicain, on a cette question, mais je peux vous dire que les 50 frères qui nous ont rejoints depuis l'an 2000 ne sont pas venus pour ça, aucun n'est obsédé par cette question».

«Oui il y aura débat je suppose souligne le frère Augustin «mais je renvoie à l'exposé de Jean Louis Biget (qui est encore disponible sur notre page facebook, qui déclarait «on a fabriqué l'hérésie en insistant sur des différences qui n'étaient pas si fortes que ça».

Conférence jeudi 28 mai à l'Institut catholique, 7 place du parlement Toulouse, à 20h 30.

La messe en Eurovision
C'est un des temps forts des célébrations du huit centenaire aujourd'hui, la messe solennelle de Pentecôte, présidée par Monseigneur Jean-Louis Bruguès, archiviste et bibliothécaire de l'église à la cité du Vatican) est célébrée en Eurovision, et en direct de l'église des Jacobins à 11h. Des dominicains venant d'une vingtaine de pays différentss eront présents pour l'occasion. La diffusion assure une audience de plusieurs millions de fidèles.

Le soir ce sera concert au couvent avec «Dominique en musique», des

textes sur Saint Dominique proclamés par des frères Dominicains et accompagnés de musiques de l'époque baroque (Gabrieli, Biber...) sous la direction Gilles Desrochers.

Eglise des Dominicains - 1, impasse Lacordaire, à Toulouse Entrée libre - libre participation

S.D.la depeche
images/icones/fleche3.gif  ( 779283 )l'inquisition ou le faux procès fait à l'Eglise par jejomau (2015-05-25 09:41:52) 
[en réponse à 779280]

Lors du Symposium international organisé au Vatican du 20 au 31 octobre 1998 par la Commission historico-théologique du Comité du Grand Jubilé de l'an 2000, le professeur Borromeo mettait en exergue un comptage qui fait réfléchir :

- les tribunaux civils sur l'Europe ont mené 100.000 procès pour sorcellerie, et ont abouti à 50.000 condamnations à mort.
- les tribunaux religieux espagnols ont mené 120.000 procès d'Inquisition, et ont abouti à 59 condamnations à mort.

Il est arrivé plusieurs fois que l'accusé ait demandé à être jugé par le tribunal de l'Inquisition plutôt que par un tribunal civil. Il en avait le droit. Et au vu des chiffres ci-dessus, on comprend pourquoi! De plus certaines sentences étaient exécutées par contumace en faisant brûler des mannequins !

A noter au passage que les accusateurs de l'Eglise ne diffusent jamais de chiffres, eux. Leurs arguments seraient sans doute mis à mal par un comptage objectif...
images/icones/neutre.gif  ( 779284 )l'inquisition c'est un grand pas en avant pour la justice, Vals c'est le retour au temps de l'arbitraire par Ritter (2015-05-25 09:50:10) 
[en réponse à 779280]

l'inquisition impose une enquête judiciaire;
L'étranger Vals soumet le citoyen à une enquête administrative;
au pays des droits de l'homme.
quel bouffon cet étranger

Il vaut mieux isabelle la catholique, que Vals le laîc anticatholique
images/icones/1r.gif  ( 779285 )Inquisition veut dire enquête par Jean-Paul PARFU (2015-05-25 09:56:04) 
[en réponse à 779280]

La procédure fondée sur une enquête était une nouveauté et constituait un progrès.

Il y eut 3 inquisitions qui n'ont rien eu à voir l'une avec l'autre :

- l'inquisition dominicaine ;
- l'inquisition des rois espagnols ;
- l'inquisition romaine.

Toutes ces inquisitions étaient en outre parfaitement justifiées : l'hérésie albigeoise qui venait d'Orient, était une folie ; la présence en grand nombre de Maures et de juifs non-convertis ou faussement convertis, après la Reconquête, constituait un danger pour l'Espagne ; de même que le Protestantisme et toutes les hérésies nouvelles pour Rome !
images/icones/fleche3.gif  ( 779290 )Le Point:Interview du fr.Augustin Laffay,op par Jean Kinzler (2015-05-25 10:33:31) 
[en réponse à 779285]




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Peu de gens savent que la grande aventure de l'ordre des Dominicains a commencé au coeur de Toulouse il y a maintenant 800 ans. Le frère Augustin Laffay, historien de formation, nous brosse cette épopée spirituelle là même où elle a commencé, dans la maison dont un certain Pierre Seilhan avait fait don, en 1215, au fondateur de l'ordre et à ses compagnons, aujourd'hui devenue musée.

Le Point : Comment saint Dominique s'est-il retrouvé à Toulouse ?


Frère Augustin Laffay : A l'origine, Dominique de Guzman est un chanoine castillan né vers 1170. Les trente premières années de son existence, il mène la vie ordinaire d'un fils de notable rural devenu prêtre. En 1204-1205, accompagnant pour une mission son évêque, Diègue d'Osma, il traverse le sud de la France et découvre l'hérésie cathare. Scandalisés, les deux prêtres demandent au pape l'autorisation de mener une mission entre Narbonne et Albi afin de "recatholiciser" le pays cathare, région convoitée, car riche et voie de communication entre la Méditerranée et l'Atlantique. Dominique est convaincu que, pour ramener les gens dans le giron de l'Église, il faut user de moyens simples permettant une rencontre personnelle avec chacun. Les premières âmes que Dominique atteindra ainsi sont des femmes cathares qui vivent à Fanjeaux, entre Carcassonne et Castelnaudary. En 1206-1207, il installe là-bas un groupe pour mener une vie monastique, dans un lieu dénommé Prouilhe, à partir duquel il lance ses missions de prédication. Après l'assassinat du légat du pape Pierre de Castelnau sur les bords du Rhône, en 1208, point de départ de la croisade des Albigeois, son champ d'action s'élargit. Dominique veut faire vivre des religieux en ville et dans la mendicité. Il faut les libérer des contingences du travail afin qu'ils se rendent disponibles pour prêcher. Ils doivent renoncer à des moyens de subsistance qui les détourneraient de l'étude. A Toulouse, l'environnement est propice. D'autant qu'en 1229 est fondée l'université, à laquelle les Dominicains contribuent. Les universités sont en plein essor et les Dominicains deviennent vite des acteurs majeurs de ce développement, sous l'impulsion notamment d'Albert le Grand ou de Thomas d'Aquin. Les Dominicains vont se rendre disponibles pour tout type de mission. Saint Louis, notamment, les utilise pour des ambassades auprès des Mongols avec l'idée de convertir le grand Khan et ainsi de prendre en tenaille les musulmans, qui tiennent les lieux saints et empêchent le passage des pèlerins.

Et ces missions permettent de servir les visées expansionnistes de l'ordre...

A partir de 1217, Dominique dépêche ses fidèles en Espagne, en Italie (à Rome et Bologne), à Paris... "Le bon grain entassé pourrit. Il faut qu'il soit dispersé pour porter du fruit", lance-t-il. A partir de Toulouse et de sa région, l'ordre s'étend vers les extrémités des mondes habités (Chine, Inde...). Les Dominicains font partie du deuxième voyage de Christophe Colomb. L'un des leurs, Bartolomé de Las Casas, au XVIe siècle, défend les Indiens auprès de la cour d'Espagne. Ces missionnaires oeuvrent en Amérique latine et en Extrême-Orient à partir du XVIIe siècle, mais aussi en Europe auprès de ceux qui vivent dans les marges de la société. Le père Jean-Joseph Lataste fonde ainsi au XIXe siècle une congrégation religieuse (Béthanie) qui accueille des femmes sortant de prison, à partir de prédications dans l'établissement pénitentiaire de Cadillac, en Gironde. Un autre dominicain, belge celui-ci, le père Pire, reçoit en 1958 le prix Nobel de la paix pour son action en faveur du relogement des réfugiés, après 1945, en Allemagne et en Autriche. Les Frères prêcheurs agissent aussi sur le terrain culturel. En France, ils fondent les éditions du Cerf, créent la messe radiodiffusée... Le père Couturier noue des contacts avec Matisse, Braque, Léger, Picasso ; c'est lui qui fera construire le couvent Sainte-Marie de La Tourette par Le Corbusier.

Et c'est ici, à Toulouse, dans le monastère de Rangueuil, où vous vivez, que Jacques Maritain a fini ses jours...

Oui, il y est arrivé en 1962, après la mort de sa femme, Raïssa, et a passé ici les douze dernières années de sa vie. Maritain croyait en la force de la pensée de saint Thomas d'Aquin et a voulu la rendre opératoire pour le XXe siècle, en particulier dans les domaines culturels et artistiques. D'où ses liens privilégiés avec Cocteau, Mauriac, Julien Green...

Comment les Dominicains ont-ils pu devenir le bras armé de l'Inquisition au Moyen Age ?

Parce qu'ils sont dotés des moyens intellectuels et de la disponibilité pour être des inquisiteurs. Ils connaissent, ou croient connaître, selon nos critères actuels, l'hérésie par le catharisme - à l'origine de la mise en place par la papauté de l'Inquisition médiévale. Dans un régime de chrétienté, l'Église médiévale estime qu'elle a le droit et même le devoir de vérifier la foi des fidèles et de rectifier l'orthodoxie.

Ce qui va conduire des milliers de gens au bûcher...

Malheureusement, oui. L'Inquisition rationalise la répression de l'hérésie. Elle est à l'origine de dérapages extrêmement graves. Le premier inquisiteur du royaume, Robert Le Bougre, vraisemblablement un cathare converti, au milieu du XIIIe siècle, envoie au bûcher des centaines de personnes. Il est suspendu de ses fonctions et emprisonné à l'initiative du pouvoir ecclésiastique, car on se rend compte que son action est délirante. Quand on étudie de près l'Inquisition, on voit bien qu'il y a deux faces. D'un côté est mise en place une procédure raisonnable qui va limiter le nombre de victimes par rapport aux procédures anarchiques qui l'ont précédée : on mène une enquête selon des règles précises et les inquisiteurs sont des juges qui doivent comprendre et appliquer cette procédure, d'où le recours aux intellectuels dominicains. Mais, de l'autre, l'Inquisition génère quelque chose d'odieux pour nous, à savoir la mort d'êtres humains simplement parce qu'ils appliquent une foi déviante par rapport à celle de leurs juges. Elle est inacceptable aussi à cause de la torture, utilisée comme un instrument de recherche de la vérité par des prêtres. Mais, à partir du XVIIIe siècle, la contestation de l'Inquisition s'est accompagnée d'un gonflement du chiffre des victimes, d'une confusion de toutes les formes d'inquisition. Aujourd'hui, tous les historiens sérieux ont revu à la baisse le nombre de victimes. Ce qui n'empêche pas qu'il y ait toujours un véritable problème moral, théologique. Le pape Jean-Paul II s'en est bien rendu compte puisqu'il a inclus l'Inquisition dans son action de repentance.

Cependant, l'Inquisition ne doit pas faire oublier les richesses dominicaines, notamment à Toulouse...

On peut citer plusieurs choses en bref. D'abord, les Jacobins, église sublime, où le corps de saint Thomas est installé au XIVe siècle et qui fut un important lieu de rencontres universitaires au Moyen Age. Au XVIIe siècle, les dominicains de Toulouse vont connaître une grande réforme qui leur donnera un élan extraordinaire et sera le point de départ de la mission dominicaine vers les Antilles. C'est de Toulouse que seront fondés deux grands couvents parisiens : le couvent de l'Annonciation, où se réunira le club des Jacobins sous la Révolution française, place du Marché-Saint-Honoré (il a été détruit depuis), et le couvent Saint-Dominique, duquel subsiste l'église Saint-Thomas-d'Aquin, dans le 7e arrondissement. Troisième richesse : Henri Lacordaire, qui réimplanta les Dominicains à Toulouse en 1853. Aujourd'hui, notre couvent de Rangueuil compte cinquante frères, dont la moitié sont des étudiants en théologie, et bénéficie d'un rayonnement international

Demandez le programme !

Pour le huitième centenaire de l'ordre des Dominicains, cérémonies, conférences, pièces de théâtre, concerts, expositions sont organisés un peu partout dans Toulouse au cours de l'année. Programme détaillé : www.toulouse.dominicains.com. Un site piloté par le frère Augustin Laffay recense les lieux saints dominicains partout dans le monde et les 400 grandes figures de l'ordre des Frères prêcheurs.
images/icones/nul.gif  ( 779292 )Assez de repentance ! par Jean-Paul PARFU (2015-05-25 11:02:07) 
[en réponse à 779290]

Assez de génuflexion devant l'esprit du temps !
images/icones/fleche2.gif  ( 779327 )La repentance par Jean Ferrand (2015-05-25 21:53:32) 
[en réponse à 779292]

La repentance, ça ne sert à rien. Puisque le regret ou le repentir ne peuvent effacer la réalité historique. Si l’Église se repent des croisades il restera toujours vrai qu'elle a appelé à la croisade depuis le XIe siècle, au concile de Clermont, en 1095, jusqu'en plein XVIIIe siècle avec la lutte contre l'empire ottoman qui menaçait l'Europe.

Si l’Église se repent de l'Inquisition, il restera vrai que la Sainte Inquisition romaine aura été organisée officiellement par l’Église depuis sa fondation en 1233 par le pape Grégoire IX jusqu'à la suppression de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition romaine par le saint Pape Pie X en 1908.

Le pape François lui-même appelait récemment à contenir l'avance des armées islamistes et reprochait à l'Occident son indifférence devant le massacre et même l'anéantissement des chrétiens. Sans doute, il n'indiquait pas les moyens pratiques qu'il fallait employer pour lutter efficacement contre cette avancée des fanatiques. Mais on ne voit pas comment, en dehors des moyens militaires, on pouvait contenir cette expansion sanglante. Sans le dire, c'était donc un appel implicite à la croisade de la part du pape.
images/icones/nul.gif  ( 779306 )si ce dominicain n'aime pas sa religion, qu'il parte ! par jejomau (2015-05-25 14:17:13) 
[en réponse à 779290]

Il y en a marre de cette repentance . D'autant que ce qu'il dit est FAUX avec ses "milliers de morts sur le Bûcher". Quand on est Dominicain, on cesse de dire des fadaises et de répandre des erreurs intellectuelles !!

Les Dominicains n'ont qu'à aller sur ce BLOG pour savoir ce que fut l'Inquisition.


La légende noire de l’Inquisition s’est surtout faite à partir du siècle des Lumières. L’Encyclopédie la définit ainsi : « un tribunal fanatique, éternel obstacle au progrès de l’esprit, de la culture et des arts, à l’introduction du bonheur. » et Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique : « L’Inquisition est, comme on sait, une invention admirable et tout à fait chrétienne pour rendre le Pape et les moines plus puissants et pour rendre tout un royaume hypocrite ». Michelet a confirmé cette légende noire qui fit de l’Inquisition une pourvoyeuse de bûcher.

Après, avec l’Inquisition espagnole, elle a été à l’inspiration d’opéras (Verdi, Don Carlos – Landowski, Montségur – Dallapiccola, Il prigionero), de livres et de poèmes de Dostoïevsky (La légende du grand Inquisiteur), Victor Hugo (La légende des siècles), Edgar Poe,…

« Tout cela n’a rien à voir avec la réalité historique, l’Inquisition est un prétexte et l’inquisiteur un archétype. » dit Jean-Pierre Dedieu.


Concernant Saint Dominique:

Saint Dominique et les dominicains prêchent dans le Lauragais, foyer de l’hérésie, de 1206 à 1215, et cela porte des fruits.

En 1203, revenant de Rome, un chanoine d’Osma, Dominique de Guzman et son évêque logent à Carcassonne et saint Dominique discute toute la nuit avec son aubergiste et le convertit. Dominique de Guzman décide de continuer, de discuter en public. Les dominicains qui se fondent alors rivalisent d’austérité avec les parfaits : ils vont pieds-nus, sans argent, en bure, contrairement aux magnifiques légats cisterciens. Les prédications et les conférences contradictoires ont un grand succès. A Montréal en 1206, 150 conversions suite à la réunion où, lors d’une ordalie (« jugement de Dieu »), le libellus rédigé par Dominique est plongé dans le feu trois fois et ressort intact ; à Pamiers en 1207, le président du débat se convertit avec ses compagnons vaudois.

Mais les cathares multiplient les attentats contre l’Eglise, Saint Dominique manque de se faire tuer : il voit les hommes embusqués, et chante le Veni Creator. Les cathares sont sidérés. Plus tard, ils lui demandent : « Qu’aurais-tu fait, si nous t’avions pris ? – Je vous aurais demandé de prolonger mon martyre en me coupant un à un tous les membres… – Pourquoi ? – Pour que je sois plus semblable à Jésus-Christ mourant sur la Croix afin de sauver vos âmes. ».

La nuit, on entend Dominique répéter « Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Seigneur, que vont devenir les pécheurs ? »


images/icones/hein.gif  ( 779293 )“Des différences qui n’étaient pas si fortes que ça” par Vianney (2015-05-25 11:04:55) 
[en réponse à 779280]

“Une doctrine funeste, lugubre, affreuse comme le péché, triste comme la mort ! Une nuit sombre qui descend avec un poids de plomb et avec un froid de glace sur les intelligences et sur les cœurs, un chancre de mort qui ronge toutes les parties lumineuses et élevées de l’âme humaine, une folie meurtrière qui supprime la joie de vivre et qui fait de l’existence d’ici-bas quelque chose comme un mauvais rêve, voilà l’hérésie des albigeois ! Ne la comparez à aucune autre : toutes les autres ont laissé debout la bannière sacrée de l’espérance, ont gardé la foi au Christ rédempteur, ont maintenu dans les âmes cette haute et mâle assurance que la vie vaut la peine d’être vécue, et que le combat du bien et du mal se dénouera finalement comme le réclame la voix de la conscience humaine. Selon l’hérésie albigeoise, au contraire, il n’y a plus aucun salut certain, ni dans l’Église, puisqu’elle est désignée à tous les mépris, ni dans le Rédempteur, puisqu’il a subi lui-même la loi du péché, ni dans Dieu, puisqu’il n’est pas tout-puissant et qu’il est combattu par un principe mauvais dont la puissance égale la sienne. A la place de cette harmonie que la foi chrétienne avait montrée réalisée dans l’univers par le règne de la sagesse divine, maintenant l’équilibre et la hiérarchie de toute la création, nous ne voyons qu’une lutte atroce et effroyable entre le bien et le mal, se disputant le monde dans un duel dont notre propre âme est le tragique enjeu.

Pour l’albigeois, la foi chrétienne est devenue vaine et la Rédemption n’est plus qu’un leurre. Le mal est un principe éternel et le monde créé, avec toutes ses magnificences, est son œuvre. Si l’homme est composé d’une âme, qui est l’œuvre du Dieu bon, et d’un corps, qui est celle du Dieu mauvais, cela tient à sa propre faute ; l’âme s’est laissé attirer dans le corps par les séductions de ce dernier, elle y est prisonnière, et le seul espoir de salut pour elle, c’est d’en sortir à tout prix. Voilà pourquoi le suicide est un acte religieux, parce qu’il affranchit l’âme ; voilà aussi pourquoi le mariage doit être réprouvé, parce qu’il éternise, par la reproduction indéfinie, la captivité des âmes enfermées dans les corps. L’on voit de loin s’indiquer, comme la seule solution, le cauchemar monstrueux d’une certaine philosophie moderne : le suicide collectif.

Tels sont les grands traits de cette doctrine désolante qui tarit dans sa source la vie surnaturelle de l’humanité et qui replonge la conscience humaine dans les cruelles ténèbres d’où le Christ l’avait appelée à la lumière de la Rédemption. Ah ! il faut que les hommes de cette époque aient été bien abandonnés, bien désabusés de l’idéal chrétien pour que, dans leur désespoir, ils se soient jetés en si grand nombre dans les bras d’une pareille religion ! Et cependant, tous les jours, elle se répandait davantage. Semblable à quelqu’un de ces fléaux meurtriers qui nous venaient autrefois de l’Asie, elle s’avance de proche en proche, on peut suivre sur la carte les progrès de son itinéraire de mort, on la voit comme une grande tache noire couvrir successivement tous les pays.”

G. Kurth, L’Église aux tournants de l’Histoire, Librairie Dewit, 1922, p. 65-67.