
( 784386 )
Point d'appui propice à un débat, à condition qu'il soit ouvert ! par Scrutator Sapientiæ (2015-07-30 09:27:34)
[en réponse à 777790]
Bonjour Bernard Joustrate,
A. Je recommande la lecture de ce livre, pas très cher, pas très long, très agréable à lire, ne serait-ce que pour des raisons de forme, grâce à la présence d'un système de questions-réponses, doté de questions assez diverses et nombreuses, et pourvu de réponses argumentées et développées.
Cet ouvrage peut même servir de point d'appui propice à un débat, à condition que ce débat soit ouvert, non avant tout sur des sujets qui fâchent, mais avant tout sur des rappels qui gênent, et il faut croire qu'ils gênent, puisqu'ils sont absents du livre de Mgr Aillet.
B. Volontairement, je ne développe pas cet aspect des choses, ces rappels qui gênent, qui sont abondamment traités sur le FC, mais, d'une manière générale (et ce qui suit n'est pas avant tout inspiré par la lecture de l'ouvrage de Mgr Aillet), il faudrait que l'on cesse de nous dire...les choses suivantes :
1. "Si vous êtes critique, c'est que vous êtes négatif." Non !
Si je suis critique, c'est parce que j'essaie de réfléchir, de confronter ce qui me fait réfléchir, ce sur quoi je réfléchis, à une analyse critérisée, pour appréhender les aspects positifs et les aspects négatifs, les mérites et les limites, du Concile (seulement pastoral, faut-il le rappeler) que j'analyse.
2. "Si vous êtes critique, c'est que vous ne souscrivez pas à LA bonne herméneutique" Non !
D'une part, je ne suis pas sûr du tout qu'il y ait une seule bonne herméneutique. Que je sache, aucune herméneutique, même pontificale, n'a un caractère canonique ou dogmatique.
D'autre part, une herméneutique n'est pas avant tout la seule bonne, comme si elle disposait du privilège de l'orthodoxie, mais est avant tout étayée, étoffée, honnête, lucide, de la manière la plus explicite, la plus objective, la plus complète et la plus précise possible...ou pas !
Enfin, il ne faudrait pas que l'on nous impose une signification ecclésiale officielle de la notion d'herméneutique du Concile, une signification qui serait assortie d'un signe d'égalité tendancieux entre herméneutique du Concile et interprétation actualisatrice,
- justificatrice et légitimatrice de tous les choix théologique qui ont été faits, en amont du Concile,
- optimisatrice de tout ce qui est ambigu, aveugle, imprécis ou incomplet, dans le Concile,
- minimisatrice de certaines conséquences désastreuses ou douloureuses, en aval du Concile.
3. "Si vous êtes critique, c'est que vous portez atteinte à l'unité de l'Eglise. Eh bien dites donc ! Elle est bien bonne, celle-là !
J'ai plutôt l'impression que ce sont ceux
- qui ont imposé à l'Eglise catholique une dynamique de renouveau, plus "dialoguant" que "confessant", d'abord théologique, puis doctrinal, puis pastoral (un renouveau multi-dimensionnel, mais, globalement, uni-directionnel),
et
- qui ont fait ou laissé porter atteinte à la solidité de la réception et de la transmission de la connaissance et de la compréhension des trois vertus théologales,
qui ont le plus permis de porter atteinte à l'unité, à l'identité, à l'intégrité, de l'Eglise !
(Ce n'était pas leur intention première, et Paul VI, tel Guillaume II, a pu dire : "Je n'ai pas voulu cela" ? Mais alors, si les dérives qui se sont déployées sous leurs yeux étaient plus contraires que conformes au spécifique du Concile, pourquoi donc n'ont-ils pas fait preuve de davantage d'énergie et de fermeté, pour essayer de faire obstacle à toutes ces dérives ?)
Quand on est critique sur l'avant-Concile, sur le Concile, sur l'après-Concile (dans l'acception, mentionnée ci-dessus, de la notion de critique), on ne porte pas avant tout atteinte à l'unité de l'Eglise, on porte avant tout atteinte au consensus (sacro-saint ?), autour du Concile. Ce n'est pas tout à fait la même chose, me semble-t-il, sauf si l'on considère qu'il y a un signe d'égalité fondamentale entre le respect de ce consensus ci et celui de cette unité là.
4. "Si vous être critique, c'est que vous portez atteinte au respect dû à des personnes (les Papes du Concile et de l'après-Concile) et à un symbole (le Concile)" Non ! En tout cas, ce n'est pas mon cas.
En revanche, si je suis critique, je porte atteinte à des objets-totems, et je rappelle la présence de sujets-tabous ; en ce sens, je suis désagréablement critique, mais une critique peut être à la fois respectueuse des personnes et du symbole, désagréable à entendre, et très profitable à écouter.
C. Vous remarquerez que, depuis mars 2013, d'aucuns recourent à la même dialectique, à celle que je viens de pointer du doigt, car enfin, "évidemment", si nous sommes critiques à l'égard d'au moins une partie de ce qui se dit et se fait, ou se tait et se défait, depuis mars 2013, c'est parce que
- "nous sommes négatifs, au contact du déroulement de ce pontificat",
- "nous ne souscrivons pas à la "bonne" miséricorde, à la "bonne" solidarité, ou, depuis peu, à la "bonne" écologie" (il y en a donc de "mauvaises" ?),
- "nous portons atteinte à l'unité de l'Eglise", comme si le management papal du synode de l'an dernier et la préparation papale du synode de cette année n'étaient pas, eux, davantage en mesure de porter atteinte à l'unité de l'Eglise,
- "nous manquons de respect envers la personne même du Pape François", comme si les problèmes soulevés, les questions soulignées, étaient avant tout une question de respect du Pape François, ce qui laisse entendre, au passage, que les cardinaux dissidents, que les évêques dissonants, manquent de respect envers le Pape François...
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ce petit billet d'humeur, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.

( 784402 )
Objection... par Rodolphe (2015-07-30 12:21:12)
[en réponse à 784386]
Cher Scrutator, vous avez raison, me semble-t-il, lorsque vous pointez du doigt la myopie délibérée de certains qui feignent de croire que l'Esprit du Concile serait sans lien réel avec le concile lui-même...
Comme je l'ai écrit dans un autre fil
ICI, il ne faut pas être dupe.
Cependant, comme aucun nouveau concile n'est à l'ordre du jour et qu'il est en pratique impossible pour l'Eglise -ne fut-ce que pour des raisons purement didactiques-, de tirer à boulet rouge sur sa dernière oeuvre, je ne vois d'autre issue que celle consistant à développer une herméneutique "neutralisante" et à présenter celle-ci comme étant la seule "authentique".
N'est-ce pas ce qu'a tenté de faire Benoit XVI avec son herméneutique de la continuité ?
Or, si on adopte une telle démarche, on ne peut qu'affirmer que le concile n'a pas vocation à être critiqué, qu'il a simplement été "mal compris", mais que son interprétation "authentique" et "traditionnelle" règle tous les problèmes. Bien évidemment qu'il s'agira alors d'une "reconstruction" a posteriori, d'une herméneutique "optimisatrice de tout ce qui est ambigu, aveugle, imprécis ou incomplet, dans le Concile" et "minimisatrice de certaines conséquences désastreuses ou douloureuses, en aval du Concile".
Mais, nous n'avons guère le choix, car toute posture ouvertement rupturiste susciterait une nouvelle crise dans l'Eglise, parfaitement inenvisageable.
Ce n'est pas faire l'apologie de l'hypocrisie, mais celle d'une amélioration réaliste...

( 784405 )
Merci beaucoup + Une remarque. par Scrutator Sapientiæ (2015-07-30 12:47:53)
[en réponse à 784402]
Bonjour Rodolphe,
Merci beaucoup, vous complétez mon propos mieux que je ne l'aurais fait moi-même. Disons que certains veulent neutraliser la neutralisation...
1. A présent, une remarque, déjà formulée par mes soins sur le FC :
- d'une part, on peut analyser les éléments du Concile sans diaboliser l'ensemble de Vatican II, et donc sans être un rupturiste ("de droite"),
- d'autre part, l'herméneutique "bénédictine" du Concile
N'EST PAS une herméneutique de la continuité, comme vous l'écrivez,
MAIS EST une herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Eglise.
2. Cette erreur, qui consiste à attribuer à l'herméneutique "bénédictine" une formulation QUI N'EST PAS la sienne, je l'ai trouvée presque partout sur internet, souvent avec les intentions les plus dociles, les plus filiales, vis-à-vis de Benoît XVI.
3. J'ai même eu droit, un jour, à un étonnant : "Oui, vous avez raison, mais il n'empêche que", exactement comme si l'on m'avait opposé "l'esprit" de cette herméneutique, en présence du rappel, par mes soins, de "la lettre" de cette herméneutique !
4. Bien que je ne souscrive pas à cette herméneutique, je salue le fait qu'elle évoque ceci :
- il a bien été question d'une réforme, au moment et au moyen du Concile ; à mon avis il y a eu bien plus renouveau dans la disproportion (sur certains sujets ou thèmes) que dans la continuité, d'où un renouveau dans une continuité dysfonctionnelle,
- or, il n'y a pas de réforme sans prise de risques, ce qui nécessite l'adhésion, la cohésion, l'autorité, la discipline, les définitions, les oppositions, les précautions, les précisions, la préparation, le suivi, la prudence, la remédiation immédiate à certaines conséquences...
...en l'absence de quoi les risques que l'on court finissent par courir plus vite que vous et par vous rattraper.
Merci encore et bonne journée.
Scrutator.