Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=776491

( 776491 )
Les Capucins de Morgon : encouragements à la fidélité par Justin Petipeu (2015-04-18 19:40:59)
Lu sur la Porte Latine...
______________________________________________________
Encouragements à la fidélité - La primauté de la
doctrine, par les capucins de Morgon - Mars-avril 2015
Bien chers tertiaires,
Au début de ce saint temps de carême, l'Église, dans l'office divin, nous rappelait ces paroles de saint Paul : "Nous vous exhortons à ne
pas recevoir en vain la grâce de Dieu. Il dit en effet : «Au temps favorable je t'ai exaucé, et au jour du salut je t'ai secouru.»(1) Le voici à présent ce temps bien propice ; le voici à présent le jour du salut !"(2) Oui, le temps du carême, qui s'achève par celui de la Passion, est un temps de grâce, car la grâce nous vient par la croix. Or, notre grande croix, à notre époque, c'est bien la crise que nous vivons, où toutes les institutions sont liguées contre la foi. D'où pour nous le choix dramatique : faut-il suivre la hiérarchie actuelle de l'Église au péril de notre foi, ou nous en protéger pour garder cette même foi ? Aucune hésitation n'est possible : il faut avant tout garder la foi. "Aucune autorité, disait Mgr Lefebvre, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi."(3) La foi, la doctrine, garde une priorité inviolable. Nous le savons, mais il est important d'affermir nos convictions sur ce point. Déjà l'apôtre saint Paul exhortait son disciple saint Timothée à cette sainte insistance : "Prêche la parole, interviens à temps et à contre-temps ; reprends, corrige, exhorte en toute longanimité et doctrine."(4)
1 - La doctrine et notre salut
"Doctrine" signifie enseignement. Dans la Révélation, Dieu nous enseigne, nous découvre son plan. Son dessein de miséricorde est de nous sauver par Jésus-Christ (5). Le Verbe divin est venu établir le royaume de Dieu parmi nous. C'est un royaume surnaturel, qui s'oppose au messianisme terrestre que Satan lui a proposé dans le désert : jouissance, orgueil, volonté de puissance, convoitise. Aux Pharisiens, Jésus affirme :"Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde."(6) Face à Pilate, il confessera hautement : "Mon royaume n'est pas de ce monde (...) Je suis né et je suis venu en ce monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité." (7) "Dieu a tellement aimé le monde, dit-il à Nicodème, qu'il lui a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle." Mais il avait donné cette précision : "De même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle."(8) Précision capitale : si nous voulons être sauvés, nous devons croire à cet amour divin, amour surnaturel, qui passe par la croix. "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ; qui veut conserver la vie sauve, la perdra; et qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera."(9)
Ce plan doit être accepté par chacun de nous, mais aussi par les princes, et donc les sociétés : c'est la royauté sociale de Notre Seigneur, qui n'est pas de ce monde, mais qui s'exerce bien en ce monde.
Mais qu'est-ce donc que le monde condamné par Jésus? C'est la recherche d'un bonheur exclusivement terrestre qui se résume en les trois concupiscences désignées par saint Jean (10). Ce monde-là ne peut que rejeter le messianisme surnaturel de Notre Seigneur. Il ne supporte pas un amour de Dieu qui nous offre un royaume de Dieu surnaturel et crucifié. Or, nous ne pouvons pas pactiser avec le monde. "Celui qui veut être l'ami du monde, dit saint Jacques, se constitue l'ennemi de Dieu." (11) Notre foi en Jésus crucifié, notre adhésion ferme et aimante à sa croix nous fait triompher de ses séductions: "La victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi."(12) Ainsi donc, la foi et la doctrine gardent la primauté face aux machinations séductrices du monde.
Et nous, fils de saint François, il nous suffit d'imiter notre père, dont la voie n'est rien d'autre, dit saint Bonaventure, qu'un "amour très ardent de Jésus crucifié"(13). Il nous apprendra à "mépriser les choses de la terre et à aimer celles du ciel" (14 ). Voilà quelle est la doctrine qui éclaire notre marche ici-bas.
2 - Le refus du surnaturel
Tout péché est un refus de l'amour surnaturel que Dieu nous présente ; nous lui préférons un idéal terrestre. Mais ce refus érigé en système a un nom: le naturalisme, erreur fondamentale de notre époque (15). Selon lui, la nature se suffit à elle-même, pas besoin d'un Dieu qui nous dépasserait; l'homme est maître de sa destinée.
L'organisation sociale du naturalisme, c'est la Révolution(16). Celle-ci est d'abord le rejet de la royauté sociale de Notre Seigneur. Mais plus profondément, comme le dit Mgr Gaume, elle est "la haine de tout ordre religieux et social que l'homme n'a pas établi et dans lequel il n'est pas roi et Dieu tout ensemble"(17). Le moteur de la Révolution est la franc-maçonnerie, "Synagogue de Satan", selon le mot de Pie IX. Elle obtient "droit" de cité par la révolution de 1789, basée sur ce triple principe : liberté-égalité (pour dissoudre les liens naturels et surnaturels), et fraternité (ou collaboration forcée de tous pour l'établissement d'un monde affranchi de toute loi divine ou naturelle).
La Révolution s'appuie sur la doctrine du naturalisme, cependant elle n'est pas seulement une doctrine, mais aussi et surtout une praxis, un rejet, un mouvement. Ainsi, son langage est fluctuant, car il n'est pas l'expression de ce qui est, mais l'instrument d'une praxis(18) ; la fin du langage n'est plus d'exprimer le plus clairement sa pensée, mais d'entraîner le plus de monde dans son rejet et dans la poursuite de sa chimère. Le mensonge lui est donc connaturel ; pour la Révolution, le mensonge n'est pas un mal, mais une nécessité, car la fin ''justifie" ce moyen.
3 - La "main-tendue" : le catholicisme libéral
Une fois passés l'ouragan de la Terreur et la tyrannie napoléonienne, l'Église en France semble revivre. Hélas, la nouvelle génération de prêtres et l'élite du pays, à cause du malheur des temps, n'ont pas eu la formation doctrinale qui les eût préservés des pièges. Lamennais et ses disciples ont baigné dans les erreurs de la Révolution (19) ; généreux sans doute, mais manquant de principes, ils vont rêver une soi-disant "réconciliation" de l'Église avec le monde moderne.
Pie IX condamnera cette tentative dans le Syllabus, en 1864. "Le Souverain Pontife pourrait-il donc tendre une main amie à une pareille civilisation, dit-il, et faire sincèrement pacte et alliance avec elle ?'' Il ne pourrait, "sans un très grand scandale pour tous, s'associer avec la civilisation contemporaine par le moyen de laquelle se produisent tant de maux(...) et se proclament de funestes principes extrêmement opposés à la religion catholique et à sa doctrine. (...) Nous n'avons aucun motif de nous réconcilier avec qui que ce soit, mais (...) Nous devons pardonner à ceux qui nous haïssent, Nous devons prier pour eux afin qu'ils se repentent par la grâce de Dieu"(20).
4 - Vatican II
Ce concile verra le triomphe des catholiques libéraux. "Pendant deux siècles, dit Marcel Prélat, nous avons été combattus par l'Église, et désormais nous avons triomphé." Le Cardinal Ratzinger d'affirmer que le texte "Gaudium et Spes" (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) "joue le rôle d'un contre-syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l'Église avec le monde tel qu'il était devenu depuis 1789 (...) Par "monde", on entend, au fond, l'esprit des temps modemes."(21) On ne peut être plus clair.
Les textes du Concile furent des textes de compromis, comme en font foi les chroniqueurs et historiens du concile. Le Père Schillebeeckx, partisan des positions ultra-libérales, critiquait un texte qu'il jugeait trop conservateur. Il se vit répondre par un expert : "Nous nous exprimons de façon diplomatique, mais après le Concile nous tirerons du texte les conclusions qui y sont implicites."(22) Ce qui est dit de ce texte, on peut l'appliquer à tous les documents conciliaires. On y trouve des affirmations vraies, mais contredites ensuite par la suite du texte. Par exemple, on affirme le sacerdoce ministériel du prêtre, mais ensuite on insiste tellement sur le sacerdoce des fidèles qu'on finit par se demander quelle est la différence entre les deux ; l'orientation de ces textes est hétérodoxe, bien qu'on ait ajouté des phrases traditionnelles, pour satisfaire aux réclamations des Pères conservateurs.
Avec tout cela, on voit que ce qui prime, c'est la praxis, le mouvement d'ouverture au monde. Peu importe que les textes du Concile n'expriment pas le fond de la pensée des meneurs progressistes, ce qui compte, c'est qu'ils rallient les conservateurs tout en donnant une "orientation" franchement révolutionnaire(23). Car ce procédé nous montre que nous avons bien affaire à une Révolution.
Les succès de la Révolution conciliaire s'expliquent en grande partie par ses méthodes, que le Père Calmel (24) a admirablement mis en lumière :
- D'abord, la Révolution n'est pas une réforme, elle ne cherche pas à restaurer une nature, elle s'attaque à la nature même des choses, qu'elle vise à changer.
- Mais, pour y parvenir, elle va capter les tendances nobles des âmes généreuses et droites pour les dévier vers son but. Par exemple, exalter la simplicité (que saint François aimait tellement), mais pour l'opposer aux marques extérieures de respect dues aux autorités, et qui nous sont oh combien nécessaires (25).
C'est à ce niveau que les novateurs font passer les idées subversives, sous apparence de vérité et de bien. Que de fois, durant le Concile, ont été prononcés les mots de "pastorale", de "charité", de "retour aux sources et à l'évangile", de "réforme et rénovation". Quel bon catholique serait d'emblée opposé à ces idées ? Mais ces mots ont été détournés de leur sens au profit de la Révolution. La "pastorale" fut opposée au dogme (surtout, pas de définitions ni d'anathèmes !), le "retour aux sources" et la "réforme" à tous les trésors de la Tradition, et la "charité" devint l'anesthésiant face aux assauts de l'hérésie.
-Toutefois, comme il risque d'y avoir trop d'opposition, au moins au bout d'un certain temps, elle impose ses vues par une autorité occulte et des hiérarchies parallèles, et c'est ainsi que le poison se répand dans tout le corps. Par exemple, les conférences épiscopales, perturbant l'autorité normale des évêques, et faisant pression pour imposer les orientations novatrices sécrétées par le noyau dirigeant. C'est aussi de cette façon, en société de pensée, que fonctionna le Concile (26). C'est ici qu'intervient cette distinction entre la Rome éternelle et la Rome néomoderniste, énoncée dans la déclaration du 21 novembre 1974. "Au-dessus des décisions apparemment légales de Rome, dit le Père Calmel, au-dessus de ses manigances, combinaisons et moyens, bref, audessus d'une Rome aveuglée, manœuvrée, dominée, il y a la Rome véritable, la Rome de la Tradition chrétienne (...), la Rome de la messe de saint Pie V, de saint Grégoire VII et de saint Léon. (...) C'est à la Rome véritable que vous devez obéir. (...) Vous êtes sûres d'obéir à cette Rome en acceptant et en faisant uniquement ce qui favorise vos choix sur la messe [de toujours] et l'école [catholique], l'état religieux dominicain, sous la direction de la Générale que vous avez."(27).
Mgr Lefebvre, au sujet de la Rome moderniste, ou Église conciliaire, dira en 1988 : le maintien de la Tradition "nous a valu la persécution de la Rome antichrist (...) poursuivant son œuvre destructrice du règne de Notre Seigneur." (28) Cinq jours après le décret "d'excommunication" fulminé contre Mgr Lefebvre, l'ensemble des supérieurs de la Fraternité exprima à son fondateur son soutien absolu dans une lettre ouverte au cardinal Gantin, auteur dudit décret: "Nous n'avons jamais voulu, disaient-ils, appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d'Église conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missae, l'œcuménisme indifférentiste et la laïcisation de la société. (...) Nous ne demandons pas mieux que d'être déclarés ex communione [hors de la communion] de l'esprit adultère qui souffle dans l'Église depuis 25 ans, exclus de la communion impie avec les infidèles."(29)
5 - Rome et Mgr Lefebvre
Face à cette situation, l'attitude de Mgr Lefebvre, comme il l'a énoncé dans la déclaration de 1974, est tout simplement de s'en tenir à ce que l'Église a toujours cru et fait, sans tenir compte des nouveautés destructrices de la foi, et cela sans amertume ni rébellion. Il n'a jamais cherché une rupture avec Rome, mais lorsque les autorités ecclésiastiques lui enjoignirent de se soumettre "au concile, aux réformes post-conciliaires et aux orientations qui engagent le Pape lui-même"(30), là il ne peut obtempérer, la foi étant en jeu. D'où les sanctions canoniques portées contre lui. Les autorités romaines cherchèrent ensuite un rapprochement, Mgr Lefebvre lui-même s'efforça d'arranger les choses. Pendant toute cette période, il n'a cependant pas reculé devant les affinnations fortes, surtout face aux scandales toujours plus graves (par exemple Assise) ; c'est-à-dire qu'il n'a pas tu la vérité pour essayer d"'arranger les choses".
C'est pour montrer clairement qu'il ne voulait pas faire schisme qu'il a entrepris ces démarches ; il a cherché à savoir s'il était possible à la fois d'être reconnu par les autorités romaines et de garder la foi. Après en avoir fait l'essai loyal, il était obligé de constater en 1988 : "En réalité, Rome ne veut ni soutenir ni poursuivre [c'est-à-dire être fidèle à] la Tradition. (...) Au cours des derniers contacts que j'ai eus à Rome, j'ai plusieurs fois voulu sonder leurs intentions, mesurer s'il y avait un véritable changement.(...) La volonté de Rome de ne pas aider la Tradition, de ne pas vouloir lui faire vraiment confiance était évidente"(31). Déjà en 1987 il avait affirmé au cardinal Ratzinger qu'il était impossible de collaborer, puisque nous, nous cherchons la christianisation, et eux la déchristianisation.
Autrement dit, Mgr Lefebvre constata par expérience ce que saint Thomas disait déjà ; se demandant si des fidèles pouvaient demeurer sans risque sous le pouvoir politique d'un infidèle, il répond que non, "car ce serait au péril de la foi. Facilement, en effet, ceux qui sont soumis à la juridiction des autres peuvent être changés par ceux qui sont au-dessus d'eux et dont ils ont à suivre les ordres, à moins que ces subordonnés n'aient été d'une grande vertu"(32).
De même qu'après la Terreur l'on vit le monde moderne proposer à l'Église la "réconciliation", de même après l'opposition frontale entre le Vatican et la FSSPX, surtout après l'annonce des sacres en 1987, Rome proposa la politique de la "main tendue". Ici, il y a une distinction à faire : en soi on peut toujours se réconcilier avec celui qui veut se corriger ; mais il est illusoire de se réconcilier avec celui qui ne reconnaît pas ses torts. Nous ne refusons pas Rome en tant que telle, mais bien la Rome qui ne veut pas reconnaître son modernisme. Or, en juin 1988, Mgr Lefebvre constatait : ils n'ont pas changé d'intention [nous ramener au Concile] parce qu'ils n'ont pas changé de principes.
Alors pourquoi Rome tend-elle la main? Souvenons-nous que la Révolution est surtout une praxis ; à défaut de faire accepter d'emblée ses idées, elle cherche du moins à entraîner ses victimes à collaborer avec elle. Elle tolère volontiers qu'on puisse discuter de façon accadémique sur des "divergences" théologiques, mais ne supporte pas la dénonciation de ses scandales (comme Assise, la canonisation de Jean-Paul II, la béatification de Paul VI, ou le récent Synode sur la famille). Par la main tendue, elle cherche à créer un climat de bienveillance réciproque. Ainsi, dans sa lettre aux évêques du 10 mars 2009, Benoît XVI constatait qu'après les gestes de bienveillance envers les communautés ralliées, le climat interne de ces dernières avait changé, s'était radouci. Dès lors, disait-il, devenait possible la grande collaboration qu'il espérait entre tous les croyants afin d'œuvrer pour la paix dans le monde. Notons que ce climat de bienveillance réciproque est obtenu par le désarmement des communautés qui n'osent plus critiquer leurs "bienfaiteurs"; psychologiquement, c'est facile à comprendre.
Mgr Lefebvre voyait dans la "réconciliation" avec une Rome demeurée moderniste le danger de mélanges entre les fidèles de la Tradition et les autres fidèles. "Malgré l'exemption très étendue, dit-il, les barrières canoniques disparaissant, il y aura nécessairement des contacts de courtoisie, et peut-être des offres de coopération. (...) Tout ce monde est d'esprit concilaire, œcuméniste, charismatique (...). Nous étions jusque-là protégés naturellement, la sélection s'assurant d'elle-même par la nécessité d'une rupture avec le monde conciliaire. Désonnais, il va falloir faire des dépistages continuels, se prémunir des milieux romains, des milieux diocésains."
Outre ce mélange naturel, il faut compter avec le mécanisme de la Révolution :
- Elle s'attaque à la nature des choses, à leur définition. Par exemple, le Motu Proprio "Ecclesia Dei", en même temps qu'il accorde des "privilèges" aux communautés ralliées, expose une définition fausse et évolutive de la Tradition.
- Elle capte les tendances nobles et généreuses. Par exemple, Dom Gérard avouait en 1988 que le motif principal qui l'avait poussé à accepter les avances romaines était d'attirer plus de fidèles, qui étaient gênés par la "suspense"(33). A quoi l'abbé Schmidberger répondait: "S'ils pensent que leur soi-disant "suspense" nuit à leur rayonnement, ils se trompent : la Croix est plus féconde que la facilité"(34). Ou encore, Rome joue sur l'accusation de schisme : quel catholique fervent supporterait de rester dans le schisme ? A quoi Mgr Lefebvre répondait: "Nous sommes contre l'Église conciliaire, qui est pratiquement schismatique, même s'ils [Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger] ne l'acceptent pas. Dans la pratique, c'est une Église virtuellement excommuniée, parce que c'est une Église modemiste"(35). Ou enfin la Révolution va jouer sur notre amour de l'Église. A quoi l 'archevêque rétorquait: "Nous représentons vraiment l'Église catholique telle qu'elle était autrefois, puisque nous continuons ce qu'elle a toujours fait. C'est nous qui avons les notes de l'Église visible"(36).
- Enfin, la Révolution agit par des autorités occultes. Elle a un langage officiel équivoque qui parfois nous semble favorable ; puis elle agit en sens inverse, déstabilisant ses interlocuteurs. Par exemple, les visites romaines de 1974 et 1987, où les visiteurs ont dit du bien d'Écône, puis, de retour à Rome, en ont dit du mal. - Autre tactique: "Jamais de préceptes formels, dit le Père Calme!. Laisser imposer les choses par pression sociale, de sorte que les braves gens naïfs se croient liés en conscience"(37). Ainsi, par exemple, Dom Gérard avait obtenu que nulle contrepartie doctrinale ne soit exigée de lui ; mais en même temps, la crainte de perdre la reconnaissance canonique par un langage trop libre l'a tout de suite conduit au silence, puis plus tard à l'acceptation des erreurs conciliaires ; le glissement s'est fait tout seul : la machine est bien rôdée !
Conclusion : la primauté de la doctrine
Prêcher Jésus-Christ crucifié n'est pas chose facile ; c'est souvent demander l'héroïsme ; mais il est impossible, sous prétexte de facilité, d'efficacité apparente, de plus grand "rayonnement", de s'exposer à sacrifier la foi, sans laquelle on ne peut être sauvé.
"Si je vis encore un peu, disait Mgr Lefebvre, en supposant que d'ici à un certain temps Rome fasse un appel, qu'on veuille nous revoir, reprendre langue, à ce moment-là, c'est moi qui poserais les conditions.(...) Je poserais la question au plan doctrinal: "Est-ce que vous êtes d'accord avec les grandes encycliques de tous les papes qui vous ont précédés ? Est-ce que vous êtes d'accord avec "Quanta Cura" de Pie IX, "Immortale Dei, Libertas", de Léon XIII, "Pascendi" de Pie X, "Quas Primas" de Pie Xl, "Humani Generis" de Pie XII ? Est-ce que vous êtes en pleine communion avec ces papes et avec leurs affirmations ? Est-ce que vous acceptez encore le serment anti moderniste ? Si vous n'acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs, il est inutile de parler"(38) .
Vingt-sept ans plus tard, non seulement la doctrine de toujours n'est pas redevenue la norme pour les autorités romaines, mais c'est même l'enseignement de la morale qui est attaquée ; car on ne peut indéfiniment attaquer le dogme sans finir par ébranler la morale. Ainsi, la révolution conciliaire aboutit logiquement aux conclusions qu'en tire le pape François. Il est donc évident que nous ne pouvons nullement envisager de collaborer avec des papes qui, dans la pratique, œuvrent à la destruction de l'Église.
Mais alors, quand la collaboration sera-t-elle possible ? "Quand on nous pose la question, disait Mgr Lefebvre, de savoir quand il y aura un accord avec Rome, ma réponse est simple : quand Rome recouronnera Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous ne pouvons pas être d'accord avec ceux qui découronnent Notre Seigneur. Le jour où ils reconnaîtront de nouveau Notre Seigneur roi des peuples et des nations, ce n'est pas nous qu'ils auront rejoints, mais l'Église catholique dans laquelle nous demeurons"(39).
Comme le rappelait Mgr Tissier de Mallerais le 27 octobre dernier au pèlerinage de Lourdes, "le lien formel, ce lien artificiel, ce lien qui serait un simulacre avec la Rome nouvelle, n'est rien devant la préservation et la profession de la foi catholique"(40).
Que Notre Dame de Fatima nous donne d'aimer Jésus crucifié, afin que nous gardions le dogme de la foi.
Source : Supplément à la Lettre Tertiaire Franciscaine n° 266 de mars-avril 2015

( 776502 )
Sur la voie d'Avrillé ou des "résistants" ? par Athanase (2015-04-18 21:14:09)
[en réponse à 776491]
Quelle tristesse de lire ces lignes amères où la critique d'abus réels sent vraiment l'aigreur... Quelle tristesse ! Mais une partie du monde traditionnel semble vouer à la secte... Sic. Quel contraste avec une FSSPX qui, dans les années 80, était convaincue qu'après les sacres, la réconciliation serait rapide, indépendamment même de la résolution de la crise de l'Église...

( 776509 )
Ligne d'Avrillé ? par Ennemond (2015-04-18 21:51:32)
[en réponse à 776502]
Il y eut un différend en 2012 entre la FSSPX et les supérieurs des communautés traditionnelles dominicaine et capucine. Néanmoins, la situation de l'une et de l'autre sont bien différentes. Avrillé a déjà vécu des scissions internes - comme la fondation de Steffeshausen (ce qui explique pour partie l'option williamsonienne de La Haye-aux-Bonshommes). En revanche, les fils de saint François sont traversés par des positions plus différentes dans cette crise de l'Eglise, comme l'ont révélé des textes publics. Je ne suis pas certain qu'on puisse les résumer dans ce rapide récapitulatif historique des relations avec Rome.

( 776515 )
Ligne d'Avrillé et de Morgon par Folgoët (2015-04-18 22:46:52)
[en réponse à 776509]
Message modéré. XA
Message à Folgoët : last but not least. Wargarve est prévenu.

( 776563 )
Français par Folgoët (2015-04-19 18:20:15)
[en réponse à 776515]
Désolé je suis Français et je ne comprends que le Français ...

( 776564 )
Vérité et censure ... par Folgoët (2015-04-19 18:32:33)
[en réponse à 776515]
L'avantage d'une certaine censure est de conforter le monde dans son erreur ...
Sachez tout de même que le RP Antoine pense et écrit réellement ce que vous avez censuré : il suffit de lui demander .
Folgoet .

( 776572 )
Et oui que voulez-vous! par Miserere (2015-04-19 19:15:50)
[en réponse à 776564]
La pensée unique existe aussi sur ce forum.
Le débat sur la vérité est très gênant.

( 776578 )
Génant ? Pour qui ? par XA (2015-04-19 20:01:12)
[en réponse à 776572]
Pour moi qui ne suis et n'ai jamais été fidèle de la FSSPX ?

( 776583 )
Vérité et censure ! par Philippilus (2015-04-19 21:12:58)
[en réponse à 776564]
Vous avez Folgoët, des réflexes bien étrange pour un ennemi résolu du libéralisme et du modernisme sous toutes ses formes, jusque chez Mgr Fellay et ses partisans.
Vous protestez vigoureusement contre la "censure" ! incroyable ! Et au nom de quels principes parlez-vous: "il est interdit d'interdire"? "Ni Dieu ni Maître" ?
Relisez --ou lisez- les grands auteurs catholiques, et dites-nous lesquels s'opposent à "la censure"?
Il est en tous cas plaisant de vous voir invoquer un argument digne de Charlie-Hebdo. Plaisant et très révélateur, de l'esprit qui vous conduit sous des dehors de "résistance".
En ce qui concerne Mgr Lefevbre, il n'a jamais hésité à mettre dehors ceux qui le traitaient de "libéral", une excellente manière de leur montrer qu'il ne l'était pas.
Philippilus

( 776597 )
Là, vous êtes dans l’illusion par Vianney (2015-04-20 00:26:55)
[en réponse à 776583]
En ce qui concerne Mgr Lefevbre, il n'a jamais hésité à mettre dehors ceux qui le traitaient de "libéral", une excellente manière de leur montrer qu'il ne l'était pas.
Cette attitude ne prouve rien (ni dans un sens ni dans l’autre d’ailleurs) : l’expérience démontre au contraire qu’il n’y a généralement pas plus sectaire qu’un libéral.
Lors de la parution du Syllabus, le député Emile Keller, qui avait efficacement participé à sa diffusion, en publia un commentaire visant à démontrer par l’histoire les principes rappelés par le pape Pie IX, commentaire qu’il considéra toujours comme son œuvre maîtresse.
Or, ce député, que les papes Pie IX et Léon XIII appréciaient et que Napoléon III redoutait comme son “ennemi personnel”, est à peu près complètement oublié aujourd’hui : ses ennemis libéraux, très influents, se sont arrangés pour en parler le moins possible. Tactique déjà notée par le général de Lamoricière, dans une lettre envoyée au député, l’année même de la parution du commentaire.
Par exemple, Keller était l’auteur d’une histoire de France qui, jusqu’à la parution du Syllabus, figurait parmi les ouvrages recommandés à la jeunesse par le “catholique libéral” Mgr Dupanloup, mais celui-ci s’empressa de la retirer de sa liste après l’adhésion de Keller au Syllabus. “Mon histoire est-elle devenue moins bonne, demandait ironiquement le député, parce que j’ai adhéré à l’encyclique ?”
Non, aux yeux des libéraux, nul n’a d’esprit, hormis eux et leurs amis...
V.

( 776526 )
quelque chose me dit par Mingdi (2015-04-19 00:49:25)
[en réponse à 776509]
que ce tour d'horizon des capucins de Morgon n'est pas très éloigné de la position officielle actuelle de la FSSPX et de son chef. Cela dit il vaut mieux que ce soit formulé par les capucins. Rien à voir, en tout cas, avec les fourberies d'Avrillé qui se défendent de coopérer avec Mgr W dans le même temps qu'ils montent le happening grotesque de Nova Friburgo.

( 776574 )
Vous dites n'importe quoi par Folgoët (2015-04-19 19:24:26)
[en réponse à 776526]
Les dominicains d'avrillé reçoivent habituellement Mgr Williamson chez eux et savent apprécier sa doctrine .
Les capucins sont toujours très liés aux dominicains..... et même s'ils sont très discrets, ils n'ont aucune illusion sur l'évêque Suisse ...

( 776575 )
Oui, justement par Meneau (2015-04-19 19:34:43)
[en réponse à 776574]
et même s'ils sont très discrets
Puisque vous semblez bien introduit auprès du RP Antoine, demandez-lui donc pourquoi ils sont discrets et ne se répandent pas sur les forums, ni ne vous donnent mission pour exposer leurs opinions sur les forums. Et pourquoi le même RP Antoine fait souvent taire le Père Jean.
Arrêtez donc de monter les uns contre les autres quand les intéressés justement restent discrets.
Cordialement
Meneau

( 776581 )
Silence ... par Folgoët (2015-04-19 20:47:30)
[en réponse à 776575]
Si vous voulez je peux parler du temps qu'il fait au kamchatka ou de la culture des choux de Bruxelles en Wallonie ... si ca vous gêne que je parle de la position doctrinale et des écrits des pères capucins ...

( 776584 )
Ca ne me gêne pas par Meneau (2015-04-19 21:40:10)
[en réponse à 776581]
qu'on parle de la position doctrinale et des écrits officiels des capucins de Morgon. Ni même qu'on les commente, comme l'a fait Athanase. Non seulement ça ne me gêne pas, mais ça m'intéresse. Rien n'a été censuré dans ce fil jusqu'à ce que vous y déversiez vos ragots haineux.
Donc obtenez d'abord les réponses aux questions
ci-dessus et on en reparlera.
Cordialement
Meneau

( 776588 )
Généralisation hâtive par Ennemond (2015-04-19 22:45:57)
[en réponse à 776574]
Un capucin, qui fut pourtant très hostile à une régularisation de la FSSPX en 2012, m'a indiqué il y a peu que le Père gardien avait fait preuve de beaucoup de talent pour concilier les différentes positions, fort diverses selon lui, existant à Morgon. Si leur situation était celle d'Avrillé, on voit mal pourquoi ils n'auraient pas partagé les mêmes options sécessionnistes.
Ce qui est certain, c'est que vous ne manquez pas d'audace en intitulant votre post "vérité et censure" après avoir traité de façon fort courageuse et masquée un supérieur général de "guimauve suisse". Vos insultes anonymes vous rendent certainement moins gélatineux.

( 776632 )
Du talent selon les libéraux par Folgoët (2015-04-20 15:26:11)
[en réponse à 776588]
Je suis séduit , Ennemond , par votre faculté de retourner la vérité pour la faire rentrer dans la doxa de menzingen . Mais je suis vraiment désolé ça ne prend plus parce que les faits sont là ... et les faits sont têtus .
Après le sermon du RP Jean sur l'immuabilité des principes en janvier 2013 ( sermon vérifié par le RP Antoine avant d'être prêché ) ... menzingen a immédiatement tapé sur les doigts du RP gardien .
Le rp père gardien n'est donc pas dupe du jeu de menzingen et celui ne cache pas dans ses entretiens sa sympathie spirituelle pour les dominicains et leur courageuse position .
Le père fait en effet preuve de tolérance à l'égard d'une politique qu'il sait être catastrophique pour la tradition catholique ... et ce, parce qu'il sait que beaucoup d'âmes ne sont pas assez fortes pour comprendre ce qui se passe au sommet de la fsspx .
En ce qui concerne la gélatine ... je vous la laisse en effet .

( 776595 )
je comprends bien par Mingdi (2015-04-19 23:40:42)
[en réponse à 776574]
que les dominicains d'Avrillé sont proches, de plus en plus proches, de Mgr W, dont j'ignore tout de la "doctrine". Mais pourquoi diable Marie-Dominique o.p. nous a-t-il affirmé le contraire au Novotel Montparnasse? Pour ce qui est des capucins de Morgon, il semble qu'il y ait des voix discordantes en leur sein. Mais leur topo, qui sert de point de départ au présent fil, ne révolutionne pas l'opinion que les gens sensés peuvent avoir de la question. Un brin de nostalgie, peut-être... On peut aussi compter sur le frère Régis de CV pour briefer les récalcitrants éventuels. Pour ma part, j'arrête cette discussion stérile. Je ne parlerai plus de Mgr W, d'Avrillé, ni de leurs amis déclarés. La page est tournée.

( 776517 )
Magnifique! par Miserere (2015-04-18 23:06:21)
[en réponse à 776491]
Tout est dit, Dieu premier servi!
Je comprend que cela fasse railler les lâches.
Surtout ne rien lâcher de la Tradition qui par la grâce de Dieu rétablira sa magnificence sur le trône de saint-Pierre.

( 776535 )
Et quand Rome sera mieux disposée, certains ne voudront pas... par Athanase (2015-04-19 10:17:16)
[en réponse à 776517]
On a déjà vu ça entre 2009 et 2012: même quand le pape d'alors a pris une douche froide marquée par des attaques à la suite de la levée les excommunications, on se souvient de l'ouvrage de Mgr Tissier de Mallerais publié chez les dominicains d'Avrillé, des prises de position hostiles de certains prêtres...
On ne change pas ses habitudes, surtout quand la barre a été mise très, très, très haut... On peut imaginer que le cardinal Sarah, le cardinal Ranjith accède au souverain pontificat: cela va-t-il entraîner un changement d'attitudes chez certains ? Que nenni... On aura droit aux mêmes hostilités, aux mêmes dénonciations, etc.
Je pense tout simplement que la logique de la secte existe chez certains traditionalistes: que des décennies d'isolement, de rancoeur, d'aigreur les rendent inaptes à toute vie ecclésiale. Je pense même que ce n'est plus un problème de doctrine, mais bien de psychologie et d'enfermement.

( 776537 )
Excusez mon ignorance.... par Pol (2015-04-19 10:27:38)
[en réponse à 776535]
....etes vous un traditionaliste? Si oui, vous n'avez pas tout compris, si non, je vous souhaite de connaitre la messe ancienne et de trouver un refuge justement....

( 776539 )
Je vous pose la même question par Athanase (2015-04-19 10:34:21)
[en réponse à 776537]
Et je sursaute avec ce passage (qui comprend des fautes d'orthographes, au passage):
Alors pourquoi Rome tend-elle la main? Souvenons-nous que la Révolution est surtout une praxis ; à défaut de faire accepter d'emblée ses idées, elle cherche du moins à entraîner ses victimes à collaborer avec elle. Elle tolère volontiers qu'on puisse discuter de façon accadémique sur des "divergences" théologiques, mais ne supporte pas la dénonciation de ses scandales (comme Assise, la canonisation de Jean-Paul II, la béatification de Paul VI, ou le récent Synode sur la famille). Par la main tendue, elle cherche à créer un climat de bienveillance réciproque. Ainsi, dans sa lettre aux évêques du 10 mars 2009, Benoît XVI constatait qu'après les gestes de bienveillance envers les communautés ralliées, le climat interne de ces dernières avait changé, s'était radouci. Dès lors, disait-il, devenait possible la grande collaboration qu'il espérait entre tous les croyants afin d'œuvrer pour la paix dans le monde. Notons que ce climat de bienveillance réciproque est obtenu par le désarmement des communautés qui n'osent plus critiquer leurs "bienfaiteurs"; psychologiquement, c'est facile à comprendre.
Mgr Lefebvre voyait dans la "réconciliation" avec une Rome demeurée moderniste le danger de mélanges entre les fidèles de la Tradition et les autres fidèles. "Malgré l'exemption très étendue, dit-il, les barrières canoniques disparaissant, il y aura nécessairement des contacts de courtoisie, et peut-être des offres de coopération. (...) Tout ce monde est d'esprit concilaire, œcuméniste, charismatique (...). Nous étions jusque-là protégés naturellement, la sélection s'assurant d'elle-même par la nécessité d'une rupture avec le monde conciliaire. Désonnais, il va falloir faire des dépistages continuels, se prémunir des milieux romains, des milieux diocésains."
Le traditionalisme doit-il se transformer en communauté amish ? Pour certains, c'est le cas. La logique de la secte est bien présente, inutile de dire le contraire.

( 776540 )
Je vous reponds: oui... par Pol (2015-04-19 11:02:52)
[en réponse à 776539]
....je suis tradi, et rassuré d'avoir trouvé un havre de paix et de certitude, de Foi Catholique, la Messe que nous aimons, les bons sacrements, les bons sermons, la bonne doctrine Catholique, de bons Pretres. Que puis-je demander de plus?
Je ne sais pas si vous vous amusez a ecrire et faire passer le temps ...peut-etre.
Je sais que vous rigolez sur les bords ! Bon, o.k. On n'est pas tout a fait serieux dans tout cela ...
Votre question 'Amish' : Vous rigolez encore !! On ne peut pas vous prendre au serieux, enfin disons pas tout le temps.
Je ne vais pas trop m'attarder, mais je me risque a vous dire que vous n'avez pas compris.
Bon Dimanche a vous.

( 776541 )
dépistages par Mingdi (2015-04-19 11:40:39)
[en réponse à 776539]
La citation suivante, d'après les capucins, est de Mgr Lefebvre, je suppose : "Malgré l'exemption très étendue, dit-il, les barrières canoniques disparaissant, il y aura nécessairement des contacts de courtoisie, et peut-être des offres de coopération. (...) Tout ce monde est d'esprit concilaire, œcuméniste, charismatique (...). Nous étions jusque-là protégés naturellement, la sélection s'assurant d'elle-même par la nécessité d'une rupture avec le monde conciliaire. Désonnais, il va falloir faire des dépistages continuels, se prémunir des milieux romains, des milieux diocésains."
Ben oui, il faudra faire des dépistages continuels. Benoît XVI n'a peut-être pas fait assez de dépistages et il a dû donner sa démission. François semble plus difficile à manoeuvrer, mais quelle est réellement sa ligne directrice? Mgr Fellay sait naviguer, n'en déplaise à Avrillé dont le discernement des esprits, prôné par les jésuites, n'est pas la qualité première. Depuis Mgr Lefebvre, les choses ont changé. Des personnages aussi néfastes que Congar, Béa, Camara, Maciel, Croissant, Benelli, Casaroli, etc..., ont quitté la scène. Les nouveaux "hommes forts", que je ne citerai pas, sont du genre ramollo. On est plutôt entrés dans l'ère du n'importe quoi et du relâchement généralisé des moeurs, de la doctrine, de l'intelligence et de la volonté. Une vigilance constante s'impose mais par l'intercession de la TSV Marie on devrait pouvoir y arriver.

( 776544 )
Quoi? par Miserere (2015-04-19 12:17:23)
[en réponse à 776541]
Monseigneur Fellay ne peut pas se tromper?
Il avait condamné Monseigneur Rifan lors de son ralliement à l'époque mais aujourd'hui il fait la même chose.
Mais bon la politique sévi aussi chez nous.

( 776542 )
“Qu’est-ce qui est plus important, la foi ou le temple ?” par Vianney (2015-04-19 11:51:35)
[en réponse à 776535]
Extrait d’une lettre de saint Athanase à ses fidèles :
“Dieu vous consolera ; vous vous affligez à la vérité que d’autres se soient emparés par violence de vos églises, et que pendant ce temps vous soyez obligés de rester à la porte. Mais ceux-là ont les temples, et vous avez la foi apostolique. Ceux-là sont dans les églises, mais hors de la foi ; tandis que, si vous êtes hors des églises, vous avez la foi en vous. Qu’est-ce qui est plus important, la foi ou le temple ? Évidemment la foi. Qui donc a plus perdu et qui possède davantage, celui qui a la foi ou celui qui a le temple ? A la vérité, il y a une vertu bienfaisante dans le temple quand la foi y est prêchée, et quand le saint l’habite. Vous êtes bienheureux, parce que vous êtes dans l’église par la foi, parce que votre demeure est construite sur le solide fondement de la foi ; que cela vous suffise, c’est-à-dire la plénitude de la foi, qui demeure inébranlable en vous. Elle vous est arrivée par la tradition des apôtres ; une détestable haine a voulu souvent l’ébranler, mais en vain. C’est pourquoi, quand Pierre confessa par l’inspiration du Père : « Tu es le fils du Dieu vivant », il lui fut répondu : « Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas ; car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est au ciel. » Personne ne saurait donc porter atteinte à votre foi (car elle est un flambeau allumé en vous par le Père lui-même qui est au ciel), mes chers frères, et quand un jour, comme nous l’espérons, Dieu nous rendra nos églises, il faudra qu’alors même notre foi s’élève encore plus haut qu’elles.”
Source : J.-A. Mœhler,
Athanase le Grand et l’Eglise de son temps en lutte avec l’arianisme, tome II, p. 148.

( 776664 )
L'original par Lycobates (2015-04-20 21:50:25)
[en réponse à 776542]
.. grec de cette lettre célèbre et souvent citée ne nous est pas parvenu, ce qui est bien dommage, même si l'authenticité n'est pas douteuse.
Le fragment (car seulement une partie de cette lettre subsiste, avec d'autres) existe cependant dans une traduction latine ancienne que l'abbé Migne a publiée (après Montfaucon) dans sa Patrologie grecque, tome 26, p. 1189.
La lettre originale pourrait dater de l'an 356. C'est bien l'esprit du grand saint Athanase qui nous parle.
Pour les amateurs, voici le latin, correspondant à votre citation de Moehler, à un ajout près, et avec une réservation pour le dernier bout de phrase, assez peu intelligible :
Deus quidem vos consoletur, novi autem quia non hoc solum vos contristat, sed contristat et illud, quia Ecclesias quidem alii per violentiam tenuerunt, vos autem interim foris estis a locis ; illi enim loca, vos vero habetis apostolicam fidem. Illi in locis exsistentes, a vera fide sunt foris : vos vero a locis quidem foris estis, fides vero intus. Discutiamus quid sit majus, locus an fides : claret utique quia vera fides. Quis ergo amplius perdidit, vel quis amplius habet, qui locum tenet, an qui fidem ? Bonus quidem locus est, quando illic apostolica fides praedicatur : sanctus est, si ibi habitat sanctus. ...
Vos autem beati, qui fide in Ecclesia estis, in fidei fundamentis habitatis, et sufficientem satisfactionem habetis, fidei summitatem, quae in vobis permanet inconcussa ; ex apostolica enim traditione pervenit ad vos, et frequenter eam exsecranda invidia voluit commovere, nec valuit : magis autem per ea quae commoverunt sunt abscissi. Hoc est enim quod scriptum est: "Tu es Filius Dei vivi", Petro per revelationem Patris confesso et audiente : "Beatus es, Simon Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in coelis est", et caetera. Nemo igitur unquam vestrae fidei praevalebit, dilectissimi fratres : si enim aliquando ecclesias reddiderit Deus, credimus enim hoc ; verumtamen +ne tanta Ecclesiarum redditionem+ sufficit nobis fides.
...
Il faut dire que les mots entre + .. + se traduisent difficilement. Il faudrait regarder le manuscrit, s'il est toujours quelque part (un
Colbertianus, donc en principe à Paris), mais Montfaucon et Mai l'ont fait, que pourrions-nous de plus?

( 776672 )
C’est déjà une référence beaucoup plus parlante par Vianney (2015-04-20 23:36:03)
[en réponse à 776664]
...que celle que donnait Moehler, “Opp. f° 968” : du chinois pour un profane de mon espèce ! Mais comme vous il signalait qu’il ne reste malheureusement que des fragments de cette lettre.
Tels quels, tous ces écrits sont néanmoins très réconfortants pour les orphelins que nous sommes.
V.

( 776685 )
du chinois par Lycobates (2015-04-21 11:59:52)
[en réponse à 776672]
En retrouvant l'ouvrage original du théologien catholique allemand Johann Adam Möhler (ou Moehler) 1796-1838, qui date de 1827 :
Athanasius der Große und die Kirche seiner Zeit, besonders im Kampfe mit dem Arianismus. In sechs Büchern
ICI
- et j'espère que le gothique ne vous rebute pas davantage que le chinois des philologues !-
on aperçoit à la page 157 que le fameux "opp." est du latin: c'est imprimé en caractères latins, pas en caractères allemands.
À mon avis cela doit être une abbréviation pour "opera", au génitif pluriel "operum", et donc une citation de la part de Moehler d'une édition des
opera omnia de saint Athanase. Le "opp." revient plusieurs fois dans son livre dans des contextes semblables comme une recherche rapide confirmera.
Moehler n'a pas pu connaître l'édition de Migne, qui date de 1857 (et qui reprend Montfaucon), donc je suppose que cela doit être l'original de Bernard de Montfaucon, l'édition de 1698 ou si elle existe une impression ultérieure.
Resterait à vérifier là, à la feuille 968, si notre citation s'y trouve. Mais je ne le doute pas.

( 776759 )
Je n’en doute pas non plus... par Vianney (2015-04-22 10:10:25)
[en réponse à 776685]
Ce qui pourrait sembler curieux à un profane, c’est que l’auteur emploie l’abbréviation opp. avec deux “p” pour désigner le mot opera qui n’en comporte qu’un seul. Mais après tout, on écrit bien souvent pp. quand on veut faire référence à plusieurs pages.
Quoi qu’il en soit, merci beaucoup pour ces explications vraiment convaincantes, que je vais m’empresser de noter dans ma “base de données” personnelle !
V.

( 776628 )
Logique de secte et esprit de parti par Peregrinus (2015-04-20 14:36:52)
[en réponse à 776535]
Cher Athanase,
Vous signalez sans doute avec quelque raison qu'une certaine logique sectaire existe chez certains traditionalistes. Je parlerais plutôt quant à moi d'esprit de parti, parce que mieux que celui de secte, le terme de parti exprime la coloration souvent très politique que prend la manière de considérer l'Eglise, sans connoter le caractère de manipulation franchement immoral que l'on associe à la secte.
Quant à savoir s'il faut accuser l'enfermement psychologique ou certains développements doctrinaux, il me semble qu'il est difficile de trancher. Je dirais cependant que d'une certaine façon ce genre de discours n'est que l'aboutissement de la logique antilibérale ou de l'antilibéralisme obsessionnel des auteurs du XIXe siècle constamment cités, avec leur confusion de la nature et de la grâce héritée de Lamennais, leurs doctrines outrancières de l'autorité (qui ne pouvait aboutir qu'à la catastrophe à la moindre défaillance de cette autorité), leur haine de la culture, leur confessionnalisme étroit, leur politisation de la théologie et l'appauvrissement doctrinal qui s'ensuit.
Le cas de Mgr Gaume est emblématique : l'auteur du Ver Rongeur, qui "restera comme l'opprobre du clergé de France", selon les paroles du cardinal d'Andrea au cardinal de Bonald en visite à Rome (voir Les classiques païens dans les collèges catholiques ? de D. Moulinet). Cela ne veut pas dire que ces auteurs se sont toujours trompés, loin de là, ni qu'ils sont forcément inintéressants. Mais il faudrait toujours les utiliser avec précaution, sans jamais perdre de vue l'enseignement autrement plus nourrissant des Pères de l'Eglise ou de saint Thomas. A force de les citer sans précaution, dans le contexte de crise interne où se trouvent l'Eglise et même le milieu traditionaliste, il y a quelque logique à ce que les effets ne soient pas merveilleux.

( 776634 )
Bien vu et finalement analysé par Athanase (2015-04-20 16:25:29)
[en réponse à 776628]
Il faut bien distinguer des prises de position conjoncturelles, exprimées sous forme de pamphlets, d'ouvrages, des oeuvres de Saint Thomas ou des Pères. Cette littérature complotiste et apocalyptique n'aide pas à une saine compréhension du monde dans lequel nous vivons.

( 776637 )
vous avez bien compris Athanase un mécanisme par Luc Perrin (2015-04-20 16:45:44)
[en réponse à 776535]
important et il est facile de voir dans l'histoire des relations FSSPX - Rome ce mouvement de balancier : on s'approche puis brusquement certains font repartir le balancier au plus loin, puis on se rapproche à nouveau et cela repart dans l'autre sens ; sans sortir toutefois pour l'instant du corps de cette pendule comtoise : là est l'innovation de Mgr Williamson et du petit troupeau qui le suit autour de l'USML et quelques groupuscules y compris Avrillé etc. Ils ont choisi en 2015 de casser la pendule pour maintenir le balancier bloqué dans la position la plus éloignée de Rome.
Toutefois j'ajouterais à la juste analyse d'Athanase qu'il faut aussi regarder de l'autre côté : la "comtoise" romaine marche de la même façon, plus la FSSPX s'approche et ici ou là surgit une opposition pour tout faire échouer.
On l'a noté en 1986 : le pape voulait "libérer la Messe", une commission cardinalice avait accepté et patatras le cardinal Hume, sans doute le cardinal Lustiger, implorent et menacent le pape de graves turbulences, le balancier romain reste figé jusqu'à 2007.
On l'a vu en 1988 dans les semaines qui ont suivi l'accord mort-né de mai : Mgr Lefebvre a fait monter les enchères et Rome a curieusement tergiversé, joué la montre, l'attentisme comme paralysée de l'intérieur, le pape copiant Brel dans sa chanson "qui dit oui, qui dit non" ... faisant monter la défiance latente de Mgr Lefebvre à son paroxysme.
Quelle était la logique de cet attentisme romain subit après l'offensive de charme du Cardinal ? Aucune de positive : il eût fallu au contraire se presser pour appliquer le Protocole et désigner l'évêque prévu.
De même en 2009 et surtout 2011, les extrémistes à l'intérieur de la FSSPX ont fait monter le ton et les enchères : la notion de "résistance" émerge et s'installe.
En miroir, on piétine, on recule même en arrêtant les discussions qui étaient loin d'être achevées en 2011 puis on remet des propositions qui ramènent à 2000-2001 voire en deçà, la Prélature personnelle comportant de notables limitations de compétence et pour l'installation, le volet doctrinal étant similaire à des textes antérieurs du cardinal Hoyos. Puis l'année 2012 voit le balancier s'agiter des 2 côtés : à Menzingen vers Rome, à Rome vers Menzingen et ... celui de Rome repart brusquement en mai 2012 au point de départ de 2011 et avant.
N'oublions jamais que pour signer un accord, il faut être deux...

( 776640 )
Mais l'apparition de la "résistance" est utile par Athanase (2015-04-20 17:23:29)
[en réponse à 776637]
si elle peut regrouper tous les opposants qui n'auront pas à faire d'opposition, puisqu'ils sont forcément en dehors de la FSSPX... Comme me disait un ami, la réconciliation entre Rome et la FSSPX se fera dans la douleur,avec une vive opposition ad intra. C'est ce que l'on a vu à partir de 2001, lors de la levée de boucliers et des reculades de Mgr Fellay. On se souvient déjà de la violence verbale de Mgr Williamson, comme si la crise de 2009 était déjà en germes... On peut dire que l'apparition de la résistance, le sacre d'un évêque crée un espace de contestation qui évitera de parasiter la FSSPX en son sein. C'est le bon aspect des choses...
Finalement, le dernier moment où la FSSPX pouvait être réconciliée en totalité, c'est bien en 1988: il faut bien reconnaître qu'existe en son sein une ligne "dure", dont il faut bien dire qu'elle est le fruit du pourissement et de l'installation d'une situation qui aurait dû être provisoire, mais aussi du désintérêt romain ou épiscopal...
L'USML ne cherchera jamais d'accord avec Rome, et donc cela n'aura aucune influence sur Menzingen.

( 776731 )
Et quand, et si, et dans le cas où... par Arnold (2015-04-21 20:54:39)
[en réponse à 776535]
Il y en a plein des phrases du genre...
J' aime bien quant à moi: Et si ma tante en avait...

( 776734 )
Nous parlons de choses réelles et pas seulement de suppositions par Athanase (2015-04-21 21:43:45)
[en réponse à 776731]
L'histoire récente de la FSSPX et les tergiversations des deux côtés sont assez connues pour voir qu'à chaque fois que la perspective de l'accord semble proche, on s'en éloigne... Lisez le post de notre ami Luc Perrin ! Mais le seul aspect positif est que maintenant, les "résistants" sont dehors et ne peuvent plus entraver la FSSPX, comme ils le faisaient avant...

( 776745 )
Vous êtes naif par Arnold (2015-04-21 23:32:43)
[en réponse à 776734]
si vous pensez que 100 % des membres de ladite fraternité sont pour un ralliement. Je ne parierai pas pour vingt .

( 776767 )
Parce que vous avez des statistiques ? par Athanase (2015-04-22 12:15:45)
[en réponse à 776745]
Toutes les figures opposées à l'accord ont fini, bon gré, mal gré, par quitter la FSSPX: Mgr W, l'abbé Pivert, etc. Je donne pas cher de leur structure qui risque de se retrouver avec autant d'évêques que la FSSPX tout en ayant 10 fois moins de prêtres et certainement 100 fois moins de fidèles...

( 776860 )
Impossibilité des statistiques par Peregrinus (2015-04-23 13:42:58)
[en réponse à 776767]
Il me semble qu'en la matière toute statistique est impossible, ou du moins assez peu significative, dans la mesure où dans une Fraternité qui a tout d'abord pour raison d'être le sacerdoce catholique et tout ce qui s'y rapporte, il va de soi que l'apostolat d'un prêtre ne peut être réduit à ce qu'il pense relativement à l'opportunité d'un accord entre les autorités romaines et sa Fraternité.
Cela peut sembler également aller de soi, mais il me semble que les difficultés sont d'ailleurs d'autant plus grandes que l'opposition à des accords peut être une simple opinion (le prêtre y est plutôt défavorable parce qu'il les estime inopportuns dans telle ou telle circonstance ; ce qui n'empêche donc pas qu'il s'en remette au jugement de ses supérieurs mieux informés) ou une position de fond (telle que la présente officiellement la "Résistance"). C'est pourquoi je ne vois pas vraiment ce que peuvent signifier les 20 ou les 80%.
On ne peut qu'espérer pour eux et pour leurs fidèles qu'ils échapperont à l'émiettement, mais effectivement on ne voit guère ce qui empêchera les opposants radicaux et leur structure d'aboutir à la situation que décrit Athanase.
Peregrinus

( 776556 )
Un texte aussi prévisible que décevant par Peregrinus (2015-04-19 15:41:21)
[en réponse à 776491]
A vrai dire, à la seule lecture du titre et des intertitres, on devine très rapidement à quels arguments et même à quelles citations les auteurs de ce texte vont recourir. Je pense notamment au paragraphe 2, qui est un exemple typique d'analyse malheureusement ressassée dans une partie du milieu traditionaliste. Il est ainsi frappant que des catholiques, et ici des religieux, affichant souvent leur adhésion à la pensée de saint Thomas d'Aquin n'alignent en fait presque que des références à des auteurs antilibéraux du XIXe siècle, comme ici Mgr Gaume, dont il est pourtant avéré qu'ils se sont fondés sur des principes qui non seulement ne sont pas thomistes, mais parfois sont radicalement opposés à la philosophie et à la théologie de saint Thomas, dans la mesure où la pensée catholique antilibérale du XIXe siècle n'est souvent rien d'autre que le rejeton pour ainsi dire de droite du traditionalisme mennaisien.
Il me semble ainsi que l'explication de la crise de l'Eglise par le rejet du surnaturel est un contresens historique et théologique presque total. Il faudrait dire plutôt que c'est une conception fausse du surnaturel, qui souvent niait ou relativisait précisément au nom de l'ordre surnaturel la consistance de l'ordre naturel, qui a fait perdre de vue la gratuité de notre élévation à l'ordre surnaturel en confondant systématiquement les deux ordres. Il me semble qu'à l'intérieur de l'Eglise, ce n'est pas tant la contagion du naturalisme que la victoire d'un pseudo-surnaturalisme qu'il faut accuser.
A la lecture d'un tel texte, et de bien d'autres revues, brochures etc. qui assènent constamment les mêmes idées, les mêmes citations, je tends de plus en plus à penser que les antilibéraux du XIXe siècle sont la plaie du milieu traditionaliste. Mgr Lefebvre recommandait de se mettre à l'école de saint Thomas d'Aquin : c'est un conseil qu'il serait grand temps de suivre, au lieu de se mettre à la remorque d'auteurs douteux dont la lecture ne peut guère convaincre que les convaincus.

( 776639 )
pas d'accord avec votre "blondélisme" par Luc Perrin (2015-04-20 17:20:08)
[en réponse à 776556]
implicite.
La pensée de Blondel que vous reprenez en filigrane à travers ses disciples dont bien sûr Henri de Lubac a, je pense, légué une posture théologique fragile, aux antipodes de tous les thomismes. A force de voir dans le "surnaturel" de "l'extrincécisme" et d'en tirer les conséquences les plus perverses à la manière des réformateurs de l'Action catholique spécialisée des années 1940 à 1975 ou d'un Karl Rahner sj et ses "chrétiens anonymes" thèses qui se radicalisent encore avec les plus échevelés des "interreligieux", on a bel et bien nourri et entretenu la crise de l'Église.
Comme vous, les "modernes" se sont consolés, à bon compte, sur le dos des néo-scolastiques un peu sclérosés des années 1940-1960 : c'est une partie du problème, une petite partie. N'oublions pas l'autre bien plus grosse, le blondélisme débridé, au-delà de la pensée propre de Maurice Blondel, c'est cela que Maritain qualifiait de mille fois plus grave que le modernisme sous saint Pie X.
Or c'est Etienne Fouilloux qui explique que ce blondélisme s'est substitué au thomisme d'école romain comme référent "orthodoxe" après 1970.
Enfin ce que vous critiquez autour du rejet du "surnaturel" est pourtant parfaitement admis par les sociologues du religieux qui parlent couramment de "sécularisation interne" du christianisme, sous toutes ses variantes catholique, protestante, orthodoxe. Je pense, me trompé-je ?, que les capucins de Morgon visent cela, avec des mots d'autrefois, la sécularisation interne, assumée, volontaire de la foi chrétienne.
N'est-ce pas exactement ce qu'énoncent le cardinal Kasper et Mgr Forte et avec eux tant de théologiens contemporains ?
Bref je ne ferais pas grief de cela aux capucins de Morgon : quand ils enfoncent une porte largement ouverte, je ne vois pas matière à le leur reprocher.
Je vous rejoins, mais en partie seulement, sur le recours aux "Pères de l'Église" : c'est la méthode de l'école de Fourvière qui doit vous être chère ... des Daniélou and C°. Chacun sait qu'on trouve un peu ce qu'on veut chez les Pères.
Mais une rélexion sur la laïcité, la sécularisation, le marxisme autrefois, le libéralisme amoral, le capitalisme etc. ... ben chez saint Augustin ou Grégoire de Nysse ... vous aurez du mal. Les auteurs du XIXe sont sans doute un peu vieillis, je vous l'accorde, mais au moins ils abordent des questions qui sont liées à notre modernité là où ni Thomas ni aucun des Pères ne peuvent vraiment répondre car c'était un état proprement impensable pour eux.
Il y a bien des domaines, plus philosophiques, de théologie fondamentale ou morale, où la science de Thomas et des Pères nous éclaire évidemment : mais pas en tout domaine pour autant.

( 776642 )
C'est tout le contraire par Peregrinus (2015-04-20 17:35:03)
[en réponse à 776639]
Ce qui me paraît très discutable chez les antilibéraux du XIXe siècle, c'est exactement ce qui me paraît inacceptable chez Blondel et le P. de Lubac (mais avec des accents renversés), à savoir la confusion des deux ordres naturel et surnaturel, qui conduit à un pseudo-surnaturalisme, dans un cas à tendance théocratisante, dans l'autre cas à un surnaturalisme optimiste qui voit dans le surnaturel une exigence logique de la nature. Dans les deux cas le surnaturel perd sa gratuité, il est naturalisé. Le rejet du surnaturel n'a été rien d'autre qu'une conséquence de ce faux surnaturalisme, qui aboutit effectivement au naturalisme, mais en ayant pour intention première de mettre du surnaturel partout, en niant que la finalité de l'homme est double, naturelle et surnaturelle ; ce qui a conduit en effet à une sécularisation interne radicale (si tout est surnaturel, rien n'est surnaturel).
Mon hostilité à Blondel - sur lequel mon opinion, pour autant qu'elle est légitime, est à peu près celle du P. de Tonquédec et celle du P. Garrigou-Lagrange, mon théologien contemporain favori - étant à peu près totale, je suis assez surpris de m'entendre taxer de blondélisme. Mais peut-être en effet ne m'étais-je pas exprimé avec assez de clarté.
Peregrinus

( 776696 )
Blondel - de Lubac et leur aversion du par Luc Perrin (2015-04-21 15:36:07)
[en réponse à 776642]
surnaturel.
C'est tout l'effort de Blondel poursuivi par de Lubac avec des accents propres de lutter contre l'idée de surnaturel et de vouloir imposer une "christianisation" des réalités terrestres, acceptable pour partie, mais qui poussée à l'extrême fait sombrer dans les aberrations que je rappelais et dont nous ne sommes pas sortis.
Il me semblait que votre maître d'outre-tombe, le Père Garrigou-Lagrange, avait violemment reproché à la "nouvelle théologie" cette approche dévalorisante du "surnaturel".
D'où mon étonnement aussi de voir l'attaque blondélienne reprise initialement.
Pour votre mise au point, je reste un peu sur ma faim car autant il est impensable de vouloir tout baptiser même Daesh en suivant la pente d'un Karl Rahner, autant séparer radicalement les deux ordres naturel/surnaturel, refuser de voir en ce bas monde toute esquisse d'un cheminement vers le Royaume de Dieu, toute démarche vers le règne social de N.S.J.C., mépriser l'État et la loi ne me paraît pas conforme à la pensée catholique ni à la Tradition. Je suis certain que votre maître n'y aurait pas souscrit. Dignitatis humanae introduit un écart certes mais pas une séparation absolue.
Mais je suis historien et non philosophe donc je puis ne pas avoir compris le sens de votre raisonnement.

( 776705 )
Un article à lire sur la distinction nature-surnature tiré de Nova et Vaetera par Athanase (2015-04-21 17:23:28)
[en réponse à 776696]
Il est du RP Bonino, que vous avez dû croiser, et il critique (intelligemment) de Lubac (que j'apprécie pour une partie de son oeuvre), en maintenant la distinction des deux ordres. Il a été publié en 2011, mais ne semble plus en libre accès sur le site de la revue.
Le dominicain reproche au RP de LUBAC d'avoir conçu le naturel dans une optique excessivement profane, au sens des modernes, ce qui explique son refus affirmé de la distinction telle qu'elle est entendue par les scolastiques. En retour, de Lubac a fini par se méfier du concept de nature qu'il juge trop laïcisé...
Le danger de l'immanence blondélienne, si elle n'est pas corrigée et freinée, c'est, comme vous le faites remarquer, peut conduire à des attitudes aberrantes et à ne plus voir le péché. Elle peut conduire à des capitulations et à des impasses (la réaction de certains textes synodaux de l'année dernière sur certains péchés en est un exemple: on se demande pourquoi il ne faudrait pas avaliser à haute dose des comportements gravement éloignés de toute morale familiale, et non tel aspect idéalisé ).
Le pape actuel a-t-il médité suffisamment le délicat abandon d'une distinction qui s'est trouvée bien en vue chez des théologiens ?
Tout est grâce, peut-être, mais soyons vigilants sur la portée de l'expression...

( 776711 )
Aversion pour le surnaturel ou pseudo-surnaturalisme ? par Peregrinus (2015-04-21 17:57:25)
[en réponse à 776696]
Dans la mesure où je suis par formation plus historien que philosophe, il est possible et même très probable que je me sois très mal exprimé.
Cependant, il me semble que l'attaque blondélienne et néomoderniste portait sur le concept de pure nature, comme le rapporte je crois Etienne Fouilloux que vous avez cité ; concept de pure nature attribué par le P. de Lubac à Cajétan et accusé d'être païen et à l'origine de la sécularisation, ce qui me paraît au moins très discutable. On peut certes envisager la nouvelle théologie d'inspiration blondélienne comme un naturalisme de fait ; mais je crois qu'il ne l'est certainement pas d'intention, dans la mesure où justement, ce que refusent Blondel et de Lubac, c'est d'abord un ordre naturel qui posséderait sa consistance ; dans son intention cette théologie est me semble-t-il plutôt surnaturaliste ou pseudo-surnaturaliste, même si elle aboutit à une naturalisation de la grâce transformée en exigence de la nature. Le P. Garrigou-Lagrange écrivait ainsi :
Quant à l'assertion du P. de Lubac, Surnaturel, 1946, p. 254 : "Rien n'annonce chez saint Thomas la distinction que forgèrent plus tard un certain nombre de théologiens thomistes entre Dieu auteur de la nature et Dieu auteur de l'ordre surnaturel etc.", les quatre textes de S. Thomas que nous avons cités en note, selon leur sens obvie et communément reçu, montrent que S. Thomas n'a pas seulement annoncé cette distinction, mais qu'il l'a admise. [...] Nous avons examiné et réfuté [...] la théorie du surnaturel proposée au XVIIIe siècle par Noris et Berti à laquelle somme toute revient aujourd'hui le P. de Lubac. ("Vérité et immutabilité du dogme", dans Angelicum, 1947, pp. 134-135)
Noris et Berti étant des théologiens qui se voulaient rigoureusement augustiniens, je ne pense pas que l'on puisse les taxer d'aversion pour le surnaturel, du moins en ce qui concerne leur point de départ. Mais dès lors que la nature est à ce point rabaissée qu'elle perd toute consistance, c'est le surnaturel qui perd toute gratuité et devient un simple prolongement de la nature. C'est pourquoi un faux surnaturalisme donne facilement la main à un certain naturalisme et qu'il y conduit assez logiquement.
Yvon Tranvouez écrivait si je me souviens bien à propos de Lamennais que rien ne ressemble plus à une sécularisation radicale qu'un augustinisme exacerbé. En effet dès lors que plus rien n'est vraiment naturel, plus rien non plus n'est vraiment surnaturel, toute réalité devient la manifestation d'un désir surnaturel ; et c'est à cette confusion qu'a abouti me semble-t-il la nouvelle théologie, à laquelle à mon avis les incantations de l'école antilibérale du XIXe siècle, fondée sur un traditionalisme bien pauvre ne sont capables d'opposer qu'un barrage bien fragile, dans la mesure où elles n'offrent que la version pessimiste de la même confusion. L'opposition d'un Garrigou-Lagrange par exemple (mais on pourrait citer certainement d'autres théologiens de la même école) au libéralisme me semble autrement plus solide et fondée, ainsi que beaucoup plus sereine, parce qu'elle ne part pas d'une controverse ou d'une situation particulières.
Il me semble en ce qui concerne les rapports entre nature et surnature qu'entre les conceptions quasi théocratiques de certains antilibéraux du XIXe siècle et la séparation radicale que je ne préconise certainement pas, il existe une position plus équilibrée, qui sache subordonner l'ordre naturel à l'ordre surnaturel sans lui faire perdre toute consistance.
Mais il est vrai que n'étant ni philosophe ni théologien, je ne possède pas en la matière de compétence particulière, et j'ai conscience d'avoir été ici bien long et fort peu clair.
Peregrinus

( 776727 )
Sur la distinction naturel - surnaturel par Jean-Paul PARFU (2015-04-21 20:35:35)
[en réponse à 776711]
Vous pourrez lire le post que j'avais rédigé à l'attention de Denis Sureau
ici

( 776732 )
Conséquences sur l'enseignement récent des Papes par Jean-Paul PARFU (2015-04-21 21:07:30)
[en réponse à 776727]

( 776859 )
Oui par Peregrinus (2015-04-23 13:28:43)
[en réponse à 776732]
Dans l'ensemble, je suis d'accord avec ce que vous écrivez sur la confusion des deux ordres naturel et surnaturel et sur ses conséquences désastreuses ; de même que je suis en fait sur le fond probablement plutôt d'accord avec M. Perrin, même si je dois bien reconnaître que j'ai été insuffisamment clair et ai pu donner l'impression de dire à peu près le contraire de ce que je voulais dire, puisque je suis en la matière résolument "extrinséciste", pour utiliser les mots de Blondel.
Il est bien clair que je suis par ailleurs tout à fait favorable à ce que l'Eglise prêche sur le surnaturel authentique, sur les mystères essentiellement surnaturels de notre foi ainsi que sur la nécessité pour le chrétien de tout accomplir dans un esprit surnaturel et de laisser la grâce surélever sa pratique des vertus naturelles.
Peregrinus

( 779710 )
Pas sûr que de Lubac et Rahner prennent appui sur la même chose. par Scrutator Sapientiæ (2015-05-30 18:31:49)
[en réponse à 776639]
Bonjour et merci, Luc Perrin.
1. D'après certains auteurs, sur la question des religions non chrétiennes, de Lubac et Rahner ne prennent pas appui exactement sur la même chose.
Voici :
Ici.
2. De toute façon, il me semble qu'aujourd'hui, le "match" n'est plus
- entre ceux qui sur-distinguent entre la nature et le surnaturel, au risque d'avoir une approche excessivement ou exclusivement dualiste,
- et ceux qui sous-distinguent entre la nature et le surnaturel, au risque d'avoir une démarche excessivement ou exclusivement moniste.
3. Il me semble qu'aujourd'hui le "match" a lieu
- entre ceux qui, avant tout, reconnaissent toute son autorité à la Parole de Dieu, au Magistère de l'Eglise,
- et ceux qui, avant tout, accordent ou attribuent toute une "autorité" à la conscience de l'homme et au devenir du monde, ou plutôt à telle ou telle conception, hier cela, aujourd'hui ceci, des aspirations de l'homme et de l'évolution du monde.
4. Teilhard de Chardin, ou les teilhardiens, me semblent ainsi plus coupables que Sonier de Lubac, ou les lubaciens. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pour quelles raisons l'extrême dangerosité du teilhardisme (peu importe en un sens qu'il s'agisse de celui de Teilhard ou de celui des teilhardiens) a été aussi peu reconnue par Henri de Lubac, alors qu'un Gilson ou un Maritain, non adversaires de de Lubac, me semble-t-il, ont été plus lucides sur ce point.
5. Le Moyen-Age et l'Ancien régime étaient-il essentiellement surnaturels, et le monde moderne et le monde contemporain sont-ils évidemment anti-naturels, ou infra-naturels ?
6. Je ne sais pas si l'on peut "poser le problème" en ces termes là, mais je sais, en revanche, qu'aujourd'hui, il est de bon ton de considérer que si l'on voit les êtres et les choses, non comme ils sont, mais comme on voudrait qu'ils soient, et, de préférence, meilleurs qu'ils ne sont, c'est que l'on est mû par une inspiration et une orientation à caractère quasiment surnaturel.
7. Franchement, l'impression que tout ceci me donne est à peu près celle-ci : en gros, à une christologie du Verbe incarné a succédé une christologie de l'Homo assumptus, à peu près au moment où l'on a commencé à (faire) croire que, en 1945, le mal absolu ayant été vaincu, on pouvait commencer à explorer, puis à exploiter, une zone de compatibilité axiologique, entre le christianisme catholique et telle ou telle religion séculière ou volonté de puissance.
8. Je me demande donc si le sécularisme interne n'est pas en relation intime avec un théocratisme inversé : dans cette vision des choses, ce n'est plus un paradoxe, mais un oxymore, qui est à l'oeuvre : plus l'évolution des mentalités et de la moralité s'éloigne, voire s'oppose, à l'hétéronomie judéo-chrétienne, et plus elle est "en phase", avec la ligne du temps (au vu des signes des temps que l'on veut bien voir), ligne non seulement permise, mais aussi voulue, par Dieu lui-même.
9. Les adversaires de Forte et de Kasper se feront traiter de fondamentalistes, quand ils invoqueront l'Ecriture, de traditionalistes, quand ils invoqueront la Tradition, de légalistes rigoristes quand ils invoqueront le Magistère, ou encore, voire surtout, de réactionnaires ou de retardataires, face à "l'exigence évangélique, tournée vers les autres, vers l'avenir, vers l'extérieur, qui consiste à accompagner l'homme et le monde jusqu'à son émancipation en plénitude (etc, etc)", mais combien d'entre eux se feront traiter, le moment venu, d'adversaires du naturalisme, ou de surnaturalistes ?
10. Je suis tenté de finir ce message en distinguant entre entitativistes et intentionnalistes, ou entre substantialistes et évolutionnistes (Misericordia et Peripheria) ; s'il y a des actes intrinsèquement mauvais, il est impossible qu'ils soient en phase avec une inspiration ou une orientation surnaturelle, et si Jean-Paul II a raison de dire ce qu'il dit dans Veritatis Splendor, cela signifie que les auteurs de G S ont tort de taire ce qu'ils taisent dans Gaudium et Spes.
Bonne fin de journée et à bientôt.
Scrutator.

( 779699 )
Vous devriez aller, ou retourner, à Besançon. par Scrutator Sapientiæ (2015-05-30 17:01:21)
[en réponse à 776556]
Bonjour et merci, Peregrinus.
Vous devriez aller, ou retourner, à Besançon.
Je vous conseille ou vous suggère en effet de (re)lire Trois tentations dans l'Eglise, d'Alain BESANCON.
Première tentation : la tentation anti-démocratique,
Deuxième tentation : la tentation démocratique, ou plutôt démocratiste,
Troisième tentation : la tentation de l'islam, ou plutôt de la soumission à l'islamisation.
Ce livre doit pouvoir se trouver, notamment sur "Ah!... Ma zone!..."
Je ne vous en dis pas plus, mais la lecture de cet ouvrage vous permettra d'approfondir ce que vous avez écrit.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.