Le Forum Catholique

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images/icones/sacrecoeur.gif  ( 776282 )Adoption et grâce par Abbé Néri (2015-04-16 19:38:45) 

Le terme grâce étant très large, il peut être fructueux de le préciser un peu. Je n'ai pas la prétention de vous livrer un traité sur la grâce mais simplement quelques considérations relatives à la grâce sanctifiante. Les théologiens distinguent d'abord la grâce en deux catégories :

- La grâce sanctifiante (don habituel, dite "gratia gratum faciens")

- La grâce actuelle (secours passager)

Je vous livre donc un petit développement sur la grâce habituelle, ce don par lequel Dieu nous rend agréables à ses yeux. En se fondant sur la révélation le sens de la grâce sanctifiante est éclairé par analogie avec l'adoption.

Comme adopter n'est autre chose que de faire choix d'une personne pour l'admettre en sa famille afin qu'elle y tienne lieu de fils et d'héritier. L'adoption renferme trois choses :

- la capacité de posséder l'héritage de l'adoptant en la personne adoptée

- le droit sur cet héritage qu'elle reçoit par son adoption

- enfin l'actuelle possession de cet héritage

La première est le fondement de l'adoption, la seconde en est la forme, et la troisième la perfection.

1.- La capacité de posséder l'héritage du père adoptant, est donc le fondement de l'adoption, parce qu'elle ne tend qu'à faire une personne étrangère héritière de tous ses biens et par conséquent elle suppose que cette personne puisse les posséder.

{C'est pourquoi un homme ne peut pas adopter un cheval, parce qu'il est d'une nature différente qui le rende absolument incapable de jouir de ses biens. Mais un homme adopte un autre homme de même espèce et nature que lui, capable par son entendement et sa volonté de posséder les richesses qu'il lui prépare.}

La nature humaine est donc le fondement de l'adoption éloignée pourtant; car il faut de plus que l'homme soit doué de quelques perfections qui gagnent le cœur de l'adoptant et lui portent à lui faire la grâce de l'admettre dans sa famille, le tenir pour son fils et l'établir son héritier.

2.- Le droit que reçoit le fils adoptif à l'héritage de celui qui l'adopte est la forme de l'adoption. Car sans lui, il n'est point son fils adoptif, ni son héritier et avec lui il prend ses deux qualités.

3.- Enfin l'actuelle possession de l'héritage est la perfection de l'adoption. Parce qu'elle en est la fin, et qu'un droit est toujours imparfait jusqu'à ce que l'on soit parvenu à la possession de la chose. Un homme n'est parfaitement héritier d'un autre que lorsqu'il prend possession de son héritage.

La grâce nous donne toutes ces choses dans l'Adoption Divine.

1.- Premièrement la capacité de posséder l'héritage de la gloire que nous n'avons pas de nous-mêmes. Parce qu'il consiste dans la vision de Dieu que n'est propre et naturelle qu'à Lui, et qui excède infiniment la portée de notre nature : mais la grâce communiqué ordinairement par le baptême à nos âmes, est en nous comme une seconde nature très haute, qui nous élève à un état divin, et nous fait entrer dans l'ordre de Dieu même, et par ce moyen nous donne une parfaite proportion avec l'héritage de la gloire qui fait qu'elle nous est comme naturelle.

2.- Secondement elle nous y donne un droit intérieur.

Car tout ainsi que la nature du père communiquée par lui au fils par voie de génération lui donne un droit naturel à l'héritage de son père; de même la grâce qui n'est autre chose qu'une nature divine participée par voie de régénération spirituelle nous donne un droit intérieur à la gloire par lequel, pour me servir du mot de Tertullien nous sommes: "Candidati Angelorum", les prétendants légitimes de l'éternité et de la condition et gloire des Anges.

Saint Pierre le disait lui-même en ses termes:

"Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, à vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps!" (I Pierre 1;3-5)

3.- Enfin, la grâce quand elle est achevée, achève aussi notre adoption en nous mettant en possession de l'héritage de notre Père céleste, c'est-à-dire de la gloire. (Laquelle disent les théologiens n'est autre chose qu'une grâce consommée)



images/icones/fleche2.gif  ( 776296 )Les Conférences d'Angers par Jean Ferrand (2015-04-16 21:43:26) 
[en réponse à 776282]

Les Conférences d'Angers (1758, avec privilège du roi) donnent cette définition de la grâce habituelle. Je cite in-extenso.

"La Grace habituelle est une qualité infuse en notre ame d'une manière fixe & permanente. On en distingue de trois sortes. 1°. La Grace sanctifiante, autrement dit la Charité habituelle, laquelle étant incompatible avec le péché, nous élève à un état de justice & de sainteté, qui nous rend agréables à Dieu et dignes du ciel. C'est cette Grace que les Sacrements produisent en nous, si nous ne l'avons pas, ou qu'ils augmentent si nous l'avons. Elle demeure dans notre ame, tant que nous sommes exempts du péché mortel, qui seul peut nous la faire perdre. Le Catéchisme du Concile de Trente dit, que cette Grace est une qualité inhérente à nos ames, & une lumière admirable qui les rend pures & brillantes.
2°. Les vertus qui ne s'acquièrent point par les forces de la nature & par des actes réitérés, telles que sont les Vertus Théologales, la Foi, l'Espérance & la Charité ; & les Vertus morales infuses, entre lesquelles les Cardinales, la Justice, la Prudence, la Force & la Tempérance tiennent le premier rang.
3°. Les dons du Saint-Esprit qui nous donnent un penchant, une promptitude, une facilité pour les actes surnaturels, qui sont propres à chacun de ces dons. On en compte sept, dont les quatre premiers sont pour l'esprit, & les autres pour la volonté. Ce sont les dons de Sagesse, d'Entendement, de Science, de Conseil, de Piété, de Force & de Crainte. Il y a cette différence entre la Sagesse et la Science, regardées comme dons du Saint-Esprit, & ces mêmes Graces considérées comme gratuitement données, que les dons ont pour objet principal la sanctification de ceux qui les reçoivent, au lieu que c'est principalement pour le salut du prochain que sont données ces Graces gratuites."


J'ai respecté l'orthographe (et la typographie) du temps malgré les protestations du logiciel.
images/icones/neutre.gif  ( 776315 )Il reste à l'adopté à entrer dans la matrice de son adoption. par le torrentiel (2015-04-17 06:19:07) 
[en réponse à 776282]

Ce qui peut être une réponse à la question de Nicodème sur la nature de la nouvelle naissance.


Incidemment, c'est sur le modèle de l'adoption divine qu'hier les cités et aujourd'hui les nations offrent la "naturalisation" (la nature contrefait la Grâce) à des étrangers à qui elle demande en effet, lorsque la naturalisation n'es pas dénaturée en n'étant assortie d'aucune exigence, d'avoir accepté leur héritage.


Seconde incidente : est-il exact que c'es la République qui, en France, a légalisé l'adoption alors que l'Eglise s'y opposait sous l'ancien Régime? Et si c'est exact, commen cela peut-il se justifier? Comment peut-il se justifier que, tandis que le régime de la nature veu imiter celui de la Grâce au point de le singer jusque dans ses lois, le régime de la Grâce soit jaloux de ses prérogatives au point d'en interdire la transcription ou la transposition dans des lois terresres, cependant que ce même régime de la Grâce s'emploie par ailleurs à faire descendre la Grâce du ciel sur la terre pour que les élus de la terre participent à la vie de la Grâce et du ciel ? Or l'adoption est également une élection, mais il est vrai que la Grâce s'oppose à la loi, ce qui pourrait expliquer cette réticence de l'eglise.
images/icones/bible.gif  ( 776406 )Adopter ses enfants, s'adopter soi-même...Et le plus célèbre des adoptés... par Glycéra (2015-04-17 19:31:03) 
[en réponse à 776315]


N'est-il pas fondamental que si les parents n'adoptent pas leurs enfants, ils ne seront jamais vrais parents ?
Le géniteur ne reste-t-il pas du domaine contingent, matériel, quasi animal ?

Seul celui qui adopte son enfant peut avoir autorité paternelle sur lui. Par délégation divine, et ainsi les deux paternités se rejoignent, comme se touchent les deux faces de Dieu en nous : l'exterieure et l'intérieure.

Nous avons-pour mission de faire naître l'enfant de Dieu en nous, d'adopter en cette deuxième naissance l'enfant intérieur que Dieu attend, guette, espère et aide à naître.
(cette deuxième naissance dite par Jésus, où l'intelligence savante mais matérielle, non spirituelle encore, de Nicodème bloque et lui fait dire "rentrer dans le ventre de ma mère ?")
Celui qui n'adopte pas cet enfant intérieur ne saura pas grandir en Dieu. Ne verra pas qui être en vérité, ni comment diriger sa vie dans les voies de Dieu.



Le plus célèbre des adoptés ?
Jésus !
Par Joseph... quand Dieu est venu lui présenter sa demande formelle, en lui redonnant son épôuse en sus...
"Garde ton épouse et donne à l'enfant le nom de Jésus"

Un autre ?
Saint Jean
quand Jésus le confie à Marie

Et il y en a d'autres dans la Bible.
Moïse, Esther, David, Samuel

Cela en dit long sur notre position.
De vrais fils de Dieu, adoptés.
Et fils de la Vierge qui est Conception : elle nous a adoptés.

Sans compter la vraie famille d'un disciple du Christ : « Qui sont mes frères, mes sœurs, ma mère ? Ceux qui écoutent et mettent en pratique la Parole de Dieu »
Nous sommes FIls de Dieu... là est notre vraie demeure, cohéritiers du Père.


Glycéra




images/icones/neutre.gif  ( 776440 )L'adoption est la vraie filiation. par le torrentiel (2015-04-18 06:58:05) 
[en réponse à 776406]

Et son rôle dans notre Foi est ce qui ne rend pas insupportable que notre religion, religion de la filiation en plus d'être celle de l'Incarnation, ne fasse pas la part de la désaffiliation nécessaire à ce qu'un homme devienne lui-même en distinguant son identité de son héritage, qu'il doit certes accepter, assumer, transmettre et ne pas dilapider.


Pour devenir soi-même, on ne doi pas tuer le père, mais on doit se désaffilier, ce qui est plus radical. On doit se désaffilier pour retrouver le Père, pour l'adopter, pour consentir qu'il soit notre géniteur, et enfin l'honorer et le servir s'il s'agit de dieu.


Les parents doivent adopter leurs enfans: je corroborerai votre remarque par une observation tout à fait empirique. Moi qui emprunte beaucoup les chemins de fer, je me suis souvent fait la réflexion que les enfans les plus calmes dans le train étaient ceux à qui leurs parents parlaient calmemen, sans prévenir leurs caprices par des scènes, comme à des amis. J'ai même voyagé une fois en compagnie d'une mère et de sa fille, qui avaient une relation d'une exceptionnelle sérénité, qui irradiait tant que la petite fille, âgée de quatre ou cinq ans à peine et qui paraissait plus mûre que son âge, paraissait s'être assimilée à sa mère, non par imitation, mais pa ressemblance.


J'ai enfin l'intuition que ce modèle de parentalité adoptante et de filiation adoptive est celui de l'engendremen comme Fils du Verbe par le Père.