En 2008-2009, Mgr Nicola Bux publiait son livre "
La réforme de Benoît XVI". Cet excellent ouvrage avait beaucoup fait parlé, et plusieurs d'entre vous l'ont probablement déjà lu. Puisque nous sommes nombreux à nous intéresser à la question de la réforme de la réforme liturgique voulue par Benoît XVI, de même qu'à l'application du Motu Proprio
Summorum Pontificum, j'ai pensé partager ici quelques passages importants de ce livre :
1- L'universalité du Motu Proprio Summorum Pontificum : "(…) L’intention du motu proprio est bien que tous, dans l’Église, regardent vers le rite ancien, et que, par conséquent, les prêtres puissent le célébrer et les fidèles y participer. Un fidèle oriental, qui se rend à l’église, peut participer au rite de saint jean Chrysostome ou de saint Basile en fonction du temps liturgique. Analogiquement, les diocèses catholiques de rite latin ne doivent pas se limiter à attendre des demandes pour la célébration de la forme extraordinaire, mais ils doivent offrir cette possibilité.’’ (p. 97)
2- Contre l''instrumentalisation de la liturgie : "S’il est vrai que quelques groupes traditionalistes se sont servis de la liturgie comme une bannière au service d’un certain fondamentalisme catholique identitaire, on sait aussi qu’un certain nombre de progressistes ont revendiqué une autonomie de type protestant et mondialiste (il suffit de voir leurs propres drapeaux exposés sur les frontons des églises et devant les autels pour s’en convaincre). L’instrumentalisation politique et culturelle de la messe, ou la réduction de cette dernière à un folklore ou à un spectacle, sont des dérives qu’on peut déplorer dans un camp comme dans l’autre.’’ (p. 97-98)
3- La fabrication du nouveau rite et ce qu'en pensait le bienheureux Paul VI: "Le motu proprio, pour sa part, remet devant nos yeux le rite pluriséculaire de l’Église catholique, que le nouveau rite ne doit pas avoir peur de prendre en considération pour en récupérer certains aspects essentiels. Il est vrai que le pape Paul VI désirait simplement restaurer le rite de saint Pie V, c’est-à-dire la liturgie de saint Grégoire le Grand, mais, hélas, dans un premier temps, ce sont les experts qui ont pris le projet en mains, et ils ont "fabriqué" autre chose. Quand Paul VI s’en aperçut, il essaya en vain de réagir, parce que, comme on le dit familièrement, le bétail s’était échappé de son enclos. Et cela a provoqué ensuite la fracture bien connue, puisque beaucoup se sont aperçus que la réforme n’était pas allée tout à fait dans la bonne direction.’’ (p. 101-102)
4- Ce que pensait Saint Jean-Paul II : "Tous sont appelés à reconnaître, dans le missel ancien, une expression privilégiée de la tradition de l’Église. Vouloir le contraire n’a aucun sens, car cela équivaudrait à renier ses propres racines. Le nouveau missel provient bien de l’ancien, ce qui manifeste la fécondité de ce dernier. Jean-Paul II a rappelé que "dans le missel romain dit de saint Pie V, comme dans les diverses liturgies orientales, il y a de très belles prières grâce auxquelles le prêtre exprime un sens profond d’humilité et de respect face aux saints mystères : elles révèlent la substance même de toute liturgie" (audience du 21 septembre 2001). De plus, à l’imitation du Seigneur, les critères de la générosité et de la miséricorde doivent prévaloir dans l’Église.’’ (p. 116-117)
5- Ce que voulait Mgr Bugnini : "(…) On oublie que Annibale Bugnini, à qui Paul VI avait confié la réalisation de la réforme postconciliaire, voulait obtenir qu’une disposition mentionne explicitement l’abolition de l’ancienne messe par le nouveau rite de 1970. La messe ancienne aurait alors été juridiquement abrogée. Pour adresser cette demande formelle à la commission pour l’interprétation des documents conciliaires, Bugnini avait besoin de l’autorisation du cardinal Secrétaire d’État. Le 10 juin 1974, ce dernier refusa de la lui accorder pour la raison suivante : une telle mesure serait considérée comme une prise de position hostile permanente contre la tradition liturgique.’’ (p. 118-119)
6- Ce que pensait la Commission des neuf cardinaux : "Il existe un autre élément d’ordre historique qui, d’une manière décisive, conduit à affirmer que le missel romain antérieur n’a pas été abrogé. En 1986, le pape Jean-Paul II institua une commission de neuf cardinaux en vue d’examiner le statut juridique de l’ancienne messe. Les membres en étaient les cardinaux Casaroli, Gantin, Mayer, Innocenti, Oddi, Palazzini, Ratzinger, Stickler et Tomko. La commission devait vérifier si le nouveau rite de la messe promulguée par le pape Paul VI avait abrogé l’ancien, et si un évêque pouvait interdire à ses prêtres de le célébrer. La commission se réunit en décembre 1986. À la première question, huit des neuf cardinaux répondirent que la nouvelle messe n’avait pas abrogé l’ancienne. À l’unanimité de ses membres, la commission affirma que Paul VI n’avait jamais accordé aux évêques le pouvoir d’interdire à un prêtre de célébrer la messe avec le missel de saint Pie V. (…) Le Saint-Siège reconnaissait donc le droit du prêtre de célébrer la messe traditionnelle. Cela venait du fait que la curie romaine avait toujours annulé en appel la sentence injuste de suspens prononcée par un évêque contre l’un de ses prêtres, au motif que celui-ci avait célébré la messe ancienne contre la volonté de l’évêque.’’ (p. 120-121)
Source : Nicola Bux,
La réforme de Benoît XVI. La liturgie entre innovation et tradition, Éditions Tempora, Perpignan, 2009, 204 pages.
NB :
L’édition française de ce livre a été préfacée par Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, lequel a signée ladite préface le 21 août 2009, en la fête de saint Pie X. L’édition espagnole a été préfacée par le Cardinal Canizares, qui était alors préfet de la Congrégation pour le Culte divin. Quant à l’édition italienne, elle a été préfacée par Vittorio Messori.
PS : Rappelons que Mgr Nicola Bux est un des plus importants promoteurs de la réforme de la réforme, et l’un des grands défenseurs du Motu Proprio
Summorum Pontificum. Il est (ou a été) professeur de liturgie et de théologie sacramentaire à l’Institut de théologie de Bari (Italie), consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à la Congrégation pour le Culte divin, à la Congrégation pour les Causes des Saints et au Bureau des Célébrations liturgiques du Souverain Pontife.
Voir également l'ntrevue accordée par Mgr Nicola Bux à
La Nef