Le Forum Catholique
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( 771738 )
Question aux canonistes (et peut-être aux liturgistes) par Servus Domini (2015-02-25 14:44:53)
Notre nouveau desservant refuse de célébrer la Messe du dimanche aux intentions demandées par certains fidèles (ce qu'ont pourtant toujours fait ses prédécesseurs), affirmant que le dimanche la messe doit être célébrée à l'intention de tous les fidèles de la communauté, ou encore pro populo. Le CIC affirme que les curés de paroisse sont effectivement tenus à la célébration pro populo les dimanches et fêtes d'obligation. Or notre desservant n'est ni curé ni même chapelain.Est-il tenu aux mêmes obligations, et par conséquent est-il dans son droit, ou bien y-a-t-il abus? Cette question revêt une certaine importance,car l'attitude du prêtre suscite de l'incompréhension de la part de beaucoup de fidèles.

( 771751 )
A mon avis il est dans son droit par Semper parati (2015-02-25 16:15:11)
[en réponse à 771738]
cependant beaucoup de libertés ont été données par la suite afin que les personnes souhaitant une messe y soient présentes ( le dimanche), autorisation a été donnée de la célébrer le dimanche ( à mon sens c'est anti pasto).
la règle est pour le dimanche la messe pro populo.
ces même personnes n'ont qu'a aller à la messe en semaine si elle tiennent à être présentes lors d'une messe à intention particulière.
SP

( 771754 )
Le Dom Lefèbvre de 1948 ... par Exocet (2015-02-25 16:23:32)
[en réponse à 771738]
... précise, avant le propre de chaque dimanche et des fêtes solennelles que : "chaque curé célèbre à l'intention de ses paroissiens". On peut en conclure logiquement que cette contrainte s'applique aussi aux vicaires ou aux prêtres de passage, qui célèbrent par délégation du curé. Je pense que votre célébrant a raison. Cela illustre le danger des pratiques erronées : lorsqu'un prêtre veut renouer avec les bonnes pratiques, il se fait mal voir ... Cela illustre malheureusement la faiblesse de la "culture" liturgique de la plupart des fidèles tradis. On pourrait écrire un bouquin avec ça !

( 771770 )
Seul le curé est tenu à la messe "pro populo" par Paterculus (2015-02-25 18:53:55)
[en réponse à 771738]
Mais même dans le cas où le curé célèbre la messe pro populo, rien ne l'empêche d'annoncer les messes demandées pour ce jour-là et dites à un autre jour. Il faut bien entendu que les fidèles soient instruits de cette disposition.
Mais il y a peut-être une raison valable. Par exemple si l'on veut attirer l'attention des fidèles sur les messes de semaine.
Votre dévoué Paterculus

( 771778 )
Ce que dit le Code... par Père M. Mallet (2015-02-25 19:43:47)
[en réponse à 771770]
Can. 534 – § 1. Après la prise de possession de la paroisse, le
curé est tenu par l’obligation d’appliquer chaque dimanche et fête d’obligation dans son diocèse la Messe pour le peuple qui lui est confié ;
s’il en était légitimement empêché, il la fera appliquer ces jours-là par un autre prêtre ou bien il l’appliquera lui-même un autre jour.
§ 2. Le curé qui a la charge de plusieurs paroisses est tenu, aux jours prévus au § 1, d’appliquer une seule Messe pour le peuple tout entier qui lui est confié.
§ 3. Le curé qui n’aurait pas satisfait à l’obligation dont il s’agit aux §§ 1 et 2 appliquera au plus tôt la Messe pour son peuple autant de fois qu’il aura omis de le faire.
Cela concerne donc le curé et uniquement lui - sauf si des circonstances exceptionnelles (par exemple si le curé est malade et ne célèbre plus la messe, et est remplacé par ce prêtre) font que cet autre prêtre est chargé de le faire.
Le vicaire n'est pas tenu... sauf... :
Can. 549 – En l’absence du curé, à moins que l’Évêque diocésain n’ait prévu autre chose selon le can. 533, § 3, et à moins qu’un administrateur paroissial n’ait été constitué, les dispositions du can. 541, § 1, seront observées ; en ce cas, le vicaire est tenu par toutes les obligations du curé, à l’exception de l’application de la Messe pour le peuple.
Bref, c'est un peu complexe et il faudrait étudier à fond la question.
Le prêtre remplaçant n'est pas
obligé d'accepter les intentions demandées ...sauf pour un motif pastoral...

( 771785 )
Reste je crois un cas à régler : par megnace (2015-02-25 20:54:47)
[en réponse à 771778]
quid des Messes célébrées pour des fidèles par un prêtre (IBP, FSSP etc...) qui vient pour une "communauté" de fidèles ne formant pas une paroisse diocésaine, mais autorisée à utiliser un lieu de culte officiel, par ex. partagé avec une paroisse territoriale ?
Il n'est pas curé de la paroisse.
A quoi est-il tenu ?

( 771787 )
Il n'est tenu à rien, puisqu'il n'est pas curé par Père M. Mallet (2015-02-25 21:14:30)
[en réponse à 771785]
Et cette obligation est "d'application stricte", elle n'a pas à être étendue à un prêtre qui célébrerait la messe par autorisation du curé (et qui se retrouve ainsi un peu dans la situation d'un vicaire).
Quand le curé célèbre "pro populo", pour le peuple de sa paroisse, c'est "pour tous", et non pas "pour tous à l'exception des tradis vivants sur le territoire de la paroisse".

( 771792 )
Grand merci!! par Servus Domini (2015-02-25 22:44:14)
[en réponse à 771787]
Vous avez répondu à ma question, car c'est précisément à ce cas de figure que je faisais allusion.
Merci encore!
S. D.

( 771804 )
Il n'y est pas tenu par Nemo (2015-02-26 08:54:38)
[en réponse à 771738]
Mais il faut se poser la question de savoir d'où vient cette obligation.
Si l'on oblige le curé à dire la messe pour tout son troupeau, c'est bien entendu au bénéfice d'une communauté entière plutôt que d'un individu, et ça me semble extrêmement important.
Je trouve donc que c'est une initiative admirable, d'autant plus qu'il renonce à ses honoraires ces jours-là au profit de sa communauté.
Il n'est bien entendu pas obligé de prendre des intentions autres. Du reste il peut célébrer en semaine. En ce qui me concerne il ne m'est pas venu une seule fois à l'idée de demander qu'une de mes intentions particulières soit célébrée le dimanche. Et je n'ai jamais pensé que mon assistance personnelle à une messe demandée changeait sa valeur.
Ce n'est pas parce que le curé a l'obligation de célébrer pour sa communauté qu'un prêtre ne peut le faire par dévotion. De plus dans l'exemple évoqué que je connais, la communauté en question si elle a de bons rapports avec le curé ne le rencontre guère qu'une fois par an, et pas dans des circonstances liturgiques.
On se trouve un peu dans le cas où on se demanderait, l'obligation d'abstinence étant tombée les vendredis hors carême, si un catholique a encore le droit d'éviter la viande.
Donc je trouve l'intention du célébrant parfaitement louable. Il faut simplement l'expliquer aux fidèles. Le bien de la communauté me semble en effet primer sur le bien individuel. Tout le monde peut le comprendre.

( 771813 )
Oui, oui, nous sommes d'accord... par Père M. Mallet (2015-02-26 10:36:46)
[en réponse à 771804]
J'avais envisagé de le dire aussi, mais on oublie toujours des choses...
C'est toujours le risque avec un canoniste : on pose une question : "est-il tenu de..." et on a une réponse à cette question précise.
"Il n'est pas tenu..." ne signifie pas : "Il n'a pas le droit".
Bref, comme souvent, Cher Nemo, nos points de vue sont complémentaires et non opposés.

( 771821 )
Mais vous savez par Rémi (2015-02-26 12:40:36)
[en réponse à 771804]
que l'abstinence de viande est toujours obligatoire les vendredi y compris hors carême.
Je le précise au cas où votre hypothèse serait prise comme un fait par des personnes qui nous lisent.

( 771823 )
Pas au niveau de l'Eglise de France par Nemo (2015-02-26 13:34:58)
[en réponse à 771821]
Au niveau de l'Eglise de France, un indult a été donné, on devrait pouvoir le retrouver, qui permet de remplacer l'abstience de viande par quelque autre oeuvre de pénitence, étant exclus les vendredis de carême.
Ce qui m'a en plus frappé, c'est que même l'ordo de la FSSPX en France ne précise l'abstinence qu'aux vendredis de carême.

( 771825 )
Je crois que vous avez raison par Rémi (2015-02-26 14:25:30)
[en réponse à 771823]
mais c'est vraiment le genre de choses qui me sort complètement de l'idée.
Mais du coup je me demande si une conférence épiscopale a vraiment latitude pour permettre un aménagement aussi large, le canon 1251 indiquant seulement "L'abstinence de viande ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques ... " .

( 771827 )
Oui, elle a latitude par Meneau (2015-02-26 15:32:03)
[en réponse à 771825]
Can. 1253 - La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d'observance du jeûne et de l'abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les oeuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l'abstinence et du jeûne.
Cordialement
Meneau

( 771829 )
Et aussi par Meneau (2015-02-26 15:39:39)
[en réponse à 771827]
Constitution Apostolique Paenitemini :
C’est pourquoi – tout en maintenant la coutume de pratiquer la pénitence par le jeûne et l’abstinence de viande là où elle pourra plus opportunément être maintenue (coutume qui a été sanctionnée pendant tant de siècles par des lois canoniques) – l’Église veut que les autres modes de pénitence soient eux aussi revêtus de l’autorité de ses prescriptions, là où les conférences épiscopales estimeront opportun de remplacer le jeûne et l’abstinence de viande par des exercices de prière et des œuvres de charité.
(...)
VI. – § 1. En vertu du Décret conciliaire Christus Dominus sur le ministère pastoral des évêques, n. 38, § 4, il appartient aux conférences épiscopales :
a) De transférer les jours de pénitence, pour une juste cause, en tenant toujours compte du temps du Carême ;
b) De remplacer le jeûne et l’abstinence, en totalité ou en partie, par d’autres formes de pénitence, spécialement des œuvres de charité et des exercices de piété.
§ 2. Les conférences épiscopales communiqueront au Siège apostolique, pour information, ce qu’elles auront décidé à ce propos.
VII. – Restant ferme le pouvoir qui appartient à chaque évêque d’accorder des dispenses, en vertu du même Décret Christus Dominus, n. 8 b, le curé – pour un juste motif et en conformité avec les prescriptions de l’Ordinaire – peut lui aussi accorder d’une façon individuelle à des fidèles ou à des familles la dispense du jeûne et de l’abstinence, ou leur commutation en d’autres œuvres de piété. Jouit du même pouvoir le supérieur d’un ordre religieux ou d’un institut clérical pour ceux qui relèvent de son autorité.
Cordialement
Meneau

( 771831 )
Ah voilà. par Rémi (2015-02-26 16:07:10)
[en réponse à 771829]
Deux canons plus loin. Merci.

( 771857 )
Et comme d'habitude c'est le bordel par Nemo (2015-02-26 22:00:17)
[en réponse à 771825]
Car plus personne ne sait exactement par quoi est remplacée l'abstinence.
Car l'obligation ayant été mitigée dans la pratique l'habitude constatée même chez les non catholiques a disparu. Et que le vulgum pecus n'a plus la moindre idée du commencement et de la fin du carême.
Bref tout le monde s'en fout alors que paradoxalement, le ramadan, tout le monde sait quand il commence et quand il finit.
Mais chez les musulmans il n'y a pas d'évêques permissifs et décadents, pas de conférences épiscopales en pleine compromission avec le prince de ce monde.
Alors autant garder l'abstinence tous les vendredis de l'année.

( 771830 )
Ce n'est pas un indult par Meneau (2015-02-26 15:49:15)
[en réponse à 771823]
Mais le droit particulier de la CEF :
Le jeûne et l'abstinence
CIC 1251 CIC 1253
Les catholiques doivent traduire en actes, d'une manière habituelle, leur volonté de se conformer à Jésus-Christ, notre Sauveur, d'approfondir la conversion baptismale, de rejoindre tous ceux qui, près de nous et à travers le monde, sont dans la souffrance ou le besoin.
1. Tous les vendredis de l'année, en souvenir de la Passion du Christ, ils doivent manifester cet esprit de pénitence par des actes concrets:
- Soit en s'abstenant de viande, ou d'alcool, ou de tabac...;
- Soit en s'imposant une pratique plus intense de la prière et du partage.
2. Pendant le temps du Carême:
a) Tous les vendredis, ils doivent s'abstenir de viande s'ils le peuvent;
b) Le mercredi des Cendres, jour où commence le Carême, et le Vendredi-Saint, jour de la mort du Sauveur, ils s'abstiennent de viande, ils jeûnent en se privant substantiellement de nourriture selon leur âge et leurs forces, et réservent un temps notable pour la prière.
BO n° 30 (28-01-1986) 452-453 ; DC 86 (1989) 77.
Source
Cordialement
Meneau