Le Forum Catholique

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images/icones/livre.gif  ( 770863 )Joseph Malègue écrivain sorti de l'oubli par François par Jean Kinzler (2015-02-14 17:42:55) 

Augustin ou le Maître est là, le grand livre de cet écrivain français tombé dans l'oubli est réédité grâce au souverain pontife, qui l'a cité à plusieurs reprises.

C'est donc à Jorge Maria Bergoglio, pape François, que l'on doit la remise en circulation de Augustin ou le maître est là, génial et étonnant roman de Joseph Malègue publié en 1933 et injustement ignoré par les histoires littéraires. Dans un long entretien d'août 2013, le Pape a en effet évoqué Joseph Malègue parmi ses romanciers de prédilection. Quelques mois auparavant, en citant Léon Bloy à l'occasion de sa première homélie romaine, il avait rendu hommage à un pamphlétaire catholique à demi oublié ; mais avec Joseph Malègue, il est allé plus loin, puisque c'est un écrivain complètement oublié qu'il a tiré du purgatoire.
Cherchez dans les dictionnaires, dans les encyclopédies. Vous ne trouverez rien, ou presque. François Mauriac, qui a lu Augustin et l'a semble-t-il admiré, ne l'évoque nulle part dans son Bloc-notes. ­Malègue était mort en 1940, Bernanos en 1948, l'époque du roman ­catholique semblait close. Seule l'Histoire chrétienne de la littérature (1996) de Jean Duchesne a fait une place au romancier évoqué par le Saint-Père. Mais comme un auteur du second rayon, remisé entre Édouard Estaunié, Daniel-Rops, Maxence van der Meersch et ­Gilbert Cesbron. À relire Augustin ou le maître est là, c'est plutôt du côté des chefs-d'œuvre d'Huysmans, Bloy, Mauriac, Bernanos et Green qu'on a ­envie de ranger le livre de Malègue. Ce qui ne résout pas la question de l'oubli dans lequel sont tombés la plupart des romans attachés à ­mettre en scène les oscillations de la nature et de la grâce après un ­demi-siècle de gloire du «mouvement de renaissance littéraire ­catholique». Si l'on veut des œuvres phares pour borner cette période, on lira Conversion des intellectuels au catholicisme en France (1885-1935) de Frédéric Gugelot: on y découvre qu'elle a débuté avec En route d'Huysmans, publié en 1895. Et il nous semble, puisque François Mauriac a changé de ­registre après Les Anges noirs, paru en 1936, la même année que Journal d'un curé de campagne de Bernanos, qu'elle a pris fin en 1940, avec la publication de Monsieur Ouine , du même Bernanos. Notons d'ailleurs que, dans ce roman, si la religion subsiste sous une forme inquiétante, Dieu est absent. Comme si Bernanos avait plongé le premier dans l'absurde, l'anomie et l'aphasie du Nouveau Roman. Cette pointe hypermoderne chez ce catholique vintage fascinera logiquement quelques cinéastes d'après-guerre (Robert Bresson, Maurice Pialat) ; plus récemment, Michael Haneke a étudié la possibilité de porter à l'écran Un crime, roman policier troublant pour lequel Laurent Cantet nous a un jour confié son intérêt.
Mais Bernanos, c'est Bernanos. Son inspiration sent le fagot, son génie fait craquer toutes les coutures, ses personnages sont hantés par l'œuvre du diable autant que par la miséricorde de Dieu - Mouchette à son amant, dans Sous le soleil de Satan : «Crois-tu à l'enfer, mon chat?». Pour leur malheur, les autres écrivains catholiques, même les meilleurs, fleurent davantage l'encens que le soufre.
Dans Mauriac, le roman et Dieu (1991), José Cabanis n'évoque pas Joseph Malègue, mais il s'est penché sur la brutale sortie du roman catholique des écrans radars dans la France d'après-guerre. Laissant de côté les sous-produits de la litté­rature du salut publiés à la chaîne par les «3 B» (Bourget, Bazin, ­Bordeaux) à l'époque où la dévotion payait, José Cabanis a relu ceux que Jacques Julliard a nommés les «flamboyants». «Pas à proprement parler des intellectuels, explique Julliard pour les situer entre les traditionalistes et les modernistes, mais des témoins en acte d'une renaissance du christianisme qui se manifeste dans le domaine de l'art et de la littérature autant que dans celui de l'exégèse ou de la science.»
Ils avaient beau être à la fois de vrais artistes et de vrais chrétiens, l'heure des flamboyants a passé brutalement.
À relire Augustin ou le maître est là, c'est plutôt du côté des chefs-d'œuvre d'Huysmans, Bloy, Mauriac, Bernanos et Green qu'on a ­envie de ranger le livre de Malègue
Tout aussi génial, mais moins connu, Joseph Malègue a été englouti dans le même bloc d'abîme. On peut juger que c'était le destin des écrivains de patronage et de sacristie. Aucun d'eux ne fut pourtant un romancier à thèse ; l'étiquette commerciale de romancier catholique leur fit généralement horreur ; aucun d'eux ne s'est laissé enfermer dans les canons de la littérature édifiante ; tous ont revendiqué, à l'égard des préjugés et des pudeurs des milieux cléricaux, une autonomie que Jacques Maritain avait ­défendue dans Art et scholastique, publié en 1920 par Louis Rouart, le grand-père de Jean-Marie.
Converti en 1906, filleul de Léon Bloy, chef de file du néo-thomisme et flambeau de la renaissance littéraire catholique, Maritain a eu une immense influence en Amérique du Sud dans les années 1930. Un cycle de conférences l'a mené jusqu'à Buenos Aires en 1936, l'année où Jorge Maria Bergoglio naissait dans le quartier de Flores. Avec Mauriac, Bernanos, Green, et aussi avec ­Malègue, le roman catholique français était alors à son apogée. L'auteur d'Humanisme intégral s'en est fait l'avocat passionné. C'est ainsi que, deux décennies plus tard, un jeune homme a pu découvrir Augustin ou le maître est là dans la bibliothèque du séminaire de Villa Devoto, ou bien dans celle du noviciat de la Compagnie de Jésus, tandis qu'en France, où Sartre régnait désormais en maître, on était passé à autre chose.
Augustin ou le Maître est là, de Joseph Malègue, Cerf, 832 p., 30 €. lefigaro.fr

images/icones/fleche3.gif  ( 770920 )Augustin,de J.Malègue,livre sur le modernisme par Jean Kinzler (2015-02-14 21:34:12) 
[en réponse à 770863]

Augustin ou Le Maître est là
Autre forme d'amour douloureux, le trouble de l'âme perdant la foi lors de la crise moderniste des années 1900 (ces lectures critiques et historiques des Évangiles qui mettent en cause le fondement dans les Écritures des dogmes chrétiens, malmenés par ailleurs par la rationalité moderne), où Émile Poulat voit l'amorce et l'annonce de la crise chrétienne globale depuis Vatican II. Pour Émile Goichot en 1988, on a ici l'exemple unique d'une œuvre de fiction transposant, au cœur d'une intrigue romancière, les problématiques du modernisme intellectuel et, par là-même, l' « annonce » dont parle Poulat de la crise actuelle de l'Église. Elle révélerait « les failles d'un univers culturel démembré » en un temps d'efflorescence intellectuelle et littéraire catholique aussi trompeuse, pour Malègue et ses lecteurs, que la période de rémission d'une maladie mortelle.
Extrait de

fr.wikipedia.org/Augustin_ou_Le_Maitre_est_là/
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Le modernisme, crise dont les effets se prolongent aujourd'hui ronge, chez Malègue, jusqu'à ses raisons de vivre.
Extrait de

Wikipedia Joseph Malegue
images/icones/tele.gif  ( 770923 )Comment peut-on être anti-moderniste? par jejomau (2015-02-14 22:01:39) 
[en réponse à 770920]

La question est posée par Mr l'abbé Guillaume de Tanouarn s'exprimant dans un entretien . A écouter jusqu'au bout...
images/icones/livre.gif  ( 770929 )Augustin où le Maitre est là : citation par Diafoirus (2015-02-14 22:27:23) 
[en réponse à 770923]

"Tous les mécanismes du monde, rien n 'est plus facile que d 'en croire Dieu absent. Ils ont cependant été supportés par Lui, en fait, à une certaine heure du temps humain, historiquement, devant des yeux de gens qui ont vu, sous des poings qui ont frappé et des bouches qui ont craché. Dieu s'est infligé, dans leurs inadaptations, et leurs injustices, tous les déterminismes de la terre, la passion, la souffrance, la mort, avant de nous les imposer…
Il a pris le corps humain, la physiologie humaine, l 'économie de la pauvreté, les modes de vie des basses classes, l'ânesse pour luxe et la poussière des voyages à pied; le type social semi-nomade : pêcheurs et bergers, les plats de poissons et les pains d 'orge, le parasitisme de l'apostolat…
On le coudoyait sans le connaître : - Qui c 'est ? – C'est chose…, chose, le fils de l'artisan à domicile. Vous savez bien, le "type" qui prêche entre les barques et les jardins. Il fait encore son bout d'effet sur les étrangers,mais, nous, on le connaît…
Il a pris les catégories sociales de son temps et de son pays, les obligations rituelles, les codes pénaux, la forme des peines capitales, les images et récits d'un Israélite de Palestine, l'exposition de ses idées et de ses actes par des procédés d'innocents.
Il a bronché, il est tombé, comme un autre. La pesanteur joue sur Lui. Pour Lui aussi; les pierres sont dures et les madriers lourds. Il a sué en travaillant.
Il a sué du sang d'homme à Gethsémani, émis des exsudats humains sous le coup de lance du Calvaire. Le microscope ne s'y tromperait pas. Il a souffert avec des nerfs d'homme tous les détails d’une mort, la soif des hémorragies, l'immobilité terrible de la croix. Ses poumons ont jeté leur dernier soupir, comme pour tous les morts.
Il a souffert avec son âme d'homme l'amertume des œuvres humaines brisées, l'accablement des grandes défaites, les rires de gens, les branlements de tête, ce ridicule sue ces dernières heures, tout ce qu'il goûtait déjà dans la lie du calice, à un jet de pierre des dormeurs. Sa mère lui pleurait sur les pieds.
Il a subi les délaissements de son Père, l'apparent abandon de Dieu, la sécheresse et le désert des dérélictions absolues : cette croix sur la Croix, cette mort dans la mort…
Il s'est fait paisible, mortel, très lentement connu.
Jamais je ne contemplerai assez l'abîme de la Sainte Humanité de mon Dieu."

Malègue, " Augustin, ou Le maître est là "
cité par Jean Ousset dans " Pour qu'Il règne ".
images/icones/fleche2.gif  ( 770950 )Qu'est-ce que par Jean Ferrand (2015-02-15 10:22:32) 
[en réponse à 770923]

Qu'est-ce que le modernisme ?
images/icones/carnet.gif  ( 770951 )Lire ceci Jean par Jean-Paul PARFU (2015-02-15 11:00:21) 
[en réponse à 770950]

Mais vous devez connaître ici
images/icones/neutre.gif  ( 770935 )Je ne suis pas preneuse. J'aime être impressionnée, là nous en sommes loin par Castille (2015-02-14 23:06:30) 
[en réponse à 770863]

Les temps -au pluriel- sont durs pour la chrétienté; au singulier, il est précieux, car rare pour moi. Je n'en ai pas pour lire les jongleurs -talentueux ou géniaux-qui s'amusent avec la piété. Le conseiller papal pour la lecture a fait mouche, de toute évidence il sait bien quoi présenter a son chef.

Le choix de la couverture :

Ce n'est pas le moment de vanter l'incrédulité. Il est confortable, paresseux et lâche de prédire a tout un chacun qui refuse carrément la religion, qu'il est un Saint Thomas endormi. Cela s'harmonise bien avec la prochaine célébration commune de la Réforme. (jamais mot n'a été plus inapproprié au demeurant)

La revue Toudi

Source Babelio


.....Le talent littéraire de Malègue —sans doute son génie—, c'est de proposer sur ce point une réponse intelligente, mais qui n'est pas là comme la thèse d'un roman à thèse maniant lourdement des personnages en vue de « défendre » une « vérité ». S'il l'avait fait, il aurait tué en lui le romancier et personne n'aurait songé à le rééditer ni ne l'aurait lu, traduit etc. Il n'aurait pas seulement tué le romancier, il aurait falsifié la foi et ce que cette démarche comporte nécessairement d'intelligent à l'instar de toute démarche humaine, aussi simple et commune qu'elle puisse être. Il l'aurait également tuée, car, née de la spontanéité humaine libre et intelligente, surélevée par la grâce, la foi ne pourrait souffrir une « défense », même dans un procès qu'elle « gagnerait ». Toute « défense » (usons encore de ce terme), de la foi commence par l'ouverture à la personne et ceci exclut toute stratégie d'une raison conquérante. Dans « convaincre », dit Levinas, il y a « vaincre ». D'ailleurs c'est dans la forme d'exécution la plus ignominieuse, combinant l'horrible et le dérisoire (un T de bois auquel on accroche un corps nu par des clous peu au-dessus du sol), que le Christ meurt. Dostoïevski a bien vu que cela condamne toute entreprise contraire à ce que nous appellerions aujourd'hui « la laïcité ». Et cela amène Malègue à retourner la mise en cause moderniste de la divinité de Jésus. Ce n'est pas un Dieu humilié qui fait problème, mais un Dieu-Homme qui ne rejoindrait pas exemplairement l'abaissement de toute vie humaine dans la mort. D'où le mot de Largilier à Augustin : « Loin que le Christ me soit inintelligible s'il est Dieu, c'est Dieu qui m'est étrange s'il n'est le Christ. ».....



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....Cette déchristianisation prophétisée par Malègue comme par tous les grands de la renaissance littéraire catholique en France ou Graham Greene, le deuxième roman Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, en parle aussi, mais sans jamais combattre les lois françaises sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, alors qu'Augustin ou Le Maître est là, réfutait le modernisme. Malègue, la déchristianisation, aussi providentielle que la Révolution et la République, ne menace pas la foi, mais, au contraire, fait exploser le confort où elle s'englue.



"O Marie conçue sans péché,priez pour nous qui avons recours a Vous"
images/icones/1n.gif  ( 770956 )Bigrement intéressant, dites-donc ! par Marchenoir (2015-02-15 15:41:18) 
[en réponse à 770935]

Votre temps est rare et précieux, dites-vous. Il l’est tant que vous daignez en distraire une partie pour nous informer que vous n’êtes pas impressionnée par un livre que vous n’avez pas lu. Du coup, vous avez bien fait de nous le dire, c'est sûr. Vous nous dites aussi qu’une illustration de saint Thomas équivaut à une promotion de l’incrédulité. Votre lecture de saint Jean est donc également très intéressante. Avez-vous beaucoup d’autres merveilles à nous proposer ?
images/icones/carnet.gif  ( 770936 )D'autres articles par La Favillana (2015-02-14 23:44:05) 
[en réponse à 770863]

L'article que vous signalez est de Sébastien Lapaque

J'avais signalé la réédition d'Augustin ou le Maître est là, il y a un an et donné le lien vers un article de Jean Mercier.

D'autres articles :
dans La Croix, l'Histoire de notre âme, article de Francine de Martinoir.

sur le site des Anciens élèves de Stanislas, cinq articles du Père de Menthière :

(1/5) Joseph MALÈGUE, ancien élève de Stan cité par le Pape, est aujourd’hui réédité !
(2/5) Qui est Joseph MALÈGUE ? (1876-1940)
(3/5) Le grand roman de Malègue :
Augustin ou le maître est là

(4/5) L’œuvre de Joseph Malègue
(5/5) Malègue à Stan


Et en dernier un article plus ancien 2004, écrit par l'abbé Claude Barthe, Joseph Malègue et "le roman d'idées" dans Les romanciers et le catholicisme. Les cahiers du Roseau d’or, n° 1. Ed. de Paris, 2004, livre signalé en son temps sur le forum

En voici l'introduction :

"Ce n'est pas de "purgatoire" qu'il faut parler à propos de l'oubli dans lequel est tombé le romancier Joseph Malègue (1876-1940) mais d'anéantissement. Le fait qu'il ait écrit un seul roman, Augustin ou le Maitre est là, paru en 1933, n'en est pas une explication suffisante puisque Alain-Fournier, lui aussi, n'est l'auteur que du seul Grand Meaulnes. Mais le tempérament secret et timide de Malègue, un amoncellement de circonstances défavorables tant de son vivant qu'après son décès, sans parler du caractère propre de son art, font que d'Augustin ou le Maitre est là -un grand texte de la littérature française du XXème siècle- on ne connaît généralement que le titre. Quant à son roman inachevé, Pierres noires. Les classes moyennes du salut, édité après sa mort par Jacques Chevalier (Spes, 1958), et dont la qualité littéraire est peut-être encore supérieure, ceux qui en savent l'existence, et a fortiori ceux qui l'ont lu, ne sont pas foule.



Frédéric Mounier écrit de Pierres noires :



Pierres noires met en scène, à « Peyrenère-le-Vieil », inspirée de La Tour-d’Auvergne et de Besse, dans les années 1880, les châteaux auvergnats aux odeurs de fausse humidité, les paroisses à curés concordataires, la laïcisation des instituteurs, les départs de diligence comme les voyages en chemin de fer. Théologien, fin connaisseur de liturgie traditionnelle, le P. Claude Barthe, l’un des rares spécialistes de Malègue, y lit la recréation par l’auteur de son enfance et de sa jeunesse.