Le Forum Catholique

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images/icones/1a.gif  ( 770723 )Une analyse sur le Pape qui ne plaira pas à tous mais qui est néanmoins intéressante... par Rodolphe (2015-02-12 18:48:48) 

T. COLLIN, posté sur le site de La Croix, le 30 janvier 2015 ici


Pape François: rupture ou continuité?

"[...]

Admettons-le d’emblée. Alors même que les foules et les médias acclament le Pape François, certains catholiques formés sous les pontificats de saint Jean-Paul II et de Benoit XVI sont désorientés par ses premiers dix-huit mois d’évêque de Rome. Qu’en est-il de ce malaise ?

Les médias friands de petites phrases, de postures photogéniques mais aussi de tout ce qui peut apparaître en rupture avec le passé ont réservé au nouveau pape un accueil triomphal. L’exemple type est la manière dont étaient relayés ses propos concernant les personnes homosexuelles tenus lors de son retour des JMJ : « qui suis-je pour juger ? ». Cette question, souvent sortie de son contexte, a fait le tour du monde et est devenue le symbole d’un pape qui serait enfin devenu cool. De même le synode sur la famille d’octobre 2014 a été perçu par beaucoup comme un moment où certaines questions tabous pouvaient enfin être de nouveau discutées et ce au plus haut niveau. Comme si l’ère Humanae vitae était enfin achevée et que la hiérarchie écoutait enfin les demandes et les besoins, pour ne pas dire les exigences, de la base. Derrière tout cela, se profile le débat récurrent depuis au moins le début du Concile (mais en réalité bien antérieur) sur la manière dont l’Eglise doit se situer face au monde moderne.

Le pape François renouerait-il avec « l’esprit du concile Vatican II » ? Certains observateurs n’ont pas craint de parler de « Vatican III » pour caractériser le dernier synode sur la famille tant la liberté des débats aussi bien dans la forme que sur le fond apparaissait inédite dans ce genre d’enceintes. Certains points de la morale catholique sont en effet un véritable signe de contradiction pour la mentalité contemporaine. A l’heure du triomphe de la technique et de la liberté individuelle, l’enseignement magistériel sur le mariage est largement inaudible. Les débats autour du synode sur la famille se sont souvent focalisés sur cette question : le pape va-t-il faire évoluer la discipline actuelle concernant l’interdiction des sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie aux fidèles divorcés, remariés civilement ? La réponse détermine le clivage entre « conservateurs » et « progressistes ». Bref, le Pape François ne laisse pas indifférent ; les plus éloignés de l’Eglise et les fidèles critiques espèrent que l’Eglise va enfin s’ouvrir au monde et les fidèles formés par Jean-Paul II et Benoit XVI ont peur que « baisser ainsi la garde » face aux exigences modernes soit une faute de prudence ; sans parler de l’inquiétude que leur cause l’indétermination de certaines déclarations papales qui ouvrent la porte à des interprétations divergentes voire opposées. Tentons modestement de saisir la cohérence du chantier auquel s’est attelé le pape François.

Notre hypothèse est qu’il se situe dans la perspective d’un renouvellement de la méthode pastorale mais non de la doctrine. En effet, le pape François l’a dit lui-même « je suis fils de l’Eglise », soulignant par là qu’il assumait l’intégralité de l’enseignement de l’Eglise. La question qui préoccupe ce pasteur est la suivante : comment rejoindre les gens pour qu’ils puissent rencontrer personnellement le Christ et se mettre à le suivre ? Son constat est que ceux qui (se) sont éloignés de l’Eglise ne la perçoivent souvent que comme un catalogue de normes morales. La vie chrétienne consisterait alors à respecter des principes, par définition non-négociables, dans un monde où l’individu est mesure de toute chose. Dès lors, l’affrontement ne peut être que frontal et l’incompréhension maximale. Le pape François identifie le tragique de la situation. La morale chrétienne détachée de sa source apparaît comme absurde, inhumaine et devient même un contre-témoignage. Comment alors rejoindre les périphéries existentielles ? En inversant le dispositif de perception et en manifestant la Bonté de Dieu et sa la miséricorde avant les principes. L’élan missionnaire que le pape François veut insuffler exige donc de se concentrer sur le cœur de la foi : « Le message que nous annonçons court plus que jamais le risque d’apparaître mutilé et réduit à quelques-uns de ses aspects secondaires. Il en ressort que certaines questions qui font partie de l’enseignement moral de l’Eglise demeurent en dehors du contexte qui leur donne sens. Le problème le plus grand se vérifie quand le message que nous annonçons semble alors identifié avec ces aspects secondaires qui, étant pourtant importants, ne manifestent pas en eux seuls le cœur du message de Jésus-Christ. Une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exception ni exclusion , l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse. » (Evangelii Gaudium, §34-35)

Ainsi, contrairement ce que pensent de nombreux « progressistes » et « conservateurs », le pape François ne veut pas modifier la doctrine ; il cherche à répondre au défi que lance la mentalité contemporaine à l’évangélisation. Pour échapper à la dialectique mortifère laxisme/ rigorisme, il faut être touché au cœur, là où le Seigneur peut agir. La raison postmoderne est à ce point blessée dans son rapport à la vérité qu’elle devient un écran à la réception de l’Evangile. Croire demeure bien sûr un acte de la raison mais la celle-ci ne pourra saisir la cohérence de la foi et de la morale que lorsque la personne aura fait l’expérience du Christ et aura été touchée par sa bonté infinie. De là, tout s’éclairera : tel est le pari pastoral de notre Saint-Père. Il est risqué mais appelle une confiance et un courage renouvelés. C’est donc bien dans la continuité des pontificats précédents qu’il faut lire le pape François, car son action pastorale s’appuie sur la riche doctrine développée par ces prédécesseurs et la présuppose. Là aussi, la seule herméneutique authentiquement catholique est celle de la continuité et non de la rupture."
images/icones/neutre.gif  ( 770724 )Espérons par Meneau (2015-02-12 18:56:45) 
[en réponse à 770723]

qu'il a raison.

Cordialement
Meneau
images/icones/1n.gif  ( 770727 )Oui, mais c'est bien le problème par jejomau (2015-02-12 19:56:02) 
[en réponse à 770723]

Les modernistes savent pertinnement que la doctrine est intouchable.

Leur but est donc d'arriver à atteindre celle-ci par un biais qui concerne en général d'ailleurs la discipline de l'Eglise. Le raisonnement est le suivant : si l'on peut adoucir la discipline en tel ou tel domaine, on finira par porter atteinte au dogme .. non en tant que tel mais dans la façon dont les fidèles réalisent l'expression de ce dogme dans leur pratique.

Un exemple. Vous ne pouvez pas atteindre l'Eucharistie mais vous pouvez faire en sorte que sa réception devienne quelque chose de banal et ne soit plus considéré par les fidèles comme un acte de véritable importance avec une marque de respect et de sacré dans la façon de la recevoir. Et ainsi de suite.

Il en est ainsi de la discipline. Il en est de même de la Pastorale et de la façon dont on voudra que les fidèles perçoivent la Doctrine..

images/icones/livre.gif  ( 770741 )La "praxis" maxiste est à l'oeuvre par Semetipsum (2015-02-12 23:16:38) 
[en réponse à 770727]

− PHILOS. MARXISTE.
Ensemble des pratiques par lesquelles l'homme transforme la nature et le monde, ce qui l'engage dans la structure sociale que déterminent les rapports de production à un stade donné de l'histoire`` (Legrand 1972). Il reviendra à Lénine d'élaborer et de mettre concrètement en pratique ce qui malgré tout chez Marx reste encore une notion. La praxis sera organisée et développée en stratégie et en tactique révolutionnaires (Birou 1966).[Le marxisme] est essentiellement praxis. Marx s'est toujours gardé de la pure spéculation. «La solution des oppositions théoriques elles-mêmes, écrit-il, n'est possible que d'une manière pratique, par l'énergie pratique des hommes» (Manuscrits, p.94) (Masset1970):
* La fameuse thèse sur Feuerbach: «Les Philosophes jusqu'ici n'ont fait qu'interpréter le monde. Il s'agit maintenant de le transformer». Cette attitude neuve s'exprime chez Marx par la notion de praxis [it. ds le texte]. Ce serait se tromper de tout au tout que de l'entendre en un sens pragmatiste. Le marxisme ne répond pas à la prétendue supériorité de la pensée sur l'action par une supériorité de l'action sur la pensée. Sa position est autre. Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p.7.
Par exemple
images/icones/nounours.gif  ( 770762 )Attention ! par Yves Daoudal (2015-02-13 11:28:59) 
[en réponse à 770723]



Ça rend aveugle.
images/icones/1d.gif  ( 770788 )bien de votre avis, une cécité philosophique mais par Luc Perrin (2015-02-13 15:38:47) 
[en réponse à 770762]

étonnante. Il semble, à moins d'une homonymie, que Thibaud Collin soit un philosophe chrétien, catholique je suppose, dans la ligne des catholiques néo-intransigeants wojtyliens : très souple sur le rapport à l'État et à l'interreligieux, très ferme sur l'éthique.

Toutefois une phrase de son propos, à l'eau de rose et au parfum artificiel du même nom, détonne et montre que le fonctionnement réel de l'Église et les enjeux ecclésiaux échappent à notre aimable collègue philosophe qui en reste peut-être un peu trop aux notions, aux concepts, sans trop se soucier de ce que les mots "habillent" en manière de pratiques, bref des énoncés aux réalités - il m'excusera tout historien est soupçonneux d'emblée à l'égard du philosophe.

La phrase est celle-ci qui fait s'écrouler toute l'analyse sur la prétendue continuité rigoureuse entre la ligne de François et celle de touus ses prédécesseurs depuis Paul VI et largement avant le pape Montini :

"Notre hypothèse est qu’il se situe dans la perspective d’un renouvellement de la méthode pastorale mais non de la doctrine." (Thibaud Collin)

"La doctrine" oui le singulier est justifiée mais "la pastorale" ???
Alors même qu'il y en a de nombreuses, certaines "s'appuient" vraiment sur "la doctrine" et la servent, d'autres comme celle du cardinal Kasper - que soutient ouvertement le pape dans ce domaine - lui tournent le dos ostensiblement. Thibaud Collin devrait lire Walter cardinal Kasper, c'est le théologien de référence du pape, selon François lui-même et en public, et c'est bien cette "pastorale" ainsi que celle aussi contestable de Mgr Forte que le pape a "appuyé" avant et pendant le Synode. Son Em. le cardinal Kasper a pourtant, lui, publiquement relativisé la doctrine et le Magistère du XXe siècle.

Mais de cela, trop concret, trop factuel, notre philosophe depuis son olympe et perdu dans ses concepts ne l'a pas vu : Kasper ? mais qui est-ce donc ... mais le Kommissar Volpi qui est-ce donc ... si l'on compare la "méthode pastorale" de saint Jean-Paul II et celle du futur saint Benoît XVI à l'égard des Légionnaires du Christ, frappés de scandales inouïs, et "la méthode pastorale" de François, oui pour le coup il y a du changement : pas celui que croit pouvoir applaudir notre penseur de La Croix.



images/icones/1a.gif  ( 770819 )Je vous trouve un peu injuste... par Rodolphe (2015-02-13 22:54:36) 
[en réponse à 770788]

Je crois en effet que notre philosophe définit assez bien la pastorale que le Pape envisage.

Il cite, à juste titre, Evangelii Gaudium, « §34-35) : « « Le message que nous annonçons court plus que jamais le risque d’apparaître mutilé et réduit à quelques-uns de ses aspects secondaires. Il en ressort que certaines questions qui font partie de l’enseignement moral de l’Eglise demeurent en dehors du contexte qui leur donne sens. Le problème le plus grand se vérifie quand le message que nous annonçons semble alors identifié avec ces aspects secondaires qui, étant pourtant importants, ne manifestent pas en eux seuls le cœur du message de Jésus-Christ. Une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exception ni exclusion , l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse. ».

Et ensuite il ajoute de façon assez convaincante:

« La raison postmoderne est à ce point blessée dans son rapport à la vérité qu’elle devient un écran à la réception de l’Evangile. Croire demeure bien sûr un acte de la raison mais celle-ci ne pourra saisir la cohérence de la foi et de la morale que lorsque la personne aura fait l’expérience du Christ et aura été touchée par sa bonté infinie ».

Je crois que c’est bien en effet le programme du Pape François.

Qu’il s’intéresse à Kasper…ne remet pas forcément en cause cette analyse.

Je crois François d’une parfaite bonne foi et nullement en train de chercher à modifier insidieusement la doctrine par le biais de la pastorale, ce qui serait authentiquement subversif et révolutionnaire.

Par contre, tout le problème est de savoir si en initiant une modification profonde de la pastorale (« gradualité »), il n’entraînera pas –aussi-, à terme, une altération de la doctrine, ne fut-ce que dans la manière dont elle sera véhiculée par les églises locales et perçue par les fidèles.

C’est évidemment le risque!

En même temps, ne rien faire et laisser la situation en l’état nous condamne à une marginalisation progressive dans un monde sécularisé.

J’ai bien la conviction qu’un renouveau de la Tradition serait LA solution, d’autant qu’elle est parfaitement conforme à un retour à une foi « authentique » conduisant à l’expérience d’une rencontre avec le Christ, selon le souhait du Pape.

Mais notre champion s’est mis en retrait, laissant ses partisans dans un profond désarroi…

Dès lors, faut-il s’opposer bec et ongle à la démarche de François au risque de déstabiliser encore un peu plus l’Eglise et de procéder à notre « auto-évacuation » ou faut-il, au contraire, «s’insérer » -ce qui ne veut pas dire se taire…- pour essayer d’être en prise sur cette évolution et constituer une « force de proposition » -expression que je choisis à dessein- traditionnelle?

Car, au risque de m’attirer les foudres de quelques uns, je persiste à penser que … c’est tout de même de Rome dont il s’agit !
images/icones/1i.gif  ( 770776 )Questions simples par Quaerere Deum (2015-02-13 13:27:42) 
[en réponse à 770723]

Pourquoi est-ce que tout n'est pas clair comme de l'eau de roche ?

Aujourd'hui nous avons une quantité impressionnante de commentaires pour nous expliquer comment interpréter les paroles de François, que ce qu'il a dit ne voulait pas dire ce qu'il a dit. Nous avons quantité d'articles qui essaient de nous expliquer où va François et qui il est, de façon totalement hypothétique, etc. Nous avons des vielles divisions qui refont surface alors qu'on les croyaient enterrées avec le pontificat précédent.

Au final, rien n'a a été plus flou et ambigu qu'aujourd'hui.
Alors, n'est-ce pas significatif d'un sérieux problème ? Pourquoi ce malaise ?