Le Forum Catholique
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( 768635 )
Écriture sainte : vers une crise majeure ? par Aigle (2015-01-17 11:42:52)
J'ai souvent noté la distance prise par le pape François à l'égard des saintes Écritures qu il cite peu.
Je suis maintenant frappé d'entendre des clercs critiquer les musulmans qui prennent le Coran au pied de la,lettre et nous explique maintenant que les Muslmans auraient tort de croire que le Coran est dicté par Dieu. Alors que nous chrétiens aurions bien compris que les écritures étaient produites par des hommes et donc pouvaient et devaient être interprétées . Ce qui en soit et lu calmement n'est pas faux.
Ils ajoutent aussi que l'Islam est affaibli par l'absence d'autorité centrale d'interprétation de l'Ecriture et de régulation de la foi et des mœurs - ce que je veux bien admettre aussi
Mais la conjugaison de ces deux éléments me rend perplexe : d'un côté on dévalorise la sainte Écriture qui n'est plus parole de Dieu mais finalement vieux propos pleins de préjugés .... Et de l'autre on valorise l'autorité cléricale dont la puissance est d'autant plus forte qu'elle n'est plus réellement encadrée par l'Ecriture . Quant la Tradition, elle n'est même plus citée ....
Je me demande si nous n'avançons pas sur une voie dangereusement ouverte par l'exégèse critique - voire par des manipulation se traduction dont Yves Daoudal se fait régulièrement l'enquêteur sur son blog.
Ce n'est pas du protestantisme classique, ce n'est plus Vatican II ( qui valorise massivement l'Ecriture)... Benoit XVI avait vu le danger me semble t il en consacrant un synode à l'Ecriture.

( 768650 )
Le paradoxe de la Bible par Paterculus (2015-01-17 13:31:24)
[en réponse à 768635]
Il y a quelque chose de paradoxal dans les Saintes Ecritures d'un point de vue catholique.
D'une part elles sont produites par la communauté (le Peuple de Dieu dans l'Ancien Testament, l'Eglise dans le Nouveau) qui raconte l'histoire de ses rapports avec Dieu.
D'autre part cette histoire est conduite par la Providence et l'Esprit-Saint guide les narrateurs, en se servant de leurs personnalités et de leurs cultures pour faire découvrir peu à peu qui est Dieu et comment Le servir.
Ce qui fait que l'Eglise est à l'origine de la Bible, mais en même temps la Bible est source de vie pour l'Eglise.
Bref l'équilibre est difficile à tenir.
Il faut maintenir que le même Esprit-Saint qui a inspiré les écrivains sacrés est toujours à l'oeuvre dans l'Eglise pour la guider dans son interprétation, et que pour cela Il continue de se servir de différentes personnalités et de différentes civilisations, ce qui fait la richesse de la Tradition.
Votre dévoué Paterculus

( 768653 )
Une communauté a-t-elle une personnalité littéraire? par le torrentiel (2015-01-17 14:15:49)
[en réponse à 768650]
Cher Paterculus,
Parmi toutes les fables produites par l'exégèse moderne, celle-là me paraît être la plus incroyable, selon laquelle les textes sacrés seraient produits par une communauté. Or c'est la première idée de votre intéressant développement, qui conditionne un va-et-vient entre l'Esprit et l'Eglise.
Un livre produit par une communauté n'a pas d'unité littéraire. La diversité d'inspiration est manifeste dans certains livres de la Bible, la composition des psaumes ou de certains livres prophétiques. C'est beaucoup plus discutable en ce qui concerne la genèse, où ce qui est discernable au lecteur "innocent", ce sont des blocs de récit, pas quatre sources d'inspiration.
Rares sont ceux qui reconnaissent comme vous que la personnalité de l'auteur sacré est un filtre. Mais ce filtre est d'autant plus puissant si la personnalité est seule à assumer son oeuvre.
Selon moi, la seule manière dont peut s'entendre l'assertion que les communautés sont les auteurs du texte sacré est que les auteurs sacrés ont été influencés par la communauté dans laquelle ils ont écrit.

( 768667 )
Oui, du point de vue de l'auditeur par PEB (2015-01-17 17:37:25)
[en réponse à 768653]
L'écrivain sacré ne rédigeait pas un journal intime. Il écrivait, avec son génie propre, pour une communauté qui l'écoutait. C'est ainsi que saint Paul parla aux Romains, Corinthiens, Tite et consorts, saint Jean à l'Asie Mineure &c. Parfois l'auteur se perd dans la nuit des temps. De la même façon, il n'y a pas de Molière sans théâtre ni public. On s'exprime pour aller à la rencontre de l'autre. On adapte son message pour être ouï. C'est dans de sens que la communauté est assimilée au scribe.
La réception du message par le peuple de Dieu étendu à toute la Terre est le sceau de l'inspiration divine. La tradition qui s'amorce propose dès le départ un appareil interprétatif sans lequel le texte ne peut être entendu. Dans ce seul verset, l'herméneutique autorisée est décrite comme le préalable à l'écoute orthodoxe du texte par les fidèles.
Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre.
(Ne 8, 8)
Sans traduction ni explication, la lettre s'obscurcit et meurt. L'homélie trouve son fondement sacré en ce jour de joie de la Torah d'il y a quelques 25 siècles.

( 768672 )
J'aurais pu écrire... par Paterculus (2015-01-17 20:25:15)
[en réponse à 768653]
... "par des membres d'une communauté", c'eût été plus précis. Mon idée est que la communauté précède le texte, lequel devient à son tour source de vie pour la communauté.
Là est le paradoxe.
VdP

( 768677 )
In principio erat Verbum par PEB (2015-01-17 21:19:14)
[en réponse à 768672]
Au commencement, il y a le Verbe manifesté par la prédication initiale, par laquelle une communauté première se forme. Cette assemblée va alors, autour de compilateurs, qui peuvent être les apôtres et leur secrétariat, inscrire sur papyrus et dans le temps le message reçu.
Après quoi, les Églises échangent leurs traditions pour les collecter en un corpus collectivement accepté. Par consensus, la hiérarchie va alors déclarer cette construction intellectuelle, la Bible, pierre angulaire de la doctrine. Pour cela, les clercs doivent agir comme les scribes (Ne 8, 8) en enseignant une herméneutique orthodoxe du dépôt de la Révélation.
La Tradition est ce dynamisme où l'expérience singulière et primordiale d'une transcendance peut être partagée, dans l'espace et dans le temps, aux dizaines de générations ultérieures de tous les continents (et au delà?). Les textes sacrés sont alors le point de référence commun à partir duquel la théologie entame sa croissance organique.

( 768701 )
Le secrétariat des apôtres? par le torrentiel (2015-01-18 11:34:08)
[en réponse à 768677]
L'échange des traditions écrites par les Eglises? Vous y croyez, vous? C'est cela que j'appelle une fable, à moins de tempérer cette explication très structuraliste en disant, comme vous le faites précédemment, que l'écrit trouve un récitant, un aède ou un choeur.
Quand j'ai lu le titre de votre message, je croyais (et j'y aurais adhéré sans réserve) que vous alliez écrire que l'inspiration est à l'origine du processus d'écriture, comme il est l'inspiration de la création.
Seulement, ce que le Verbe crée, ce n'est pas une première communauté (votre raisonnement ne tient que dans le cadre du Nouveau testament), il crée la vie par rréflexion de la vie qu'il est.
Symboliquement ou littéralement, il transfère la diversité de la relation trinitaire dans un premier homme, qui adhère à cette diversité en sollicitant une aide, puis en l'agréant pour former une société, la famille, ou bien une communauté. (En ce sens, il est juste de dire que la famille est la cellule de base de la société ou de la communauté relationnelle dans laquelle vient circuler la vie, "lumière des hommes").

( 768712 )
Luc et Marc par PEB (2015-01-18 15:32:38)
[en réponse à 768701]
Luc et Marc ont été les secrétaires de Paul et de Pierre.
Pour le Nouveau Testament, les documents ont été échangés à travers tout le bassin méditerranéen. Les documents les plus lus et recopiés ont constitué le corpus que nous connaissons aujourd'hui.
Le raisonnement se tient aussi pour la Torah. L'inspiration divine guida Moïse et lui permit de constituer un ramassis d'esclaves en peuple racheté, et de l'inscrire dans la lignée prestigieuse de princes-pasteurs de l'ancien temps. La nation élue consigna ses traditions au fil des siècles pour aboutir à une version stabilisée au retour d'Exil. En ce cas, la communauté, c'est Israël!
La Création ne revêt pas
per se un caractère de théophanie. Elle est le commencement de la vie mais ne révèle rien en soi. Dans une autre perspective, la Rédemption englobe la Création mais la dépasse largement en lui donnant sens.
Mais tout cela pour dire que la Révélation part toujours d'une singularité où le Ciel a l'initiative des épousailles avec la terre. Le texte est l'instrument privilégié qui permet à la communauté formée autour de ce bienheureux moment de prolonger cet instant si particulier.
Ce que vous décrivez ici est la définition d'une immanence de la connaissance de Dieu: ce dernier n'a donc guère de transcendance à révéler:
Symboliquement ou littéralement, il transfère la diversité de la relation trinitaire dans un premier homme, qui adhère à cette diversité en sollicitant une aide, puis en l'agréant pour former une société, la famille, ou bien une communauté. (En ce sens, il est juste de dire que la famille est la cellule de base de la société ou de la communauté relationnelle dans laquelle vient circuler la vie, "lumière des hommes").
On se rapproche dangereusement de la gnose au nom menteur...

( 768722 )
Luc et Marc, deux secrétaires particuliers uniques. par le torrentiel (2015-01-18 17:26:47)
[en réponse à 768712]
Sur ce point, nous sommes d'accord, ainsi, en principe, que sur la circulation des ecritures récitées et recopiées, ainsi que l'archéologie a pu en attester.
Quant à votre interprétation de mon dernier paragraphe qui vous autorise à faire de moi un dangereux gnostique, elle relève d'un malentendu, comme presque toujours sur les forums, où le goût de s'écharper l'emporte sur la vérité, et on polémique comme à l'université en parlant de manière approximative (je parle pour moi plus que pour vous).
En l'occurrence, je voulais développer dans quel contexte le verbe, à l'origine de l'inspiration scripturaire, institue la communauté d'abord dans un premier homme et non dans une structure sociale qui devient elle-même auteur par-dessus la personne de l'auteur. Je ne voulais pas insinuer que Dieu avait insufflé la vie par émanation dans une monade individuelle.
J'aime bien votre dernier paragraphe, qui remet en perspective comment s'est forgée la mythologie nationale du peuple de l'élection. toutes les nations sont filles de leur mythologie nationale. Même si ça nous éloigne des Ecritures, sujet de ce fil, comment la mytthologie se constitue-t-elle par rapport à la vérité? Et comment donner droit aux mythologies nationales, en sachant que beaucoup de guerres entre les nations sont des guerres de mythologies avant d'être des guerres de religion?

( 768700 )
La communauté précède le texte qui la transforme, par le torrentiel (2015-01-18 11:23:58)
[en réponse à 768672]
c'est moins un paradoxe que le mouvement habituel de la vie avec dieu, qui est perpétuellement don et accueil, inspiration et expiration.,

( 768699 )
Vous vous placez dans "l'esthétique de la réception", par le torrentiel (2015-01-18 11:17:27)
[en réponse à 768653]
vous n'expliquez pas le caractère communautaire de l'inspiration. Vous expliquez plutôt que c'est la tradition qui est inspirée. Qui est inspirée pour interpréter ce que la nouvelle critique littéraire (par rapport à laquelle je suis plus que réservé) appelle "l'écart esthétique" entre la manière dont le texte à la fois sécrété par son pubic et le dérange.

( 768668 )
l par Ombre6 (2015-01-17 18:04:59)
[en réponse à 768635]
Bonjour,
Ne publiez pas mon message s'il doit choquer certains liseurs.
Je pense en ce qui me concerne que nous aurons toujours des problèmes d'interprétation du message divin, tant qu'il ne nous sera pas enseigné comme il nous fut transmis par le Christ, c’est-à-dire comme un message vertical.
Ombre6

( 768704 )
vertical par Jean Ferrand (2015-01-18 13:41:14)
[en réponse à 768668]
vertical mais incarné.

( 768711 )
Lecture horizontale de la Bible par Ombre6 (2015-01-18 15:32:16)
[en réponse à 768704]
Oui, mais le lecture horizontale actuelle aboutit à un affaiblissement considérable de notre religion et nourrit les contestations des tendances

( 768717 )
Mais par Jean Ferrand (2015-01-18 16:23:17)
[en réponse à 768711]
Je n'ai pas nié la verticalité.

( 768728 )
[réponse] par Ombre6 (2015-01-18 17:53:35)
[en réponse à 768717]
C'est vrai, mais je ne comprend pas pourquoi on ne l'applique pas elle résoudrait de nombreux problèmes, faciliterait l'union de tous les chrétiens, etc. La force de la tradition peut-être ?
Ombre6

( 768744 )
Descendit par Jean Ferrand (2015-01-18 20:21:41)
[en réponse à 768728]
Descendit de caelis et incarnatus est.

( 768770 )
A quelle date par Jean Ferrand (2015-01-18 22:34:19)
[en réponse à 768635]
A quelle date, comment et par qui ont été rédigés les 27 écrits de notre Nouveau Testament ?
- Évangile selon saint Matthieu
L'apôtre Matthieu, le publicain, a publié en araméen les logia, ou dits du Seigneur, avant de partir évangéliser l’Éthiopie vers 44.
Le diacre Philippe, après concertation avec Luc, compagnon de Paul, vers 57, à Césarée Maritime, a collationné les dits de Matthieu, l'évangile de Marc que lui a communiqué Luc, les souvenirs sur l'enfance du Christ détenus par les "Frères de Jésus" qui gouvernaient l’Église de Jérusalem, puis a composé sur un plan septénaire très structuré notre premier évangile et l'a publié pendant la première captivité romaine de Paul, vers 60-62.
- Évangile selon saint Marc
Composé par Marc secrétaire et interprète de Pierre, en tout cas avant 56, d'abord à Rome, peut-être en latin, et ensuite en grec en Égypte.
- Évangile selon saint Luc
Composé par Luc, compagnon et secrétaire de Paul, après concertation avec le diacre Philippe, à Césarée Maritime, qui lui a traduit en grec et communiqué les dits du Seigneur de Matthieu. Luc l'a publié d'abord à Rome pendant la première captivité romaine de Paul, dès 60-62, et dans une deuxième édition en Grèce, à la fin de sa longue vie. Les Actes et l'évangile de Luc sont tous deux dédiés à Timothée, libraire romain, qui les as édités la première fois.
-Évangile selon saint Jean
Composé et publié par l'apôtre Jean à Éphèse, après la mort de saint Pierre, après 70 en tout cas.
-Actes des apôtres.
Composés par Luc à Rome et publiés juste à la fin de la première captivité romaine de Paul, sans doute en 62. Le témoignage du diacre Philippe, pour le martyre d’Étienne et, en général, pour l'histoire de la primitive Église de Jérusalem, fut pour lui essentiel et, bien sûr, le témoignage de l'apôtre Paul. Les Actes ont fait l'objet d'une seconde édition en Grèce, encore plus remaniée que son évangile.
- 10 épîtres de Paul
Composées de 50 à 62, au long de ses voyages, et collationnées puis publiées par Luc secrétaire de Paul.
- Les 3 épîtres pastorales
Dictées par Paul mais rédigées par Luc, secrétaire de Paul, de 62 à 64.
-L'épître aux Hébreux
Composée par l'apôtre Barnabé à Rome, vers 63-64. Expédiée par le secrétariat de saint Paul qui a mis en forme la finale de l'épître.
-Épitre de saint Jacques
Rédigée par l'apôtre Jacques le mineur, 'frère' du Seigneur, à Jérusalem, dans un excellent grec, avant son martyre en 62.
-Deux épîtres de saint Pierre
Composées par Pierre, à Rome, de 59 à 64, avec l'aide de deux secrétaires successifs, Silvain pour la première, un inconnu pour la deuxième.
-Trois épîtres de saint Jean.
Rédigées en Asie mineure par l'apôtre Jean après son évangile, entre 70 et 99.
-Épitre de saint Jude
Rédigée par Jude, apôtre et 'frère' du Seigneur, après 64, puisque il fait référence à la seconde épître de saint Pierre.
-Apocalypse
Rédigée par l’apôtre Jean et expédiée de Patmos, mais bien avant le quatrième évangile, sous la persécution de Néron, vers 66-67.