Le Forum Catholique
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( 767493 )
Anne-Charlotte ? par Exocet (2015-01-07 09:04:32)
Vous avez le dernier Houellebecq ?

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Pas en vitrine ! par Anne Charlotte Lundi (2015-01-07 09:29:46)
[en réponse à 767493]
On peut toujours vous le commander. Vous revoir nous fera plaisir.
Au fait, missile ou poisson volant ?
Tous nos voeux de bonne et sainte année

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Houellebecq, un autre son de cloche par Anne Charlotte Lundi (2015-01-07 10:55:27)
[en réponse à 767493]
Et là... pas du tout envie de lire Soumission...
Soumission (Flammarion), le dernier roman de Michel Houellebecq, sort en librairie le 7 janvier. Pour François Maillot, directeur de la librairie la Procure à Paris, un tel ouvrage incite les chrétiens à se réveiller.
Roman après roman, Michel Houellebecq s’affirme comme l’écrivain majeur de la France contemporaine. Seul Emmanuel Carrère, dans une veine plus égo-psychanalytique, peut prétendre également à résumer l’âme française. Mais chez Houellebecq, d’emblée, dès Extension du domaine de la lutte, une visée sociale s’est imposée. Ses deux précédents romans, La Possibilité d’une île et La Carte et le territoire avaient acquis une ampleur, mais aussi une capacité à émouvoir, qui ont marqué une évolution vers la maturité. Cela a stupéfait ses lecteurs les plus inconditionnels. Soumission ne les dépasse pas. Sur certains points, il n’est pas sûr qu’il les égale, notamment sur cette capacité à faire émerger une sorte de tendresse au cœur du naturalisme du récit. Mais sur un autre plan, celui du prophétisme, Houellebecq n’a jamais été aussi loin.
Ce livre n’est pas encore sorti que tout le monde en connaît la trame. Il s’agit de la France de 2022 qui voit s’opposer au second tour des élections présidentielles la candidate du Front national et le président du parti musulman, Mohamed Ben Abbes. Le narrateur, François (je ne peux m’empêcher de voir dans le choix de ce prénom la désignation de ce personnage comme l’archétype du Français…), universitaire spécialiste de Huysmans, mais demeuré athée, assiste à cet incroyable dénouement électoral, tout englué dans les problématiques de sa vie personnelle qui se résument à sa carrière universitaire et à l’angoisse de ne plus être capable de séduire des femmes dont il n’attend guère que la capacité à lui prodiguer de généreuses fellations. Face à ce raz de marée politique, un mystérieux personnage des services secrets, Alain Tanneur, lui donnera des clefs de compréhension qui l’amèneront à se résoudre à l’idée de se soumettre à un pouvoir musulman.
Rien en effet dans cet islam ne saurait appeler d’évidence à la résistance. Ben Abbes est un homme courtois, représentant un islam modéré. Et c’est là le coup de génie de Houellebecq qui livre ici un faux roman d’anticipation, mais une vraie autopsie de la France d’aujourd’hui. Ben Abbes débat courtoisement avec Madame Le Pen. Il veut un islam mesuré et acceptable. Il apporte à la France un ordre rassurant auquel vont se rallier sans état d’âme l’UMP, l’UDI et le PS ! Il prendra même Bayrou comme premier ministre ce qui permet à Houellebecq une de ses saillies les plus redoutables… En prêchant la polygamie, Ben Abbes devient une sorte de caution morale pour tous les hommes empêtrés dans leurs histoires de braguette, au grand soulagement du narrateur. Il s’inscrit dans une vision social-démocrate douce qui ne choque personne. Sa seule exigence est l’éducation, l’ajout d’un parcours coranique aux études générales. Le système étant ruiné, il n’a aucun mal à arriver à ses fins. La Sorbonne à bout de souffle deviendra même une université coranique sans que cela ne rencontre la moindre résistance, chacun désirant juste garder sa place…
Houellebecq réussit ce tour de force de mettre en scène un futur proche auquel personne n’aurait pensé et qui, si l’on est honnête en le lisant, a tous les éléments de la vraisemblance… C’est sans doute ce qui confère à ce roman sa force exceptionnelle. Pas de prise du pouvoir par les fachos, pas de guerre civile (ou si peu, si vite étouffée par les médias), pas d’islam radical qui coupe les têtes, lapide les hommes, viole les femmes. Comme dans Le Meilleur des mondes d’Huxley, il vient s’imposer en douceur dans une société anesthésiée et sans ressort. Si violence il y a dans ce roman, c’est dans cette perspective qui anéantit le lecteur d’une soumission à un ordre nouveau doux et quasi consensuel, sans qu’une aune de résistance lui soit opposée. Face à l’effondrement du politique, la République islamique devient une option comme une autre. Face à la ruine du pays, les pétrodollars achètent tout. Face au vide intellectuel, n’importe quel discours peut s’imposer. Face à l’athéisme généralisé, l’islam peut remporter la mise.
Le point nodal du roman me semble résider dans ce qui m’a pourtant semblé, en cours de lecture, constituer son point faible. Les Français pourraient-ils accepter un régime qui demanderait aux femmes d’accepter une polygamie qui les met en position d’infériorité face aux hommes ? Eux qui sont fiers de s’être débarrassés de la coupe du catholicisme, accepteraient-ils de se convertir à l’islam pour enseigner à la Sorbonne islamique ? Au-delà de la fiction, Houellebecq enchaine uppercut sur uppercut. En quoi notre dévotion pour l’égalité des sexes est-elle une idée pour laquelle nous nous battrons et non pas une mince pellicule idéologique que les contingences du moment et les exigences insatiables du sexe feront vite se lézarder ? En quoi la libre pensée de nos contemporains est-elle une conviction forte qui puisse résister à l’assaut, même pacifique, d’une religion sûre d’elle- même ? On le voit, c’est dans ce qui pourrait passer pour une outrance que Houellebecq frappe au cœur. Il se pourrait bien en effet que tout ce à quoi notre société dit croire ne soit qu’une construction bâtie sur du sable que le moindre coup de vent pourrait faire chavirer. Ce que dit Soumission, c’est que notre époque ne croit en rien, ou tout au moins, ne croit en rien qui soit de nature à pouvoir s’opposer à n’importe quelle foi. En face de l’individualisme consumériste et cynique, toute reconnaissance d’un idéal collectif, d’un dépassement de l’horizon nombriliste contient une puissance infinie. Ce livre n’est rien d’autre que le grand roman de la décomposition intellectuelle, morale et spirituelle de la France.
Il me semble que, peut-être sans le vouloir, Houellebecq tire dans le même sens que le pape François. Le personnage de Rediger, qui va devenir le nouveau président de la Sorbonne, puis le ministre de l’Education nationale, fait un portrait apocalyptique des catholiques entre identitaires qui ne savent pas encore qu’ils partagent avec l’islam certaines valeurs, et progressistes qui ont été incapables de s’opposer à la décadence des mœurs. Tout le monde en prend pour son grade ! Et ce roman interpelle chaque catholique ! Mais, en fin de compte, il m’apparaît, en terminant la lecture du livre de Houellebecq, que la question est de savoir si nous voulons éviter la soumission : à l’Islam, certes, mais aussi à la tyrannie du sexe, de la consommation, des honneurs, du confort. J’entends, en écho à Soumission, la voix du Pape François appelant chaque chrétien (et non pas seulement les membres de la Curie qu’il aime secouer) à se convertir. Ce livre, à sa manière, nous incite à nous réveiller. Et comme la manière est pleinement réussie, l’objectif est atteint. Ce livre est une bombe.
Nous dormirons moins bien en 2015. Fr. Maillot directeur de la Procure article paru sur La Vie.

( 767503 )
Pourquoi donc? par sauterelle (2015-01-07 11:04:34)
[en réponse à 767501]
Tout est dans le titre...

( 767515 )
Personnellement par Anne Charlotte Lundi (2015-01-07 12:21:06)
[en réponse à 767503]
je n'ai jamais aimé cet auteur et n'ai pas "digéré" son prix Goncourt qui m'a lassée à l'époque.
Attention, je n'ai pas lu Soumision..;
donc je ne peux en parler qu'à travers les critiques, les entretiens télévisés....et des extraits lus sur internet.
Cette fable politique tient de la "pompe à fric". Tous les ingrédients y sont : l'islam modéré..(ben voyons), le FN, les identitaires, les politiques véreux, ... un soupçon d'alcool, de sexe et beaucoup de digressions religieuses. Peur, amours décues, haine, vous agitez le tout ... et hop 150 000 exemplaires pour un premier tirage d' un prix Goncourt : Houellebecq !
Provocation, sur le déclin de l'Occident, mélancolie noire et désabusée, une certaine lassitude dans l'enchaînement des faits, mal être ... ne sont pas des éléments qui m'attirent dans un roman. Et ce qui me gène : l'auteur joue sur la peur, car il y croit à ce scénario cela se sent dans bien des lignes ! Mal dans sa peau Houellebecq, ....
Voilà quelques éléments rapidement rédigés... Affaire à suivre cependant !

( 767510 )
Alors ... par Exocet (2015-01-07 11:53:46)
[en réponse à 767501]
... ne me le commandez pas. Nous aurons d'autres occasions de nous revoir. En attendant, je vous souhaite une bonne et sainte année.
Poisson ou missile ? C'est comme vous préférez.

( 767615 )
Une bonne idée, tout de même ! par Paterculus (2015-01-07 22:00:34)
[en réponse à 767501]
Il se pourrait bien en effet que tout ce à quoi notre société dit croire ne soit qu’une construction bâtie sur du sable que le moindre coup de vent pourrait faire chavirer.
C'est chez moi une conviction : la LMPT a été l'occasion de montrer que non seulement les idées de Mai '68, mais aussi celles de 1789, sont fragiles dans l'esprit d'un grand nombre.
Votre dévoué Paterculus

( 767578 )
Dans Famille Chrétienne, pour Exocet par Anne Charlotte Lundi (2015-01-07 17:14:09)
[en réponse à 767493]
Je viens de recevoir l'article de Jean Claude Besida :
On sort de la lecture du Soumission de Houellebecq comme on s’ébroue après un bain dans les eaux mazoutées d’un port un peu glauque. Bien sûr on connaît l’animal : Houellebecq est le romancier de la médiocrité (ce qui ne veut pas dire qu’il soit un médiocre romancier, au contraire). Aucune aspiration vers un plus, aucun dépassement vers quelque chose de beau et de grand, aucune tension intérieure, aucune place pour quelque chose qui ressemblerait à l’accueil d’une grâce ou le désir d’un courage. Sa France rendue à l’islam politique laisse une impression de désespérance d’autant plus amère, qu’elle est fondée sur une observation très juste.
« Après tout, pourquoi pas ? » Telle semble être la leçon de ce Soumission : la conversion à l’islam, c’est si peu de chose : la fatiha comme une simple formule répétée un peu honteusement par des élites veules, qui ne change rien en apparence, mais qui vous fait tout perdre. Et c’est cela le sujet de Soumission. En se taisant ou en se convertissant, les élites (ici symbolisées par le président de la Sorbonne) sont légèrement gênées aux entournures mais elles n’ont déjà plus assez de conscience pour s’apercevoir que la parole engage.
Alors elles semblent tellement contentes de sauver l’essentiel – un peu de fric, versé par les Saoudiens, un peu de pouvoir résiduel. Quant au peuple, il est comblé parce que moins de chômage et plus de tranquillité. Les conservateurs ont mille raisons d’être satisfaits : pas de délinquance, les femmes portent des vêtements décents, l’entreprise familiale est encouragée, l’Éducation nationale démantelée, l’ordre naturel restauré. L’Église n’est même pas maltraitée – trop inoffensive. Une dhimmitude douce. Et le prix à payer pour toutes ces choses est si faible – quelques mots vite dits…
La soumission – islam – comme forme la plus naturelle de l’esprit de renoncement et aboutissement évident du « ce n’est pas si grave ». Le scénario qu’il déroule est aux antipodes exacts de tout ce que l’esprit chrétien essaie de bâtir contre vents et marées, depuis des siècles : souci de l’engagement et refus du fatalisme défaitiste, non-prosternement devant l’argent, conscience de la dignité infinie de la personne et choix de combattre ce qui l’abaisse, capacité à se dépasser appuyée sur la certitude d’être aimé et sur l’espérance qui porte à voir plus loin que les misères de l’heure, conscience que la valeur de l’homme réside dans le sérieux de ses oui et de ses non…
Bref, un roman infiniment triste, où Houellebcq tire avec précision les conséquences du déracinement de l’âme et du vide spirituel.

( 767612 )
Réalisme froid par Exocet (2015-01-07 21:44:00)
[en réponse à 767578]
Une fiction réaliste. Si je comprends bien cet article de JC Besida, c'est comme ça qu'on peut juger le roman de Houellebecq ? Maintenant peut-on lui reprocher de ne pas être un écrivain chrétien ?

( 767643 )
Non pas du tout par Anne Charlotte Lundi (2015-01-08 09:55:53)
[en réponse à 767612]
on ne peut rien lui reprocher... mais on peut aimer ou ne pas aimer ses oeuvres !
Voilà très bien écrit ce je ressentais dans les commentaires que j'avais lus.
et tou cela ne m'insite pas à le lire, et à le diffuser massivement !

( 767657 )
Chesterton face à Houellebecq - Philippe Maxence par Anne Charlotte Lundi (2015-01-08 10:55:58)
[en réponse à 767493]
Chers amis de Chesterton, permettez moi de vous signaler l’article que j’ai publié sur Figaro Vox à propos du dernier livre de Michel Houellebecq, Soumission.
Dans ce nouveau roman, l’auteur des Particules élémentaires fait référence au distributisme de Chesterton, ce que tout lecteur peut noter sans toujours très bien comprendre de quoi il s’agit. Mais j’établis aussi un autre lien avec Chesterton à travers l’évocation de L’Auberge volante, roman d’anticipation, écrit en 1914 et en terrible résonance, non seulement avec Houellebecq mais aussi avec notre triste actualité. Je demande donc si finalement Houellebecq n’est pas un Chesterton triste…
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