Le Forum Catholique
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( 766997 )
quelle est l'autorité des documents produits par un Synode ? par jejomau (2015-01-01 10:40:58)
Excellente question soulevée dans la revue
ITEM
Tandis que le Synode 2015 approche, chargé d’inconnues et de problèmes, une question de fond se pose : quelle est l’autorité des documents ecclésiastiques qui peuvent être produits par le magistère ordinaire d’un Pape ou d’un Synode ?
Les progressistes, ou peut-être plutôt les néo-modernistes, attribuent un caractère infaillible à tous les actes du Pontife actuel et aux résultats du prochain synode, quels qu’ils soient. A ces actes – disent-ils – il faut obéir parce que, comme dans le cas du Concile Vatican II, le Pape et les évêques unis à lui, ne peuvent pas se tromper.
D’un autre côté les progressistes eux-mêmes nient la valeur infaillible aux enseignements de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI et affirment que la morale traditionnelle en matière conjugale doit être mise à jour, en s’adaptant aux “convictions vécues” de ces catholiques qui pratiquent la contraception, la fécondation artificielle, les cohabitations extra-conjugales.
Dans le premier cas, ils semblent admettre l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel, en l’identifiant au Magistère vivant du Pape et des évêques après le Concile Vatican II ; dans le second cas ils nient l’infaillibilité du vrai concept de Magistère ordinaire, exprimé par la Tradition de l’Eglise, selon la célèbre formule de Vincent de Lérins : «quod semper, quod ubique, quod ab omnibus».....

( 767018 )
Une exhortation n'est pas une encyclique par Paterculus (2015-01-01 13:52:32)
[en réponse à 766997]
Dans sa sagesse l'Eglise en met pas tous ses textes officiels au même niveau.
Après un synode, où de nombreux avis parfois divergents peuvent s'exprimer, le Pape prend un délai pour rédiger une exhortation apostolique post-synodale. Il s'agit donc là d'un texte éminemment pastoral - ce qui ne veut pas dire qu'il ne véhicule aucun message doctrinal, mais que la perspective n'est pas premièrement l'enseignement.
En revanche une encyclique vise l'enseignement, même si sur la base de cet enseignement elle propose des solutions pratiques.
Le degré de l'adhésion requise pour une encyclique est donc supérieur à celui de l'adhésion requise pour une exhortation post-synodale.
Votre dévoué Paterculus

( 767019 )
Merci pour cet éclairage ! par Athanase (2015-01-01 14:12:46)
[en réponse à 767018]
Et meilleurs vœux, Monsieur l'abbé !

( 767032 )
J'avais raison sur la définition du MOU par Jean-Paul PARFU (2015-01-01 20:55:38)
[en réponse à 766997]
Avec St Vincent de Lérins, le cardinal Ratzinger, l'abbé Aulagnier et Roberto de Mattei contre Meneau dont on peut lire la prose
ici
Le Magistère Ordinaire Universel se constate dans le temps !

( 767057 )
Mais oui, vous avez raison ! par Meneau (2015-01-02 11:01:12)
[en réponse à 767032]
Avec toute la tradition de l'Eglise, vous avez raison d'affirmer que le MOU se constate dans le temps.
Là où vous auriez tort, comme l'explique le fil auquel vous renvoyez (d'ailleurs vous aurez noté au passage que le texte sur lequel vous pointez n'est pas de Meneau mais de la revue Le Sel de la Terre...), c'est si vous affirmiez, contre St Vincent Lérins entre autres, que le Magistère Ordinaire Universel NE se constate QUE dans le temps.
Cordialement
Meneau

( 767066 )
Qui décide par Jean Ferrand (2015-01-02 13:27:11)
[en réponse à 767057]
Qui décide, ou constate, qu'une proposition est enseignée par le magistère ordinaire universel ?

( 767073 )
C'est toute l'aporie de ceux qui veulent juger le magistère... par Athanase (2015-01-02 14:18:23)
[en réponse à 767066]
... devenant à leur tour magistère. Je sais que cette question est profondément délicate, ne serait-ce que parce qu'il existe une crise, mais il y a un grand danger à s'attribuer que l'on a pas. Le Magistère interprète la Tradition et l'Écriture: il joue un rôle dans la transmission, meme s'il n'est pas une troisième source de la Révélation. Mais son rôle est irremplaçable, car il existe des situations où nous n'avons pas la réponse, et le Magistère tranche.

( 767068 )
Vous citiez "Le Sel de la Terre" par Jean-Paul PARFU (2015-01-02 13:36:53)
[en réponse à 767057]
Meneau pour me l'opposer et parce que vous l'approuviez.
Or il semblerait que le cardinal Ratzinger ait enseigné à peu près le contraire de ce que vous affirmez encore.

( 767078 )
Ah oui ? par Meneau (2015-01-02 14:41:23)
[en réponse à 767068]
Or il semblerait que le cardinal Ratzinger ait enseigné à peu près le contraire de ce que vous affirmez encore.
Où ?
Cordialement
Meneau

( 767120 )
C'est dans l'article de Roberto de Mattei par Jean-Paul PARFU (2015-01-02 20:31:15)
[en réponse à 767078]
cité par Item.
Je cite :
"La constitution Dei Filius du Concile Vatican I établit, au chapitre 3, qu’il peut y avoir des vérités qui doivent être crues, avec une foi divine et catholique dans l’Eglise, sans qu’il y ait nécessité d’une définition solennelle, en tant qu’elles sont exprimées par le Magistère ordinaire universel. Les conditions nécessaires à l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel sont qu’il s’agisse d’une doctrine qui concerne la foi ou la morale, enseignée avec autorité par des déclarations répétées des papes et des évêques, avec un caractère indubitable et obligatoire. Le mot universel doit être compris non dans le sens synchronique d’une extension dans l’espace dans une période historique donnée, mais dans le sens diachronique d’une continuité du temps, pour exprimer un consensus qui embrasse toutes les époques de l’Eglise (Card. Joseph Ratzinger, Note doctrinale illustrative de la formule de conclusion de la Professio fidei, note 17)."
C'est le bon sens même !

( 767201 )
La vraie citation par Meneau (2015-01-04 00:11:15)
[en réponse à 767120]
non déformée par De Mattei (désolé, j'avais survolé un peu vite son article) est la suivante :
[17] Il faut considérer que l'enseignement infaillible du Magistère ordinaire et universel n'est pas seulement proposé dans la déclaration explicite d'une doctrine à croire ou à tenir pour définitive, mais il est aussi exprimé par une doctrine implicitement contenue dans une pratique de la foi de l'Église, dérivant de la révélation ou, de toute façon, nécessaire pour le salut éternel, attestée par la Tradition ininterrompue: cet enseignement infaillible est objectivement proposé par tout le corps épiscopal, entendu au sens diachronique, et pas nécessairement au seul sens synchronique. En outre, l'intention du Magistère ordinaire et universel de proposer une doctrine comme définitive n'est généralement pas liée à des formulations techniques d'une solennité particulière; il suffit qu'elles soient claires par la teneur des paroles employées et par leur contexte
Source
(c'est moi qui souligne)
"Pas nécessairement au seul sens synchronique" : le Cal. Ratzinger ne fait pas du "sens diachronique" une condition nécessaire à l'infaillibilité, contrairement à ce que prétend De Mattei,
Sa position n'est pas différente ce celle de la Députation de la Foi à Vatican I :
« Venons-en au canon de Vincent de Lérins. Au chapitre III [II, dans les éditions actuelles] de son Commonitorium, le très illustre écrivain ecclésiastique dit qu'il faut tenir ce qui a été cru partout, toujours et par tous ;
1. On interpréterait le canon contre l'esprit de l'auteur si on le rapportait à ce qu'on appelle la norme directive infaillible dans l'Église catholique. En effet, pour le Lérinien, il concerne la norme objective (c'est-à-dire la divine tradition), comme le montre le contexte ; et ainsi, le canon proposé contient un critère pour reconnaître la « tradition de l'Église catholique » par laquelle, « en union avec l'autorité de la loi divine, la foi divine est défendue ». C'est une tout autre affaire de savoir si ledit canon contient une condition nécessaire pour qu'une doctrine puisse être infailliblement définie par le Magistère de l'Église catholique. Cela, Vincent ne l'a pas enseigné, il a même signifié le contraire, comme on va le voir. D'où :
2. Il en résulte que l'on détourne le canon lérinien de son vrai sens si, en son nom, on réclame le consentement universel ou l'unanimité de tous les évêques pour qu'une doctrine puisse être définie comme dogme de foi par le Magistère de l'Église en qui se trouve la norme directive de la foi. De même :
3. Il est clair que l'on pervertit ce canon lérinien en y cherchant à la fois la norme objective et la norme directive, comme si l'unique norme infaillible de la Foi catholique se trouvait dans l'accord constant et universel de l'Église ; alors, en matière de foi, seul ce qui aurait été cru par un accord constant serait absolument certain et infaillible, et personne ne pourrait croire quoi que ce soit, de cette foi divine qui est absolument et infailliblement certaine, sans qu'il voie lui-même cet accord constant et universel de l'Église. [...]
4. Mais si, comme il se doit, le canon lérinien est rapporté à la norme objective, on ne le comprendrait néanmoins pas correctement, si on l'entendait à la fois au sens positif et au sens négatif. Il est certes très vrai, si on le comprend au sens positif, savoir : ce qui a été cru toujours, partout et par tous est divinement révélé, et donc doit être tenu ; mais il serait faux si on l'entendait au sens négatif. Il en est de même en ce qui concerne les trois notes d'antiquité, d'universalité, d'accord, prises ensemble et simultanément : [si on comprend que] rien ne pourrait être divinement révélé et donc à croire, sans que les trois notes d'antiquité, d'universalité et d'accord ne militent ensemble et simultanément en sa faveur, [on est dans l'erreur]. Qu'il puisse arriver, en effet, et que cela se soit produit de fait, qu'une doctrine ait toujours été crue, depuis l'origine, et donc soit divinement révélée, sans avoir été crue ni partout, ni par tous, Vincent lui-même l'enseigne.
[...] »
(Mansi, T. 52, col. 26-27).
Pour plus de précisions, voir
ICI.
Cordialement
Meneau

( 767218 )
Oui et non ! par Jean-Paul PARFU (2015-01-04 11:19:44)
[en réponse à 767201]
Ce que le cardinal nous explique en réalité, c'est que contrairement à ce qu'on entend ici et là, le MOU est essentiellement diachronique, même si on ne peut exclure le synchronique.
Quant à la note explicative de Vatican I, elle fait simplement comprendre que l'Eglise et le Pape ne souhaitent pas se laisser enfermer dans une définition seulement diachronique du MOU, de manière à contredire les opposants à la définition du dogme de l'infaillibilité pontificale, nombreux à l'époque et qui auraient pu être tentés d'opposer le MOU à la déclaration dogmatique du Pape et du Concile.
Le principe est le diachronique ; l'exception est le synchronique. Dans les temps dangereux, comme notre époque, il faut plutôt se fier au diachronique !

( 767227 )
Autre précision par Jean-Paul PARFU (2015-01-04 13:44:04)
[en réponse à 767218]
Il y a deux modes d'infaillibilité :
1) le Pape seul ou le Pape et le Concile ;
2) le Magistère Ordinaire Universel.
Le premier est d'abord synchronique, tandis que le second est essentiellement diachronique.
Le MOU est essentiellement diachronique, mais non exclusivement, parce qu'il y a évidemment un passage entre le Magistère Oridnaire Universel et la proclamation dogmatique pontificale, avec ou sans les évêques réunis en Concile autour du Pape.
Le Magistère Ordinaire Universel est infaillible implicitement dans le temps (diachronie) et l'on suppose que tous les évêques du monde entier sont d'accord avec lui ici et maintenant (synchronie), tandis que la définition dogmatique pontificale ou/et concilaire est explicitement infaillible, d'abord ici et maintenant (synchronie), pourrait-on dire !

( 767564 )
C'est pas comme ça, Jean-Paul... par Marco Antonio (2015-01-07 16:16:36)
[en réponse à 767218]
Il serait un non-sense, une absurdité si un Pape comme Pape (et non pas comme personne privée), ou si les successeurs des Apotres - unis (en concile ou dispersés) à leur Chef visible -, ils pouvaient prêcher des fausses doctrines en matière de foi ou de morale. Cette idée là, par ailleurs, est tout à fait contraire au canon de St. Vincent De Lérin que vous utilisez si improprement. Il n'est jamais arrivé que partout, toujours et par tous on a cru à ça: que l'Eglise enseignante, dans sa unanimité morale, reunie ou dispersée, Elle peut enseigner - dans un moment historique détérminé - des erreurs en matière de foi ou de morale. Par contre, on a cru toujours exactement le contraire.

( 767058 )
[réponse] par Marco Antonio (2015-01-02 11:16:45)
[en réponse à 767032]
Le canon de St. Vincent ne concerne pas le Magistère de l'Eglise. Par ailleurs, ce Magistère, qui est un et un seulement, il a necéssairement la même valeur tant si'il est exercé lorsque l'épiscopat (avec le Pontif Romain) est réunis quant s'il est exercé lorsque l'épiscopat est dispersé sur terre. Donc si l'épiscopat réunis en concile peut donner des enseignements infaillibles sans que ces enseignements ont été répétées dans le temps, ceci s'applique également pour l'épiscopat dispérse qui dans le même moment historique prêche une certaine doctrine.

( 767077 )
réponse simple : aucune valeur particulière pas plus qu'un post sur le FC par Luc Perrin (2015-01-02 14:27:29)
[en réponse à 766997]
Un Synode des évêques n'est pas un concile oecuménique mais une instance consultative auprès du pape, réunie régulièrement.
Votre post aurait pu dire de même : quelle est l'autorité d'une prise de notes qui serait publiée à l'issue d'un consistoire ? Aucune.
Ce qui entre dans le Magistère ordinaire, ce sont les conclusions qu'en tire le pape quand il les publie sous sa signature (pas des confidences dans les couloirs de Sainte-Marthe ou une interview à La Reppublicca ou un twit) et que ce document est ensuite à l'O.R.
Au demeurant jusqu'à Benoît XVI, les "documents" - propositions votées par un synode - restaient des documents privés au seul usage du pape.
Je ne sais pas si la distinction énoncée par Paterculus tient vraiment la route : une encyclique peut être à finalité pastorale aussi ou comprendre des éléments nettement "pastoraux". Un exhortation apostolique post-syndodale peut autant porter sur des points doctrinalo-pastoraux.
Pour résumé les 2 synodes de 2014 et 2015 ont de l'intérêt mais comme éléments préparatoires à la décision magistérielle mais ne sont pas une émanation du Magistère, pas plus qu'une quelconque autre instance consultative.
En France, le Conseil économique et social ... conseille mais c'est le Parlement qui vote la loi. L'autorité législative du Conseil est nulle.

( 767087 )
oups la faute par Luc Perrin (2015-01-02 15:26:50)
[en réponse à 767077]
pour résumer ... sorry folks.

( 767090 )
Donc tout n'est pas magistériel, au lieu... par Athanase (2015-01-02 15:42:43)
[en réponse à 767077]
... de se demander si le magistère peut errer, il serait donc plus juste de se demander si ce que dit François est de nature magistérielle.
Honnêtement, ce pontificat est peu magistériel. Qu'est-ce qui l'est ? Un certain nombre de points affirmés dans Lumen Fidei, quelques rares points d'Evangelii Gaudium (par ailleurs, il s'agirait plutôt de rappels de points enseignés antérieurement) mais pour le reste, on est en présence de déclarations, d'homélies, voire de propos, peut-être tenus en public, mais qui devraient être apparentés à des propos privés (naguère, on parlait du docteur privé dans les ouvrages de théologie). François cherche à provoquer, à susciter le débat, mais certainement pas à lier (il n'a d'ailleurs pas l'intention de le faire, le pape ayant rappelé qu'ils n'avaient pas de solutions toutes faites...), conformément à l'exercice du ministère pétrinien. François n'a jamais prétendu enseigner: il faut au moins lui en savoir gré et lui rendre la monnaie de la pièce. Faute de quoi on verse dans la papimanie sulpicienne, même si c'est sur fond d'ambiance irénique: en gros, l'ultramontanisme du 19ème siècle conjugué avec le discours des seventies.
Honnêtement, ce pontificat sera bénéfique car il permettra aux futurs théologiens de mieux distinguer ce qui est magistériel de ce qui ne l'est pas et certainement de mieux mettre en lumière le problème des actes publics non magistériels. François sera un cas d'école intéressant. Au 19ème siècle, peu avant Vatican I, on s'interrogeait sur les cas des papes Libère ou Honorius: les théologiens durent répliquer aux objections. Peut-être que François fera son entrée dans les traités de théologie, mais pas de la manière où on peut l'imaginer...