Le Forum Catholique

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images/icones/fleche2.gif  ( 766921 )L'heure de la re-création axiologique pontificale ? par Scrutator Sapientiæ (2014-12-31 11:50:59) 

Bonjour à tous,

1. Voici :

Ici.

2. Voici les deux derniers paragraphes :

" Le discours sur la stérilité, a dit le Pape, « me fait penser également à notre mère l’Eglise, aux nombreuses stérilités qui frappent notre mère l’Eglise quand, en raison du poids de l’espérance dans les commandements, ce pélagianisme que nous portons tous dans nos os, devient stérile : il se croit capable d’accoucher » mais « il ne peut pas ». En revanche, « l’Eglise est mère et ne devient mère que quand elle s’ouvre à la nouveauté de Dieu, à la force de l’Esprit ».

Ainsi, François a invité à « prier aujourd’hui pour notre mère l’Eglise, pour les nombreuses stérilités dans le peuple de Dieu : stérilité de l’égoïsme, du pouvoir ». Car « l’Eglise est stérile quand elle croit tout pouvoir, s’emparer des consciences des personnes, prendre la route des pharisiens, des saduccéens, la route de l’hypocrisie ». C’est pourquoi « il faut prier ». Et faire en sorte que « ce Noël » fasse également devenir « notre Eglise ouverte au don de Dieu ». "

3. Cette mise en opposition

- entre une Eglise stérile, "en raison du poids de l'espérance dans les commandements",

- et une Eglise féconde, "quand elle s’ouvre à la nouveauté de Dieu, à la force de l’Esprit",

m'a inspiré le titre du présent message, titre assorti d'un point d'interrogation.

4. Or,

- d'une part, les commandements, bien pris en compte, bien mis en oeuvre, ne sont pas des obstacles, mais des instruments propices à l'ouverture sur la véritable nouveauté de Dieu, sur la véritable force de l'Esprit ;

- d'autre part, toute nouveauté n'est pas d'inspiration divine, et il arrive même qu'une nouveauté apparemment attractive, dynamique, inspiratrice de fraternité généreuse, soit inspirée par la force de l'esprit du monde.

5. Face à l'idée selon laquelle "l’Eglise est stérile quand elle croit tout pouvoir, s’emparer des consciences des personnes, prendre la route des pharisiens, des saduccéens, la route de l’hypocrisie", j'ajoute ceci :

- d'une part, et d'un côté, les catholiques "pharisiens" ou "saduccéens" n'ont pas le monopole de la soumission à la tentation de "s'emparer des consciences", ou à celle de recourir à "l'hypocrisie", dans l'Eglise, la soumission à ces deux tentations étant présente un peu partout, dans l'Eglise et dans le monde,

- d'autre part, et de l'autre côté, il n'y a pas des chrétiens qui sont donc, pour leur part, certainement "authentiques", puisque leur positionnement est aux antipodes du positionnement "pharisien" ou "saduccéen" attribué par le Pape à ceux qui sont stériles, "en raison du poids de l'espérance dans les commandements".

6. La combinaison entre manichéisme historiciste et manichéisme axiologique, au sein même de l'Eglise, permet de dire en substance ce qui suit, aux catholiques "pélagiens" d'aujourd'hui :

" - non seulement vous vous repliez sur le passé, sur les traditions, au lieu de vous ouvrir sur l'avenir, sur l'extérieur,

- mais en outre vous vous repliez sur les commandements, sur la doxa, sur la loi, au lieu de vous ouvrir sur "l'Evangile", sur le Pneuma, sur les personnes ;

- nous au contraire, nous sommes d'autant plus ouverts sur "l'Evangile", sur le Pneuma, sur les personnes, que nous sommes moins repliés sur les commandements, sur la doxa, sur la loi. "

Pour autant, que je sache, Jésus-Christ est venu parfaire, mais il n'est pas venu abolir.

7. Par ailleurs, cette combinaison entre ces deux manichéismes est elle-même en train de devenir une doxa, la doxa selon laquelle

- le respect de l'orthodoxie est plutôt opposé à "l'Evangile",

- le souci de "l'Evangile" est plutôt pérempteur de l'orthodoxie.

8. Il me semble vraiment que nous sommes bien en présence d'une vision "émancipationniste", et non d'une vision "configurationniste", du christianisme catholique, alors que nous savons tous que les commandements sont bien plus propices que nuisibles à notre "configuration" morale et spirituelle, et que cette "configuration" n'est nullement un obstacle à notre véritable libération, inspirée par l'Esprit.

Le christianisme, qui est la religion de Jésus-Christ, et non "la religion de l'Evangile" (cf. un livre de Claude GEFFRE),

- n'est certes pas réductible à un moralisme formaliste, légaliste, rigoriste, ritualiste,

mais

- n'est pas non plus réductible à un spiritualisme spontanéiste, dans le cadre duquel il suffirait de prier et d'aimer, sans références normatives, dans l'ordre du croire et dans celui de l'agir.

Il y a ce que l'on fait croire, et il y a ce que l'on laisse entendre : à force de faire croire que les commandements sont plus des obstacles nuisibles que des instruments propices à la vie chrétienne, on risque de laisser entendre que le christianisme est la religion de l'adaptation, de l'évolution, de l'innovation, de l'ouverture, de l'unité ; la religion de la soumission de l'orthodoxie à la plasticité.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 767052 )Merci et par Aigle (2015-01-02 08:49:39) 
[en réponse à 766921]

Merci cher scrutator et j'ajoute qu'on comprends mieux que le pape François ait peu le souci de citer Vatican II car avec ses analyses il s'éloigne terriblement des textes conciliaires et fait passer Paul VI pour un dangereux pélagien...

En outre en résumant la Foi à lEsprit dont implicitement il est le seul interprète valable, on se demande s'il ne résume pas la doctrine catholique à une exagération de Vatican I ? Mais j'ai certainement mal compris.

Tout cela confirme la thèse exprimée il y a peu par un liseur sur le péronisme de François : sous une apparence populaire , une exaltation du pouvoir personnel pour promouvoir des réformes . Là aussi je manque sans doute de foi et exagére peut être certains dangers ...
images/icones/hein.gif  ( 767056 )Deux questions par Ion (2015-01-02 10:12:43) 
[en réponse à 767052]

- Que voulez-vous dire par "il s'éloigne terriblement des textes conciliaires et fait passer Paul VI pour un dangereux pélagien" ? Pouvez-vous développer ?
- Où, dans les propos de François, voyez-vous qu'il résume la Foi l'Esprit ?

Ion
images/icones/neutre.gif  ( 767070 )Dei Verbum par Aigle (2015-01-02 13:56:07) 
[en réponse à 767056]

Tout simplement expliqué qu'il n'y a qu'une seule révélation diffusée par deux canaux : l'Ecriture et la Tradition. Il n'estpas question de l'effusion de la nouveauté par le saint Esprit !

Les positions de Paul VI sur le mariage comme sur les sacrements ont toujours été du plus grand classicisme .

Et Paul VI n'a certes excommunié personne mais n'a jamais dit " qui suis je pour le juger ?" À propos d'un pêcheur public ....

Mais je suis peut être paranoïaque.
images/icones/fleche2.gif  ( 767055 )Vous faites franchement ... par Ion (2015-01-02 09:46:01) 
[en réponse à 766921]

... dans un manichéisme assez primaire, et du coup, déformez complètement la pensée du pape.

Vous faites dire au Pape que l'Eglise est stérile, "en raison du poids de l'espérance dans les commandements". Alors que le pape dit que l'Eglise rique d'être stérile quand, en raison du poids de l'espérance dans les commandements, elle ne compte que sur ceux-ci et non sur la grâce (c'est cela le pélagianisme).

Pourquoi opposer commandements et Esprit ? Commandements et grâce ? Le Pape le fait-il ? Non, il nous met justement en garde contre le manichéisme même que vous lui reprochez.

Par ailleurs, il vous peut-être échappé que cet enseignement du pape est tiré d'une homélie autour du passage de St Luc (1, 5-22) dont voici un extrait :

Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d'Abia; sa femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Elisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. Ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Elisabeth était stérile; et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge. (...)Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère; (...)


Ainsi, rien de plus sensé que les propos du Pape sur la stérilité, qui se transforme en fécondité par l'ouverture à la grâce et à l'Esprit (à l'image d'Elsabeth, alors même que Zacharie, qui en douta et en est devenu temporairement muet) et au delà de la seule observance des commandements. Nous prévenir contre ce pélagianisme qui est "dans nos os", est, au contraire parfaitement adapté.

Ion
images/icones/fleche2.gif  ( 767075 )Bonne et sainte année 2015 à tous les deux et aux autres liseurs. par Scrutator Sapientiæ (2015-01-02 14:22:57) 
[en réponse à 767055]

Bonjour et merci à Aigle et à Ion.

Je commence par le commencement, qui est aussi le plus important, en souhaitant à chacun de vous deux et autres liseurs une bonne et sainte année 2015, notamment avec un bon moral, une bonne santé, les satisfactions personnelles, familiales, professionnelles, les plus légitimes, pour vous deux, pour vous tous, et pour tous ceux qui vous sont chers : parents, enfants, frères et soeurs, amis, collègues, etc. De tout coeur, je souhaite une bonne et sainte année 2015 à vous deux et à vous tous.

L'année 2015 sera confirmatrice ou infirmatrice du bien-fondé éventuel ou relatif de mon interprétation (qui n'est ni avant tout, ni seulement, la mienne) à propos de la signification la plus vraisemblable de ce qu'il y a de spécifique dans la vision et dans l'action du Pape François, et ce sera évidemment avec une très grande joie que je ferai bon accueil à une année 2015 qui contredira ou détrompera mon interprétation, car si je suis un prophète de malheur, je suis un prophète de malheur qui espère avoir tort.

J'ai beaucoup trop conscience de mes limites, de ma nullité, de mes pauvretés, de ma pesanteur, de mes contradictions, de mes velléités, de mes difficultés à faire tenir ensemble, chaque jour, régularité et sanctification, pour être tenté par une attitude "pharisienne".

Par ailleurs, j'ai une vision suffisamment englobante ou extensive de la Tradition pour ne pas prendre appui, avant tout, ou seulement, sur une approche "scolastique" ou "tridentine" du Magistère ou de la pastorale du Pape François ; de toute façon, quand bien même j'aurais la volonté de procéder de cette manière, je n'aurais pas l'intelligence théologique qui me permettrait de le faire.

Il me semble enfin que chacun d'entre nous a vocation à donner, à Dieu et aux autres, le meilleur de lui-même (et non pas le plus consensuel de ce qu'il a en lui) ; or, je ne suis pas absolument persuadé que le meilleur de moi-même consiste à m'exprimer comme je le fais sur le FC, notamment et surtout en ce qui concerne la vision et l'action qui sont celles du Pape François.

Si je veux faire encore moins de bêtises, il me faut prier davantage, et si je veux dire encore moins de bêtises, il me faut puiser davantage aux sources qui sont celles de chacun d'entre nous, donc aux sources parmi lesquelles l'Ecriture et la Tradition occupent une place, me semble-t-il, non négligeable.

A la limite, je considère, et invite à considérer, que la fréquentation régulière de l'Ecriture et de la Tradition

a) est nécessaire et préalable à celle, éventuelle, de la théologie biblique et de la théologie fondamentale,

b) est plus sanctifiante que l'accumulation d'interprétations, même éclairantes, même érudites, sur les postulats, le contenu, la direction, les résultats, de tel ou tel Concile, ou de tel ou tel pontificat.

J'essaierai donc cette année de me consacrer davantage à cette "fréquentation régulière" et de "parler" un peu moins de certains sujets, et un peu moins mal d'autres sujets.

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.