Bonjour à tous,
1. Voici :
Ici.
2. Voici les deux derniers paragraphes :
" Le discours sur la stérilité, a dit le Pape, « me fait penser également à notre mère l’Eglise, aux nombreuses stérilités qui frappent notre mère l’Eglise quand, en raison du poids de l’espérance dans les commandements, ce pélagianisme que nous portons tous dans nos os, devient stérile : il se croit capable d’accoucher » mais « il ne peut pas ». En revanche, « l’Eglise est mère et ne devient mère que quand elle s’ouvre à la nouveauté de Dieu, à la force de l’Esprit ».
Ainsi, François a invité à « prier aujourd’hui pour notre mère l’Eglise, pour les nombreuses stérilités dans le peuple de Dieu : stérilité de l’égoïsme, du pouvoir ». Car « l’Eglise est stérile quand elle croit tout pouvoir, s’emparer des consciences des personnes, prendre la route des pharisiens, des saduccéens, la route de l’hypocrisie ». C’est pourquoi « il faut prier ». Et faire en sorte que « ce Noël » fasse également devenir « notre Eglise ouverte au don de Dieu ». "
3. Cette mise en opposition
- entre une Eglise stérile, "en raison du poids de l'espérance dans les commandements",
- et une Eglise féconde, "quand elle s’ouvre à la nouveauté de Dieu, à la force de l’Esprit",
m'a inspiré le titre du présent message, titre assorti d'un point d'interrogation.
4. Or,
- d'une part, les commandements, bien pris en compte, bien mis en oeuvre, ne sont pas des obstacles, mais des instruments propices à l'ouverture sur la véritable nouveauté de Dieu, sur la véritable force de l'Esprit ;
- d'autre part, toute nouveauté n'est pas d'inspiration divine, et il arrive même qu'une nouveauté apparemment attractive, dynamique, inspiratrice de fraternité généreuse, soit inspirée par la force de l'esprit du monde.
5. Face à l'idée selon laquelle "l’Eglise est stérile quand elle croit tout pouvoir, s’emparer des consciences des personnes, prendre la route des pharisiens, des saduccéens, la route de l’hypocrisie", j'ajoute ceci :
- d'une part, et d'un côté, les catholiques "pharisiens" ou "saduccéens" n'ont pas le monopole de la soumission à la tentation de "s'emparer des consciences", ou à celle de recourir à "l'hypocrisie", dans l'Eglise, la soumission à ces deux tentations étant présente un peu partout, dans l'Eglise et dans le monde,
- d'autre part, et de l'autre côté, il n'y a pas des chrétiens qui sont donc, pour leur part, certainement "authentiques", puisque leur positionnement est aux antipodes du positionnement "pharisien" ou "saduccéen" attribué par le Pape à ceux qui sont stériles, "en raison du poids de l'espérance dans les commandements".
6. La combinaison entre manichéisme historiciste et manichéisme axiologique, au sein même de l'Eglise, permet de dire en substance ce qui suit, aux catholiques "pélagiens" d'aujourd'hui :
" - non seulement vous vous repliez sur le passé, sur les traditions, au lieu de vous ouvrir sur l'avenir, sur l'extérieur,
- mais en outre vous vous repliez sur les commandements, sur la doxa, sur la loi, au lieu de vous ouvrir sur "l'Evangile", sur le Pneuma, sur les personnes ;
- nous au contraire, nous sommes d'autant plus ouverts sur "l'Evangile", sur le Pneuma, sur les personnes, que nous sommes moins repliés sur les commandements, sur la doxa, sur la loi. "
Pour autant, que je sache, Jésus-Christ est venu parfaire, mais il n'est pas venu abolir.
7. Par ailleurs, cette combinaison entre ces deux manichéismes est elle-même en train de devenir une doxa, la doxa selon laquelle
- le respect de l'orthodoxie est plutôt opposé à "l'Evangile",
- le souci de "l'Evangile" est plutôt pérempteur de l'orthodoxie.
8. Il me semble vraiment que nous sommes bien en présence d'une vision "émancipationniste", et non d'une vision "configurationniste", du christianisme catholique, alors que nous savons tous que les commandements sont bien plus propices que nuisibles à notre "configuration" morale et spirituelle, et que cette "configuration" n'est nullement un obstacle à notre véritable libération, inspirée par l'Esprit.
Le christianisme, qui est la religion de Jésus-Christ, et non "la religion de l'Evangile" (cf. un livre de Claude GEFFRE),
- n'est certes pas réductible à un moralisme formaliste, légaliste, rigoriste, ritualiste,
mais
- n'est pas non plus réductible à un spiritualisme spontanéiste, dans le cadre duquel il suffirait de prier et d'aimer, sans références normatives, dans l'ordre du croire et dans celui de l'agir.
Il y a ce que l'on fait croire, et il y a ce que l'on laisse entendre : à force de faire croire que les commandements sont plus des obstacles nuisibles que des instruments propices à la vie chrétienne, on risque de laisser entendre que le christianisme est la religion de l'adaptation, de l'évolution, de l'innovation, de l'ouverture, de l'unité ; la religion de la soumission de l'orthodoxie à la plasticité.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.