Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 766376 )Du dialogue par Aigle (2014-12-21 22:59:50) 

Le concept et la pratique du dialogue sont à la mode de nos jours. Vous noterez cependant que les dialoguistes sont toutefois assez limités. Ainsi les catholiques doivent dialoguer avec les protestants, les Juifs, les musulmans ou les athées. Il serait bien que les israéliens parlent aux palestiniens mais manifestement ça coince.

Je ne demande pas que Juifs et Nazis dialoguent entre eux mais tout de même j'ai l'impression que mme Le Pen ou Zemmour ou finkielkraut ne sont guère invités à participer à un dialogue avec ceux ceux qui ne pensent pas comme eux ( et dominent pourtant les grands médias).

J'en déduis que le dialogue semble plutôt réunir des partenaires qui tout en étant d'avis différents sur les détails semblent en gros d'accord sur l'essentiel. Ce qui me semble assez éloigné d'un vrai dialogue et plutôt relève d'un faux exercice assez formel et irénique - là ou un véritable affrontement polémique serait utile.

Qu'en pensez vous ?
images/icones/1v.gif  ( 766384 )La démocratie n'est qu'une apparence par Jean-Paul PARFU (2014-12-22 01:10:05) 
[en réponse à 766376]

Et vous le découvrez un peu étonné Aigle ! Il y a toujours, dans toute société, une culture ou une idéologie dominante ou à la mode.

Il faut bien comprendre que lorsque des gens crient contre l'oppression, ils crient en réalité simplement, à tort ou à raison, contre un ordre dominant pour en fonder un autre. C'est tout !

Ce qui doit donc nous intéresser, ce n'est pas la démocratie, mais la vérité !
images/icones/fleche2.gif  ( 766421 )Le démocratisme est une réalité. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-22 12:53:22) 
[en réponse à 766384]

Bonjour Jean-Paul PARFU,

1. Je ne sais pas si la démocratie n'est qu'une apparence ; je m'en voudrais de procéder à un contre-sens, mais je crois savoir, en particulier, qu'il arrive, au sein même de l'Eglise, que des responsables supérieurs de congrégations ou d'ordre religieux soient élus, au termes de processus électoraux dans le cadre desquels certains dispositifs "démocratiques" sont utilisés pour ce qu'ils sont, et pour ce qu'ils devraient toujours être : des moyens, et non des fins.

2. Je sais très bien, en revanche, que le démocratisme est une réalité ; par exemple, l'enseignement de l'ignorance, l'occultation de la connaissance, sur des pans entiers de l'histoire contemporaine, devraient être considérés publiquement comme des obstacles à la viabilité de tout régime démocratique ; or ce n'est pas le cas.

3. Mais comme cet enseignement, cette occultation, ne sont pas considérés comme opposés à l'hégémonie du démocratisme, on se garde bien d'éclairer les esprits, pour qu'ils comprennent, par exemple, qu'il n'est pas anodin, ni innocent, de prendre bien soin de taire le fait que les "poilus" de 14-18 sont morts pour la finance, au moins autant que pour la France.

4. Et ce n'est pas à vous que j'apprendrai que les démocratistes ont réussi à faire croire, non seulement que la loi Veil a résulté d'un processus démocratique, mais aussi que la remise en cause de la loi Veil, par un processus démocratique, serait une atteinte à la démocratie...

5. Nous avons eu droit à un assez bon exemple de démocratisme, cette année, lors d'un débat télévisé entre Marine Le Pen et Pierre Moscovici ; au cours de ce débat, Pierre Moscovici a traité Jacques SAPIR d'économiste "d'extrême-droite", en précisant à Marine Le Pen : "il est sûrement d'extrême-droite, puisqu'il reprend vos idées".

6. Or, en l'occurrence, Jacques SAPIR ne reprenait pas les idées de Marine Le Pen ; il se contentait de souscrire aux constats, au diagnostic, posés par Marine Le Pen, mais pas avant tout ni seulement par elle, à propos de la viabilité, à terme, de la monnaie "unique".

7. Tocquevillien comme je m'efforce de l'être, j'en conclus que le démocratisme est une pathologie de la démocratie, dans la mesure où cette pathologie aboutit à une structuration du débat public en des termes qui font que certains constats objectifs sont diabolisés, disqualifiés, d'une manière dominatrice, sinon coercitive.

8. Le démocratisme est ainsi la conséquence et la contrepartie du fait que l'oligarchie qui est au pouvoir a intérêt à imposer ses objets totems et ses sujets tabous, mais ne peut pas le faire avant tout ni seulement par des moyens judiciaires ou policiers ; il lui reste à procéder à une falsification du vocabulaire et des argumentaires, d'une manière manipulatoire, qui fonctionne plus ou moins bien.

(Etre publiquement pour l'euro, ou pour les femens, ou en tout cas ne pas être contre, c'est démocratique ; en revanche, être publiquement contre l'euro, ou contre les femens, ce n'est pas démocratique : qui, je dis bien qui, a intérêt à imposer cette vision des choses à l'ensemble du corps social ?)

9. C'est la même mentalité démocratiste qui aboutit, dans le christianisme catholique contemporain,

- à ce que l'on impose des objets totems, comme le Concile Vatican II,

- à ce que l'on impose des sujets tabous, comme l'avant-Concile sous Pie XII et l'après-Concile sous Paul VI,

- à ce que l'on traite de "catholiques intégristes", entre autres, des catholiques qui se contentent d'être formellement, publiquement, non irénistes,

quitte à ce que l'on recoure, pour ce faire, à des procédés fort peu "démocratiques".

10. Pour moi, le sujet tabou suprême, c'est l'impossibilité de souscrire à la fois

- à la théologie néo-moderniste (même dans sa composante la plus modérée et nuancée)

ET

- à la résistance efficace, effective, contre ce démocratisme, périphériste,

mais là je suis en train de vous parler de l'impasse dont Benoît XVI a lui-même vraisemblablement pris conscience, or c'est un autre sujet, et je ne vais donc pas plus loin.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 766428 )Sur la démocratie par Jean-Paul PARFU (2014-12-22 14:17:50) 
[en réponse à 766421]

1) Il y a "démocratie" et "démocratie", Scrutator ;

2) Il y a la conception plus ou moins traditionnelle de la "démocratie", comprise, en réalité, comme l'ordre de la loi naturelle : la démocratie à Athènes, la démocratie dans les monastères, la démocratie chez les anciens Germains réunis au "Thing" ici

3) Il y a la conception anglo-saxonne de la démocratie, caractérisée par l'établissement et le respect d'un ensemble de procédures juridiques purement formelles et extérieures ;

4) Et il y a la démocratie jacobine dont le but est l'établissement de "la République" qui n'est pas la "res publica" romaine, mais une contre-église rationaliste, individualiste, contractualiste, humanitariste et laïciste.


Je précise, à l'instar d'Aristote, qu'il y a 3 bons régimes auxquels répondent trois mauvais qui en sont des caricatures :

Les bons : Les mauvais :

-La monarchie -la tyrannie ;
- l'aristocratie - l'oligarchie ;
- la politeïa - la démocratie.

La "politeïa" est la "bonne démocratie", si vous voulez, et la "démocratie" est la mauvaise qui a dégénéré en démagogie (certains diraient aujourd'hui démoncratie).

Pour Aristote, le meilleur régime possible est celui qui combine harmonieusement, un pouvoir monarchique, tempéré de pouvoir aristocratique et populaire (comme dans l'Eglise par ex.).
images/icones/bravo.gif  ( 766429 )Ce que résumait fort bien Le Play : par Fennec (2014-12-22 14:44:00) 
[en réponse à 766428]

"Démocratie dans la commune,
Aristocratie dans la province,
Monarchie dans l'Etat."

images/icones/fleche2.gif  ( 766499 )Oligarchie et ochlocratie font aujourd'hui office de démocratie. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-23 07:20:53) 
[en réponse à 766428]

Bonjour et merci, Jean-Paul PARFU.

Nous en avions déjà parlé ici :

Ici.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 766427 )Lisez bien le dernier paragraphe de cette interview. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-22 14:14:00) 
[en réponse à 766384]

Rebonjour à Jean-Paul PARFU.

Je vous donne quelques autres exemples de mentalité démocratiste :

- il est apparu assez clairement, dès le début des années 1990, que les opinions sur l'Europe d'inspiration "fédéraliste" étaient considérées par les média audio-visuels comme plus légitimes, plus orientées vers l'avenir et l'extérieur, plus compatibles avec la démocratie, que les opinions sur l'Europe d'inspiration "souverainiste"...Pourquoi ?

- lors d'une soirée électorale, au premier tour des législatives de mars 1933, Marie-Ségolène ROYAL a tenu à dire qu'il ne fallait pas que la victoire massive de la droite, qui était à prévoir, pour le dimanche suivant, soit trop importante, car une victoire trop ample de la droite aurait constitué une menace, ou un problème, vis-à-vis de la démocratie...Pourquoi ?

- pour beaucoup de citoyens, ce qu'il est convenu d'appeler l'extrême-gauche a toujours été et sera toujours moins dangereux, moins menaçant, à l'égard de la démocratie, des libertés fondamentales, de l'économie, de la société, que ce qu'il est convenu d'appeler l'extrême-droite...Pourquoi ?

- pour beaucoup de catholiques, le positionnement incarné par Mgr Gaillot a toujours été et sera toujours moins éloigné du christianisme, ou plus fidèle au christianisme, que celui incarné par Mgr Lefebvre...Pourquoi ?

Et aujourd'hui, après avoir vu quel traitement médiatique démocratiste a été infligé au Pape Benoît XVI, on voit bien quel traitement médiatique démocratiste on applique au Pape François...Pourquoi ?

Enfin, voici :

Ici.

" Camus disait : « Le démocrate est modeste, car il est celui qui admet qu’un adversaire puisse avoir raison, qui le laisse donc s’exprimer, et qui accepte de réfléchir à ses arguments. » Mais le démocrate a laissé place au démocratiste. Pour celui-ci, la démocratie n’est pas une scène où s’échangent des opinions ; c’est un mouvement irrésistible : incarnant l’histoire en marche, le démocratiste s’indigne de rencontrer tant de momies, tant de rebuts, tant de vestiges de l’Ancien Régime parmi ses contemporains. A défaut de pouvoir leur couper la tête, il leur fait savoir qu’ils devraient être morts. "

" Daniel Lindenberg a beau nous accuser de rejeter l’islam et de succomber au racisme, je ne crois pas que la suite des événements nous ait donné tort : il n’y a pas de pire hospitalité que celle qui n’a que son ouverture à offrir, et il n’y a pas de réponse plus désastreuse à l’intégrisme musulman que la « shame pride » – comme dit Philippe Muray mon compagnon de galère -, d’une France narcissiquement installée dans la honte et le dénigrement de soi. "

"Il n'y a pas de pire ouverture que celle qui n'a que son ouverture à offfrir..." Je trouve que cela met bien en vigilance, face au périphérisme.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 766444 )Pourquoi ? par Aigle (2014-12-22 17:16:41) 
[en réponse à 766427]

Cher scrutator vous pouvez une liste de bonnes questions. Mais vous ne proposez aucune réponse. Vous même quelles réponses proposez vous ?

Pour ma part les miennes tournent toujours autour des mêmes thèmes : le discrédit global des idées conservatrices et réactionnaires assimilées à Vichy ou à l'Algérie française , des impasses. Le prestige du changement porté tant par l'Amérique d'avant Reagan que par le communisme et son successeur gauchiste. Réalités politiques et intellectuelles plus ou moins transposées dans l'Eglise.

A débattre
images/icones/fleche2.gif  ( 766500 )Manichéisme historiciste + Autorité de l'oxymore. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-23 08:05:04) 
[en réponse à 766444]

Bonjour et merci, Aigle.

Ce qui suit se veut une tentative de réponse à votre question, au moyen d'un un résumé relatif à deux des piliers sur lesquels repose, à mon sens, le démocratisme.

D'une part, le manichéisme historiciste est le mode de raisonnement selon lequel le présent est presque toujours synonyme de progrès, de "bien mieux", par rapport au passé, par rapport au "moins bien".

D'autre part, l'attribution d'une autorité automatique, d'une validité universelle, à un oxymore, caractérise par exemple tous ceux qui pensent qu'une expression telle que "délégation de souveraineté" est un paradoxe fécond, alors que c'est une contradiction dans les termes : en l'occurrence, il y a abandon, et non délégation, ni conservation, de la souveraineté.

Il me semble que ceux qui s'imaginent

- que le NOM est certainement bien mieux que le VOM, est certainement un progrès, par rapport au VOM, parce que le NOM est plus moderne, moins ancien, plus nouveau ou plus récent que le VOM,

- que moins on est identitairement catholique, et plus on est, "à coup sûr", authentiquement chrétien, comme si ce qui rend audiblement et visiblement catholique rendait "à coup sûr" moins chrétien,

succombent à la tentation du recours au manichéisme historiciste et à l'autoritarisme unilatéral de ce qui n'est qu'un oxymore.

Avec les conséquences que l'on connaît et subit, dans l'Eglise catholique, depuis au moins un demi-siècle.

Le démocratisme, à partir de là, éprouve le besoin de se doter d'une nouvelle vision du peuple de Dieu : il y a ainsi, dans l'Eglise,

- les "retardataires", les catholiques attardés, qui sont considérés comme souffrant souvent d'un déficit d'adaptation,

- les "anticipateurs", les chrétiens engagés, qui sont tenus pour les éléments avancés, toujours porteurs d'innovations.

Je ne sais si j'ai répondu à votre question ; j'ajoute à ce qui précède la remarque suivante : nous sommes en présence d'acquis mentaux, bien plus difficiles à déconstruire ou à démanteler que des acquis sociaux, d'autant plus que la critique frontale de ces acquis mentaux est tenue par principe pour illégitime, ringarde ou sectaire.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 766509 )Combattre par Aigle (2014-12-23 09:44:32) 
[en réponse à 766500]

Il faut combattre et le combat n'est pas perdu d'avance.

Il faut rappeler que les progressistes se sont souvent lourdement trompés - en religion comme en politique. Staline, Mao, Pol pot ont bénéficié de leurs sympathies.

Les Tradis ( politiques ou religieux) n'ont pas toujours été dans le mauvais camp, celui des traîtres (Vichy) ou des vaincus (OAS) . voyez le livre d'Alain Griotteray sur les résistants venant de la droite nationale. quant à Reagan et Thatcher , ils ont reconstruit leur pays bien ébranlé par les thèses progressistes ( en économie ou en politique).

Le lifting du FN nous donne une belle occasion de rompre le lien entre la Tradition catholique et ce parti.

Il faut à la base rappeler que le débat a pour but de dégager le vrai et le bien.pas de répéter inlassablement des idées reçues.remettre le bien et le vrai au centre du débat serait déjà un succès. Exemple : les 35 heures ont elles supprimé le chômage ? les réformes constitutionnelles de Sarkozy ont elles amélioré le fonctionnement de l'Etat ? La suppression de la région Alsace ou Auvergne va t elle créer des économies ?

Et en religion : la forme ordinaire a t elle favorisé la conversion des musulmans ou des luthériens ? Les églises sont elles pleines de divorces remariés voulant communier ? Y avait il plus d'.abus sexuels du clergé avant 1960 ? Les missionnaires étaient ils plus nombreux avant 1970 ?
images/icones/fleche2.gif  ( 766418 )Explicitation de ce qui est vrai ou neutralisation de ce qui divise. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-22 11:57:01) 
[en réponse à 766376]

Bonjour Aigle,

1. Le dialogue inter-confessionnel, le dialogue inter-religieux, et le dialogue inter-étatique, ou quasiment inter-étatique, sont de natures différentes, chacun de ces trois types de dialogue a son propre objet et sa propre portée, et ce qu'il y a à négocier, au sens propre, dans le cas du dialogue inter-étatique, n'est pas de même nature que ce qu'il y a à "négocier", au sens figuré, dans le cadre de l'un ou l'autre des deux autres types de dialogue.

2. Je pense que l'on devrait plus souvent parler de coexistence pacifique, inter-confessionnelle ou inter-religieuse, plutôt que de dialogue, au sens strict ; de même, mais c'est une parenthèse que l'on peut contester, je pense que l'on devrait plus souvent parler d'exemption de contrainte étatique (arbitraire, orientée, restrictive ou sélective) que de liberté religieuse, au sens plein du terme, quand on considère le contenu de la première partie de Dignitatis humanae...

3. Le problème, à mon sens, est le suivant : dans les faits, dans la pratique, cette coexistence pacifique fonctionne bien plus à l'auto-censure pacifiste, propice à la neutralisation de ce qui divise (en puissance ou en acte), qu'à l'explicitation de ce qui est vrai, de ce qui est objectivement et spécifiquement présent, par exemple, d'une part, dans l'Ecriture et dans la Tradition, d'autre part, dans le Coran et dans les Hadiths.

4. Je ne parle même pas ici de l'explicitation de la vérité objective selon laquelle le christianisme est avant tout la religion révélée par Dieu, alors que les religions ou traditions non chrétiennes sont davantage ou bien plutôt des religions ou traditions fabriquées par les hommes, id est des religions dans lesquelles il y a, bien sûr, des éléments propices à la vérité, mais dans lesquelles il y a aussi des éléments qui sont des obstacles à la vérité, dans l'ordre du croire.

5. Je parle ici, en prenant ce qui suit pour exemple, des innombrables allocutions, interventions, discours, textes de Jean-Paul II, dans lesquels l'Islam est quasiment doté de toutes les valeurs, paré de toutes les vertus, (presque toujours les mêmes, et presque toujours dans les mêmes termes) sans que jamais le contenu objectivement et spécifiquement présent dans le Coran ou dans les Hadiths soit précisé ou rappelé d'une manière qui serait à la fois concise et concrète.

6. Le danger est que nous assistions à la transformation des clercs en des ambianceurs irénistes, susceptibles de véhiculer un anthropocentrisme akérygmatique, au sein duquel la Parole de Dieu n'est plus considérée comme l'unique Parole du seul vrai Dieu, mais comme une longueur d'ondes humano-divines aussi légitime que celles que l'on trouve dans les religions ou traditions non chrétiennes.

7. Ce que je persiste à trouver singulier, c'est que ces ambianceurs irénistes

- se gardent bien de faire en sorte que les catholiques qui ne pensent pas comme eux, en ce qui concerne le dialogue, bénéficient ad intra, eux aussi, du bénéfice de leur irénisme,

et

- se gardent bien de faire en sorte que leur acceptation du pluralisme inter-religieux ad extra leur inspire davantage d'acceptation du pluralisme inter-catholiques ad intra.

8. D'où ma remarque selon laquelle ces clercs nous veulent avant tout amnésiques et acritiques :

- ils ne veulent pas que nous fassions mémoire du fait que l'Eglise catholique a été confessante, ad extra, avant d'être dialoguante, ad extra,

et

- ils ne veulent pas que nous disposions des moyens d'analyser les mérites, mais aussi les limites, de leur antagophobie et de leur irénolâtrie.

Et manifestement, pour eux, y compris au sommet de l'Eglise, il est très important que cette orientation fondamentale, globalement favorable à cette conception dominante du dialogue, soit à la fois hégémonique et irréversible, comme si cette orientation fondamentale était "le prix à payer" ; on se demande bien en échange de quoi...

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 766434 )Qu'est-ce qui distingue l'esprit de Munich de l'esprit d'Assise ? par Scrutator Sapientiæ (2014-12-22 15:26:47) 
[en réponse à 766418]

Rebonjour à Aigle,

1. A Munich, en 1938,

- on a cédé à une personne qui était bien présente, et qui incarnait la puissance invitante,

- on a cédé à cette personne et à cette puissance dans le domaine politique,

- on leur a accordé des concessions territoriales, au préjudice de personnes qui étaient absentes, car elles avaient été éloignées.

2. A Assise, en 1986,

- on a cédé (consciemment ? volontairement ?) à un principe qui était bien présent : un principe général d'équivaluation relative, un principe extrêmement puissant, qui s'est invité lui-même,

- on a cédé à ce principe et à cette puissance dans le domaine religieux,

- on leur a accordé des concessions théologales, au préjudice d'objections qui étaient absentes, car elles avaient été éludées.

Dans chacun des deux cas, on a voulu : "la paix, la paix, la paix".

3. Sans doute Jean-Paul II n'a-t-il pas eu l'intention de céder, ni avant, ni pendant, ni après Assise, au principe et à la puissance d'équivaluation interreligieuse évoqués ci-dessus. Il n'empêche que c'est devant les pieds de ce principe et de cette puissance que l'on n'a pas cessé, depuis Assise, de dérouler le tapis rouge.

4. En effet, de même que l'égalisation des conditions consiste à les rendre les plus égales possible, de même, l'équivaluation entre les religions consiste à les tenir pour les plus équivalentes possible. Or, qui, aujourd'hui, combat fermement ou dénonce franchement ce principe général d'équivaluation relative, depuis l'intérieur de l'Eglise, sans se faire traiter d'"intégriste" ?

5. Ce qui précède ne doit en aucuns cas être perçu par qui que ce soit comme une intention de considérer que ce principe puissant est d'inspiration hitlérienne ou nazie ; après tout, quand Philippe SEGUIN, en 1993, a parlé d'un "Munich social", à propos du consentement contemporain au chômage de masse, il n'a pas dit, par exemple, que tous les employeurs qui licencient sont des amoureux du III° Reich, des disciples du Fuhrer, ou quoi que ce soit de ce type.

6. Je suis tenté de parler d'un "Munich (inter)religieux", vis-à-vis du consentement contemporain au "gommage de masse", car c'est bien ce dont il est question ici : on n'efface pas les différences de forme, entre les différentes religions ou traditions, mais on efface le fait que les différences de forme sont elles-mêmes porteuses de divergences de fond ; or, ce sont ces dernières que l'on soumet à un tel "gommage de masse", plus consensuel et utopique que vraiment respectueux de la réalité spécifique au christianisme, par rapport aux religions ou traditions non chrétiennes.

Et ce n'est pas parce que Jean-Paul II n'a certes pas voulu cela que je n'ai pas le droit de constater que c'est surtout à partir du milieu des années 1980 que ce nouvel "esprit de Munich" a commencé à sévir, y compris ailleurs qu'à Assise et un peu avant Assise.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 766448 )Pas convaincu par Aigle (2014-12-22 17:42:48) 
[en réponse à 766434]

Je suis désolé cher scrutator mais je ne suis pas convaincu par votre parallèle historique. En 1938, les alliés détestent Hitler et le IIIE Reich mais pensent ne pas être en mesure de lui résister par la force. Ils sauvent la paix tout en sachant qu ils n'ont pas le choix. Ce que je dis est certainement vrai pour Daladier et assez probable pour Chamberlain.

À assise, il n'y a pas urgence à sauver la paix (Gorbatchev est arrivé au pouvoir depuis un an) et d'ailleurs c'était l'URSS et non les religions qui menaçaient la paix. Il n'y aucune hostilité sous jacente entre les interlocuteurs.

Assise comme Vatican II me semble être d'abord une capitulation devant les puissances médiatiques avides d'images nouvelles et spectaculaires. Un pape qui prie avec un imam et un rabbin nul ne l'avait jamais vu. Et c'est tellement conforme à l'idée que les religions disent toutes la même chose : nous sommes tous frères, égaux, etc ...

Cela dit je ne suis pas un expert !
images/icones/fleche2.gif  ( 766502 )Moi si, par votre message encore plus que par le mien. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-23 08:55:40) 
[en réponse à 766448]

Rebonjour et merci à Aigle.

Tout parallèle historique comporte des limites, les motivations et les situations ne sont pas comparables, d'un contexte à un autre, et je vous remercie de me l'avoir rappelé, notamment au moyen de vos deux premiers paragraphes.

Il me semble ce qui suit, et c'est votre message, indirectement, qui m'y fait penser.

A Assise, en 1986, on essaie de combattre quelque chose (I), mais on s'y prend d'une manière telle que l'on réussit à renforcer autre chose (II), d'assez voisin.

I. A Assise, en 1986, on essaie de combattre, entre autres,

- l'opinion selon laquelle les religions ou traditions contribuent d'une manière marginale, et non d'une manière essentielle, à la paix, le gros du travail, en matière d'apaisement, au sein des nations comme entre les nations, étant tenu pour être du ressort des autorités politiques et des institutions étatiques sécularisées ;

- l'opinion selon laquelle les religions ou traditions ne sont pas avant tout, voire ne sont pas du tout, des facteurs de paix, ou des vecteurs de paix : pas avant tout des facteurs de paix, entre elles, et pas avant tout des vecteurs de paix, à l'intérieur du genre humain ;

En d'autres termes, on essaie de combattre l'opinion selon laquelle les religions ou traditions, en général, sont à la fois négligeables et malfaisantes, pour construire la paix entre les Etats-nations et / ou entre les êtres humains ; à la limite, le préjugé dominant est le suivant :

- plus les religions ou traditions sont négligées, et moins elles sont nuisibles à la paix ;

- moins les religions ou traditions sont négligées, et plus elles sont nuisibles à la paix.

II. A Assise, en 1986, on réussit à renforcer, entre autres,

- l'opinion selon laquelle les religions ou traditions, en général, sont plus ou moins de même nature,

- l'opinion selon laquelle les religions ou traditions, en général, portent, chacune d'entre elles, une dynamique ou un potentiel de convergence, leurs différences de forme ne manifestant presque pas, ou presque plus, de divergences de fond,

- l'opinion selon laquelle le croire-ensemblisme devrait pouvoir être mis au service du vivre-ensemblisme,

- l'opinion selon laquelle aucune religion, de par son contenu, n'est plus particulièrement propice à la paix, et celle selon laquelle aucune religion, de par son contenu, n'est plus plus particulièrement nuisible à la paix.

C'est pour cela que je dis que c'est le souverain poncif, "médiatiquement correct", et non le Souverain pontife, qui a été la véritable puissance invitante, à Assise, et c'est en ce sens que je parle d'un Munich (inter)religieux.

Vraiment merci pour vos réponses à mes messages, qui m'aident à prendre conscience des limites des miens ; que voulez-vous, cette question me passionne, elle est pour moi, d'une extrême gravité, car

- à Assise, on a voulu "la paix", d'une manière explicite, dans et pour le monde entier, au moyen des religions et traditions, également subordonnées à une même indifférenciation téléologique,

- un peu avant et surtout après Assise, on a permis "la guerre", qui se déroule d'une manière implicite, au sein même de l'Eglise, contre la vérité première selon laquelle la religion chrétienne est LA religion du seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit.

Sans doute mon propos est-il trop schématique ; je vous prie de bien vouloir m'en excuser.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 766449 )Oui par Aigle (2014-12-22 17:43:42) 
[en réponse à 766418]

Je vous remercie de cette démonstration