Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=766072
images/icones/neutre.gif  ( 766072 )Une nouvelle conception de la faute par Aigle (2014-12-17 23:59:48) 

Je me demande si nous n'assistons pas actuellement à une redéfinition de la faute, du péché qui expliquerait certaines prises de position (du pape François en particulier).

Le critère fondamental de la faute serait le préjudice causé à autrui. Dans cette vision, le meurtre ( y compris l'avortement), le viol, le vol, l'enlèvement, etc ....sont des fautes graves. Des attitude intellectuelles qui lèsent les autres (les discriminations, le refus d'accéder aux sacrements) dans cette vision deviennent aussi des fautes ( sans doute pas aussi graves). Ces fautes (en particulier les crimes les plus odieux) doivent être condamnées et ne semblent guère susceptibles de pardon.

En revanche la violation d'un commandement qui ne lèse personne - par exemple des actes contre nature mais commis avec un partenaire volontaire, ne seront plus des fautes vraiment sérieuses ni des péchés . Ils témoignent de l'attachement à des notions dépassées : une morale objective qui pose des interdits sans nécessairement existence d'un préjudice et d'une victime.de même communier hors de l'etat de grâce ... Dans ce second cas, le pardon semble être légitime, voire automatique.

Je vois dans ces affaires plusieurs influences. La première est celle de l'opinion publique contemporaine qui est somme toute assez sensible au sort des victimes et fermée au pardon quand les victimes sont fragiles et les coupables odieux.
La seconde est celle du protestantisme et du judaïsme qui ne font pas du pardon l'axe central de leur morale.
La troisième est celle d'un catholicisme qui a oublié les conditions traditionnels de la confession (dont le repentir et l'engagement de ne pas recommencer).

Bon tout cela est dit assez rapidement.

images/icones/fleche2.gif  ( 766078 )De facto, oui par Athanase (2014-12-18 00:40:35) 
[en réponse à 766072]

Je pense effectivement à la tendance à reduire la faute à un préjudice fait à autrui et à absorber la faute dans la lésion d'autrui. Mais on pourrait objecter que même des fautes commises seules ou avec le consentement d'autrui auront toujours des conséquences sur notre prochain.

Ce serait nier l'objectivité de la notion de péché que d'imaginer qu'il doit y avoir un autre sujet touché. À mon avis, la notion d'acte consenti /non consenti a conduit à une conception subjective de la faite et du péché. Le grand problème est que l'on calque tout sur la majorité légale: dès lors qu'on est conscient et adulte, tout est donc permis... Or, le péché est un désordre objectif, peu importe qu'il ait été commis seul ou à plusieurs.
images/icones/fleche2.gif  ( 766082 )Relisons le deuxième chapitre de Veritatis Splendor. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-18 07:42:38) 
[en réponse à 766072]

Bonjour et merci, Aigle.

Relisons, relisez, le deuxième chapitre de Veritatis splendor : les théories

- de l'assimilation de la notion de loi naturelle à une notion asservissante, car "déterministe", ou "hétéronome",

- de la création des valeurs morales par la seule conscience individuelle autonome,

- de l'absence d'autorité englobante d'une option morale fondamentale sur les actes moraux concrets,

- du conséquentialisme et du proportionalisme, qui sont deux des composantes du téléologisme,

y sont dénoncées d'une manière extrêmement argumentée.

Ici.

Ici..

J'ajoute à ce qui précède l'évocation, en quelques mots, de ce que j'appelle "le règne de l'intention", je dirais même "le règne de l'intention sincère" :

- j'ai l'intention sincère de croire en Dieu, donc je crois vraiment en Dieu, quelle que soit la religion ou tradition que j'utilise, quel que soit l'usage que je fais de ma "foi", ou quelle que soit ma notion ou ma vision de Dieu et de cette religion ou tradition ;

- j'ai l'intention sincère de faire du bien, donc je fais vraiment du bien, quelles que soient les finalités ou les modalités effectives du bien que je fais, et quelles que soient les véritables origines et les véritables conséquences de ce bien que je fais.

C'est tout le problème posé par l'horizontalisme, dans l'ordre du croire, et par l'humanitarisme, dans celui de l'agir.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 766084 )Oui par Aigle (2014-12-18 08:18:25) 
[en réponse à 766082]

Merci à tous deux de vos réponses.

Un point me tracasse fortement : le fait qu'il y ait des péchés qui semblent difficilement pardonnables ou même pas du tout . Et que face à des fautes impardonnables, il y ait des péchés automatiquement pardonnés de sorte qu'ils en perdent leur nature peccamineuse. Cela me semble contraire à la sainte Écriture et à la tradition bimillénaire d l'Eglise ...

Mais je simplifie sans doute - outre le fait que j'ai sans doute tort de chercher à rationaliser et systématiser une pensée plutôt éruptive et spontanée qui n'a peut être pas de profondes racines théoriques.
images/icones/fleche2.gif  ( 766085 )Le tribunal médiatique a rendu certains péchés impardonnables par Athanase (2014-12-18 08:26:33) 
[en réponse à 766084]

À cela s'ajoute un blasphème : en quoi l'homme peut refuser de pardonner ? Il n'est pas à la place de Dieu ! Et le pardon est bien une prérogative divine.
images/icones/bible.gif  ( 766090 )C'est la faute d'Adam et Eve par Jean-Paul PARFU (2014-12-18 09:20:10) 
[en réponse à 766072]

décrite avec ses mots dans La Bible, mais qu'on ne comprend plus en raison justement du mode de narration allégorique, mode qui échappe à l'homme moderne et qu'il va donc laisser de côté (ou interpréter de manière littérale) et également à cause de mauvaises explications des prêtres.

Cette faute consiste dans le fait, non pas de savoir ce qui est bien ou mal, car l'homme doit savoir ce qui est bien ou mal pour faire le bien et éviter le mal, mais qui consiste à dire ou à vouloir dire à la place de Dieu ce qui est bien ou mal.

Le résultat prévisible, c'est que l'homme appelle, en réalité, bien le mal et mal le bien. C'est l'inversion (diabolique) des valeurs. C'est ce que nous avons sous les yeux : on invente des péchés qui n'existent pas comme le racisme, la défense de l'identité de sa patrie et on nie par contre des péchés qui existent bien comme l'adultère, l'avortement, l'homosexualité etc ...
images/icones/vatican.gif  ( 766112 )Illustration dans "Veritatis splendor" par Jean-Paul PARFU (2014-12-18 12:14:40) 
[en réponse à 766090]

I. La liberté et la loi



« De l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas » (Gn 2, 17)

35. Nous lisons dans le livre de la Genèse : « Le Seigneur Dieu fit à l'homme ce commandement : " Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort " » (Gn 2, 16-17).

Par cette image, la Révélation enseigne que le pouvoir de décider du bien et du mal n'appartient pas à l'homme, mais à Dieu seul. Assurément, l'homme est libre du fait qu'il peut comprendre et recevoir les commandements de Dieu. Et il jouit d'une liberté très considérable, puisqu'il peut manger « de tous les arbres du jardin ». Mais cette liberté n'est pas illimitée : elle doit s'arrêter devant « l'arbre de la connaissance du bien et du mal », car elle est appelée à accepter la loi morale que Dieu donne à l'homme. En réalité, c'est dans cette acceptation que la liberté humaine trouve sa réalisation plénière et véritable. Dieu qui seul est bon connaît parfaitement ce qui est bon pour l'homme en vertu de son amour même, il le lui propose dans les commandements.

Extraits de l'encyclique "Veritatis Splendor" - 6 août 1993 -
images/icones/neutre.gif  ( 766104 )Effectivement, il y a une dénaturation du péché tel qu'entendu par l'enseignement de l'Eglise depuis "toujours" par Ubique Fidelis (2014-12-18 11:29:58) 
[en réponse à 766072]

On s'oriente sagement vers une sorte de responsabilité civile sur le fondement de 1382 du Code civil où sont exigées une faute, un préjudice et un lien de causalité.

Comme si le péché correspondait au fait quelconque qui cause à autrui un dommage. Exit l'âme, exit le Bon Dieu, exit la morale objective, en somme exit le péché.

C'est une fois de plus une des conséquences des dérives volontaristes et humanistes que l'on observe depuis que la foi est dilué dans une espèce de guimauve droitdelhommiste:
images/icones/neutre.gif  ( 766106 )erratum : exigés par Ubique Fidelis (2014-12-18 11:30:57) 
[en réponse à 766104]

tout est dans le titre

Ubique, qui est très fatigué.