Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=766047

( 766047 )
Question sur la communion en fin de messe par Leopardi (2014-12-17 16:26:20)
Savez-vous depuis quand date l'usage de ne plus communier à la fin de la Messe, usage rétabli si je ne m'abuse par St Pie X ou par V2?
En corollaire, les messes devaient être plus courtes...

( 766049 )
C'est en rapport par Yves Daoudal (2014-12-17 17:01:25)
[en réponse à 766047]
avec le jeûne eucharistique dont nous venons de débattre longuement sur un autre fil. A la grand-messe il n'y avait pas de communion des fidèles parce qu'on supposait que ceux-ci ne pouvaient pas jeûner jusque-là. Ce qui est un jugement téméraire. Je crains aussi que l'aspect cérémoniel de la messe ne l'ait emporté sur son aspect sacramentel. Et aussi cela datait du temps où, pour des raisons peu claires (pré-jansénistes ? Car c'était très longtemps avant le jansénisme), on décida que les fidèles ne devaient communier que rarement. Y compris les religieuses...

( 766050 )
Petite précision. par Yves Daoudal (2014-12-17 17:07:28)
[en réponse à 766049]
On sait que saint Louis ne communiait que cinq fois par an. Et encore c'était parce que c'était saint Louis... A la même époque, Durand de Mende écrivait que dans l'Eglise primitive tous les fidèles communiaient n'importe quel jour, "mais à cause du péché qui nous cerne, par la suite on a décidé que le peuple ne communierait que trois fois par an". Il ne dit pas qui est "on" ni quand "on" a décidé...

( 766054 )
La communion fréquente disparaît du second millénaire par Athanase (2014-12-17 18:01:15)
[en réponse à 766050]
comme le notent certains spécialistes de la liturgie: l'homme du Moyen Âge communie peu, sauf aux occasions indiquées.

( 766074 )
Les Apôtres eux mêmes par Aigle (2014-12-18 00:10:04)
[en réponse à 766054]
Une observation dont j'ignore l'explication mais j'ai toujours été frappé que pendant les trois années d'enseignement de Notre Seigneur, les apôtres n'ont finalement communier qu'une fois ( le jeudi saint). Et la dernière cène n'a pas eu lieu un dimanche mais je jour delà pâque juive.
Il y avait donc une apparence de logique à réduire la communion au jour de Pâques ?
J'ignore évidemment les détails de cette question et suit preneur de vos explications.

( 766075 )
Le récit de l'Institution par Leopardi (2014-12-18 00:14:25)
[en réponse à 766074]
comme son nom l'indique, montre que la communion, qui découle de l'Eucharistie, a été créée le jeudi saint. Les apôtres ne pouvaient donc pas communier pendant les années d'enseignement de NSJC!

( 766076 )
Eh oui par Aigle (2014-12-18 00:17:53)
[en réponse à 766075]
Donc pourquoi les laïcs devraient ils communier sans cesse ?

( 766077 )
Saint Pie X vous répond par Meneau (2014-12-18 00:26:08)
[en réponse à 766076]
Sacra Tridentina
Ces souhaits sont conformes au désir qui animait Notre-Seigneur Jésus-Christ lorsqu'Il a institué ce divin sacrement. Il a en effet insisté Lui-même, à plusieurs reprises et en termes clairs, sur la nécessité de se nourrir souvent de sa chair et de boire son sang, particulièrement lorsqu'Il dit : Ceci est le pain descendu du ciel, ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée dans le désert, après quoi ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra éternellement (Jn 6, 59). Par cette comparaison de la nourriture angélique avec le pain et la manne, les disciples pouvaient comprendre aisément que, le pain étant la nourriture quotidienne du corps et la manne ayant été l'aliment quotidien des Hébreux dans le désert, de la même façon l'âme chrétienne pourrait se nourrir chaque jour du pain céleste et en recevoir un réconfort. De plus, quand Il nous ordonne de demander dans l'Oraison dominicale notre pain quotidien, il faut entendre par là, comme presque tous les Pères de l'Eglise l'enseignent, non pas tant le pain matériel, la nourriture du corps, que le pain eucharistique qui doit être reçu chaque jour.
Or, Jésus-Christ et l'Eglise désirent que tous les fidèles s'approchent chaque jour du banquet sacré, surtout afin qu'étant unis à Dieu par ce sacrement ils en reçoivent la force de réprimer leurs passions, qu'ils s'y purifient des fautes légères qui peuvent se présenter chaque jour, et qu'ils puissent éviter les fautes graves auxquelles est exposée la fragilité humaine : ce n'est donc pas principalement pour rendre gloire à Dieu, ni comme une sorte de faveur et de récompense pour les vertus de ceux qui s'en approchent (s. Augustin, sermon LVII sur saint Matthieu, De l'Oraison dominicale V, 7). Aussi le saint Concile de Trente appelle-t-il l'Eucharistie l'antidote qui nous délivre des fautes quotidiennes et nous préserve des péchés mortels (session XIII, chap. II).
Cordialement
Meneau

( 766089 )
Merci mais par Leopardi (2014-12-18 08:58:40)
[en réponse à 766077]
concrètement, on ignore quand s'est produit ce glissement vers moins de communions jusqu'à quasiment exclure le rite de communion de la Messe elle-même et ce qui a conduit à ce glissement...
Il y aurait une étude intéressante à faire à ce sujet, notamment en mettant ce mouvement en parallèle à celui qui a conduit à la communion pour tous...

( 766095 )
Dès le Moyen Âge, au moment où l'on "s'installe" par Athanase (2014-12-18 10:22:50)
[en réponse à 766089]
Comment expliquer la disparition de la communion fréquente ?
On peut l'expliquer par le fait qu'avec la fin des persécutions, la reconnaissance publique du christianisme, les chrétiens sont conscients qu'ils ont moins l'occasion de briller et que des cas de conscience se posent... L'Eglise "gagne", mais en contrepartie le troupeau s'élargit et comprendra forcément des gens moins fervents, plus gagnés par le monde et son esprit... Mais on peut aussi apprécier de voir des chrétiens prendre conscience de leur indignité et ne pas communier (en Afrique, il paraît que dans dans certains villages, seuls les jeunes communient; qui peut confirmer cela ?). Par humilité, des chrétiens vont s'abstenir de communier et, très vite, cela devient une habitude: on s'habitue à ce que des messes soient célébrées sans que l'assistance communie. Et cela devient normal. Certes, des saints et des docteurs prônent la communion fréquente, notamment lors de la Réforme catholique. (A titre d'exemple, Richelieu défend la communion fréquente, bien plus hardi que certains jésuites...). Par ailleurs, l'Eglise a toujours souligné son attachement à une communion fréquente et condamné l'idée qu'il fallait être exempt de tout défaut pour communier.
« Le saint concile de Trente, ayant en vue les ineffables trésors de grâces que les fidèles retirent de la réception de la très sainte Eucharistie, dit : Le très saint Concile souhaiterait qu'à chaque messe les fidèles qui y assistent ne se contentent pas de communier spirituellement, mais reçoivent encore réellement le sacrement eucharistique" (session XXII, chap. VI).
Elle défend cette communion fréuquente par plusieurs documents, comme le décret Cum ad aures, du 12 février 1679, approuvé par le pape Innocent XI, affirmant temps que toutes les classes de personnes, y compris les marchands et les gens mariés, pouvaient être admises à la communion fréquente, suivant la piété de chacun et le jugement du confesseur.
De même, par le décret Sanctissimus Dominus noster du 7 décembre 1690, le pape Alexandre VIII condamnait la proposition de Baïus, qui réclamait le plus pur amour de Dieu sans aucun mélange de défauts de la part de ceux qui voulaient s'approcher de la sainte Table. Mais la disparition du jansénisme, la conscience que la sécularisation conduit à la nécessité d'une lutte plus intense ont conduit à ce que la communion fréquente soit prônée. Mais la communion fréquente semble avoir eu des effets pervers: on communie par routine et la crise de l'Eglise, le relâchement de l'instruction religieuse, ainsi que la perte du sens du péché, ont conduit à la situation actuelle où c'est vraiment la "communion pour tous"...

( 766145 )
A vous lire par Leopardi (2014-12-18 16:19:48)
[en réponse à 766095]
Il semblerait que les papes et les conciles n'aient cessé de prôner la communion fréquente mais que les diocèses aient persisté dans cette coutume de communion exceptionnelle, au point de quasiment l'exclure du rite de la Messe.
Tout le contraire de ce qui s'est passé avec V2. L'effet des médias qui a rapproché le Vatican des évêques?

( 766093 )
Les apôtres communiaient tous les jours par Ion (2014-12-18 09:49:15)
[en réponse à 766074]
Actes 2,42 à 2,46
42 Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières.
43 La crainte s'emparait de chacun et il se faisait beaucoup de prodiges et de signes miraculeux par l'intermédiaire des apôtres.
44 Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et ils avaient tout en commun.
45 Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le produit entre tous, en fonction des besoins.
46 Chaque jour, avec persévérance, ils se retrouvaient d'un commun accord au temple; ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur.

( 766114 )
Les apôtres, pas plus que quiconque, par Yves Daoudal (2014-12-18 12:25:42)
[en réponse à 766074]
ne pouvaient communier avant le Saint Sacrifice de la Croix, cela me paraît évident. (Exception faite du jeudi saint qui est l'anticipation du Sacrifice.)
La messe, c'est la mort et la résurrection du Christ. On ne pouvait pas les célébrer avant qu'elles aient eu lieu...

( 766147 )
Ca dépend à quel moment... par Nemo (2014-12-18 16:53:07)
[en réponse à 766114]
Avant l'institution de l'Eucharistie, il est clair que les apôtres ne pouvaient communier.
Après ce fut différent. Mais même si les actes des apôtres mentionnent une fractio panis quotidienne, il me semble que la messe au début n'était célébrée que le dimanche.
Je n'ai pas trop le temps de repartir en fouilles dans ma bibliothèque. Il faudrait voir ce qu'on sait de la fréquence de la messe et de la communion dans les ouvrages historiques.
Il est certain que les prêtres ont pris l'habitude aujourd'hui de célébrer presque quotidiennement. Là encore il faudrait voir les usages autrefois. Un prêtre n'est pas tenu de dire la messe : il n'a d'autre obligation que d'y assister le dimanche.
Néanmoins s'il est curé, il doit est obligé d'assurer la messe pro populo les dimanches et à certaines fêtes. Il existait des prêtres au moyen âge qui devait assurer des messes de fondations dans de petits oratoires, on voit encore beaucoup de ces fondations dans les églises (pour revenir sur un ancien sujet, je pourrais citer des inscriptions anciennes mentionnant le chant d'une haute messe avec n chantres tous les mois ou autre).
De fait le curé qui célèbre quotidiennement communie tous les jours.

( 766156 )
Ils ne pouvaient pas communier car ils voyaient Notre-Seigneur par Athanase (2014-12-18 18:10:30)
[en réponse à 766114]
Les sacrements prolongent l'Incarnation et la présence de Notre-Seigneur. Les Apôtres ne communiaient pas, car tout simplement, ils voyaient Notre-Seigneur, le Verbe éternel. En tout cas, ils ne pouvaient pas prendre le Corps de Notre-Seigneur avant son sacrifice sur la Croix et le Jeudi saint est une anticipation du sacrifice de la Croix.