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images/icones/croix.gif  ( 765648 )Mgr. Blasius Sigebald Kurz OFM par Lycobates (2014-12-13 18:55:45) 

Le 13 décembre est le jour du décès, en 1973 à Waldsassen en Bavière palatine, d'un évêque, d'un confesseur anticonciliaire et antimoderniste, des moins connus.
Il convient de ne pas l'oublier, de prier pour son âme, de remercier Dieu pour ses peines dans la vigne du Seigneur, aussi, et surtout pour nous, après son retour en Europe.

Né le 3 février 1894 à Sontheim dans le royaume de Wuerttemberg, il professe chez les Franciscains en 1914 et fut ordonné le 21 décembre 1919 par le cardinal Faulhaber.
Pendant quatre ans il reste à Nurenberg comme aumônier de jeunes gens.
En 1923 il est envoyé en Chine pour y rester comme missionnaire jusqu'en 1933. Il y développe une grande activité de bâtisseur et d'organisateur, sans se décourager par le manque apparent de succès de la mission. Il doit retourner pour des raisons de santé.

Rétabli, il repart de l'autre côté du monde lorsqu'il devient préfet apostolique de Mount-Currie en Afrique du Sud, établi en 1935. En élevant cette préfecture au rang de vicariat apostolique (au nom de Kokstad), le 11 juillet 1939, le pape Pie XII le nomme évêque titulaire de Terenuthis (en Égypte) et son premier vicaire apostolique (Kokstad allait encore devenir diocèse en 1951).
Il est sacré à Rome par le Pape lui-même le 29 octobre 1939.
Dénoncé faussement (par un confrère, comme il s'avéra par la suite) d'être un partisan du national-socialisme il est incarcéré dans un camp de concentration sud-africain. Il reste dans ce pays jusqu'en 1946, lorsqu'il doit liberer son siège pour un anglophone (Irlandais en l'occurrence, Mgr. McBride, nommé formellement seulement en 1949). Cet épisode hélas typique le marqua douloureusement.

Mgr. Kurz repart en Chine dès 1948, le pape vient de le nommer préfet apostolique de YungChow (Hunan) le 21 mai 1948, mais pour très peu de temps, car il sera bientôt expulsé par les communistes. Il en sera le dernier préfet, de jure jusqu'à sa mort en 1973.
Il ira d'abord aux États-Unis pour s'occuper des réfugiés de son territoire. Il y restera environ 20 ans.
Il participe pendant ce temps aux quatre sessions du malheureux rassemblement appelé par ses partisans "Vatican II", où il reste apparemment plutôt discret. Mais comme d'autres il se rendra bientôt compte des conséquences funestes qu'allait prendre la Réforme moderniste. Toujours aux États-Unis il prend part, à New York, aux actions précocement anticonciliaires de l'abbé flamand Gommar DePauw qui y avait fondé en 1964 déjà le Catholic Traditionalist Movement. Comme lui, il refusera notamment de façon absolue le NOM et les nouveaux rites conciliaires, ainsi que (plus tard, et non comme Father DePauw) aussi la légitimité de leur promulgateur.



En 1969 Mgr. Kurz retourne en Allemagne, où il est bientôt approché par des fidèles et des prêtres et séminaristes en désarroi.
Son attitude intransigeante dans la foi est bientôt connue et les conséquences ne tardent pas. En tant qu'évêque franciscain (empêché de résidence dans son diocèse), il avait non seulement le droit de choisir lui-même le couvent de sa retraite, mais de plus de choisir un père comme secrétaire et un frère comme son serviteur. Il ne fit rien de la sorte. Même pour le choix de son lieu de résidence il se contenta de demander l'hospitalité. Il sollicita six fois et les six couvents où il sollicitait de pouvoir résider et célébrer lui refusèrent l'accès.
Finalement un peu gêné Mgr. Graber à Ratisbonne lui demanda bon gré mal gré d'assurer l'aumônerie dans une maison de repos, mais l'hostilité du clergé local annulera à la longue aussi cette possibilité.
Ce sont des simples fidèles, plus tard connus comme "traditionnalistes", qui l'ont finalement accueilli pour célébrer la Messe et administrer les sacrements.

Ainsi, le 2 novembre 1970 il ordonna (après l'avoir incardiné dans son diocèse chinois, existant de jure) l'ecclésiastique Felix Jeker, bien entendu dans le rite multiséculaire de l'Église latine. Né en Suisse allemande le 2 décembre 1944, Felix Jeker avait étudié au séminaire diocésain de Lucerne et à Rome (doctorat à l'Angelicum) mais n'avait pas pu ni voulu se confier aux mains devenues douteuses d'un évêque ordinant post-1968. L'abbé Jeker, devenu formellement prêtre de la préfecture de YungChow, a pu officier una cum omnibus orthodoxis, et administrer les vrais sacrements dans plusieurs chapelles et oratoires, semi-publics ou privés, surtout en Suisse, pendant les vingt ans de sa vie de prêtre, jusqu'à sa mort prématurée le 7 décembre 1990.

Le 21 septembre 1973, quelques mois seulement avant sa mort, il ordonna encore, également pour la préfecture de YungChow, et également dans le rite multiséculaire de l'Église latine, dans une petite église cachée de Egg (canton Zurich), l'ecclésiastique Günther Storck. Dans une petite église cachée, car on voulait éviter de procéder à l'ordination de ce brillant assistant du professeur "conservateur" Leo Scheffczyk à Munich sous l'oeil malveillant de Mgr. Doepfner, à l'époque le ravageur moderniste de service attitré pour Munich, bientôt suivi par d'autres.
Né en 1938 à Borken en Westphalie, Günther Storck fit d'abord des études de philologie germanique et classique à Muenster, Berlin et Munich. Il entra pour ses études de théologie au Borromaeum de Muenster en 1962, pour continuer à Munich à partir de 1967 chez le professeur Scheffczyk (son Doktervater, la promotion eut lieu en 1976). Mais les conséquences du Vatican d'Eux ne se laissaient pas attendre.
Après le décès de Mgr Kurz, d'autres candidats à la prêtrise, ayant une vision ecclésiologique différente de la FSSPX, n'avaient plus d'évêque en Allemagne. Pour y rémédier au moins quant à l'instruction, l'abbé Storck fonda en 1980 le Seminar Heilig Blut (finalement à Munich) où il enseigna (avec d'autres). Pour pouvoir procéder à des ordinations, et continuer à assurer les vrais sacrements et la célébration de l'oblatio munda, Mgr. Guérard des Lauriers (de la lignée Thuc) le sacra évêque à Étiolles le 30 avril 1984.
Quatre prêtres, tous actifs aujourd'hui, ont été instruits et ordonnés par lui, jusqu'à sa mort, prématurée aussi, par une hémorrhagie, le 23 avril 1993.
Ils sont en quelque sorte des petits-fils de Mgr. Kurz.

*

D'une grande foi inébranlable et d'une extraordinaire piété surtout mariale Mgr. Kurz fut une personnalité electrisante, vraiment missionnaire, un "géant", non seulement physique. Il célébrait le sacrifice, geste et parole, dans le plus grand respect de la moindre rubrique et avec une dignité hiératique que ceux qui l'ont vu n'oublieront jamais. Il portait toujours sur lui les Saintes Huiles, le Rituel romain et une étole, et il lui est arrivé de convertir quelqu'un, par une conversation fortuite, et d'entendre sa confession sur le champ, assis sur un banc en ville.
Les épreuves de sa vie missionnaire en Chine et en Afrique, on y voit le chemin de la Providence, ont dû le préparer pour la plus dûre épreuve que fut celle de ses dernières années, redux in patria, mais ce n'est pas sa faute s'il a dû dire (comme il l'a fait selon plusieurs témoins): "Ich schäme mich, ein Franziskaner zu sein" (J'ai honte d'être un franciscain).
Il a fait honneur à l'esprit de Saint François, le vrai.

R.I.P.
images/icones/neutre.gif  ( 765667 )Ample information par AVV-VVK (2014-12-13 21:01:43) 
[en réponse à 765648]

Gommar A. DePauw (orthographe "américanisée"?) Normalement: Depauw ou De Pauw). Je suppose qu'il est oublié dans mon diocèse.
images/icones/1a.gif  ( 765759 )fautes d'orthographe ou de frappe par Lycobates (2014-12-14 22:23:12) 
[en réponse à 765667]

Une faute de frappe, j'en ai encore relevé quelques autres dans ce long message écrit hier et qui m'a assez fatigué.
Comme les inadvertences ou les fautes de cohérence, on devrait pouvoir les corriger par après le cas échéant par une fonction "edit", ce serait utile. Mais bon c'est un peu de vanité, car je ne crois pas que la compréhension en ait souffert.
Mortifions-nous donc et vivons avec nos fautes. Paragramma meum contra me semper.

Merci en tout cas de votre précision.
Oui, le nom de notre remarquable abbé est Gommar A. De Pauw.
Il naquit chez vous à Stekene en 1918 et mourut à New York en 2005.
Prêtre du diocèse de Gand en 1942 (par Mgr. Coppieters je suppose).
Excardiné et incardiné dans le diocèse de Baltimore en 1955.

Gand est donc votre diocèse ? Vous devriez aller voir le seul vrai évêque en fonction (de fait, bien entendu, il ne porte pas la mozette) dans vos parages.

J'aime bien la cathédrale, devenue davantage une pagode moderniste après le départ de Mgr. Van Peteghem, je l'ai visitée quelques fois dans le passé.
Son jeu des marbres en blanc et noir est très beau.
Et bien sûr l'Agneau mystique.
images/icones/1b.gif  ( 765761 )Ne vous en faites pas par Meneau (2014-12-14 22:32:50) 
[en réponse à 765759]

il y en a bien qui écrivent "acolyte" avec un(e) "h".

Cordialement
Meneau
images/icones/1a.gif  ( 765774 )acolythus par Lycobates (2014-12-15 00:12:11) 
[en réponse à 765761]


il y en a bien qui écrivent "acolyte" avec un(e) "h".



Héhéhé !
À mon avis, ils ont raison !
"acolythe", comme "rhythme" (on ne rit pas), doivent, devraient, être écrits comme ils doivent être écrits, étymologiquement corrects.
Mais je ne vous étonne pas.

Le grec ἀκόλουθος est avec θ, donc th.
Je sais bien, les Romans écrivent : accolito, acólito, acolyte, même les Anglais, ces semi-Romans quand cela leur plaise ou arrange (j'ironise !), acolyte, ont cédé.
Ce n'est que l'allemand (encore lui !), avec son Akolyth, qui tient le cap !
C'est désolant.
images/icones/1b.gif  ( 765777 )Si l'on veut jouer les puristes... par Meneau (2014-12-15 00:59:47) 
[en réponse à 765774]

Acoluthe !


Acolythus, acoluthus et acolithus, du terme grec signifiant suivant, et non, comme dit Ménage, de celui qui indique non empêché, dérivé de alpha priv. Et du verbe grec traduit par empêcher, parce que, dit-il, l'acolyte, tout en ne remplissant pas les fonctions ecclésiastiques, n'était pas écarté de la société des personnes qui les remplissaient. Mais il est certain que la formation n'est pas régulière ; il n'y a de correct que la forme latine acoluthus, par conséquent en français ce devrait être acoluthe. Quelques-uns écrivent acolythe ; cela est plus conforme à l'étymologie.


Littré.

Cordialement
Meneau
images/icones/1b.gif  ( 765789 )correct ! par Lycobates (2014-12-15 10:04:20) 
[en réponse à 765777]

Vous avez amplement raison.
Littré reste quand-même une référence, même pour des termes ecclésiastiques.
On écrira donc acoluthe.

Et, par conséquent, après Ministeria quaedam, chez les conciliaires, il n'y a plus que d' ... anacoluthes.
Il me semblait déjà que ça clochait chez eux quelque part.

Mais cela ne nous concerne pas.
Dieu merci !

Cordialement, en ce beau jour de l'Octave de l'Immaculée.
images/icones/fleche2.gif  ( 765684 )En gros, du sédévacantisme avant la lettre par Athanase (2014-12-13 23:46:11) 
[en réponse à 765648]

Merci pour cette intéressante biographie relative à une figure que j'ignorais. Je note qu'en tant que préfet apostolique de Yung Chow (Chine) - territoire sur lequel il est resté peu de temps à cause de l'arrivée des communistes au pouvoir - il a disposé d'une structure lui permettant d'ordonner des prêtres; il resta en effet préfet jusqu'en 1973. Il est intéressant de constater qu'il a bien ordonné quelques prêtres, qui, ainsi, ont pu être incardinés (question: certes, la préfecture apostolique ne disparaît pas en cas d'exil, mais est-il possible d'y incardiner des prêtres qui ne seraient plus sur son territoire ? La préfecture apostolique peut-elle continuer ses évêques lorsque son titulaire n'est plus sur le territoire géographique de cette dernière ?).

Concernant l'affirmation suivante: "il refusera notamment de façon absolue le NOM et les nouveaux rites conciliaires, ainsi que (plus tard, et non comme Father DePauw) aussi la légitimité de leur promulgateur", on peut donc affirmer qu'il est l'un des premières figures du mouvement traditionaliste à opter pour ce qui s'apparente à un sédévacantisme.

Je note aussi une situation qui a certainement joué sur ses actions ultérieures : Mgr Kurz n'a jamais été titulaire effectif des fonctions qui lui ont été confiées. Je veux dire par là qu'il s'est rapidement trouvé interné (de 1939 à 1946) ou exilé (en 1948), tout en gardant son titre. De facto, il a peu connu l'administration d'un diocèse. Il a ainsi fait figure d'évêque hors-sol. Cela ne l'a-t-il pas donné les coudées franches à l'égard de l'establishment hiérarchique, notamment dans les années agitées post-conciliaires ?

Que se serait-il passé s'il n'était pas décédé en 1973 ? s'il avait continué son travail ? Aurait-il constitué une "offre" différente de celle de Mgr Lefebvre ? (L'attraction qu'a pu exercer la FSSPX s'explique en partie parce qu'elle a pu bénéficier d'un, puis de plusieurs évêques, disposant d'une liberté et pouvant ordonner et confirmer). Les défenseurs de la Tradition n'auraient-ils pas opté pour des voies à la fois différentes, complémentaires et concurrentes, et évidemment parallèles ?
images/icones/neutre.gif  ( 765756 )Avant la lettre par AVV-VVK (2014-12-14 21:37:29) 
[en réponse à 765684]

Bien dit. (Abbé Günther STORCK, 1938-1993...)
images/icones/fleche3.gif  ( 765770 )Quelques précisions par Lycobates (2014-12-14 23:35:37) 
[en réponse à 765684]

à vos remarques intéressantes, dont je vous remercie.


il a disposé d'une structure lui permettant d'ordonner des prêtres; il resta en effet préfet jusqu'en 1973. Il est intéressant de constater qu'il a bien ordonné quelques prêtres, qui, ainsi, ont pu être incardinés (question: certes, la préfecture apostolique ne disparaît pas en cas d'exil, mais est-il possible d'y incardiner des prêtres qui ne seraient plus sur son territoire ? La préfecture apostolique peut-elle continuer ses évêques lorsque son titulaire n'est plus sur le territoire géographique de cette dernière ?)



Je ne crois pas, mais il faudrait regarder dans ce cas précis, qu'il y ait eu beaucoup de "structures" dans un vicariat ou une préfecture de mission. Cela dépend un peu des circonstances. En Chine l'Église a eu très peu de temps au XXe siècle. L'abbé Jeker, que j'ai mentionné, et qui avait été ordonné formellement sur le titre de la préfecture de Yung Chow, effectua dans les années 80 un voyage de reconnaissance en Chine pour retrouver les traces de l'oeuvre de Mgr. Kurz. Mais ce fut bien peu.
Or, un préfet apostolique est comme un ordinaire du lieu, même si ce lieu est vaste et n'a pas de structures fixes, même s'il dépend de la Propagande. Sa juridiction est ordinaire, même si le préfet ou le vicaire apostolique l'exerce directement au nom du Pape. Le droit lui impose l'obligation de résidence, et celle de la visitation des quasi-paroisses ou postes de mission, comme aux Ordinaires (sauf force-majeure bien entendu). Il porte sa juridiction ordinaire avec lui où il va, comme un évêque diocésain, et peut l'exercer sur ses sujets, ou ceux qui le deviennent, chez lui, dans sa juridiction ou en dehors, s'il se fait qu'ils sont exilés, comme ce fut le cas. Normalement (mais j'ignore si ce fut fait) un préfet ou un vicaire de mission nomme un propréfet ou un provicaire pour le remplacer en cas d'empêchement; en l'absence de ces derniers c'est le missionnaire le plus âgé qui reprend la préfecture ou le vicariat en main. Mais ici, probablement, tout ce clergé (qui ne fut pas chinois) fut expulsé, et bon nombre des fidèles (eux, des Chinois) ont fui : puisqu'ils se sont retrouvés en partie à New York sous la houlette de leur Préfet.
Ce n'est pas tellement une structure qui rend possible l'ordination de prêtres, c'est d'abord une valide potestas ordinis, mais c'est évident, et c'est la présence d'une juridiction ordinaire qui le permet canoniquement, partout dans le monde en principe. Ce n'est qu'au cas où il souhaite l'excercer sur des non-sujets de sa préfecture, ou dans des cathédrales d'autrui, qu'il faudra s'accorder avec les ordinaires du lieu où il se trouve et où il compte agir.


on peut donc affirmer qu'il est l'un des premières figures du mouvement traditionaliste à opter pour ce qui s'apparente à un sédévacantisme.



En quelque sorte, oui.
Il est certain que (comme d'autres avant lui et d'autres après lui) Mgr. Kurz considérait que les prévaricateurs modernistes avaient par leur hérésie perdu leur juridiction et que par conséquent ils se retrouvaient, malgré le maintien visible (mais trompeur et abusif) de leurs charges, en dehors de la communion de la Catholica, à laquelle lui, Mgr. Kurz, et les prêtres qu'il ordonna, voulaient et veulent continuer à appartenir. Au fond le "sédévacantisme", c'est cela, mais le terme est mal choisi, puisqu'il se fixe sur un aspect externe qui n'est que la conséquence de la rupture de communion (et la perte de juridiction) que constitue (et que cause) par elle-même toute defectio publica a fide.
Mais Mgr. Kurz (tout comme les "sédévacantistes" "après la lettre") n'a certainement pas considéré qu'il était l'adepte d'un -isme de la sorte.
Il faut faire attention avec ce terme. J'en ai déjà parlé
ICI