Le Forum Catholique
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( 764729 )
Here is Benedict’s Evangelii Gaudium: will Francis take it to heart? par Mauwgan (2014-12-02 01:33:13)

( 764734 )
Le message du pape Benoît XVI par Justin Petipeu (2014-12-02 08:06:35)
[en réponse à 764729]
"LA RENONCIATION À LA VÉRITÉ EST MORTELLE POUR LA FOI"
par Benoît XVI
Je voudrais, en premier lieu, adresser mes remerciements les plus chaleureux à M. le recteur et aux autorités académiques de l’Université Pontificale Urbanienne, aux responsables administratifs et aux représentants des étudiants, pour leur proposition de donner mon nom à l’amphithéâtre qui vient d’être remis à neuf. Je voudrais remercier de manière tout à fait particulière le cardinal Fernando Filoni, grand chancelier de cette Université, qui a accueilli favorablement cette initiative. C’est pour moi un motif de grande joie que de pouvoir être ainsi associé de manière permanente aux travaux de l’Université Pontificale Urbanienne.
Au cours des différentes visites que j’ai eu l’occasion d’y faire à l’époque où j’étais préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai été à chaque fois frappé par l’atmosphère d’universalité que l’on perçoit dans cette université, où des jeunes gens provenant de pratiquement tous les pays de la Terre se préparent pour servir l’Évangile dans le monde actuel. Aujourd’hui aussi, en moi-même, je vois face à moi, dans cet amphithéâtre, une communauté constituée d’un très grand nombre de jeunes gens, qui nous font percevoir de manière vivante l’extraordinaire réalité de l’Église catholique.
“Catholique” : cette définition de l’Église, qui fait partie de la profession de foi depuis les temps les plus anciens, porte en elle-même quelque chose de la Pentecôte. Elle nous rappelle que l’Église de Jésus-Christ n’a jamais concerné un peuple seulement ou une culture seulement, mais que, depuis les origines, elle était destinée à l’humanité. Les derniers mots que Jésus ait adressés à ses disciples ont été : “De toutes les nations faites mes disciples” (Mt 28, 19). Et, au moment de la Pentecôte, les apôtres ont parlé toutes les langues, ce qui leur a permis de manifester, grâce à la force du Saint-Esprit, toute l’ampleur de leur foi.
À partir de ce moment-là, l’Église s’est véritablement développée sur tous les continents. Votre présence, chères étudiantes et chers étudiants, est un reflet du visage universel de l’Église. Le prophète Zacharie avait annoncé un royaume messianique qui s’étendrait d’une mer à l’autre et qui serait un royaume en paix (Za 9, 9s.). Et en effet, dans tous les endroits où l’Eucharistie est célébrée et où les hommes ne forment plus entre eux, à partir du Seigneur, qu’un seul corps, il y a quelque chose de cette paix que Jésus-Christ avait promis de donner à ses disciples. Vous, chers amis, soyez des artisans de cette paix que, dans un monde déchiré et violent, il devient de plus en plus urgent de construire et de protéger. C’est pour cette raison que le travail de votre université, dans laquelle vous voulez apprendre à connaître Jésus-Christ de plus près afin de pouvoir devenir ses témoins, est tellement important.
Le Seigneur ressuscité a chargé ses apôtres - et à travers eux ses disciples de toutes les époques - de faire connaître sa parole jusqu’aux extrémités de la terre et de faire de tous les hommes ses disciples. Le concile Vatican II, en reprenant dans le décret “Ad gentes” une tradition constante, a mis en lumière les raisons profondes de cet envoi en mission et c’est avec une force renouvelée qu’il l’a ainsi assigné à l’Église d’aujourd’hui.
Mais, aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui se demandent, à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur, si cet envoi a encore de la valeur actuellement. La mission est-elle encore véritablement un caractère d’actualité ? Est-ce qu’il ne serait pas plus approprié de se rencontrer dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble la cause de la paix dans le monde ? La contre-question est la suivante : le dialogue peut-il remplacer la mission ? Aujourd’hui, en effet, il y a un grand nombre de gens qui pensent que les religions devraient se respecter mutuellement et qu’elles devraient, en dialoguant entre elles, devenir une force commune de paix. Dans cette manière de penser, un présupposé que l’on rencontre dans la plupart des cas est que les différentes religions constituent des variantes d’une seule et même réalité ; que “religion” est le genre commun, qui prend des formes différentes en fonction des différentes cultures, mais qui exprime en tout cas une même réalité. La question de la vérité, qui à l’origine préoccupait les chrétiens plus que tout le reste, est dans ce cas-là mise entre parenthèses. On présuppose que l’authentique vérité en ce qui concerne Dieu est, en dernière analyse, impossible à atteindre et que, tout au plus, on ne peut rendre présent ce qui est ineffable qu’en recourant à des symboles variés. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions du monde.
Et cependant elle est mortelle pour la foi. En effet, la foi perd son caractère contraignant et sérieux si tout se réduit à des symboles qui, au fond, sont interchangeables et ne peuvent renvoyer que de loin à l’inaccessible mystère du divin.
Chers amis, vous voyez que le problème de la mission nous place non seulement face aux questions fondamentales de la foi mais également face à la question de savoir ce qu’est l’homme. Dans le cadre de cette brève allocution, je ne peux évidemment pas essayer d’analyser de manière exhaustive cette problématique qui, aujourd’hui, nous concerne tous profondément. Mais en tout cas je voudrais au moins faire allusion à la direction que devrait prendre notre pensée. Je le fais à partir de deux points de départ différents.
I
1. L’opinion commune est que les religions sont, pour ainsi dire, placées les unes à côté des autres, comme les continents et les différents pays le sont sur une carte géographique. Mais ce n’est pas exact. Les religions sont en mouvement au niveau historique, comme le sont les peuples et les cultures. Il existe des religions qui sont en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et pourtant elles sont en attente d’une rencontre plus élevée qui les conduise à la plénitude.
Nous, en tant que chrétiens, nous sommes convaincus que, de manière silencieuse, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui provient de lui et qui, seule, peut les conduire complètement à leur vérité. Et le Christ les attend. Leur rencontre avec lui n’est pas l’irruption d’un étranger qui détruit leur culture et leur histoire. C’est, au contraire, l’entrée dans quelque chose de plus grand vers quoi elles sont en marche. C’est pour cela que cette rencontre est toujours, à un moment donné, une purification et un mûrissement. D’autre part, la rencontre est toujours quelque chose de réciproque. Le Christ attend leur histoire, leur sagesse, leur vision des choses.
Aujourd’hui nous découvrons également, de manière de plus en plus nette, un autre aspect : tandis que dans les pays où s’est construite sa grande Histoire, le christianisme s’est, à bien des points de vue, fatigué et où certaines branches du grande arbre issu du grain de sénevé dont parle l’Évangile se sont desséchées et tombent à terre, une nouvelle vie naît de la rencontre des religions en attente avec le Christ. Là où il n’y avait que de la fatigue, de nouvelles dimensions de la foi se manifestent et apportent de la joie.
2. La religion, en soi, n’est pas un phénomène unitaire. Il faut toujours y distinguer plusieurs dimensions. D’une part il y a la grandeur de la tension vers le Dieu éternel, au-delà du monde. Mais, d’autre part, on y trouve des éléments qui sont nés de l’histoire des hommes et de leur pratique de la religion. Parmi ces éléments, on peut certainement découvrir des choses qui sont belles et nobles, mais également d’autres choses qui sont basses et destructrices, lorsque l’égoïsme de l’homme s’est emparé de la religion et que, au lieu d’en faire une ouverture, il l’a transformée en une fermeture à l’intérieur de son propre espace.
Voilà pourquoi la religion n’est jamais simplement un phénomène uniquement positif ou uniquement négatif : les deux aspects y sont mélangés. À ses débuts, la mission chrétienne a surtout perçu de manière très forte les éléments négatifs des religions païennes auxquelles elle était confrontée. C’est pour cette raison que l’annonce chrétienne a été, dans un premier temps, extrêmement critique à l’égard de la religion. Ce n’est qu’en dépassant leurs traditions, qu’elle considérait en partie comme étant même démoniaques, que la foi a pu développer sa force rénovatrice. Sur la base d’éléments de ce genre, le théologien évangélique Karl Barth a mis en opposition la religion et la foi, portant un jugement absolument négatif sur la première, perçue comme comportement arbitraire de l’homme qui tente, à partir de lui-même, de saisir Dieu. Dietrich Bonhoeffer a repris cette manière de voir, en se prononçant en faveur d’un christianisme “sans religion”. Il s’agit indubitablement d’une vision unilatérale qui ne peut être acceptée. Et cependant il est correct d’affirmer que toute religion, pour rester dans ce qui est juste, doit aussi, en même temps, se montrer toujours critique vis-à-vis de la religion. Il est clair que cela s’applique, dès ses débuts et en raison de sa nature, à la foi chrétienne, qui, d’une part, considère avec beaucoup de respect la profonde attente et la profonde richesse des religions, mais, d’autre part, considère également de manière critique ce qui est négatif. Il va de soi que la foi chrétienne doit sans cesse développer cette force critique, y compris à l’égard de sa propre histoire religieuse.
Pour nous, les chrétiens, Jésus-Christ est le Logos de Dieu, la lumière qui nous aide à établir une distinction entre la nature de la religion et la distorsion dont elle fait l’objet.
3. À notre époque, on entend avec de plus en plus de force la voix de ceux qui veulent nous convaincre que la religion en tant que telle est dépassée. C’est la raison critique qui devrait, seule, orienter l’action de l’homme. Derrière de telles idées, on trouve la conviction que, à travers la pensée positiviste, la raison dans toute sa pureté a définitivement pris le dessus. En réalité, cette manière de penser et de vivre est, elle aussi, conditionnée historiquement et liée à des cultures historiques déterminées. La considérer comme la seule valable, ce serait diminuer l’homme, en lui retirant des dimensions essentielles de son existence. L’homme devient plus petit, et non pas plus grand, lorsqu’il n’y a plus de place pour un ethos qui, sur la base de sa nature authentique, renvoie au-delà du pragmatisme, lorsqu’il n’y a plus d’espace pour le regard tourné vers Dieu. Le domaine propre de la raison positiviste se trouve dans les grands champs d’action de la technique et de l’économie, et cependant elle n’épuise pas tout l’humain. Par conséquent, c’est à nous, les croyants, qu’il revient de rouvrir sans cesse les portes qui, au-delà de la simple technique et du pur pragmatisme, conduisent à toute la grandeur de notre existence, à la rencontre avec le Dieu vivant.
II
1. Ces réflexions, qui sont peut-être un peu difficiles, devraient montrer que même aujourd’hui, dans un monde qui a été profondément transformé, la mission de faire connaître aux autres hommes l’Évangile de Jésus-Christ reste quelque chose de raisonnable.
Et cependant il y a également une seconde manière, plus simple, de justifier cette mission à notre époque. La joie exige d’être communiquée. L’amour exige d’être communiqué. La vérité exige d’être communiquée. Celui qui a reçu une grande joie ne peut pas la conserver simplement pour lui-même, il doit la transmettre. On peut dire la même chose pour le don de l’amour, pour le don de reconnaître la vérité qui se manifeste.
Lorsqu’André a rencontré le Christ, il n’a pas pu faire autrement que de dire à son frère : “Nous avons trouvé le Messie” (Jn 1,41). Et Philippe, à qui il a été donné de faire une rencontre semblable, n’a pas pu faire autrement que de dire à Nathanaël qu’il avait trouvé celui dont avaient parlé Moïse et les prophètes (Jn 1,45). Si nous annonçons Jésus-Christ, ce n’est pas pour que notre communauté compte le plus grand nombre possible de membres ; et encore moins pour le pouvoir. Nous parlons de Lui parce que nous sentons que nous avons le devoir de transmettre cette joie qui nous a été donnée.
Nous serons des annonciateurs crédibles de Jésus-Christ lorsque nous l’aurons véritablement rencontré au plus profond de la notre existence, lorsque, à travers notre rencontre avec Lui, la grande expérience de la vérité, de l’amour et de la joie nous aura été donnée.
2. La profonde tension entre l’offrande mystique à Dieu, dans laquelle on se donne totalement à lui, et la responsabilité envers le prochain et envers le monde qu’il a créé fait partie de la nature de la religion. Marthe et Marie sont toujours indissociables, même si, d’une fois à l’autre, l’accent peut être mis plutôt sur l’une ou plutôt sur l’autre. Le point de rencontre entre les deux pôles est l’amour, dans lequel nous touchons à la fois Dieu et ses créatures. “Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru” (1 Jn 4,16) : cette phrase exprime la nature authentique du christianisme. L’amour, qui se réalise et se reflète sous des formes multiples dans les saints de tous les temps, est la preuve authentique de la vérité du christianisme.
Benoît XVI
21 octobre 2014

( 764828 )
Merci beaucoup + Une brève remarque sur le cinquième paragraphe. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-03 07:01:20)
[en réponse à 764734]
Bonjour et merci, Justin Petipeu.
Voici le paragraphe qui a retenu mon attention :
" Mais, aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui se demandent, à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur, si cet envoi (en mission) a encore de la valeur actuellement. La mission est-elle encore véritablement un caractère d’actualité ? Est-ce qu’il ne serait pas plus approprié de se rencontrer dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble la cause de la paix dans le monde ? La contre-question est la suivante : le dialogue peut-il remplacer la mission ? Aujourd’hui, en effet, il y a un grand nombre de gens qui pensent que les religions devraient se respecter mutuellement et qu’elles devraient, en dialoguant entre elles, devenir une force commune de paix. Dans cette manière de penser, un présupposé que l’on rencontre dans la plupart des cas est que les différentes religions constituent des variantes d’une seule et même réalité ; que “religion” est le genre commun, qui prend des formes différentes en fonction des différentes cultures, mais qui exprime en tout cas une même réalité. La question de la vérité, qui à l’origine préoccupait les chrétiens plus que tout le reste, est dans ce cas-là mise entre parenthèses. On présuppose que l’authentique vérité en ce qui concerne Dieu est, en dernière analyse, impossible à atteindre et que, tout au plus, on ne peut rendre présent ce qui est ineffable qu’en recourant à des symboles variés. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions du monde. "
Juste après ce paragraphe, on trouve celui-ci :
" Et cependant elle (cette renonciation à la vérité) est mortelle pour la foi. En effet, la foi perd son caractère contraignant et sérieux si tout se réduit à des symboles qui, au fond, sont interchangeables et ne peuvent renvoyer que de loin à l’inaccessible mystère du divin. "
En l'occurrence, il me semble
- que la Foi catholique ne perd pas avant tout ni seulement son caractère contraignant et sérieux, si tout se réduit à des symboles,
- que le caractère contraignant et sérieux de la "foi" existe, dans le cadre de plusieurs religions ou traditions non chrétiennes.
Je crois que la Foi catholique perd avant tout son caractère surnaturel, théologal, et, pour tout dire, EXACT, dans sa dimension intellectuelle, si tout se réduit à des symboles, y compris à des symboles médiatiquement corrects, comme la mise côte à côte, sur un pied d'égalité, de représentants ou responsables de la religion chrétienne, d'une part, de religions ou traditions non chrétiennes, d'autre part.
On trouve aussi cette phrase, qui a elle aussi retenu mon attention :
" Chers amis, vous voyez que le problème de la mission nous place non seulement face aux questions fondamentales de la foi mais également face à la question de savoir ce qu’est l’homme. "
Homo capax Dei : la mise en retrait ou en sommeil du caractère EXACT, explicitement et objectivement vrai, de la doctrine de la Foi catholique, aboutit immanquablement à la perte de vue de l'aptitude de l'homme, avec l'aide de la Foi ET de la raison, à connaître et à reconnaître Dieu, Père, Fils, Esprit, EN TANT QUE SEUL VRAI DIEU.
En ce sens, le problème soulevé par Benoît XVI, dans cette dernière phrase, est anthropologique ET gnoséologique ; l'ouverture de l'esprit humain sur le Logos divin n'est pas seulement une ouverture existence, relationnelle, sapientielle, spirituelle, dans la mesure où cette ouverture porte en elle une dimension "épistémique", nécessaire et préalable à la connaissance et à la reconnaissance "pensée", et pas seulement "priée" et "vécue", de Jésus-Christ, EN TANT QUE FILS UNIQUE DU SEUL VRAI DIEU.
A mon avis, c'est cette dimension épistémique ou intellectuelle qu'il faut réhabiliter aujourd'hui, non seulement par des moyens et pour des raisons relevant de cette dimension elle-même, mais aussi parce que, bien comprise, cette dimension est un instrument propice, et non un obstacle nuisible, à la connaissance de la Parole divine, à la compréhension du message, à la contemplation du mystère, à l'adoration des Personnes divines.
Et c'est ici que le doctrinal et le spirituel se rejoignent.
Bonne journée.
Scrutator.

( 764873 )
Une de os remarques : sur les symboles par Glycéra (2014-12-03 15:26:47)
[en réponse à 764828]
Le monde laïc pense qu'un symbole est creux, tout au mieux une représentation à plusieurs sens, mais sans effet à l'intérieur de nous.
Or le symbole, au sens complet, réel, est union du signifié et du signifiant, il est transformant, il est spirituel. Sans quoi, ce n'est pas un symbole, mais un objet d'analogie, ou une représentation visuelle d'une réalité invisible ou indicible.
Alors, s'il est spirituel, s'il est signifiant, est-il pour autnat suffisant ? Non... il lui manque de nous donner une énergie incarnée, le symbole n'est pas sacrement. Le geste sacramentel est l'accomplissement de la promesse contenue dans le symbole.
Il me semble que le texte de Benoît XVI ne peut ignorer ce contenu réel dans le mot symbole.
Seuls les laïcistes ou les ignorants n'y verront qu'une coque sans richesse autre que pratique pour montrer l'analogie et donner à voir ce qui ne sait pas se dire en affirmations (définies, donc limitées)
Les symboles ne sont pas interchangeables.
Ils sont une base commune à plusieurs civilisations.
Mais ils ne sont pas des sacrements, donc pas opératifs en eux-mêmes.
Fais-je des erreurs de sens ?
Glycéra

( 764899 )
S'ils ont une base commune, ne sont-ils pas interchangeables ? par Scrutator Sapientiæ (2014-12-03 22:48:07)
[en réponse à 764873]
Bonsoir et merci, Glycéra.
1. Je vous comprends sans doute mal, mais enfin, je me risque à vous poser cette question : si des symboles, ou les symboles, sont "une base commune à plusieurs civilisations", les symboles d'une civilisation donnée ne sont-ils pas "interchangeables" avec ceux d'une ou de plusieurs autres civilisations ?
Je confesse mon ignorance abyssale de ces questions, et c'est plutôt à vous à me dire si cette interrogation, au contact de votre phrase :
"Les symboles ne sont pas interchangeables. Ils sont une base commune à plusieurs civilisations"
est fondée ou non.
2. J'ai recouru pour ma part à la notion de mystère, ce qui n'est pas tout à fait la même chose qu'un symbole ; je suis tenté de dire qu'un symbole rend visible un mystère, et que ce n'est pas parce que c'est à la fois mystérieux et symbolique que c'est dépourvu de réalité, à la fois historique, doctrinale, spirituelle, sacramentelle, sacrificielle, sapientielle, dans le cas du symbole de la Croix, id est du signe qui fait sens.
3. Je pense aussi, mais c'est vous qui m'y faites penser, au Symbole de la Foi ; de même que l'on dit : "Il est grand, le mystère de la Foi", il me semble que l'on pourrait dire : "Il est grand, le Symbole de la Foi", et il me semble que le contenu de l'un et de l'autre les rendent l'un et l'autre incomparables à leur équivalent, insubstituables par leur équivalent, apparent ou éventuel, dans telle ou telle autre religion.
4. Je pense qu'un "symbole-valise" est encore plus dangereux qu'un "mot-valise", dans lequel chacun met ce qu'il veut, avant d'aller ou il veut, ou avant de faire aller où il veut le contenu de la valise.
5. Dans son "célèbre" "Islam et judéo-christianisme", Jacques Ellul s'en prend ainsi à trois symboles-valises, qui sont peut-être propices au dialogue interreligieux, mais qui sont certainement nuisibles au service de la vérité en matière religieuse : il s'agit des trois expressions suivantes :
"Nous sommes tous des fils d'Abraham"
"Le monothéisme"
"Les religions du livre".
6. Il ne s'agit évidemment pas de symboles, dans l'acception liturgique du terme, mais il s'agit plutôt de symboles, dans l'acception oecuméniste, ou "dialoguomane", du terme : ces symboles-valises sont en effet souvent utilisés, comme des valises remplies sans discernement, par un contenu non complètement ni précisément identifié, qui se prête à un acheminement de ces valises dans les directions les plus accommodantes, sauf dans la direction la plus accommodante pour le service de la vérité.
7. Ce que je suis en train d'essayer de dire, c'est qu'un symbole n'est pas un véhicule tout terrain, susceptible de se déplacer, sur le territoire de n'importe quelle religion ou tradition ; même s'il existe une "tradition primordiale", cela n'enlève rien à la singularité de chaque religion ou tradition, à charge, pour ceux qui veulent bien s'en donner la peine, en théologie chrétienne, de préciser ou de rappeler ce qui suit.
8. La pratique du dialogue interreligieux qui aurait pour effet de minimiser l'importance de chacune de ces singularités, pourrait très bien aboutir à la formation, en guise de plus petit commun dénominateur, d'un symbole-valise complètement vide, ou d'une mise en (s)cène interreligieuse aussi appauvrissante que consensualiste, au cours de laquelle chacun, depuis sa propre religion ou tradition, dirait en substance : "le bien, c'est pas mal ; le mal, c'est pas bien"... Toute référence à quoi que ce soit de déjà vu étant ici "purement fortuite".
9. C'est une banalité de le dire, mais notre civilisation, anthropocentrique, matérialiste, productiviste, technolâtre, etc..., a complètement perdu contact avec le sens du symbole ; il y a une expression de l'ethno-pyschiatre Tobie Nathan que j'aime beaucoup : pour lui, le symbole sert à "distribuer du sens à l'intérieur de la communauté", mais aujourd'hui, les symboles du moment servent plutôt à distribuer, comme du courant électrique, des sensations, à l'intérieur des individus, ce qui n'a pas du tout la même portée.
10. D'un certain point de vue, le culte de la performance qui est la marque de fabrique de notre époque est le culte de la performance agréable, intense, artificielle, sensationnelle, spectaculaire, superficielle, mais cette performance est souvent insignifiante, sur le plan spirituel ; or, ce culte donne lieu à la conception, au déploiement, de toute une symbolique, médiatico-publicitaire, médiatico-télévisuelle, comme on le voit notamment à l'occasion de la retransmission de compétitions sportives.
11. C'est un autre type de culte que nous devons nous efforcer de prioriser, si nous voulons plutôt aller en direction de la pertinence significative qui est située à l'intérieur de la connaissance de la Parole divine, de la compréhension du message, de la contemplation des mystères, de l'adoration des personnes divines, ce qui ne correspond ni à la même source d'énergie, ni au même type d'énergie.
12. Je termine ce message en rappelant une autre évidence :
- du fait de mépriser ou de négliger l'importance de la contemplation, de la méditation, des mystères chrétiens les plus symboliques, les plus distributeurs de sens à l'intérieur de la communauté chrétienne, tels que les mystères du Rosaire,
- à la surexposition à ce qui est à la fois moins chrétien, moins symbolique, et plus séduisant, plus subversif, plus tentateur, en un mot, dia-bolique,
il arrive qu'il n'y ait qu'un pas, et chacun(e) d'entre nous peut en faire l'expérience.
Je pense que le service de la vérité, en matière religieuse, est également situé sur ce terrain là : le terrain de la coopération avec la grâce, en ce qu'elle peut être véhiculée par la contemplation et la méditation des mystères les plus symboliques, et le terrain de la résistance à la tentation de commettre tel ou tel péché.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ce message, mais c'est le vôtre qui me l'a inspiré, et je vous remercie de me l'avoir inspiré.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 764842 )
Merci pour ce joli morceau par Athanase (2014-12-03 11:40:36)
[en réponse à 764734]
A lire, à méditer, car bien loin des fadaises, des niaiseries et autres phrases creuses. Le pape (émérite) va à l'essentiel et nous livre une très utile réflexion.
Je note également ce très intéressant passage:
L’opinion commune est que les religions sont, pour ainsi dire, placées les unes à côté des autres, comme les continents et les différents pays le sont sur une carte géographique. Mais ce n’est pas exact. Les religions sont en mouvement au niveau historique, comme le sont les peuples et les cultures. Il existe des religions qui sont en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et pourtant elles sont en attente d’une rencontre plus élevée qui les conduise à la plénitude.
Nous, en tant que chrétiens, nous sommes convaincus que, de manière silencieuse, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui provient de lui et qui, seule, peut les conduire complètement à leur vérité. Et le Christ les attend. Leur rencontre avec lui n’est pas l’irruption d’un étranger qui détruit leur culture et leur histoire. C’est, au contraire, l’entrée dans quelque chose de plus grand vers quoi elles sont en marche. C’est pour cela que cette rencontre est toujours, à un moment donné, une purification et un mûrissement. D’autre part, la rencontre est toujours quelque chose de réciproque. Le Christ attend leur histoire, leur sagesse, leur vision des choses.
Merci, cher Justin !

( 764856 )
"émérite" ? par Yves Daoudal (2014-12-03 13:00:30)
[en réponse à 764842]
Oui, sans doute.
Mais le texte est signé "Benoît XVI".

( 764859 )
Comme quoi par Rémi (2014-12-03 13:12:04)
[en réponse à 764734]
on peut prier à la Mosquée Bleue et avoir un enseignement tout à fait traditionnel sur la théologie des religions, le relativisme, la mission de l'Eglise et l'unicité salvifique du Christ.

( 764865 )
Mais les images sont plus fortes que les écrits ! par Jean-Paul PARFU (2014-12-03 14:26:58)
[en réponse à 764859]
Les images, tout le monde les a vues ; cet écrit quelques-uns seulement le liront ...
Et c'est parce que Benoît XVI a fait ce qu'il a fait dans la mosquée bleue, que François s'est permis de faire pire encore.
Et c'est grâce à cet écrit Rémi que vous nous affirmerez que dans la mosquée bleue, Benoît XVI n'avait rien fait de mal...
En réalité, il ne suffit pas d'avoir du courage avec la plume lorsqu'on n'est plus Pape ; il faut d'abord en avoir face aux autorités turques qui imposent ce genre de pélerinage : obligation du passage et de la prière à la mosquée bleue pour pouvoir aller (avant ou après) à Ste Sophie !

( 764870 )
Mon propos n'est pas là par Rémi (2014-12-03 14:49:42)
[en réponse à 764865]
quoi que vous puissiez voir dans votre boule de cristal quant à ce que j'affirmerai à l'avenir. Après la psychologie de bazar, la précognition de foire. Un vrai saltimbanque.
J'entendais plutôt malicieusement souligner que telle et tels qui regrettent le Pape émérite, par exemple à l'occasion de ce genre de bons textes et/ou reprochent certains gestes au Pape François, comme la prière à la Mosquée Bleue, oublient en effet, comme vous le dites, que son prédécesseur a en quelque sorte ouvert la voie, sans d'ailleurs et justement qu'on remette en cause son orthodoxie doctrinale (enfin, si, certains le font, c'est vrai) et quoi qu'on en pense par ailleurs, cher télépathe.