Le Forum Catholique
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( 764555 )
Une Eglise catholique devenue "amnésique" ou "athomisée" ? par Scrutator Sapientiæ (2014-11-30 15:34:10)
Bonjour et bon dimanche à tous, en ce premier dimanche de l'Avent.
1. Il s'est écoulé presque autant d'années, soit 35 ans,
d'une part,
- entre la parution du livre du P. Henri Bouillard, "Conversion et grâce chez saint Thomas d’Aquin", en 1944,
Ici.
- et ce discours de Jean-Paul II à l'Université dominicaine de l'Angelicum, le 17 novembre 1979,
Ici..
d'autre part, entre ce même discours de Jean-Paul II, et ce mois de novembre 2014.
2. J'ai l'impression, infondée ou injuste, que nous sommes en présence d'une Eglise catholique de plus amnésique ou athomisée, en ce qui concerne son instrument de pensée, mais quelqu'un de plus qualifié que moi peut-il nous dire où elle en est, et où nous en sommes, sur cette question essentielle ?
3. Je sais bien qu'en reprenant l'hymne officiel des Restos du coeur, on peut toujours chanter ceci :
"Aujourd'hui, on n'a plus le droit, d'être thomiste comme autrefois",
mais j'ai l'impression que même les philosophes et / ou théologiens qui se disent désormais plutôt "thomasiens" ont de plus en plus de mal à exercer une influence intellectuelle effective, qui devrait pouvoir être constructive et positive, au sein et à la tête de l'Eglise catholique.
Je vous remercie par avance pour toute appréciation, explication ou information à ce sujet, et je vous souhaite une bonne fin de journée.
Scrutator.

( 764557 )
Oui et par Aigle (2014-11-30 15:58:46)
[en réponse à 764555]
J'ai l'impression que globalement le clergé s'eloigne de la philosophie...que commencen à découvrir les théologiens évangéliques. Aux États Unis ceux ci ont créé une revue de philosophie (" philosophia christi" en latin dans le texte!) avec des articles sur Saint Thomas...

( 764611 )
Le néo-fidéisme post-moderne est essentiellement anti-thomiste. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-01 06:40:39)
[en réponse à 764557]
Bonjour et merci, Aigle.
Le néo-fidéisme post-moderne est essentiellement anti-thomiste.
Je parle ici d'un néo-fidéisme post-thomiste, et je recours aux deux préfixes, "néo", et "post", non à cause d'un tic de langage, mais parce que je crois que ce fidéisme est nouveau, en ce qu'il est à la fois théologiquement anti-thomiste et chronologiquement post-moderne.
1. Si l'on considère l'histoire de la philosophie, la post-modernité est née après 1945, quand on a entendu "dépasser" les modes de raisonnement qui ont été ceux de la philosophie européenne occidentale, du début du XVII° siècle à la fin de la première moitié du XX° siècle, ces modes de raisonnement n'ayant vraiment été soumis au travail de sape effectué en prenant appui sur les maîtres du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud) qu'à partir du moment où les oeuvres de ces mêmes maîtres ont commencé à donner lieu à la plus large diffusion.
2. Si l'on considère l'histoire de la théologie, la post-modernité y a fait son apparition, quand on a commencé à prendre appui sur un mode de raisonnement phénoménologique husserlien ou herméneutique heideggérien, puis sur un mode de raisonnement qui n'aurait déplu ni à Derrida (la déconstruction), ni à Lévinas (l'altérité).
3. Or, le thomisme se prête mal, pour ne pas dire qu'il ne se prête pas du tout, à telle ou telle mise au goût du jour, même "seulement" méthodologique ou problématisante, de la relation à et/ou d'un système explicitateur et objectivateur de la doctrine de la Foi catholique.
4. C'est probablement la raison pour laquelle le thomisme n'est pas jugé attractif, ou pas jugé opérant, notamment par ceux-là mêmes qui veulent pouvoir montrer qu'ils sont capables, en permanence, de faire bon accueil, sur leurs propres terres théologiques, ou plutôt théologiennes, à la dernière philosophie post-moderne à la mode.
(La question est en effet de savoir si les théologiens post-modernes sont encore des théologiens, alors qu'ils s'expriment fréquemment comme s'ils n'étaient plus que des herméneutes du phénomène religieux.)
5. Il résulte de la surexposition des esprits, au contact de cette double post-modernité intellectuelle, un déficit d'aptitude et d'aspiration à l'explicitation et à l'objectivation, par la Foi ET PAR LA RAISON, de la spécificité et de la supériorité de la religion chrétienne, notamment vis-à-vis des autres religions ou traditions, mais aussi à l'égard de la modernité, saisie dans sa globalité.
6. Mais il y a un autre aspect des choses qui est intervenu, et qui est plus d'ordre psychologique que théologique ; je l'explicite d'une manière quelque peu lapidaire, mais je l'écris ainsi : s'est insinué un peu partout le préjugé selon lequel
- la Foi n'est pas ou n'est plus, notamment, un question de doctrine intellectuelle,
- la Foi est désormais, presque uniquement, une question d'ambiance interpersonnelle.
7. A la limite, désormais, une ambiance de Charité fait office ou tient lieu, non seulement de manifestation extérieure de la mise en oeuvre de la doctrine de la Foi, mais aussi de principe interne (plus senti et vécu, expérimenté, que conçu et pensé, connu et compris, intelligé et signifié, reçu et transmis), de la Foi elle-même.
8. "L'amour est la mesure de la Foi", nous dit le Pape François, au moyen d'un tweet, en ce moment même ;
- en un sens que l'on pourrait qualifier d'"existentiel", c'est évidemment vrai : il est évident que si l'on est sur-diplômé en théologie, mais que l'on n'a pas d'amour en soi, et que l'on ne donne pas d'amour autour de soi, on a une drôle de Foi, plus encyclopédique que que téléologique ;
MAIS
- en un autre sens, que l'on pourrait tenir pour "intellectuel", ce slogan du Pape François (et il me semble problématique EN SOI qu'un Pape s'exprime par slogans...) pose un problème d'une autre nature, en évitant ou en oubliant de rappeler que l'adhésion à la vérité révélée est, elle aussi, la mesure de la Foi...
(Dans mon esprit, le mot "ambiance" n'a pas nécessairement un caractère péjoratif ; j'oppose l'"ambiance" à la "doctrine", non parce que qu'une "ambiance" est toujours mauvaise et une "doctrine" toujours bonne, mais pour me faire comprendre, tout simplement)
9. Je formule sans doute très mal ce qui précède, et je vous prie de bien vouloir m'en excuser ; ce que je suis en train de dire, c'est ceci : la ré-affirmation, la re-validation, du thomisme, au sein même de l'Eglise, supposerait, à mon sens, que les promoteurs de ce mouvement se mettent à ramer à contre-courant, y compris contre le courant souvent accepté, sinon toujours approuvé, au sommet de l'Eglise,
- alors que nous sommes en présence d'un courant de pensée, d'origine extérieure à l'Eglise, dont le caractère mutagène n'est pas toujours compris, ni combattu en proportion de ses effets sur la Foi,
et
- alors que les ennemis de l'Eglise, externes ou internes, n'ont aucun intérêt à ce que le thomisme soit à nouveau important et influent, dans la formation intellectuelle des (futurs) clercs.
10. Je laisse à plus compétents que moi la question de savoir si le thomisme est illégitime parce qu'il a été, au départ, un aristotélisme christianisé, ou s'il est illégitime parce qu'il a été, à l'arrivée, un catholicisme rationalisé (qui a voulu "tuer" le thomisme l'a accusé d'être devenu suarézien...), et je termine ce message sur une dernière remarque : aujourd'hui, dans le catholicisme contemporain, quand on veut bien recourir à la notion de "points non négociables", on l'applique notamment et surtout aux choses de la vie et de la mort, mais plus rarement, voire jamais, aux choses de l'esprit ; c'est tout à fait compréhensible, mais c'est quelque peu préjudiciable, dans la mesure où une Eglise catholique dépourvu d'un instrument de pensée aussi identifié et organique que le thomisme peut difficilement passer de l'unité de pensée à l'unité d'action.
Mais ce passage, intégraliste, et non périphériste, le veut-on vraiment ?
Bonne journée.
Scrutator.

( 764618 )
Il y a un autre néo-fidéisme par Jean-Paul PARFU (2014-12-01 08:24:45)
[en réponse à 764611]
Un néo-fidéisme que l'on trouve notamment sur le FC et qui nous interdit de commenter, même pour en dire du bien, les sermons ou déclarations des membres du clergé.
Moi qui ai vécu une époque où l'on a dû changer d'église parce que les sermons étaient indigents ou scandaleux, je ne suis évidemment pas trop habitués à cette mentalité néo-fidéiste anti-intellectuelle et anti-spirituelle !

( 764915 )
Petit cadeau. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-04 07:34:00)
[en réponse à 764618]
Bonjour Jean-Paul PARFU
1. Faites remarquer à votre interlocuteur qu'il y a de nombreuses incitations au recours au mensonge ou à la violence, contre les infidèles, au sein même du Coran ; "peut-être" vous dira-t-il ceci :
"Ce n'est pas bien, de dire du mal des musulmans..."
2. Faites remarquer à votre interlocuteur qu'il y a des approximations, des inexactitudes, des expressions ou omissions plus ambivalentes qu'évangéliques, dans une interview du Pape ; "peut-être" vous dira-t-il cela :
"Ce n'est pas bien, de dire du mal du Saint-Père..."
J'en parle parce que quelqu'un, que je croyais attaché, au moins autant que moi, à "l'explicitation de l'objectivité des choses", m'a déjà "fait ce coup là".
A mon avis, dans le cadre de certaines discussions, aujourd'hui, "on en est là", et c'est précisément ce qui rend la discussion IMPOSSIBLE.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 764914 )
Petit cadeau. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-04 07:11:46)
[en réponse à 764557]
Bonjour, Aigle.
Voici :
"Au coeur de la philosophie de Saint Thomas d'Aquin",
"Sur les traces de Saint Thomas d'Aquin théologien".
Ces deux ouvrages sont de Leo J. Elders, et sont parus aux éditions Parole et Silence.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 764688 )
Moi aussi je suis "athomisé", par Yves Daoudal (2014-12-01 15:31:15)
[en réponse à 764555]
et de plus en plus.
Heureusement que la dictature du thomisme a pris fin. Quelles que fussent les intentions de certains de ceux qui ont fait en sorte qu'elle prenne fin.
C'est grâce à la fin de la dictature du thomisme qu'on a eu par exemple la splendide "théologie du corps" de Jean-Paul II, et quelques-unes de ses autres plus belles pages.
C'est grâce à la fin de la dictature du thomisme que Benoît XVI a pu souligner qu'à côté de la théologie scolastique il y avait aussi une théologie "monastique", et il est à peine besoin de lire entre les lignes pour comprendre que c'est celle qu'il préfère.
Et la fin de la dictature du thomisme est une condition sine qua non de tout dialogue réel avec nos frères orthodoxes. La mainmise thomiste sur la théologie occidentale a été l'une des causes de l'échec du concile de Florence.
Je ne suis pas savant comme vous et pour moi Suarez n'est qu'un nom. Mais je n'ai pas besoin de connaître Suarez pour constater que le thomisme (la doctrine de saint Thomas d'Aquin) est le début du rationalisme.

( 764694 )
J'aimerais bien par Quaerere Deum (2014-12-01 16:22:54)
[en réponse à 764688]
avoir plus de détails sur ce que vous reprochez à cette doctrine de st Thomas, SVP ?
Et en opposition à quoi ?

( 764765 )
[réponse] par Yves Daoudal (2014-12-02 12:28:40)
[en réponse à 764694]
Vous me lisez manifestement de façon assidue, donc vous savez ce que je veux dire.
Les définitions de saint Thomas d'Aquin sont intellectuellement géniales, et donc très satisfaisantes pour la raison. Mais si l'on n'y fait pas attention on risque de perdre de vue que tous ces beaux raisonnements ne sont pas grand chose par rapport au mystère dont ils sont seulement une tentative d'explication accessible à la raison.
Par exemple, le thomiste pur et dur ne peut pas accepter que Lumen gentium définisse l'Eglise comme un sacrement: saint Thomas d'Aquin a prouvé, en accord avec la tradition, qu'il y a sept sacrements. Il ne peut pas y en avoir un huitième...
Au concile de Florence, les théologiens scolastiques voulaient à toute force que les orientaux admettent qu'il y avait comme dans tout sacrement selon eux une "matière" du sacrement de l'ordre et que cette "matière" était la "porrection des instruments". Le pape résista et laissa la question ouverte. Mais à la fin du concile les théologiens revinrent à l'attaque et réussirent à inclure cela dans le fameux décret aux arméniens, adopté en fait après la fin du concile. Fameux notamment parce qu'on s'est longtemps demandé s'il faisait partie de l'enseignement infaillible de l'Eglise. Pour les théologiens dont on parle et leurs successeurs, cela ne faisait aucun doute. Le doute néanmoins se fit jour et se répandit. Et en 1947, Pie XII décréta infailliblement que la "matière" du sacrement de l'ordre n'était pas la "porrection des instruments" mais l'imposition des mains. Donnant ainsi raison aux orientaux (et aux occidentaux d'avant la scolastique). Et mettant fin à la longue parenthèse thomiste qui était une erreur.
Typique aussi du rétrécissement rationalisant est la théorie thomiste de la transsubstantiation, voulant que celle-ci soit réalisée exclusivement par les paroles de la consécration. Les mêmes théologiens réussirent également à la placer dans le décret aux arméniens, alors que cela ne se trouve chez aucun père de l'Eglise et est démenti par l'épiclèse des liturgies orientales. Aujourd'hui l'Eglise, après avoir obligé certaines Eglises orientales à modifier leur épiclèse, a heureusement abandonné cette théorie, au point même de reconnaître comme valide l'anaphore assyrienne d'Addaï et Mari qui ne comporte pas les paroles de l'institution.

( 764779 )
[réponse] par Quaerere Deum (2014-12-02 15:15:58)
[en réponse à 764765]
Merci à vous.
Je vous lis de façon assidue, comme vous dites, mais je ne me souviens pas avoir lu avec précision de tels commentaires.
Dans le cas contraire, je m'excuse de vous obliger à vous répéter et je veillerai à être plus attentif à l'avenir.
A ma décharge, je m'intéresse plus au monachisme qu'au thomisme.

( 764781 )
Non, non, vous ne m'obligez à rien du tout ! par Yves Daoudal (2014-12-02 15:25:31)
[en réponse à 764779]
Ne vous excusez pas. Ce que j'ai écrit ici, c'est en plus de ce que j'ai déjà pu écrire sur le sujet (éventuellement sans le dire, par exemple dans mes "Notules"). Il se trouve que j'ai eu tout récemment l'occasion de me pencher sur le décret aux arméniens...

( 764804 )
Ce n'est pas en premier Saint Thomas par Vincent F (2014-12-02 18:18:35)
[en réponse à 764765]
mais la Sainte Écriture qui affirme qu'il y a exactemetn sept sacrements.

( 764737 )
La Tradition est plurielle, c'est son refus qui est singulier. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-02 08:25:01)
[en réponse à 764688]
Bonjour et merci, Yves Daoudal.
1. A tort ou à raison, j'envisage à peu près quatre composantes successives, dans la Tradition, à savoir les composantes patristique, monastique, scolastique, et tridentine, aucune de ces composantes successives n'ayant vocation à supprimer la ou les composantes précédentes.
2. La Tradition est plurielle, c'est son refus,
- partiel, par survalorisation ou dévalorisation d'une de ses composantes,
ou
- total, par mise en avant et en oeuvre d'une conception "tabula-rasiste" du Renouveau,
qui est singulier, et qui est même suicidaire, dans le cas du "tabula-rasisme".
3. Il fut un temps, on opposait le volontarisme scotiste à l'intellectualisme thomiste ; aujourd'hui, l'un et l'autre, parmi d'autres courants philosophico-théologiques, sont confrontés à un ennemi commun.
4. Cet ennemi commun, appelons-le par ses différents noms : anthropocentrisme, émotionnalisme, intentionnalisme, sensationnalisme, sentimentalisme, "pieuse ignorance" : "j'ai envie de croire, DONC, je n'ai pas besoin de savoir".
5. Pour ma part, je n'ai pas assez d'esprit de géométrie, peut-être même pas assez d'esprit, "tout court", pour être thomiste ; c'est donc à cause de mes limites personnelles, et non à cause des limites doctrinales du thomisme, que je ne suis pas thomiste, mais cela ne fait pas de moi un anti-thomiste.
6. Aujourd'hui, ce qui est souvent proscrit, dans l'Eglise et dans le monde, c'est l'érudition et l'entendement au service du REALISME, et ce qui est souvent prescrit, c'est l'enseignement de l'ignorance, et l'occultation de la connaissance.
7. En d'autres termes, aujourd'hui, l'ennemi commun aux uns et aux autres, c'est, bien, plus qu'une doctrine, une ambiance propice à la bêtise ; ce n'est pas de ma faute si, dans l'Eglise comme dans le monde, il est plus facile de manipuler des personnes soumises à cette ambiance propice à la bêtise que des personnes qui y résistent.
8. Si la réappropriation "en plénitude" de la Tradition peut contribuer à l'extension du domaine de la lutte contre la bêtise ambiante, je dirais même : contre la bêtise ambiante institutionnalisée, ce ne sera sans doute pas avant tout, ou seulement, grâce au thomisme, mais ce sera peut-être notamment grâce à lui, et ce sera BIEN.
Bonne journée.
Scrutator.

( 764758 )
[réponse] par Yves Daoudal (2014-12-02 11:42:21)
[en réponse à 764737]
Nous sommes globalement d'accord.
Sauf que l'on ne peut pas mettre sur le même plan la composante patristique (le grand souffle des pères) et la composante scolastique (son rétrécissement rationnel).
Pour les chrétiens d'Orient, saint Thomas d'Aquin est tout au plus une curiosité exotique. Or les catholiques orientaux sont aussi des catholiques.

( 765227 )
Petit cadeau, sur Suarez et sur le thomisme. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-09 05:13:33)
[en réponse à 764758]
Bonjour et merci, Yves Daoudal.
Voici ce qui pourrait vous intéresser :
Ici.
Ici..
Bonne journée.
Scrutator.

( 764796 )
Au fil de vos interventions... par Glycéra (2014-12-02 17:39:45)
[en réponse à 764555]
Merci de votre échange,
cela change...
du climat actuel des messages râleurs, entre gens grognonneurs sur des pouïèmes de poils comportementaux.
Je viens de tout lire.
Paquet de questions ou de notes ...
a - A-thomisé.
Pour moi oublier ou passer outre les livres de ST Thomas est une étape nécessaire à sa mise à une juste place dans la mission de l'Eglise, non seulement pour entendre les Orientaux ou leur parler, mais aussi pour entendre en nous la voie de notre mission personnelle, car nous ne sommes pas tous prévus pour le voie de St Thomas. Surtout que nsou avons eu la chance d'entendre ses dernières remarques : "Tout ceci n'est que de la paille"
Utile, mais comme du bois qu'on porte au feu : il n'a d'intérêt que s'il se laisse devenir feu. La bûche qui veut rester bûche ne sert à personne.
Ainsi l'étai sert à cadrer le plafond, mais encombre quand on veut vivre dans la maison.
b - La philosophie.
Le clergé s'en éloigne. Comme la philo s'est éloignée de Dieu. Elle a oublié ou refusé le S de sophie. Cela devait mourir, cela s'est évanoui des séminaires où l'on n'enseignait plus la prière, vers la même époque ?
La théologie ? N'est-elle aps devenue un débat seulement intellectuel au sujet de Dieu, sans parler de L'aller rencontrer ? Elle a donc couru derrière la philo... avec le même résultat, dans la majorité (numériquement) des endroits d'étude.
c - Foi avec ou sans connaissance ?
Ainsi dans la ligne du péché originel qui oppose, au lieu de monter de niveau pour résoudre une question "ou", le thomisme parce que incomplet, est devenu mauvais. Et l'ambiance de style foi sans science est devenu admirable, et exclusivement bonne.
Alors que la connaissance précède la Foi. Se nourrit d'elle. Permet d'ouvrir la porte en Dieu.
L'Amour-Charité alors peu y entrer.
La connaissance a diverses formes, et la conscience au centre de l'être, de chacun des êtres, n'est pas la moindre, l'intellective externe n'est pas la seule voie.
la Foi ne se conquiert pas, ne se transmet pas. Les conditions pour y aider sont souhaitables, mais non indispensables. Dieu pourvoit dans le désert. Comment diront les sceptiques quand ils observent des croyants passés hors de leurs manières à eux. Ils demanderont "Qu'est-ce que c'est" : cela se dit en hébreu "mannou" = la manne, qu'on va cueillir quand Dieu la pose.
d - Tuer le thomisme ?
Les ennemis de l'Eglise ont compris que c'était efficace, et ils l'ont fait. Mais ils n'ont pas pensé que cela dégagerait de l'ombre du thomisme les valeurs cachées d'adoration, de travail intérieur, de viridité (énergie cosmique d'Hildegarde), de vision intégrative des êtres qui veulent arriver à Dieu.
e - le thomisme illégitime ?
Si thomisme = système auto-bloquant employant les textes de St Thomas en panacée exclusive et obligée pour obtenir le label "chrétien", alors comme tous les -isme, c'est illégitime.
La teneur des études de St Thomas reste, à leur place, à leur temps, et selon leur mode de bon emploi.
Comme un remède ou un aliment : selon la constitution et la souffrance de chacun.
Ce qui est remède pour l'un est poison pour l'autre, disait la tradition validée par Hippocrate et ses pairs.
f - Tradition plurielle
Oh que oui ! Chaque époque a ses besoins. Point de panacée, et point de salvation externe ! Comment toucher l'intérieur de l'homme ? La Renaissance a commencé à vouloir le faire sans Dieu explicite. Le siècle des Lumières a chipé l'électricité de l'air pour s'en éclairer... comme un certain serpent qui parla à la place du Seigneur, et qu'Eve crut.
Les voies du Seigneur sont diverses... Pourquoi seraient-elles toutes pavées de lévitations, ou de thomisme, ou de voeux de chasteté, ou de je ne sais quelle unique manière ? Dieu a tant de facettes qu'IL lui a fallu faire autant d'hommes pour les contempler !
Sur quel patron ? Celui de Dieu devenu Homme, mais dont nous peinons à développer chacun un seul de ses aspects en notre courte vie.
g - J'ai envie de croire ?
Donc j'ai besoin de savoir !
Que serait un jeune marié qui dirait : j'ai envie de t'aimer, donc je n'ai pas besoin de te connaître !
Que serait un homme : j'ai envie du Ciel, je n'ai pas besoin de savoir comment y aller.
La connaissance est inscrite dans notre être, c'est une exigence d'accomplissement de notre nature.
"Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux" en fait partie.
h - Esprit de géométrie ?
Il m'apparait que ST Thomas c'est de l'esprit d'algèbre. A deux dimensions, à plat sur des feuilles.
A mon sens, la géométrie est le contraire : l'esprit de géométrie reflète une vue avec une dimension de plus : celui qui est bon en algèbre n'est pas bon en maths.
i - Intégrative ou périphérique ?
Je répondrai par le message mis plus loin dans ce fil : avec le commentaire de St Grégoire mis en ligne pour la fête de Sainte Bibiane.
Cultiver sa terre intérieure, faire son 7ème jour, en se posant en son centre, comme DIeu le fit au Sabbat.
L'homme sans centre tombe. Il manque de consistance humaine.
L'homme à grosse tête et petit centre est disharmonieux, et va se faire mal en chutant.
Ce n'est pas parce qu'il sait tout, qu'il a tout étudié, écouté, retenu, que le scribe se sauve, c'est parce qu'il dé-couvre le royaume des cieux qui est en lui.
Ces notes au fil des lignes, suscitent-elles des remarques, des erreurs à relever, des mal-dits ?
et pour terminer, une demande :
----- > Question Orient - Occident
Les orthodoxes et les catholiques d'Orient ont-ils la même théologie ?
Comment est composé le programme des séminaires catholiques d'Orient ?
Merci des détails sur le Concile de Florence. Cela change des donnes, en effet.
Avec mes bonnes salutations
Glycera

( 764916 )
Très rapidement : merci beaucoup. par Scrutator Sapientiæ (2014-12-04 07:56:16)
[en réponse à 764796]
Bonjour et merci, Glycéra.
J'ai bien aimé les points a à h de votre message, ainsi que le commentaire de Saint Grégoire relatif à Sainte Bibiane.
Disons, pour "conclure", tout en prenant appui sur le point d de votre message, que l'anti-thomiste contemporain, même éventuellement bien intentionné, à l'origine, a été, dans et dès les années 1930, l'antichambre de l'état d'esprit anti-"apologiste", anti-controversiste, et anti-exclusiviste, qui fait tant de mal à la réception et à la transmission de la Foi catholique, dans l'Eglise, aujourd'hui, ce qui ne signifie évidemment que l'état d'esprit de qui que ce soit doit à tout prix se limiter, en permanence, aux trois "traits de caractère" que sont l'"apologisme", le controversisme et l'exclusivisme.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 764797 )
Sainte Bibiane = boire à la source intérieure... par Glycéra (2014-12-02 17:41:43)
[en réponse à 764555]
Ste Bibiane, vierge et martyre
Saint(s) du jour : Ste Bibiane, vierge et martyre († 363)
Voir le commentaire plus bas, ou cliquer ici
Saint Grégoire le Grand : Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor caché
Livre de l'Ecclésiastique 51,13-17.
Seigneur, mon Dieu, j'ai fait monter de la terre ma supplication, j'ai prié pour être arrachée à la mort.
J'ai invoqué le Seigneur, Père de mon seigneur, pour qu'il ne m'abandonne pas aux jours de la détresse, à l'heure de l'orgueil où l'on est sans soutien.
Inlassablement, je ferai l'éloge de ton nom, je le chanterai dans l'action de grâce.
Ma prière a été exaucée car tu m'as sauvée de la perdition, tu m'as délivrée de l'heure mauvaise.
C'est pourquoi je te rendrai grâce et je ferai ton éloge, Seigneur notre Dieu.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,44-52.
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole : le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache, et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a et achète ce champ.
Encore : le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherchait de belles perles.
Ayant trouvé une perle de grand prix, il s'en alla vendre tout ce qu'il avait, et il l'acheta.
Encore : le royaume des cieux est semblable à un filet qu'on a jeté dans la mer et qui a ramené des poissons de toute sorte.
Lorsqu'il fut rempli, les pêcheurs le tirèrent au rivage et, s'étant assis, ils recueillirent les bons dans des paniers et rejetèrent les mauvais.
Ainsi en sera-t-il à la consommation du siècle : les anges sortiront et sépareront les méchants d'avec les justes,
et ils les jetteront dans la fournaise du feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents.
Avez-vous compris toutes ces choses ? "
Ils lui dirent : " Oui. " Et il leur dit : " C'est pour cela que tout scribe devenu disciple du royaume des cieux ressemble à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. "
Extrait de la Bible catholique traduite par le chanoine Crampon
Commentaire du jour :
Saint Grégoire le Grand (v. 540-590-604), pape et docteur de l'Église
Homélie 12 sur l'Évangile
Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor caché
Ce trésor caché dans un champ, c'est le désir du ciel : le champ dans lequel il est caché, c'est la perfection et la sainteté de la vie qui conduit au ciel. Lorsqu'un homme a trouvé ce trésor, il le cache pour le conserver, car le goût et le désir ardent des biens célestes ne suffisent pas pour défendre ce trésor contre les esprits mauvais, si celui qui le possède ne s'efforce pas de le dérober aux attaques des louanges des hommes. En effet, la vie présente est semblable à une route que nous parcourons pour arriver à la patrie ; mais cette route se trouve assiégée par les esprits mauvais comme par autant de voleurs de grand chemin.
Ceux donc qui portent ce trésor à découvert semblent vouloir devenir la proie des voleurs. Je ne veux pas dire que notre prochain ne doive pas être témoin de nos bonnes œuvres, mais simplement qu'il ne faut pas dans nos actions nous proposer les louanges des hommes.
Or, le Royaume des Cieux est comparé aux choses de la terre, pour que notre esprit puisse s'élever de ce qu'il connaît à ce qu'il ne connaît pas encore, et que de l'amour qu'il donne aux choses dont il a la connaissance, il apprenne à aimer ce qu'il ne connaît pas. " Et dans la joie qu'il en ressent ". On achète le champ avec le prix de tous les biens qu'on a vendus, lorsqu'on renonce aux voluptés charnelles et qu'on foule aux pieds tous les désirs terrestres par une obéissance entière aux lois qui conduisent au ciel.