Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=763811

( 763811 )
le Concile Vatican I et le Synode de 2014 par jejomau (2014-11-23 09:18:05)
Très intéressante analyse de Roberto de Mattei retranscrit sur
la Revue Item que je vous livre in extenso.
La phase historique qui s’ouvre après le Synode 2014 demande aux catholiques non seulement d’être prêts à la discussion et à la lutte, mais également d’adopter une attitude de réflexion prudente et d’étude des nouveaux problèmes qui sont posés.
Le premier de ces problèmes réside dans le rapport des fidèles à une autorité qui semble faillir à sa mission. Le cardinal Burke a affirmé dans une interview donnée à “Vida Nueva” qu’ «on a la forte impression que l’Eglise est comme bateau sans gouvernail». L’image est forte, mais correspond parfaitement au cadre général.
La route à suivre dans cette situation confuse n’est certes pas celle de se substituer au Pape et aux évêques à la tête de l’Eglise, dont le timonier suprême reste en tout cas Notre Seigneur Jésus-Christ. L’Eglise n’est pas en effet une assemblée démocratique, mais une société monarchique et hiérarchique, divinement fondée sur l’institution de la Papauté qui en représente la pierre irremplaçable.
Le rêve progressiste de républicaniser l’Eglise et de la transformer, dans une condition de synodalité permanente, est destiné à se briser contre la constitution Pastor Aeternus du Concile Vatican I, qui a défini non seulement le dogme de l’infaillibilité, mais surtout celui du pouvoir plein et immédiat du Pape sur tous les évêques et sur toute l’Eglise.
Dans les discussions du Concile Vatican I, la minorité anti-infaillibilité, faisant écho aux thèses conciliaristes et gallicanes, affirmait que l’autorité du Pape ne réside pas dans le seul Pontife, mais dans le Pape uni aux évêques. Un petit groupe de Pères conciliaires demanda à Pie IX d’affirmer dans le texte dogmatique que le Pontife est infaillible par le témoignage des Eglises («nixus testimonio Ecclesiarum»), mais le Pape voulut retoucher le schéma dans le sens opposé, faisant ajouter à la formule «ideoque eiusmodi Romani Pontificis definitionis esse ex se irreformabilis» les mots «non autem ex consensu Ecclesiae» (ces définitions du Pontife Romain sont donc irréformables en soi et non par le consensus de l’Eglise), afin de clarifier définitivement que le consensus de l’Eglise ne constituait absolument pas la condition d’infaillibilité.
Le 18 juillet 1870, en présence d’une foule immense qui emplissait la basilique, le texte final de la constitution apostolique Pastor Aeternus fut approuvé avec 525 voix favorables et 2 contraires; 55 membres de l’opposition s’abstinrent. Immédiatement après le vote, Pie IX promulgua solennellement comme une règle de foi la constitution apostolique Pastor Aeternus.
Pastor Aeternus établit que la primauté du Pape consiste en un véritable et suprême pouvoir de juridiction, indépendant de tout autre pouvoir, sur tous les Pasteurs et sur tout le troupeau des fidèles. Il possède ce pouvoir suprême non par délégation de la part de tous les évêques ou de toute l’Eglise, mais en vertu d’un droit divin. Le fondement de la souveraineté pontificale ne consiste pas dans le charisme de l’infaillibilité, mais dans la primauté apostolique que le Pape possède sur l’Eglise universelle en tant que successeur de Pierre et prince des Apôtres.
Le Pape n’est pas infaillible quand il exerce son pouvoir de gouvernement: les lois disciplinaires de l’Eglise, à la différence des lois divines et naturelles, peuvent changer en effet. Mais la constitution monarchique de l’Eglise, qui confie au Pontife romain la plénitude de l’autorité, est de foi divine et est donc garantie par le charisme de l’infaillibilité. Cette juridiction comporte, outre le pouvoir de gouvernement, celui de Magistère.
La constitution Pastor Aeternus établit avec clarté quelles sont les conditions de l’infaillibilité pontificale. Ces conditions furent largement illustrées dans son intervention du 11 juillet 1870 par Mgr. Vincenzo Gasser, évêque de Bressanone et rapporteur officiel de la députation de la foi. En premier lieu, Mgr Gasser précisa que le Pape n’est pas infaillible en tant que personne privée, mais en tant que « personne publique ». Et comme « personne publique » on doit entendre que le Pape remplisse son office, s’exprimant ex cathedra en tant que Docteur et Pasteur universel; en second lieu, le Pontife doit s’exprimer en matière de foi ou de mœurs, res fidei vel morum.
Enfin, il doit vouloir prononcer une sentence définitive sur la matière qui fait l’objet de son intervention. La nature de l’acte qui engage l’infaillibilité du Pape doit être exprimée par le mot « définir », qui a son corrélatif dans la formule ex cathedra.
L’infaillibilité du Pape ne signifie aucunement qu’il jouit, en matière de gouvernement et de magistère, d’un pouvoir illimité et arbitraire. Le dogme de l’infaillibilité, tandis qu’il définit un privilège suprême, en fixe des limites précises, admettant la possibilité de l’infidélité, de l’erreur, de la trahison. Sinon, dans les prières pour le Souverain Pontife il n’y aurait pas besoin de prier «ut non tradat eum in animam inimicorum eius ». S’il était impossible que le Pape passe au camp de l’ennemi, il n’y aurait pas besoin de prier pour que cela n’arrive pas. Mais la trahison de Pierre est le paradigme d’une infidélité possible qui depuis lors incombe sur tous les Papes de l’histoire, jusqu’à la fin du monde.
Le Pape, bien qu’il soit la plus haute autorité sur la terre, est suspendu entre les sommets d’une héroïque fidélité à son mandat et l’abîme, toujours présent, de l’apostasie. Ce sont ces problèmes que le Concile Vatican I aurait dû affronter s’il n’avait pas été interrompu le 20 octobre 1870, un mois après l’entrée de l’armée italienne dans Rome. Ce sont ces problèmes que les catholiques liés à la tradition doivent aujourd’hui étudier et approfondir. Sans nier aucunement l’infaillibilité du Pape et sa suprême autorité de gouvernement, est-il possible de lui résister et de quelle façon, s’il manque à sa mission, qui est celle de garantir la transmission intacte du dépôt de la foi et de la morale remis par Jésus-Christ à l’Eglise ?
Ce ne fut malheureusement pas la voie suivie par le Concile Vatican II, qui se proposait également de s’inscrire dans la continuité et en quelque sorte d’intégrer Vatican I. Les thèses de la minorité anti-infaillibilité défaite par Pie IX reparurent en séance de Vatican II sous la nouvelle forme du principe de collégialité. Selon quelques représentants de la Nouvelle Théologie, comme le père Yves Congar, la minorité de 1870 obtint après presque un siècle une revanche éclatante. Alors que Vatican I avait conçu le Pape comme le sommet d’une societas perfecta, hiérarchique et visible, Vatican II et surtout les dispositions postconciliaires redistribuèrent le pouvoir en sens horizontal, l’attribuant aux conférences épiscopales et aux structures synodales.
Aujourd’hui le pouvoir de l’Eglise semble avoir été transféré au « peuple de Dieu », qui comprend les diocèses, les communautés de base, les paroisses, les mouvements et les associations de fidèles. L’infaillibilité et la juridiction suprême, soustraites à l’autorité pontificale, sont attribuées à la base catholique, dont les Pasteurs de l’Eglise doivent se limiter à interpréter et exprimer les exigences.
Le Synode des Evêques d’octobre a mis en évidence les résultats catastrophiques de cette nouvelle ecclésiologie, qui prétend se fonder sur une « volonté générale » exprimée au travers de sondages et questionnaires de tous genres. Mais quelle est aujourd’hui la volonté du Pape, auquel revient, par mandat divin, la mission de garder la loi naturelle et divine ?
Ce qui est certain, c’est qu’en des époques de crise, comme celle que nous traversons, tous les baptisés ont le droit de défendre leur foi, même en s’opposant aux Pasteurs défaillants. Les Pasteurs et théologiens authentiquement orthodoxes ont, quant à eux, la tâche d’étudier l’extension et les limites de ce droit de résistance.
(Roberto de Mattei)
Source Correspondance européenne

( 763813 )
"Beaucoup de questions sur le pape" (abbé de Tanouarn) par Athanase (2014-11-23 09:29:41)
[en réponse à 763811]
samedi 22 novembre 2014
Beaucoup de questions sur le pape...
Je dois dire que je ne peux pas discuter avec tel ou tel sans que finisse par sortir la question : mais ce pape alors ? Qu'allait-il faire dans ce synode ? Ou en est-il ? Que veut-il ? Ou plus profondément encore : qui est-il ?Tout à l'heure encore, on parlait avec des amis de choses et d'autres, du Brésil, de l'Argentine et... du pape. Avec une sorte de tristesse. Les cathos, tradis ou pas tradis, en ont déjà pris tellement sur la calebasse qu'ils sont tout de suite très pessimiste. Pensez : un pape qui s'intéresse particulièrement aux homosexuels dans leur homosexualité ("don pour l'Eglise") et surtout, comme disait la première mouture du Rapport final, rédigée par huit amis du pape, qui s'intéresse particulièrement aux enfants nés de couples de même sexe... Un pape qui assiste... Qui fait communier les divorcés remariés, du moment qu'ils ont exprimé une repentance etc. Un pape qui fait dans le Care plutôt que dans le clair... Il est vrai que d'ores et déjà son image est brouillée et ce n'est pas forcément sa popularité médiatique qui suffira à l'éclaircir.
Je voudrais dire deux choses à ce sujet.
La première c'est que les pressions sur le Vatican pour qu'il change sa morale et qu'il adopte enfin celle de l'ONU sont constantes depuis quelques années. Il me semble qu'elles expliquent déjà, au moins en partie, la démission précipitée du pape Benoît. Souvenez-vous : la Banque du Vatican, sous le prétexte d'un manque de transparence, s'était vue couper les vivres. Il n'y avait plus un euros dans les distributeurs et l'on visitait le Musée du Vatican à condition de payer sa place en liquide. Le système des cartes bleues avait été mis hors service. Le jour de la démission du pape Benoît tout s'est remis à fonctionner. Oh ! C'est sans doute un pur hasard. Mais on ne peut pas m'empêcher de penser que le hasard parfois fait... trop bien les choses. François est donc le pape qui se présente comme tentant de faire évoluer la morale de l'Eglise, pour faire de l'Eglise "un hôpital de campagne" comme il a dit le jour de son élection. Une sorte de vaste ONG où ni le dogme ni la loi ne sont une gêne... On ne les supprime pas, mais cela vient après la pastorale.
Cela me rappelle une très vieille discussion que nous avions au Séminaire pour savoir s'il y avait deux ou trois pouvoirs du pape. Tenant l'adage odiosa sunt restringenda (les choses pénibles, parmi lesquelles l'autorité, doivent être restreintes autant que faire se peut) je tenais personnellement pour deux, avec les théologiens les plus anciens : il y a un pouvoir magistériel du pape, seul ou à la tête d'un Concile, ou encore comme docteur du magistère ordinaire, c'est le Munus docendi, le pouvoir d'enseigner ; et il y a un pouvoir ministériel, le Munus sanctificandi (le pouvoir de sanctifier). Selon moi, le troisième pouvoir, le pouvoir de régir, était issu des deux autres. Issu en particulier du Pouvoir d'enseigner. En y réfléchissant, je n'ai pas changé d'avis : c'est au nom de son enseignement de la foi qui sauve que le pape a le pouvoir de régir le troupeau. De même que le Christ est roi par sa doctrine (Augustin dans le Commentaire du Psaume 59), de même le pape est chef en vertu de son Pouvoir d'enseigner la vérité.
Il faut bien reconnaître que cette vieille doctrine des deux ou trois pouvoirs du pape, tout le monde semble l'avoir oubliée. Tout le monde semble avoir oublié que le pape est essentiellement un docteur. Son rôle est de dire la foi et c'est en tant qu'il dit la foi qu'il a aussi une autorité pastorale et qu'il est Princeps pastorum selon l'expression de l'Epître de Pierre. Il est (seul ou avec les évêques qui lui sont unis) l'Eglise enseignante et nous sommes tous, prêtres et fidèles, l'Eglise enseignée. En revanche, la pastorale concerne les pasteurs de la base, ceux qui ont... j'allais dire les mains dedans.
Le rôle du pape est-il immédiatement pastoral ? Je n'en suis pas sûr. La pastorale disait ce grand pape que fut Grégoire le Grand est "ars artium", l'art des arts. Elle est donc, comme tout art, immédiatement pratique, avec la part de pragmatisme que cela suppose. Comment le grand chef pourrait-il ainsi descendre dans le détail ? Il ne serait pas efficace car son pouvoir ne serait pas proportionné. Dans une situation exceptionnelle, une situation de crise, Jean-Paul II a été une sorte de curé du monde. Mais cela ne peut pas durer.
L'attitude du pape François montre bien qu'il a compris que le rôle du pape n'était pas de s'engager directement dans des choix pastoraux particulier qu'il devrait imposer à toute l'Eglise. Il a voulu laisser le Synode libre de donner un conseil plus proche du terrain que n'aurait pu être le sien. Et... sur les questions sensibles des divorcés remariés accédant à la communion et des homosexuels à accueillir comme tels, il faut bien reconnaître qu'un accord massif n'a pas eu lieu. L'échec est là. On ne gouverne pas l'Eglise comme un Etat, à la majorité simple. Le consensus est nécessaire, il l'a toujours été, même dans l'Eglise de Pie IX, qui est pourtant le pape de l'Infaillibilité pontificale.
Exemple plus récent : les texte de Vatican II ont été votés à une quasi unanimité, ce qui a fait la légitimité de ce Concile, par ailleurs controversé sur la question de son contenu véritable. Ainsi, la constitution doctrinale Lumen gentium sur l'Eglise, l'un des textes les plus importants, à été votée par tous les 2000 participants. Seuls cinq Pères conciliaires l'ont refusée, et pour des raisons qui pouvaient être de droite ou de gauche, sanctionnant finalement un texte pas assez conservateur ou pas assez avancé. L'opposition rencontrée au Synode est énorme et décidée. Je ne vois pas que l'Organisateur puisse passer en force, sans menacer sa propre légitimité de pape.
Mais je crois que, jusqu'à l'année prochaine, il est nécessaire de parler du Synode, en attendant le suivant. Pour montrer que sur un tel sujet l'unanimité ne peut pas se faire et que seul un pape docteur de la foi est unanimement reçu par les membres de la Catholique. C'est ce que nous ferons d'ailleurs dans Monde et Vie, où la semaine prochaine, s'exprimeront en toute liberté sur le sujet Christophe Geffroy et Jeanne Smits. Il s'agit de montrer que la liberté des enfants de Dieu n'est pas seulement un mot. Qu'elle provient de notre foi et qu'elle l'exprime.

( 763814 )
Une "volonté générale" traditionnelle serait tenue pour illégitime. par Scrutator Sapientiæ (2014-11-23 09:46:48)
[en réponse à 763811]
Bonjour et bon dimanche, jejomau.
1. Une "volonté générale" catholique, consciente des "signes des temps", et qui s'exprimerait d'une manière traditionnelle, ne serait pas tenue pour légitime par ceux des clercs qui ne souhaitent prendre appui sur leur propre vision des "signes des temps" et de la "volonté générale" intra-ecclésiale que si cela leur permet d'accélérer, d'amplifier, d'hégémonéiser, la décatholicisation des esprits, au sein même de l'Eglise catholique.
2. Cette "volonté générale" catholique qui s'exprimerait d'une manière conforme à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère, en ce qu'il a prescripteur, dans l'ordre de la Foi comme dans celui des moeurs, ne serait pas considérée comme légitime, mais serait tenue pour "fondamentaliste", par les clercs "miséricordistes".
3. L'un des aspects et enjeux de la problématique ne réside donc pas tant dans le "basisme" de ces clercs que dans l'inspiration et l'orientation a priori qu'ils entendent imposer à la base elle-même, non pour la plus grande gloire du seul vrai Dieu, mais pour le plus grand consensus avec le monde moderne.
4. Formulé autrement, cela revient à dire que c'est l'état d'esprit philo-moderne, situé en amont et en surplomb, par rapport à l'ecclésiologie, pour ainsi dire, "collégialiste", qui pose le plus problème : à la limite, un synode au cours duquel cet état d'esprit serait ouvertement et totalement critiqué, désavoué, par la très grande majorité des évêques présents, pourrait être, par la suite, contourné, dans ses conclusions, ou détourné, dans ses décisions, par le Pape lui-même, qui pourrait préférer s'en remettre à la minorité des évêques, laquelle jouirait, en l'occurrence, d'une infaillibilité épiscopale é-van-gé-li-que...
Bon dimanche.
Scrutator.

( 763815 )
Oui mais en l'occurrence par Jean-Paul PARFU (2014-11-23 10:10:40)
[en réponse à 763811]
Ce ne sont pas des évêques qui ont tenté de subvertir l'Eglise, mais c'est la synodalité qui a empêché le Pape, et ceux qu'il avait mis en avant, de dire et de faire n'importe quoi ...
Il faudra peut-être aussi réfléchir au pouvoir de ce "sens commun" dans l'Eglise, qui peut empêcher un pape de faire n'importe quoi !

( 763817 )
Nous devrions tous (re)lire ce document. par Scrutator Sapientiæ (2014-11-23 10:41:30)
[en réponse à 763815]
Bonjour et bon dimanche à Jean-Paul PARFU.
Je vous suggère tout d'abord d'aller voir mon message intitulé "l'irrationalisation de la religion" car l'auteur du texte qui y est inséré utilise, entre autres, un argument que j'ai déjà trouvé sous votre plume, il y a déjà quelques années ; grosso modo, c'est l'argument selon lequel réduire la religion chrétienne à "l'amour" permet d'évincer ou d'occulter "en douceur" la question de la recherche, en elle, et de la présence, en elle, de la vérité.
Je vous suggère par ailleurs de (re)lire ce document :
Ici.
Bon dimanche.
Scrutator.

( 763820 )
Je souligne la contradiction par Jean-Paul PARFU (2014-11-23 11:14:09)
[en réponse à 763817]
de l'article de Roberto de Mattei qui explique d'un côté :
"Le Pape, bien qu’il soit la plus haute autorité sur la terre, est suspendu entre les sommets d’une héroïque fidélité à son mandat et l’abîme, toujours présent, de l’apostasie. Ce sont ces problèmes que le Concile Vatican I aurait dû affronter s’il n’avait pas été interrompu le 20 octobre 1870, un mois après l’entrée de l’armée italienne dans Rome. Ce sont ces problèmes que les catholiques liés à la tradition doivent aujourd’hui étudier et approfondir. Sans nier aucunement l’infaillibilité du Pape et sa suprême autorité de gouvernement, est-il possible de lui résister et de quelle façon, s’il manque à sa mission, qui est celle de garantir la transmission intacte du dépôt de la foi et de la morale remis par Jésus-Christ à l’Eglise ?"
Et qui dénonce de l'autre la synodalité comme le grand danger :
"Le Synode des Evêques d’octobre a mis en évidence les résultats catastrophiques de cette nouvelle ecclésiologie, qui prétend se fonder sur une « volonté générale » exprimée au travers de sondages et questionnaires de tous genres. Mais quelle est aujourd’hui la volonté du Pape, auquel revient, par mandat divin, la mission de garder la loi naturelle et divine ?"
Chacun sait au contraire que c'est la synodalité qui nous a sauvés du Pape, Kasper, Forte et autres, lesquels s'étaient appuyés non sur la synodalité, mais sur de prétendus questionnaires ou sondages chargés d'influencer les pères du Synode , voire de les contourner.
C'est la formule césariste bien connue et qui veut que le chef s'appuie soi-disant sur le peuple pour contourner les élites ou les corps intermédiaires.
En tout état de cause, l'Eglise ça ne peut être le Pape seul, comme Jean Paul II fut "le curé du monde", ainsi que le rappelle l'abbé de Tanoüarn !

( 763821 )
Le pire danger : l'Eglise symbiotique, et non l'Eglise synodale. par Scrutator Sapientiæ (2014-11-23 12:21:05)
[en réponse à 763820]
Rebonjour et merci,
1. A mon sens, le pire danger,
- c'est avant tout l'Eglise "symbiotique", qui se pense et se vit avant tout en accompagnement humanisateur, quasiment inconditionnel, de son environnement extérieur, dans l'ordre du croire et dans celui de l'agir,
- ce n'est pas avant tout l'Eglise "synodale", qui est un élément d'organisation parmi d'autres possibles, et qui peut être complété ou contrôlé par un autre élément d'organisation, plus "sommital".
2. Avec le Pape François, nous ne sommes peut-être pas en présence d'un Pape laisser-fairiste, comme l'était Paul VI, mais bien plutôt en présence d'un Pape à la fois autoritaire et périphériste, qui entend imposer l'approfondissement et l'élargissement de la symbioticité, qu'un synode soit un instrument ou un obstacle à cette stratégie.
3. En d'autres termes, un diocèse dans lequel une respiration collégialiste, un dispositif synodal, contredirait formellement l'inspiration consensualiste, la dynamique symbiotique, tournées vers tout ce qui n'est pas catholique ou vers tous ceux qui ne sont pas catholiques, serait un diocèse menacé d'être tenu pour coupable d'une dérive "intégriste" par le Comité central du parti iréniste, ou par le Praesidium du consensus suprême.
4. En d'autres termes encore, quasiment marxisants, je crois que c'est avant tout la soumission, possible ou probable, des appareils institutionnels de l'Eglise, à une idéologie, ou, en tout cas, à une phraséologie en actes, qui en fait des appareils idéologiques ; ce ne sont pas avant tout ces appareils en eux-mêmes.
Bon dimanche.
Scrutator.

( 763827 )
Merci scrutator par Aigle (2014-11-23 15:20:45)
[en réponse à 763821]
Votre dernier message résume bien le problème à mes yeux.
Au delà de la forme ( synodalité ou pas) il y a le fond : l'Eglise propose t elle aux homme son propre enseignement ( qui vient de Dieu) ou bien s'adapte t elle au discours du monde dans l'espoir peu crédible de recruter de nouveaux fidèles ( c'est la symbiose)? Bref faut il capituler sur le fond pour progresser en nombre ? C'est une vieille idée jésuite ...dont il est peu probable qu'elle fonctionne.

( 763850 )
Très bonne remarque, car la synodalité a freiné François par Athanase (2014-11-23 18:57:05)
[en réponse à 763820]
C'est bien la synodalité qui a empêché les délires d'une minorité - pardon d'un groupe imbu de lui-même - au point de confronter cette dérive de copinage à l'ensemble des pères présents. François a voulu faire du Pie XI avec un fond asymétrique, mais il a agi comme monarque. Le problème c'est que ça marche moins aujourd'hui... Roberto de Mattei défend encore le pape seul et isolé. Si on reste dans cette logique, le pire modernisme ne peut être freiné...

( 763830 )
à savoir pour le Synode 2015 par jejomau (2014-11-23 15:39:01)
[en réponse à 763811]
C'est sur
riposte catholique qu'on l'apprend :
Dans la perspective de la XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques qui se tiendra au Vatican du 4 au 25 octobre 2015, le Pape François a décidé de reconduire les responsables du précédent Synode, qui avait été convoqué sur le même thème en octobre lors de l’assemblée « extraordinaire », moins longue et moins large dans sa composition.

( 763832 )
On le savait déjà. par Yves Daoudal (2014-11-23 15:45:57)
[en réponse à 763830]
Puisque le FC
l'avait dit. Juste un petit peu, mais c'était dit.

( 763846 )
Questions de latin ... et de doctrine par Paterculus (2014-11-23 18:40:16)
[en réponse à 763811]
Dans le passage
«ideoque eiusmodi Romani Pontificis definitionis esse ex se irreformabilis»
si la traduction
ces définitions du Pontife Romain sont donc irréformables en soi
est correcte,
je pense qu'il faut lire
definitiones et non
definitionis (accusatif pluriel sujet de
esse, plutôt qu'un génitif singulier mis là probablement par contagion de
ejusmodi). (Ce qui conduit à lire aussi
irreformabiles.)
Plus important :
Dans la citation
ut non tradat eum in animam inimicorum eius
je ne crois pas qu'il faille traduire
anima par "camp" mais par "pouvoir", ce qui infirme le raisonnement à cet endroit-là.
Cela n'infirme pas le raisonnement dans son ensemble, mais oblige à en relativiser les conclusions.
Votre dévoué Paterculus

( 763852 )
C'est pire que cela. par Yves Daoudal (2014-11-23 19:45:26)
[en réponse à 763846]
Car dans l'oraison pour le pape, le sujet est "le Seigneur". On demande au Seigneur qu'il ne le livre pas au pouvoir de ses ennemis.
Demander au Seigneur qu'il ne fasse pas passer le pape dans le camp ennemi, ça frise le blasphème...
Quant à la définition bien connue de l'infaillibilité (reprise dans Lumen gentium), ce sont évidemment des accusatifs pluriels. Les deux fautes sont déjà dans le texte italien de Mattei...