Le Forum Catholique

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images/icones/abbe1.gif  ( 762979 )La vie en rose par Abbé Néri (2014-11-14 07:55:49) 

Non il ne s’agit pas de la célèbre chanson d’Édith Piaf, mais d’une certaine attitude irréaliste un choix de ne considérer que le bon côté des choses, comme le dit avec raison un écrivain :
 
« A un moment donné, nous finissons par perdre tout contact avec le réel et un jour, nous nous réveillons dans la douleur en reconnaissant notre erreur : nous n'avons pas accepté de nous plier à la réalité, nous voulions voir la vie en rose et, de ce fait, nous sommes passés à côté. » (Anselm Grün, Choisis la vie ! -  Le courage de se décider, Albin Michel, 2012)

Ni de l'utopie socialiste, comme disait Pierre Malpouge dans Présent à propos du discours de Hollande, « l 'espoir en rose social » où il ose la formule : « Ici, dans le silence des morts, c'est toujours l'espérance qui surgit, comme un cri. »

Tel n’est pas le cas au moins en principe de la constitution pastorale Gaudium et spes dont l’avant-propos maintient un certain équilibre :

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »

Cependant tel qu’on a pu le constater dans l’aula conciliaire l’optimisme effréné de certains pères ainsi que de leurs théologiens a envahi les esprits dans la période qu’à suivie les assises conciliaires. Ce pourquoi c’est avec un certain étonnement que le Pape de l’époque trois ans à peine après la fin du Concile a pu dire :

« L’Église se trouve à une heure inquiète d’autocritique, mieux vaudrait dire d’auto-démolition. C’est comme un retournement à angle aigu et compliqué auquel personne ne se serait attendu après le Concile. L’Église en vient pour ainsi dire à se porter des coups elle-même. » (Paul VI, discours au Séminaire lombard de Rome, le 7 décembre 1968)

Je n’insiste pas sur le célèbre discours du 30 juin 1972 où le même Pape affirme avoir la sensation « que quelque part la fumée de Satan est entrée dans le Temple de Dieu. » « Même dans l’Église », poursuivait-il « règne le même état d’incertitude. On croyait qu’après le Concile une journée ensoleillée aurait lui sur l’histoire de l’Église. C’est au contraire une journée de nuages, de tempête, d’obscurité qui est venue. »

Il ne fut guère entendu. Jusqu’aujourd’hui on trouve encore une multitude de catholiques enfermés dans l’illusion d’un optimisme illégitime. On trouve à ce propos un juste diagnostique de cet état d’esprit chez Romano Amerio :

 « L’optimisme illégitime, avec lequel on observe le déclin de la foi, l’apostasie sociale, la désertion du culte et la dépravation morale naît d’une fausse théodicée. » (Iota Unum – p.17)

On dit, « que cela est bon, puisque cela oblige l’Église à une prise de conscience et à une recherche de véritables solutions. » (ICI n° 285, 1 avril 1967 – p. 7)  

Mais comme le rappelle bien le professeur Amerio, « ces affirmations impliquent la négation du mal » puisque « s’il est vrai que les maux occasionnent des biens, ils restent, répétons-le, des maux et ne causent comme tels aucun bien. »

Il y a dans l’illusion optimiste une confusion telle que la conduit face à la crise dans l’Église jusqu’à fausser la notion de la Providence :

«Il importe de répéter, contre l’optimisme illégitime, que si des événements heureux sont liés à la crise, comme le martyre à la persécution, la sagesse à la souffrance éprouvée (selon Eschyle), l’augmentation de mérite à l’épreuve, la clarification de la vérité à l’hérésie, ce qui arrive n’est pas l’effet du mal, mais un surplus de bien dont le mal est incapable par lui-même. Attribuer à la crise un bien, qui est étranger à la crise et provient d’autre chose que de la crise, suppose une idée fausse de la Providence. »  (idem p.18)

Et de là, certains vont jusqu’à l’impudence de présenter la crise comme désirable :

« L’issue heureuse qui doit suivre la crise de l’Église lui est donc postérieure et ne change pas la négativité de cette crise : bien moins encore ne la rend-elle désirable comme certains s’enhardissent à l’affirmer. L’optimisme illégitime pêche, car il attribue au mal une fécondité qui n’appartienne qu’au bien. »

Saint Augustin a donné une formule fort heureuse de cette doctrine dans le De Continentia VI, 5 (PL XL 358 ; éd. Vivès XXI 468) :
 
« En effet, Dieu, dans sa toute-puissance, est assez bon pour tirer le bien du mal même, soit en le pardonnant, soit en le guérissant, soit en le faisant tourner au profit des justes, soit en le frappant de sa juste vengeance. Toutes ces choses sont bonnes. »

Spera in Deo  
 
images/icones/hein.gif  ( 763020 )Pouvez-vous balancer les deux aspects ? par Glycéra (2014-11-14 16:48:17) 
[en réponse à 762979]



Merci Monsieur l'abbé, de cette question vitale au coeur de notre création.

Le mal... n'est pas bon.
Mais le mal est source de bien. Quand Dieu l'emploie.

Le mal est.
C'est un fait.
Un effet d'une volonté ou d'une ignorance de fond, ou une manoeuvre maladroite.


Constater un mal, n'est-ce pas juste voir la réalité : le mal est, inhérent à la défaillance de la liberté des humains.

Dieu donne tout ce qui est : le mal est là, donné par Dieu pour notre travail à choisir la bonne voie.

Aimer ce que Dieu fait.
C'est aimer ce qui est.
Comme c'est là.
Même notre faute est un terreau pour notre travail intérieur.
St François de Sales dit de ne pas s'étonner de faire ce mal, mais plutôt de s'étonner de n'en faire pas plus ! Tant nous sommes faibles.
Alors aimer nos occasions de chute qui sont des occasions de faire nos preuves ou d'apprendre comment les faire la prochaine fois dans les mêmes cas ?

Aimer et désirer faire mal est une tendance. Elle est là parfois.
La vie est-elle grise, zizanie mêlée au germe divin ? Ou bien est-elle arc-en-ciel, chacun selon son moment et son âme, produisant une couleur ? Quand on mélange toutes les couleurs, on obtient un magma, brun, gris comme la nuit : c'est statistique, mais c'est faux, car les couleurs sont diverses comme les âmes, chacune différente..

Je n'ai pas bien compris comment dire :
J'aime ce que Dieu donne.
Le mal est détestable.
Concilier ces deux est nécessaire, mais comment l'expliquer.
A un découragé ou à un optimiste incurablement rosi ?


A part dans ce mystérieux Ô Felix culpa,
qu'on peut reprendre à loisir...

Comment le préciseriez-vous ?

Merci à vous de votre réponse à ma demande.
Glycéra
images/icones/abbe1.gif  ( 763026 )réponse par Abbé Néri (2014-11-14 18:51:06) 
[en réponse à 763020]

Il est toujours difficile traiter du mal, puisqu’il s’agit de la privation d’un bien et notre intelligence étant orientée ontologiquement à l’être qui est son objet propre ne saisit ce qui n’est pas que par la relation a ce qui est. C’est pour cela que on dit que le mal est une privation d’un bien du, qui devrait être là mais qui ne s’y trouve pas.

Le mal morale est encore plus insaisissable puisque il concerne l’être dans la relation à sa fin d’où l’importance de l’intention.

Aimer c’est l’acte par lequel la volonté se porte vers son objet qui est le bien. Détester où haïr c’est son contraire c’est-à-dire le mouvement par lequel elle se détourne du mal.

J’aime ce que Dieu donne parce que cela est toujours bon.

Le mal est seulement permis en vue d’un plus grand bien que nous ne voyons pas toujours et même qui nous dépasse souvent.
images/icones/fleche3.gif  ( 763070 )Si le mal est une absence... par Glycéra (2014-11-15 14:31:40) 
[en réponse à 763026]



Si c'est une absence, un non-bien, comment a-t-il une existence ?
Le vase est composé de deux parties : la matière lourde du tour, et le vide de l'intérieur. Mais ce vide n'est rien, sinon, il n'y aurait pas de place pour contenir.

Quand quelqu'un choisit de faire un acte "mal", il le fait sous couleur d'un bien, illusoire, délibéré, mal calculé, imaginé (erroné),... Il fait quelque chose, c'est un acte. Mais est-ce un mal ?

Poser un acte est un fait. Ni bien, ni mal, seule l'intention dira si c'est nuisible ou bénéfique à l'acteur.

Pour le résultat sur autrui, seul Dieu sait, car le même coup de bâton sur la tête aura des résultats fonction de la liberté de décision d'autrui : renforcer sa capacité d'être vigilant, ouvrir ses yeux sur la réalité du frappeur, ou l'envoyer, innocent, droit au Ciel où il sera libéré et plus actif à ses protégés restés sur terre.

Le mal existe-t-il ?
Oui
Non

Oui quand on ressent l'acte et qu'on le voit comme non-bien.
Non quand ce n'est qu'absence... d'un bien qui n'est pas là.

Pécher, c'est manquer la cible, c'est viser à côté. C'est une flèche perdue. Nul humain imparfait ne peut s'étonner de ne pas toujours tirer droit ! Louper sa cible fait partie du retour observé, et permet de corriger son geste la fois suivante.

S'exercer à ne plus rater est notre travail. Faire exprès de manquer est notre charge, à relever, et à demander les grâces du pardon.
Avoir visé à côté est un acte posé, réel (au résultat non positif sur une grille de notation de tir).
Avoir loupé la cible est une absence de résultat à la cible. Est-ce un mal ?


Il me semble qu'il y a dans mes questions et dans celles que vous avez soulevé un quiproquo : le mot mal est employé dans deux niveaux/aspects/domaines différents. Peut-on trouver deux mots distincts et éclaircir la question ?


Dieu désire notre bonheur.
Il nous a constitué libre de la même liberté que Lui.
Exister c'est cela : ex - iter = aller hors de Lui pour mener notre chemin et grandir vers Lui, et Le faire grandir en nous, comme fils de Dieu que nous sommes.


Dieu voit quelqu'un louper sa cible.
Il n'a pas décidé du geste à notre place. Il a vu. C'est tout.

Alors mal ? de voir l'écart et de corriger au prochain geste ?
Ou bien ? d'avoir encore lâché une flèche à côté, avec des dommages collatéraux éventuels ?

Tout est bien de ce que Dieu fait.
Même nos loupés.
Ce n'est pas voir la vie en rose que de constater que, à l'analyse, au final, tout est bien, quoique ce soit.
Dieu sait ce qu'Il laisse faire...

Le vrai mal, Il l'empêche !
Comme Il a interdit à Satan d'entrer dans la maison de Nazareth !
Le reste, Il le laisse aller car c'est pour un bien.

Si le mal n'existe pas, c'est bien dans cette conclusion là.

Je ne sais si ces lignes jetées ont été claires.
Bref peut-on trouver 2 mots distincts pour écrire
soit "le mal est commis"
soit "le mal est absence"

Avec mes bonnes salutations
En vous remerciant de votre réponse hier soir.

Glycéra

qui aime entendre des débats qui parlent avec des mots précis, et déteste subir des discussions qui mélangent deux niveaux et se prennent les pieds dans les tapis pour cette raison.

images/icones/neutre.gif  ( 763072 )Le mal est une privation par Prof (2014-11-15 15:29:26) 
[en réponse à 763070]

Une privation, c'est plus qu'une absence. C'est une absence dans un sujet auquel ce qui est absent est dû. Ce qui répond à votre question : pas de mal sans un sujet, donc pas de mal sans un certain bien avec lequel (ou dans lequel) il (co)existe. Lucifer par exemple, dont la volonté est viciée, est un ange et sa nature, comme telle, est bonne. Sans quoi, vous sombrez dans le manichéisme : faisant ainsi du bien et du mal deux substances distinctes et égales.
images/icones/fleche3.gif  ( 763105 )Alors, pourrait-on pour dialoguer, distinguer... par Glycéra (2014-11-15 21:49:24) 
[en réponse à 763072]


Donc l'acte de ne pas faire est un niveau de mal.

L'absence de résultat bon est une autre niveau de mal.

Le mot mal identique dans ces deux formules pourrait-il être remplacé 1 - par privation/refus/déviation/omission d'acter un "bien" qui est demandé par la vie ou quelqu'un ou une inspiration divine en soi.
2 - par absence/manque de bénéficier de ce "bien" attendu car désiré et possible.

Quant au manichéisme combattu par St Augustin, mettant un Dieu du bien et un Dieu du mal, il est remplacé par son "Dieu gouverne le monde à deux mains, le bien et le mal" car Dieu est maître du mal aussi. Comme Satan a Marie pour reine, qu'il le veuille ou pas.

La vie en rose, départ du fil, consiste à dire que le mal est un bien car cela s'arrange toujours. Alors que le mal s'il est inhérent à notre choix, s'il est nécessaire, obligatoire, inévitable quelque part (sauf pour Marie rachetée d'avance) reste un mal objectif.

Une épreuve n'est qu'une occasion de faire ses preuves.
L'aspect non agréable, dérangeant, inconfortable n'est que celui de toute proposition d'avancer que la vie nous donne.
Adam et Eve avait un exercice accessible à leurs forces, eux qui étaient branchés en Dieu. Elle a choisi de ne pas aller consulter son homme, et de rester à ergoter avec Satan qui affirmait comme s'il était Dieu. C'était simple épreuve pour grandir dans le chemin proposé par Dieu pour leur croissance intérieure : ils ont failli. Le fait est là. Et puis ils ont empiré leur situation: ils se sont défilés, cachés, infantiles dérobades, et insolentes répliques !

On a transformé "épreuve" en une catastrophe à subir, une "tuile" presque injuste, au lieu d'un exercice de croissance de notre être pour atteindre peu à peu le degré où Dieu veut nous déifier en Lui.

Tentation n'est-il pas le nom qu'on donne à une épreuve qui nous tire de côté ? Qui est risquée ? Jamais au delà de nos forces si on les alimente à la grâce demandée.

Entrer dans l'épreuve.
C'est notre lot.
Tous les saints y passent.
La différence, c'est qu'ils ne la refusent pas !
Et qu'ils grimpent de niveau, comme le font les adeptes de Candy Crush. Tout fiers de leurs réussites aux exercices !

J'essaie de faire la part entre :
vie en rose, le mal est doux.
vie en noir, le mal est trop fort.
vie arc-en-ciel, le mal est là, c'est notre exercice de ne pas le commettre.

Les mots sont délicats dans ces questions.
Et notre apostolat achoppe souvent sur ce "mal".

Glycéra