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images/icones/idee.gif  ( 759467 )Médiatisation du Pape : signe de la crise de l'Eglise ? par FilsDeMarie (2014-09-26 10:18:18) 

Article intéressant paru dans La Voix de la Russie.


Par La Voix de la Russie | Quelle évolution a connu le catholicisme depuis la démission de Benoît XVI et l’élection du Pape François ? Alors que la célébrité du premier Pontife sud-américain fait rage chez les non-catholiques, derrière le respect envers sa fonction pas mal de fidèles de l’Église romaine vivent un malaise caché pour une stratégie qui pourrait changer la forme et le contenu de leur credo.

À première vue la grande popularité du Pape François auprès de l’opinion publique internationale semble l’affirmation d’un principe essentiel du catholicisme, qui fonde sa structure ecclésiastique sur la primauté juridique du Pape sur les autres évêques. En réalité, il se passe exactement le contraire : depuis son élection à Pontife Romain Jorge Mario Bergoglio est devenu très populaire non pas pour son action doctrinaire et de gouvernement en qualité de Pape, mais bien à cause de la médiatisation de sa personne et de la sensation qu’il donne d’être différent par rapport à tous ses prédécesseurs. Derrière la vénération pour la personne de François se cache donc un affaiblissement de la papauté comme institution. Si l’on analyse les questions relatives à l’Église catholique au-delà de la foi, c'est-à-dire au de là du propre du christianisme, si l’on étudie l’Eglise tout simplement comme une importante institution internationale, il est hors de doute que le style de Jorge Mario Bergoglio a momentanément augmenté la popularité du catholicisme. La volonté de relancer l’image du catholicisme auprès de non-catholiques en ce moment semble l’emporter sur les questions internes et sur les principes moraux. Néanmoins, sur la longue durée ce seront justement ces questions et ses principes qui décideront le sort du catholicisme.

Sur le plan doctrinaire, la « révolution » du Pape François apparaît bien significative. Premièrement, il s’agit d’un changement de modes et de conduite extérieure: dans la mimique de ses gestes, dans son langage simple et élémentaire, tout semble contribuer à une désacralisation de la fonction pontificale qui plaît beaucoup aux adversaires du christianisme dans la mesure où cela donne l’impression que le Pape, c’est quelqu’un comme tout le monde, presque une espèce de grand-père sympathique et affable. Deuxièmement, on observe une échelle de priorités dans ses interventions publiques qui après un an et demi ne peut plus être jugée aléatoire. Le Pape François insiste bien souvent sur des thèmes qui ne sont pas spécifiquement liés à la foi, à la morale, aux mœurs. Au cœur de ses discours il y a souvent l’immigration, la critique du capitalisme, le respect pour l’environnement, les questions proprement religieuses restant en quelque sorte périphériques et subordonnées à un message de concorde civile et humanitaire. Bergoglio n’a jamais renié clairement aucun dogme ou principe catholique: sa « révolution » consiste plutôt à prononcer des propos ambigus ou bien à tolérer des pratiques hétérodoxes sans les approuver ouvertement.

L’exemple le plus frappant de sa stratégie communicative est sans aucun doute la célèbre proposition « Qui suis-je pour juger ? », utilisée par les progressistes pour justifier l’approbation de toute transgression. Le Pape François voulait-il « libéraliser » des actes considérés jusqu’à présent contraires à la loi naturelle? Ou bien entendait-il seulement rappeler que personne hors de Dieu peut juger la conscience da chacun, les actes restant toutefois bons ou mauvais en eux-mêmes? On dirait qu’il préfère rester sciemment ambigu, en s’éloignant du style des Papes du passé tout comme de l’exhortation du Christ à l’égard de la transmission de la doctrine : « Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin » (Mt, 5 :38). Les appels à la nécessité d’une Église « pauvre, pour les pauvres» sont aussi très révélateurs. Comme les abus du clergé sont très choquants auprès de l’opinion publique, qu’est-ce qu’il y de plus médiatique du fait que le Chef de l’Église réclame une pauvreté généralisée ? Il ne faut pas être un génie pour remarquer la rhétorique d’un tel propos. C’est bien louable de condamner les richesses personnelles du clergé, mais si l’Église comme institution devenait en soi « pauvre » et donc sans ressources, comment pourrait-elle aider les déshérités du monde e s’engager à combattre la pauvreté ? Ce genre de propositions donnent bien l’image fausse d’un Pape extraordinaire parmi des « collègues » ecclésiastiques totalement corrompus.

La médiatisation de la figure personnelle du Pape François a aussi l’effet de cacher les problèmes à l’intérieur du catholicisme qui restent énormes. Dans l’Église catholique il existe aujourd’hui une fragmentation presque incroyable, avec tellement de groupuscules qui soutiennent des positions incompatibles les uns avec les autres et surtout en contraste avec la foi catholique traditionnelle elle-même. Certains vaticanistes parlent déjà de l’existence de plusieurs églises à l’intérieur de l’Eglise catholique : il suffit d’aller voir les différences, par exemple, entre l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, une société apostolique de forme canoniale très répandue en France et assez fidèle à la Tradition catholique, et les pratiques du Chemin néocatéchuménal, un groupe reconnu par les hiérarchies vaticanes que certains experts qualifient toutefois de secte extrémiste protestante. Le gouvernement du Pape François semble bien privilégier les réalités les plus progressistes, celles qui ne s’opposent pas avec force à la déchristianisation de la société, à l’imposition de la théorie du genre, des thèmes sur lesquelles le silence réticent de la hiérarchie vaticane devient de plus en plus assourdissant.

Aussi sur le plan du gouvernement de l’Église y a-t-il des procédés assez douteux. Par exemple, depuis juillet 2013 le catholicisme vit un grand secouement à son intérieur, peu connu par l’opinion publique international mais bien étudié par les spécialistes. Celui qui était peut-être le meilleur institut religieux de toute l’Église catholique, la congrégation des Franciscains de l’Immaculée, a été bouleversé par des mesures da la part des hiérarchies vaticanes. Dans un contexte historique où le clergé catholique fait le beau et le mauvais temps, pendant des décennies les frères et les sœurs de cet institut n’ont jamais été touchés par des scandales financiers ou sexuels. Ils se sont répandus partout dans le monde, ils ont conquis la confiance des fidèles, ils ont toujours vécu dans une ambiance d’austérité, de prière, de pratique religieuse. Certains d’entre eux sont devenus des brillants théologiens aussi. À partir de juillet 2013 l’ancien fondateur a été exilé, la plupart des frères ont été mutés des grandes diocèses vers des petites églises, leurs publications ont cessé, les ordinations sacerdotales des prêtres ont été suspendues, le séminaire de l’institut est en crise. Quels crimes ont commis ces religieux pour que les autorités vaticanes procèdent à un tel démantèlement ? Suite à la dénonciation d’une minorité de frères, il semble que l’esprit de l’institut était devenu trop « conservateur » pendant le Pontificat de Benoît XVI, avec la promotion de la liturgie traditionnelle en latin et l’organisation de colloques modérément critiques sur l’histoire du Concile Vatican II. Rien plus que cela. Cette conduite autoritaire dans la résolution d’une petite incompréhension interne est justement à l’opposé des appels à la miséricorde que le Pape aime répéter en toute occasion. Le but, c’est peut-être d’affaiblir les composantes de l’Église qui vivent vraiment dans la pauvreté et consacrent leur vie à la prière, à l’approfondissement de la foi et au salut des âmes.

D’autres mesures contestables concernent le sommet de l’Église. Le Cardinal Raymond Leo Burke, Préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique, est l’un des plus renommés archevêques de l’Église romaine, un homme de haute culture et de réputation exemplaire, très apprécié par les simples fidèles et les milieux académiques. Selon certaines sources, il serait sur le point d’être déclassé à la fonction purement honorifique de Chef d’un ordre chevaleresque. Sa faute serait là aussi un excès de « traditionalisme » : Burke a toujours pris des positions claires contre la politique antichrétienne du gouvernement Obama, en participant toujours à des évènements publics contre l’avortement et en prenant position contre les théories progressistes du Cardinal Kasper.

Certes, il y a aussi des éléments positifs qui ont caractérisé la première année de ce Pontificat. La politique étrangère du Saint-Siège, par exemple, est devenue grâce au Pape François plus influente : ses prise des positions contre la menace états-unienne de guerre à la Syrie, sa conduite sage et équilibrée par rapport à l’Ukraine, de même que la lettre qu’il a envoyé en 2013 au Président Poutine pur le G-20, ont été guidés par le bon sens. Le meilleur résultat du travail diplomatique du Vatican sous le Pape François est sans aucun doute la « désoccidentalisation » du catholicisme. Souvent, l’Église catholique a été perçue comme le soutien idéologique aux intérêts de la puissance géopolitique euro-américaine (c’est une opinion très répandu surtout chez les chrétiens orthodoxes). On peut évaluer positivement l’éloignement du Vatican de cette perspective, qui pourrait en principe donner la chance d’un positionnement géopolitique adéquat aux problèmes futurs.

En même temps, beaucoup de questions restent ouvertes. L’Église catholique n’est pas la personne de Jorge Mario Bergoglio, qui ira terminer son existence comme tout être humain. Ce ne sera pas sa popularité à revitaliser la religion catholique. Le Pape François lui-même, dans sa première homélie en 2013, avait affirmé que l’Eglise ne peut jamais se transformer dans une ONG « philanthropique e charitable », ce qui parfois semble être son destin inéluctable. Le catholicisme pourra au contraire survivre dans la mesure où il sera capable d’offrir une perspective alternative aux modèles dominants, d’expliquer la destination métaphasique de la vie humaine dans un monde qui désormais a mis Dieu à l’écart.

images/icones/fleche2.gif  ( 759497 )François ne veut pas d'une Eglise "Organisat° Non Gaudium-et-spiste". par Scrutator Sapientiæ (2014-09-26 12:54:02) 
[en réponse à 759467]

Bonjour et merci, Fils De Marie.

1. Je me trompe peut-être, mais il me semble vraiment que le Pape François ne veut absolument pas d'une Eglise catholique qui serait une Organisation Non Gaudium-et-spiste ; pour moi, c'est en ce sens qu'il ne veut pas que l'Eglise catholique soit une "O N G"...

2. En d'autres termes, le Pape François ne veut absolument pas d'une Eglise catholique qui ne serait pas avant tout gaudium-et-spiste, avec tout ce que cela implique, non seulement à cause du contenu de Gaudium et Spes, mais aussi compte tenu de l'état d'esprit présent dans ce document, notamment, voire surtout, dans sa deuxième partie.

3. Le fait que ce contenu et cet état d'esprit doivent beaucoup à un contexte culturel, historique, sociétal, complètement obsolètes, au sein duquel la très grande majorité des hommes d'Eglise a cru devoir confondre Espérance et optimisme, ne semble pas effleurer l'esprit de certains, mais a plus qu'effleuré celui du futur Benoît XVI...

4. Le catholique non gaudium-et-spiste, celui qui n'accorde pas à ce document une autorité, une fécondité, une génialité, une importance, qu'il n'a pas et n'aura jamais, se réserve le droit de faire remarquer qu'une Eglise qui n'est pas, en elle-même, relativiste, séculariste, subjectiviste, mais qui n'objecte presque plus rien au relativisme, qui n'oppose presque plus rien au subjectivisme, et qui s'accommode globalement du sécularisme, est une Eglise qui marche vers sa perte, quitte à ce qu'elle le fasse en plaisant à tout le monde, en faisant de grands gestes avec les bras et avec les mains, en levant souvent le pouce, et en faisant plein de sourires.

5. A mon avis on en est là :

- où l'on reconnaît clairement, avec courage et avec franchise, que l'Espérance surnaturelle et théologale est une chose, et que l'accompagnement humanisateur inconditionnel des aspirations des individus et de l'évolution de l'humanité en est la contre-façon, et non la contre-partie,

- où l'on transforme l'Eglise catholique en un syndicat solidariste et spiritualiste, un syndicat du croire en l'homme et du vivre au monde.

6. L'Eglise catholique serait donc synodale, à son sommet, et syndicale, à sa base, en vue

- de la cogestion des questions religieuses, sapientielles ou spirituelles, avec les autres confessions chrétiennes et avec les religions non chrétiennes,

- de la cogestion des questions axiologiques et morales, économiques et sociales, avec les autorités et institutions étatiques ou inter-étatiques, régionales ou mondiales.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 759504 )Pas si vite les amis par Aigle (2014-09-26 13:51:14) 
[en réponse à 759497]

L'article en Voix et la Russie n'est pas totalement faux mais durcit exagérément les choses. Et n'oublions pas qu'il s'agit d'un texte orientée par les intérêts russes lesquels sont plutôt papophobes et actuellement ( contexte ukrainien) très tournés vers les milieux conservateurs/ réactionnaires d'Europe occidentale. Moscou cherche à nous plaire et à nous détourner de Rome.

Quant à GS, cher scrutator votre intuition est intéressante mais ne repose pas à ma connaissance sur des preuves solides. Je ne suis pas certain que le pape François ait souvent cité GS ni même qu il ait souvent cité des textes conciliaires. Je me trompe peut être : dites le moi !

Je ne crois pas qu il soit très attaché à ce concile en particulier. Il est parfois attaché à des aspects très traditionnels de la Foi et de la morale : vénération pour la Sainte Vierge, peur du Diable, rejet de l'argent et du luxe, attachement à la prière et à la confession, rejet de l'avortement, ... Tout ce qu il a reçu de sa grand mère formée avant Vatican II .


Sur d'autres aspects il est bien plus réformateur que Vatican II : dialogue avec les juifs ou les protestants, vision du mariage et de la sexualité , synodalité , etc ...

C'est une personnalité complexe : intelligente, pugnace, sincère ... Et atypique.!
images/icones/neutre.gif  ( 759512 )Attaché à des aspects... par AVV-VVK (2014-09-26 15:30:40) 
[en réponse à 759504]

On trouve dans ses discours deux fois une référence au Concile de Trente.
images/icones/neutre.gif  ( 759517 )Bien vu ! par Athanase (2014-09-26 16:06:29) 
[en réponse à 759512]

Dans son discours aux évêques, je crois. Oui, il a des références classiques.
images/icones/salutscout.gif  ( 759514 )Atypique et... excentrique par Athanase (2014-09-26 15:52:22) 
[en réponse à 759504]


François est un pape post-conciliaire. Vatican II, il ne l'a pas vécu, pas connu directement. Il en a vu les soubresauts. Peut-être que le concile fait partie de la normalité, à tel point qu'il n'y a pas lieu de s'y étendre en le citant à tout bout de champ. François cite peu le magistère pré-conciliaire, mais il cite peu Vatican II, concile qui est souvent absent de sa prédication. Même Evangelii Gaudium est peu conciliaire dans ses références.

En revanche, ce qui peut être inquiétant, c'est que Vatican II peut agir comme un mythe romantique, une sorte d'évènement idéalisé qui peut servir à de funestes opérations. On l'a vu avec certains cardinaux sud-américains dans des affaires comme les franciscains de l'Immaculée. On idéalise un moment qui, malheureusement, a été aussi celui d'un effondrement. On fait comme si Vatican II était une doctrine à part, alors qu'il contient peu de mises au point doctrinales (sacramentalité de l'épiscopat, etc.). Surtout, on fait comme si Vatican II avait tranché des points et enseigné des points définitifs. Or, Vatican II n'a pas tranché, et de façon volontaire. Par souplesse. Il serait paradoxal de lui prêter une autorité qu'il n'a pas et qu'il a écarté.

Ma conviction est que la crise doctrinale a frappé beaucoup d'intelligences au sommet. Elles vivent avec de grosses lacunes et Vatican II fait figure d'ersatz catéchétique... Cela est grave, car on voit les ravages d'une certaine époque où tout a été rejeté. Je ne dis pas qu'il y a ici et là des bonnes formations, mais il serait intéressant de savoir ce qui "nourrit" un séminariste de base.
images/icones/neutre.gif  ( 759525 )Rejet de l'avortement par RLP31 (2014-09-26 17:33:45) 
[en réponse à 759504]

Nous n'avons sans doute pas entendu la même chose.....au regard de la dernière nomination à Chicago on voit que le combat pour la vie n'intéresse pas l'Evèque de Rome......
images/icones/fleche2.gif  ( 759638 )Le gaudium-et-spisme est avant tout une question d'état d'esprit. par Scrutator Sapientiæ (2014-09-28 11:44:37) 
[en réponse à 759504]

Bonjour et bon dimanche, Aigle.

Le gaudium-et-spisme n'est pas avant tout une question de référence explicite à Gaudium et Spes, mais est avant tout une question d'alignement sur un état d'esprit, de conformation à un état d'esprit, qui est apparu au moins vingt ans avant la clôture du Concile, dans le contexte de la bipolarisation et de la décolonisation.

Il me semble ce qui suit, mais je me trompe peut-être.

En 1993, dans Veritatis Splendor, Jean-Paul II recourt beaucoup à des citations de Gaudium et Spes, mais son propos, dans cette lettre encyclique, n'est pas d'inspiration gaudium-et-spiste ; c'est même plutôt à une stratégie de réaiguillage, de réorientation, de ces citations, à laquelle nous assistons, notamment dans la II° partie.

Vingt ans après (mon Dieu, vingt ans après...) dans Evangelii Gaudium, le Pape François ne recourt pas à beaucoup de citations de Gaudium et Spes, mais le chapitre IV de son exhortation apostolique est assimilable à du gaudium-et-spisme, à la lumière de bon nombre de ses positions ad extra antérieures et ultérieures.

Si, ou plutôt : puisque, le gaudium-et-spisme est avant tout une question d'état d'esprit, comment définir, retracer, cet état d'esprit ?

Je vais essayer d'être aussi précis que prudent, mais il me semble que la surlégitimation, la survalorisation, du bien-fondé éventuel du contenu du tout début de Gaudium et Spes, constitue la porte d'entrée à l'intérieur de cet état d'esprit, la porte d'entrée à l'intérieur de la "Foi", toujours accompagnatrice et souvent inconditionnelle, en "l'Homme".

" Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. "

Je ne sais s'il faut raisonner en termes de tendance ou de tentation, mais je crois que l'assimilation ou la subordination contemporaine du christianisme catholique à une espèce de solidarisme spiritualiste n'est pas un danger imaginaire.

En un sens, le christianisme est un solidarisme spiritualiste, mais, d'une part, il est le plus exigeant des solidarismes spiritualistes, et, d'autre part, il est un solidarisme spiritualiste contra-positionnel, face à l'esprit du monde et à la vie du monde soumise à cet esprit.

C'est cette contra-positionnalité qui est complètement perdue de vue, depuis longtemps, et qui est complètement perdue de vue, en particulier, sur le terrain sur lequel elle devrait pouvoir s'exprimer en priorité, id est sur le terrain du croire en Dieu.

Last night I had a dream...Je rêve donc, vous l'aurez bien compris, d'un document aussi important que Veritatis Splendor, mais qui développerait chacun des éléments constitutifs de Dominus Iesus.

L'anti-gaudium-et-spisme que j'appelle de mes voeux, si je puis m'exprimer ainsi, est ou serait caractérisé par un état d'esprit, mais aussi par des problématiques, totalement différentes, ou, en tout cas, totalement surplombantes, par rapport à celles que l'on trouve dans GS : je pense ici

- à la problématique du caractère non anthropocentrique ni consensuel, mais surnaturel et théologal, de la Foi en Dieu et de la Parole de Dieu, Père, Fils, Esprit,

- à la problématique du caractère instituant de l'autorité de la Révélation chrétienne,

- à celle du caractère libérateur et responsabilisant, pour l'être et l'agir humains, de l'ordination et de la référence à la Révélation.

Le gaudium-et-spiste, si je puis me permettre d'aller jusqu'au bout de cette tentative de caractérisation, reproche au monde (post)moderne (quand il lui adresse un reproche !) d'être avant tout inégalitaire, dans l'ordre de l'agir et de l'avoir, alors que je suis de ceux qui reprochent au monde (post)moderne d'être avant tout falsificateur, dans l'ordre de la connaissance, de la compréhension, de la contemplation, de l'adoration de Dieu, du seul vrai Dieu.

Falsificateur, en l'occurrence, notamment à grands coups de consensualisme fraternitaire, plus agréable et libératoire que vraiment édifiant et libérateur.

Mille excuses pour cette digression, bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/nounours.gif  ( 759601 )analyse juste à mon avis par Luc Perrin (2014-09-27 15:31:20) 
[en réponse à 759497]

Vous avez bien saisi une philosophie.

Gaudium et spes est le texte le plus médiocre de Vatican II de loin mais il est en effet le fétiche de tous les catholiques transigeants : ils transigeaient avec le communisme au départ et ils transigent avec le libéralisme depuis les années 1990.

Le pape était jésuite et pas dans la minorité traditionnelle.
Il n'a pas été candidat des Martiniens en 2005 pour rien.
Il n'a pas été élu en 2013 pour rien.

Si Aigle et quelques autres imaginent qu'un jésuite qui dit "satan" une fois, diable 2 fois, et cite 2 fois le concile de Trente est un fils spirituel de Mgr Lefebvre ... ils se trompent très, très, très lourdement.

Si le cardinal Kasper était un théologien traditionnel, cela se saurait ! Or le pape a dit au 1er jour que ce théologien est SA référence, ce qu'on voit dans l'actualité.

L'autruche est décidément devenue l'animal fétiche de quelques uns sur le FC.

XA devrait mettre une icône plume d'autruche ... ou un long cou planté en terre.
images/icones/neutre.gif  ( 759605 )L'autruche par Aigle (2014-09-27 17:03:01) 
[en réponse à 759601]

Vive l'autruche?

En effet cher Luc nous pouvons être légitimement effrayés par certains propos et certaines idées du pape François mais je crois que nous devons éviter la caricature.

Bien des jésuites, bien des néo modernistes ou progressistes français sont tolérants à l'égard de l'avortement, ne pratiquent guère la confession et ne parlent jamais du Diable - probablement parce qu'ils ne croient pas en son existence ! Le pape François n'appartient manifestement pas à cette culture.

Il ressemble à Paul VI parce qu il semble comme lui ouvert et bienveillant à l'égard du monde athée et corrompu qui nous entoure. Mais Paul VI était un intellectuel complexe voire torturé alors que François semble plutôt être un homme simple et déterminé . Il est attaché à certains aspects traditionnel de notre foi et en même temps attaché à une Église simple et peu contraignante qui se contente de porter un message peu sophistiqué (Dieu nous aime, méfiez vous de Satan) avec une infinie tolérance à l'égard des déviances tant qu' ils ne font pas de victimes innocentes. D'ou sans doute la distinction qu il effectue entre l'homosexualité (" qui suis je pour juger ?") et la pédophilie qu'il combat vigoureusement.

La simplicité de cette vision, son indifférence à l'égard de la philosophie ( qu elle soit athée ou catholique ) contraste violemment avec l'intellectualisme un peu sec de Paul VI .

De ce point de vue GS ne l'intéresse probablement pas car c'est un texte trop long et trop compliqué. Relisez son homélie pour la canonisation et Jean Paul II. elle se résume à une idée, à un seul mot : miséricorde. C'est à mon avis ce qu il voit d'essentiel dans l'Evangile et dans note foi .
images/icones/neutre.gif  ( 759628 )A propos des bons Pères. par Steve (2014-09-27 23:10:41) 
[en réponse à 759605]

Voici en quels termes on présente un récent ouvrage du Père J. Moingt dans un périodique paroissial.

"Evoquant les premières communautés chrétiennes, il (le dit Père) précise que pendant plus de deux siècles, elles se sont rassemblées pour le partage de l'Evangile et du pain eucharistique sans être accompagnées de clercs ou prêtres institués."

Faut-il en conclure que, à l'époque, les petites communautés disposaient de stocks considérables de pain consacré convenablement protégé ?