Le Forum Catholique

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images/icones/nounours.gif  ( 757764 )Mariage inter-religieux dans la famille! par PEB (2014-09-01 19:07:02) 

Je reviens du mariage inter-religieux franco-libanais de ma chère cousine: elle catholique romaine convaincu, lui musulman sunnite moderne. Les deux familles dont les jeunes mariés sont bardés de doctorat ès sciences.

Bref!

Après le mariage civil eut lieu le mariage religieux. Cela se passa dans une église secondaire de la paroisse des parents de la mariée. Outre l'hymne paulienne à la Charité et le Saint Évangile, on y psalmodia, en guise de première lecture, la sourate d'ouverture du Coran à savoir l'hymne de la Fatiha.

Les consentements furent recueillis par un prêtre religieux maronite qui donna la bénédiction nuptiale. Parmi les témoins, on pouvait remarquer la présence de l'oncle de l'époux musulman. Notons qu'au mépris de la Charia, le marié s'est engagé publiquement à élever les enfants dans la vraie foi.

Que penser de tout cela?
Et notamment, quid du sacrement et de ses effets canoniques?
images/icones/livre.gif  ( 757765 )Ce que dit le droit: par Rémi (2014-09-01 19:20:53) 
[en réponse à 757764]

Can. 1086 -

§ 1. Est invalide le mariage entre deux personnes dont l'une a été baptisée dans l'Église catholique ou reçue dans cette Église et ne l'a pas quittée par un acte formel, et l'autre n'a pas été baptisée.

§ 2. On ne dispensera pas de cet empêchement sans que soient remplies les conditions dont il s'agit aux cann. ⇒ 1125 et ⇒ 1126.

§ 3. Si, au moment où le mariage a été contracté, une partie était communément tenue pour baptisée ou si son baptême était douteux, il faut, selon le ⇒ can. 1060, présumer la validité du mariage, jusqu'à ce qu'il soit prouvé avec certitude qu'une partie a été baptisée et non pas l'autre.



Can. 1125 - L'Ordinaire du lieu peut concéder cette permission s'il y a une cause juste et raisonnable; il ne la concédera que si les conditions suivantes ont été remplies:

1 la partie catholique déclarera qu'elle est prête à écarter les dangers d'abandon de la foi et promettra sincèrement de faire tout son possible pour que tous les enfants soient baptisés et éduqués dans l'Église catholique;

2 l'autre partie sera informée à temps de ces promesses que doit faire la partie catholique, de telle sorte qu'il soit établi qu'elle connaît vraiment la promesse et l'obligation de la partie catholique;

3 les deux parties doivent être instruites des fins et des propriétés essentielles du mariage, qui ne doivent être exclues ni par l'un ni par l'autre des contractants.


Can. 1126 - Il revient à la conférence des Évêques tant de fixer la manière selon laquelle doivent être faites ces déclarations et promesses qui sont toujours requises, que de définir la façon de les établir au for externe, et la manière dont la partie non catholique en sera avertie.
images/icones/1a.gif  ( 757766 )Oh, et ... par Rémi (2014-09-01 19:26:40) 
[en réponse à 757765]

vive la mariée !

Et le marié aussi, parce que quand même ça ne doit pas être évident de s'engager à élever ses enfants dans une autre religion que la sienne, a fortiori pour un musulman. Même pas sûr que sa propre religion lui permette vraiment cet engagement (ni même peut-être d'épouser une chrétienne qui ne se convertit pas) sauf à la transgresser, donc.
images/icones/neutre.gif  ( 757771 )Il est bien évident par Yves Daoudal (2014-09-01 19:52:23) 
[en réponse à 757766]

que ce musulman n'est musulman que nominalement, il est "musulman" parce qu'il fait partie de la communauté sunnite. En Orient on fait partie d'une communauté qui est comme une ethnie. Plusieurs dirigeants de groupes terroristes palestiniens, ou de partis communistes, ou des partis baas, étaient des "chrétiens" qui ne croyaient en rien. Un vrai musulman ne peut se marier avec une chrétienne qu'après l'avoir convertie (il suffit qu'elle dise la chahada), et ne peut évidemment pas s'engager à ce que ses enfants soient élevés dans la religion des associateurs (dont le Coran spécifie bien que c'est plus grand crime, le seul que Allah ne peut pas pardonner).

Je constate d'autre part que personne dans ce mariage ne sait que la Fatiha est une sourate antichrétienne.

Je me souviens de l'évêque de Zahlé expliquant que pendant la guerre civile libanaise il avait participé à une réunion de dignitaires pour trouver un arrangemernt local; tous les autres dignitaires étaient musulmans, sunnites ou surtout chiites. Et la réunion commença donc par la prière: la Fatiha. L'évêque resta muet. Et les autres lui dirent: Mais pourquoi tu ne dis pas la Fatiha? C'est simplement une louange à Dieu ! (D'autant que les chrétiens disent aussi "Allah".) Mais l'évêque nous fit remarquer que la prière s'adresse au Dieu unique qui ne peut pas être trinitaire (c'est pourquoi les traductions musulmanes ajoutent : [seul] - Toi seul), et que la fin, "ceux qui ont encouru ta colère" et les "égarés" sont au premier chef les chrétiens, coupables d'associationnisme, qui est le pire égarement et provoque au premier chef la colère d'Allah.
images/icones/nounours.gif  ( 757768 )Ce que dit le droit, en bon français par Père M. Mallet (2014-09-01 19:38:55) 
[en réponse à 757765]

Le canon 1086 n'est pas rédigé de manière idéale.
Il aurait été plus clair de dire :
"Sauf dispense, est invalide..."

Ici, il y a tout lieu de penser qu'il y a eu dispense,
donc le mariage est valide (en tant que mariage naturel),
la mariée ne commet pas de péché (en tant que tel) en vivant avec son mari (elle peut donc communier).
Par contre il n'y a pas sacrement.
Ni elle, ni son mari, n'a reçu de sacrement.
Il y a juste une bénédiction, qui incontestablement peut apporter certaines grâces.

Il n'est pas du tout heureux que la sourate ait été psalmodiée dans l'église, à cause des lois islamiques sur les lieux où on a prié publiquement selon le coran.


images/icones/hein.gif  ( 757776 )Doutes: par Rémi (2014-09-01 20:00:41) 
[en réponse à 757768]

- Le CIC ne se préoccupe pas de mariage seulement naturel, le droit de l'Eglise ne prétend pas régir ce qui n'est pas de son ressort (mariages civils ou dans d'autres religions, par exemple)

- parce qu'il n'existe pas de mariage naturel pour les baptisés, me semble-t-il

- nous sommes de toutes façons au chapitre sur les sacrements, à propos de la fonction de sanctification

- Le Catéchisme nous enseigne également au chapitre sur le mariage "1637 Dans les mariages avec disparité de culte l’époux catholique a une tâche particulière: "Car le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par le mari croyant" (1 Co 7, 14). C’est une grande joie pour le conjoint chrétien et pour l’Église si cette "sanctification" conduit à la conversion libre de l’autre conjoint à la foi chrétienne (cf. 1 Co 7, 16). L’amour conjugal sincère, la pratique humble et patiente des vertus familiales et la prière persévérante peuvent préparer le conjoint non croyant à accueillir la grâce de la conversion. "





A mon avis, et qu'on me corrige, l'épouse est mariée sacramentellement et jouit des grâces surnaturelles qu'offre le sacrement à son état. L'époux est marié seulement naturellement et le deviendrait sacramentellement dès lors qu'il recevrait le Baptême. ce qui m'amène à mon dernier argument:

- s'il s'agissait d'un mariage seulement et en tout naturel, il faudrait nécessairement célébrer vraiment et pour de bon le sacrement en cas de conversion de la partie non-chrétienne. Or cela n'arrive pas, il me semble ?
images/icones/nounours.gif  ( 757779 )Mariage : Réponse à vos doutes par Père M. Mallet (2014-09-01 21:00:24) 
[en réponse à 757776]

"le droit de l'Eglise ne prétend pas régir ce qui n'est pas de son ressort" : en effet, mais le droit de l'Eglise peut "déclarer", c'est à dire mettre en lumière, ce qui concerne ces choses là : préciser dans quels cas cela s'applique, etc.

"parce qu'il n'existe pas de mariage naturel pour les baptisés, me semble-t-il" : exact pour deux baptisés, mais ici on parle de couples "dispars" (ouh le vilain mot qui prête à confusion !) avec un non baptisé.

"nous sommes de toutes façons au chapitre sur les sacrements, à propos de la fonction de sanctification" : oui, mais là c'est seulement pour avoir un chapitre cohérent qui embrasse l'ensemble du mariage.

Un adage dit : Matrimonium non claudicat, le mariage ne boîte pas.
Ou bien il est sacramentel pour les deux, ou bien il ne l'est pas (pour les deux).
Ici, il n'est pas sacramentel.

"s'il s'agissait d'un mariage seulement et en tout naturel, il faudrait nécessairement célébrer vraiment et pour de bon le sacrement en cas de conversion de la partie non-chrétienne. Or cela n'arrive pas, il me semble ?" : bonne question. Mais non : c'est un vrai mariage, et comme il persiste, il devient ipso facto sacramentel lors du baptême.



images/icones/hein.gif  ( 757778 )Ou encore par Rémi (2014-09-01 20:20:26) 
[en réponse à 757768]

en cas de séparation, la partie catholique pourrait-elle contracter validement un mariage sacramentel avec un tiers ?
images/icones/nounours.gif  ( 757780 )Mariage : et encore... par Père M. Mallet (2014-09-01 21:06:26) 
[en réponse à 757778]


"en cas de séparation, la partie catholique pourrait-elle contracter validement un mariage sacramentel avec un tiers ?":



En principe, cela n'aurait pas dû être possible - et c'est possible uniquement pour épouser un baptisé : c'est le "Privilège de la Foi" (cf. Privilège Paulin)- à condition d'obtenir une "dispense" (je crois d'ailleurs qu'elle porte ce nom, mais que sa nature est différente - j'ai étudié cela en licence, il y a près de 10 ans, et je n'ai pas eu l'occasion de me replonger dans mes polycopiés).
images/icones/neutre.gif  ( 757770 )cas semblable par Mingdi (2014-09-01 19:51:35) 
[en réponse à 757764]

je viens de connaître un cas semblable : une catholique très classique avec un musulman non pratiquant. Mariage "naturel" à l'égise par un prêtre catholique. Il y aura sacrement le jour où le marié se fera baptiser. En attendant, les parents de la mariée attendent avec anxiété le baptême du premier né, ce qui ne saurait tarder. Dans le cas présenté ici, la sourate est vraiment de trop, comme le souligne M l'abbé Mallet.
images/icones/fleche3.gif  ( 757772 )Question par jejomau (2014-09-01 19:53:56) 
[en réponse à 757770]

si le mariage reste "naturel" et ne devient pas sacrement.... quid du conjoint catholique baptisé devant Dieu à la fin de sa vie
images/icones/neutre.gif  ( 757773 )cette question par Mingdi (2014-09-01 19:57:55) 
[en réponse à 757772]

est à poser à M l'abbé Mallet. Moi pas savoir
images/icones/nounours.gif  ( 757781 )Mariage : la mariée ne commet pas de faute, par Père M. Mallet (2014-09-01 21:10:59) 
[en réponse à 757772]

elle est donc a priori en état de grâce, elle peut communier, et n'a pas de problème à ce sujet lors du Jugement particulier (sauf si elle a commit des fautes graves par ailleurs, ce qui n'est pas notre sujet).

Il ne manquerait plus que cela, que le Code prévoit que l'Evêque accorde une dispense pour célébrer un mariage contraire à la loi de Dieu, et que la personne soit damnée à cause de cela !


images/icones/1a.gif  ( 757782 )C'est un peu compliqué par Rémi (2014-09-01 21:37:31) 
[en réponse à 757781]

mais c'est très intéressant. Merci d'avoir pris le temps de nous répondre.