Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=756823
images/icones/neutre.gif  ( 756823 )C’était.... l'esprit de ma lettre par Castille (2014-08-16 13:37:57) 

Le catholique ne peut se cantonner a la Bible. Sola Scriptura et la chose catholique ne dorment pas ensemble.

Lire la Bible tous les jours pour le premier d'entre nous? La belle affaire.

Vous dites les choses mieux que moi. Il faut que l'on arrête de nous tympaniser avec la Bible. Laquelle au reste?

Celle de 1,50 a gauche du rayon poissonnerie de certains hypermarchés.

En tant qu'homonyme de Thatcher puis-je dire : I want my Benoit back!


"O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours a Vous"
images/icones/fleche3.gif  ( 756829 )pas d'accord. La Lectio Divina et son indulgence plénière... par jejomau (2014-08-16 14:21:36) 
[en réponse à 756823]

je pense que chacun a son charisme bien entendu. D'où votre propos. Mais le but de chacun d'entre nous n'a-t-il pas pour but ici-bas de sauver les âmes et en particulier la sienne ?

Il se trouve que la Lectio Divina c-à-d la lecture de l’Écriture, prise aussi comme pratique pénitentielle, prévoit la possibilité, selon les dispositions habituelles de l’Église, d’acquérir l’indulgence, pour soi ou pour les défunts.

Voilà aussi ce qu’affirme la Constitution dogmatique Dei Verbum : « Que les fidèles (...) approchent de tout leur cœur le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par des cours faits pour cela ou par d’autres méthodes qui, avec l’approbation et le soin qu’en prennent les Pasteurs de l’Église, se répandent de manière louable partout de notre temps. Mais la prière – qu’on se le rappelle – doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture ».


images/icones/fleche3.gif  ( 756833 )Oui + Oui+ Oui = mais pas QUE la Bible par Castille (2014-08-16 14:53:58) 
[en réponse à 756829]

Or tout est fait ou (est laissé écrit) pour que le vulgus pecus catholique s'imagine (car nous sommes dans le suggéré, l’insinué) que la lecture de la Bible suffit et est nécessaire.

Il existe en dehors du FC des millions de catholiques lisant allegrement la Bible Louis Segond, en s'imaginant lire une bible catholique. Or Segond n'est DE LOIN pas la pire.

Tout comme "Montre-moi l'importance que tu reconnais a la divine Vierge Marie, je te dirai si tu es catholique ou simple baptisé" il en est de même de la place accordée au catéchisme catholique et a la prière.

Tant il est vrai que TOUTE LA DOCTRINE CATHOLIQUE se retrouve dans les prières* (les vraies, les bonnes) et la Vie des Saints (dont on dit a juste titre qu'elle reprend l’Évangile)

*pas les tues-la-foi que nous pondent quelques fois les équipes pastorales.
images/icones/bible.gif  ( 756839 )La lecture de la Bible ... par Exocet (2014-08-16 16:51:44) 
[en réponse à 756833]

... est nécessaire mais pas suffisante. La vie chrétienne ne peut pas en effet se résumer à la lectio divina.
C'est vrai qu'il existe d'innombrables versions de la Bible, pratiquement dans toutes les langues humaines. La toute première bible Segond, que je classerais dans les bonnes bibles, nonobstant le fait que son auteur était protestant, ressemble étrangement à la bible Crampon avant révisions. Il existe des lecteurs du FC qui lisent la bible Segond (mais pas seulement) sans que l'enfer ne s'ouvre sous leurs pieds ! Pour ma part, il m'arrive parfois de déchiffrer (très péniblement) quelques bribes de la bible hébraïque. Et je pourrais certainement faire mieux si je n'avais pas la flemme de me remettre sérieusement à l'étude de l'hébreu biblique qui, contrairement à ce qu'on pourrait croire, est plus facile que le latin.
images/icones/computer.gif  ( 756848 )ne pas lire la Bible... par Ph.M (2014-08-16 19:21:31) 
[en réponse à 756839]

...et se contenter de quelques lectures pieuses, c'est un peu comme ne pas voyager et découvrir le monde via Google Earth. Le second n'existerait pas sans le premier, lui est globalement fidèle et peut suffire, peut-être, mais ça n'est pas tout à fait... la même expérience/rencontre.... de la réalité (Vérité).
images/icones/heho.gif  ( 756899 )La lecture de la Bible ... par Lycobates (2014-08-17 20:51:06) 
[en réponse à 756839]

n'a jamais été "nécessaire" et ne l'est pas non plus aujourd'hui.

La lecture de la Bible est même parfois pernicieuse et de ce fait interdite (sauf indult, voir CIC 1399-1, 1400), et donc à déconseiller et pas du tout souhaitable pour la plupart d'entre nous, si on lit la Bible, soit dans l'original soit dans des traductions, dans une édition non catholique ou qui ne comporte pas, surtout pour l'Ancien Testament, les commentaires et explications, basés sur le consensus des Pères, nécessaires pour élucider les parties obscures.
Cette vérité est énoncée dans tous les catéchismes catholiques, diocésains et autres, parus tempore non suspecto.

S'il était "nécessaire" de lire la Bible pour être un bon chrétien, voire pour parvenir au salut, ou même simplement pour devenir un meilleur chrétien, il faudrait d'abord pour être chrétien, être lettré.
Or, le devoir d'alphabétiser et de se faire alphabétiser n'a jamais fait partie des devoirs du chrétien ou de la mission essentielle de l'Église. Le Christ a dit aux apôtres: Ite et docete omnes gentes. La foi vient de l'ouïe. Fides ex auditu. Nous savons ce que nous devons croire, non pas parce que nous avons appris à le lire dans un livre, fût-il nous donné par l'Église, mais parce que l'autorité fiable nous l'a prêché, cette même autorité qui nous a enseigné quels écrits font partie de la Bible et quelles sont les conditions pour les lire, si on en a les qualités morales et intellectuelles requises.

L'alphabétisation généralisée pour tout le monde date, dans nos pays de l'Europe, seulement des derniers deux siècles, un peu plus tôt dans certains (dont le mien), un peu plus tard dans d'autres, mais ce n'est pas du tout une exigence de la vie chrétienne, et cela ne doit et ne peut pas l'être.
Pendant des dizaines de siècles, des millions de chrétiens en Europe se sont instruits dans la foi en écoutant prêcher leurs pasteurs, en fréquentant les sacrements et les églises, en admirant les oeuvres d'arts qui s'y trouvaient, jamais en "lisant la Bible".
C'est en "lisant la Bible" en s'affranchissant du magistère de l'Église, que les pires hérésies ont vu le jour.

Ce n'est pas la Bible qui nous fait connaître la foi et l'Église; c'est au contraire l'Église qui nous fait connaître la foi et partant aussi ses sources, dont la Bible, et qui éventuellement nous la donne à lire ou à étudier, si cela convient à notre état, par son biais, seulement. Mais répétons-le c'est surtout par ses sacrements et sa prédication que le contenu de la foi et ses grâces nous sont ouverts, à ceux qui ne savent pas lire et même aux autres qui le savent et le peuvent. Car la règle prochaine de notre foi est le magistère, l'enseignement, la prédication de l'Église, de ses pasteurs légitimes.
Le magistère légitime, instruit par le Saint-Esprit, se fait bien entendu l'écho fidèle de la Révélation, Écriture Sainte et Tradition apostolique, qui n'en sont que la règle éloignée de la foi. Utile, certes, à connaître et à étudier pour qui en a l'état requis. Mais en tant que règle éloignée, jamais nécessaire pour tout le monde, et sous certains cieux ou dans certaines conditions parfois pas souhaitable de façon généralisée.

La lectio divina est une tradition essentiellement monastique; on ne saurait en faire une règle générale, ni pour moines ni pour non-moines, ni au Moyen-Âge, ni aujourd'hui.
images/icones/4b.gif  ( 756916 )Vénérer l'Evangile! par PEB (2014-08-17 22:06:23) 
[en réponse à 756899]

Dans un sens, vous avez raison: sainte Bernadette qui était quasiment illettrée en savait plus sur le Bon Dieu que bien des théologiens.

Mais l’Écriture est la base stable de la Révélation, la Tradition en étant la dynamique. Sans être religion du Livre, le christianisme est celle de la parole vivante. C'est pourquoi saint Louis-Marie Grignon de Montfort n'hésita pas, si mes sources sont exactes, à faire précéder le Saint-Sacrement de la Bible dans les processions. Cela permit de nombreux retours à la foi catholique. Cette coutume de vénération des Évangiles a été reprise dans les cérémonies de Lourdes.

Dans un bon catéchisme, il faut aussi connaître le message du Christ et apprendre par cœur ses préceptes. Pour cela, rien de tel que de partir du texte. Si ce dernier est soutenus par des images fortes, il n'en continue pas moins de faire autorité. Il y a une progression à suivre mais le jeu en vaut la chandelle.

Lorsque les gens ne sont pas instruits à la lecture, ce qui est regrettable, la tradition orale et iconographique prend le relai. Toutefois, les clercs et dessinateurs conservent la référence scripturaire comme base de travail.
images/icones/1h.gif  ( 756917 )ça sent du Quesnel par Lycobates (2014-08-17 22:28:37) 
[en réponse à 756916]

Au moins dans sa forme apodictique, comme énoncé ici (pas forcément par vous)

Utile et necessarium est omni tempore, omni loco et omni personarum generi, studere et cognoscere spiritum, pietatem et mysteria sacrae Scripturae


Plus tard, le pape Pie VI a noté une semblable doctrine comme fausse, téméraire, perturbatrice de la paix des âmes

Caveant ergo consules !
images/icones/fleche2.gif  ( 756932 )Est nécessaire, quand elle est possible, mais n'est pas suffisante. par Scrutator Sapientiæ (2014-08-18 09:12:29) 
[en réponse à 756899]

Bonjour et merci, Lycobates.

A mon sens, mais je me trompe peut-être, la lecture de la Bible

a - n'est nécessaire que quand elle est possible, culturellement et matériellement possible, mais une Bible ne coûte pas toujours cher,

b - est nécessaire quand elle est possible, sous réserve de certaines précautions ou précisions, d'une certaine prudence dans la pratique,

c - n'est pas réservée "aux professionnels de la profession", mais constitue une tâche à accomplir pour tous ceux qui le peuvent, d'autant plus que la lecture chrétienne de la Bible a une vertu informative et une vertu performative,

d - n'est pas suffisante, compte tenu du rôle et du statut de la Tradition, et de l'autorité du Magistère, interprète de l'Ecriture et de la Tradition, dès lors que ceux qui sont en charge du Magistère

- acceptent de se laisser inspirer avant tout par la Parole de Dieu (l'Ecriture ET la Tradition) et par le Magistère antérieur,

- résistent à la tentation conformiste, mimétique, orgueilleuse ou paresseuse, de se laisser inspirer avant tout par l'esprit du monde et par le sens de l'histoire.

Voici quelques textes, parmi d'autres possibles, bien sûr :

Ici.

Ici..

Ici...

Par ailleurs, mais là aussi, je me trompe peut-être, les "hérésies" qui ont tant fragilisé l'Eglise catholique, depuis les débuts de la crise moderniste, à la fin du XIX° siècle, ont été (et sont toujours) davantage des hérésies d'origine philosophique que des hérésies d'origine biblique, ce qui ne signifie évidemment pas qu'elles sont restées sans conséquences dommageables, sous l'angle de la lecture de la Bible, de la relation à l'Ecriture.

Le moins que l'on puisse dire est que la priorisation de l'exégèse historico-critique, souvent tenue pour une fin en soi, a longtemps fait obstacle à une exégèse "théorico-mystique", qui s'attache avant tout à la contemplation du message et à la contemplation du mystère.

Enfin, je ne sais si la statistique qui figure ci-dessous est encore exacte :

" En France, en Espagne et en Italie, 80 % des catholiques pratiquants n’écoutent la Bible que le dimanche et à peine 3 % la lisent tous les jours. "

Mais si elle est encore exacte, elle est "un peu" préoccupante.

Soyons catholiques, mais ne soyons pas "abiblistes", suis-je tenté d'écrire...

Ce qui précède ne signifie en rien que je considère que vous avez tort d'écrire ce que vous écrivez, mais il me semble que les catholiques disposent en eux d'une telle marge de progression, en termes de lecture fréquente de la Bible, que l'on peut difficilement faire passer celle-ci pour avant tout dangereuse ou pour avant tout secondaire ou subalterne.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/heho.gif  ( 756948 )non, pas nécessaire par Lycobates (2014-08-18 11:44:59) 
[en réponse à 756932]

Non, on ne peut pas dire que la lecture des Ecritures est nécessaire, même "quand elle est possible, sous réserve de certaines précautions ou précisions, d'une certaine prudence dans la pratique", même s'il est vrai que la lecture de la Bible n'est pas forcément réservée aux "professionnels de la profession". On peut donner à lire un nouveau testament, traduit de la Vulgate en tenant compte du grec, et dûment annoté, à une personne préparée.

Mais ce n'est pas nécessaire, car si quelque chose est nécessaire, donc assorti d'une contrainte morale, dans le domaine de la foi, en 2014, c'était aussi le cas en 1814, 1614, 1414 ou 614. Or une telle contrainte n'a pas existé et ne peut dès lors jamais exister.

Rappelons quelques erreurs jansénistes, condamnés de façon irréformable et irrévocable par le pape Clément XI en 1713. J'en ai cité une hier, dans l'original, mais je viens d'en trouver une version française, cela en facilitera peut-être la compréhension pour certains:

Erreur 79. "Il est utile et nécessaire en tout temps, en tous lieux, et à toutes sortes de personnes d'étudier et de connaître l'esprit, la piété et les mystères de la sainte Ecriture."
Erreur 80. "La lecture de l'Ecriture est pour tout le monde."
Erreur 81. "L'obscurité sainte de la Parole de Dieu n'est pas pour les laïcs une raison pour se dispenser de sa lecture."
Erreur 82. "Le dimanche doit être sanctifié par des lectures de piété et surtout par celle des saintes Ecritures. Il est condamnable de vouloir écarter les chrétiens de cette lecture."
Erreur 84. "Arracher le Nouveau Testament de la main des chrétiens ou le leur tenir fermé, en leur ôtant le moyen de le comprendre, c'est leur fermer la bouche du Christ."
Erreur 85. "Interdire aux chrétiens la lecture de la sainte Ecriture, et surtout de l'Evangile, c'est interdire l'usage de la lumière aux fils de lumière et leur faire souffrir une espèce d'excommunication."


Ajoutons la condamnation du pape Pie VI (erreur 67 du synode de Pistoie, dont j'ai cité hier la conclusion):

La doctrine qui affirme que seule une vraie incapacité excuse de ne pas lire les Ecritures, en ajoutant que l'obscurité au sujet des vérités premières de la religion qu'a suscitée la négligence de ce précepte continue de se répandre, est fausse, téméraire, perturbe la tranquillité des âmes, a déjà été condamnée chez Quesnel


Certes, vous n'ajoutez pas, dans votre propos, ce que le Pape condamne ici expressément "que l'obscurité au sujet des vérités premières de la religion qu'a suscitée la négligence de ce précepte continue de se répandre" (c'est nos modernistes qui le disent !), mais la première partie de la doctrine condamnée: "seule une vraie incapacité excuse de ne pas lire les Ecritures" est bien, ce me semble, ce que vous dites.
Je vous invite à la prudence !
Il n'est donc pas ainsi, et c'est le contraire qui est vrai : même une parfaite capacité de lire les Ecritures ne rend pas cette lecture nécessaire !

Quant à ce conglomérat d'hérésies qu'est le modernisme (vous en avez cité quelques beaux exemples d'école), je vous rejoins quand vous dites qu'une de ses erreurs fondamentales est une erreur en philosophie, une fausse manière de penser, mais vous n'ignorez pas que les modernistes, émules du protestantisme libéral et mécréant du XIXe siècle, se sont appropriés de bonne heure, avec leur esprit d'un faux historicisme, le domaine de la Bible (et celui de la liturgie !) qui sont deux domaines un peu périphériques par rapport à la théologie fondamentale et par là très aptes (surtout avec l'approche sournois qu'est l'historicisme qui prétend distinguer le Christ de la foi et le Christ de l'Evangile et ainsi de suite), pour saper les fondements de la foi, puisqu'il était longtemps impossible d'attaquer le dogme en tant que tel, longtemps bien plus surveillé.
images/icones/fleche2.gif  ( 756953 )Merci pour ce renvoi à Unigenitus + Un texte sur Verbum Domini. par Scrutator Sapientiæ (2014-08-18 16:50:55) 
[en réponse à 756948]

Rebonjour et merci à Lycobates,

Je suppose qu'il s'agit de ceci :

Ici.

Je vous remercie de m'avoir corrigé, mais alors que penser de ceci :

Ici..

Ici...

Ici....

Je vous renvoie par ailleurs à ceci, qui semble être assez bien fait :

Ici.....

Tout n'est pas avant tout ni seulement "une question de contexte", mais il faut peut-être se souvenir des intentions ou objectifs des jansénistes concernés à l'époque, quand ils lisaient la Bible, pour ainsi dire, non pour mieux la connaître et la comprendre, mais pour y trouver des raisons d'avoir une attitude encore plus indocile, à l'égard de l'Eglise comme vis-à-vis de l'Etat.

J'ose espérer de mon côté que la lecture personnelle de la Bible, fréquente et prudente (id est dans le respect de la Tradition et du Magistère), ne conduit pas, d'une manière..."nécessaire", à un état d'esprit comparable à celui d'un janséniste ou d'un protestant.

Encore merci pour votre message (bien d'accord avec vous, sur le modernisme), et bien sûr à bientôt.

Scrutator.
images/icones/1a.gif  ( 756981 )que penser en effet ? par Lycobates (2014-08-18 23:48:06) 
[en réponse à 756953]


Tout n'est pas avant tout ni seulement "une question de contexte", mais il faut peut-être se souvenir des intentions ou objectifs des jansénistes concernés à l'époque, quand ils lisaient la Bible ...



Nous ne pouvons pas, cher Scrutator, et ce n'est pas à mon regret, refaire ici la querelle janséniste.

Vous savez : je ne fais pas de procès d'intention aux jansénistes, ni à vous, ni à d'autres. Je me mets sur le plan des idées telles qu'un texte les exprime, tout simplement.

Si l'Eglise peut bien condamner, si besoin est, des opinions dans le sens qu'en donne leur auteur (en témoigne la condamnation des cinq thèses de Jansénius, par les papes Innocent X et Alexandre VII), l'Eglise en revanche, quand elle juge et proscrit des erreurs, fait abstraction des intentions purement subjectives de la personne qui les a proférées. Ainsi fit le pape Clément XI, qui dans l'Unigenitus ne mentionne même pas le nom de Quesnel, auteur des 101 thèses condamnées, dont celles citées par moi plus haut.

Certes, si les personnes concernées, comme Quesnel et les Appelants, s'obstinent, l'Eglise ne peut pas les ignorer, elle se doit d'agir et ne peut pas les maintenir dans son sein. Le bien commun l'exige.
Mais la censure et la condamnation de leurs idées se fait purement selon les mérites ou démerites, au vu de la doctrine de l'Eglise, des ces idées mêmes, pas d'abord de leurs auteurs.

Ainsi la condamnation de ces 101 erreurs contenue dans la bulle Unigenitus, ainsi que la bulle Auctorem Fidei contre le brigandage de Pistoie, que j'ai citée aussi, qui sont des documents magistériels définitifs concernant la Foi, se situent au niveau des idées, pas des personnes historiques. Elles sont à prendre au pied de la lettre, en 1713 et 1794 comme en 2014.

De façon similaire, si nous acceptons les condamnations par le Concile de Trente des erreurs de Luther sur la justification, nous ne nous occupons pas des traumatismes et anxiétés qui, on le sait, ont troublé le moine Luther et sont probablement en large mesure responsables de ses idées et de son opiniâtreté à les défendre, en d'autres mots: les circonstances historiques et les motivations subjectives de l'hérésiarque. C'est important pour l'historien, et humainement parlant, c'est dramatique pour Luther, et Dieu seul sait le degré de sa responsabilité subjective au moment du jugement, mais tout cela n'a strictement rien à voir au moment de taxer d'hérétique ou non certaines opinions, clairement exprimées dans des écrits, et le devoir de maintenir ce jugement définitif pour toujours.



Je vous remercie de m'avoir corrigé, mais alors que penser de ceci ...



Oui, cher Scrutator, que penser ?
Ce que je pense quant à moi est très clair.
Les textes auxquels vous renvoyez ne sont pas conformes à la doctrine multiséculaire de l'Eglise et n'émanent pas de l'Eglise et de son hiérarchie légitime.
Punctum.
Mais c'est une discussion que nous ne pouvons pas mener ici sur le forum.
Je me tiendrai à cela.
images/icones/hum2.gif  ( 757009 )Incompréhensible 81. par Yves Daoudal (2014-08-19 11:57:53) 
[en réponse à 756948]

« L'obscurité sainte de la Parole de Dieu n'est pas pour les laïcs une raison pour se dispenser de sa lecture. »

Cela me paraît une absolue évidence, dont je vis chaque jour.

Condamner cette proposition est d’autant plus incompréhensible qu’il s’agit d’un commentaire du passage des Actes où l’Esprit dit à Philippe d’aller expliquer Isaïe à l’eunuque de la reine d’Ethiopie (et Philippe ne dit pas à ce laïc qu’il ne devrait pas lire l’Ecriture), et que le propos de Quesnel continue (donc) ainsi (à propos de "la Parole de Dieu"):
« C’est une étrange présomption de prétendre la pouvoir entendre par son propre esprit, et sans le secours des docteurs de l’Eglise. Dieu a voulu condamner cette présomption dès le commencement de l’Eglise dans une occasion miraculeuse, pour confondre l’orgueil de l’esprit humain. »
images/icones/1d.gif  ( 757032 )La lecture de la Bible interdite ! par Yves Daoudal (2014-08-19 18:50:10) 
[en réponse à 756899]

Elle ne l'est plus (formellement) depuis 1747, je crois. Et, fort heureusement, l'interdiction n'avait jamais été vraiment respectée, comme le montrent les anciennes traductions catholiques de la Bible.

Et saint Pie X (si du moins vous le considérez comme un pape et comme un saint) écrit dans son... catéchisme:

La lecture de la Bible n’est pas nécessaire à tous les chrétiens, puisqu’ils sont instruits par l’Eglise ; cependant elle est très utile et recommandée à tous.
images/icones/neutre.gif  ( 757082 )Je vois, M. Daoudal par Lycobates (2014-08-20 01:44:35) 
[en réponse à 757032]

que j'écris des phrases beaucoup trop longues.
Je n'aurais pas songé que cela pût vous poser problème. Je suis navré.

J'avais écrit:

La lecture de la Bible est même parfois pernicieuse et de ce fait interdite (sauf indult, voir CIC 1399-1, 1400), et donc à déconseiller et pas du tout souhaitable pour la plupart d'entre nous, si on lit la Bible, soit dans l'original soit dans des traductions, dans une édition non catholique ou qui ne comporte pas, surtout pour l'Ancien Testament, les commentaires et explications, basés sur le consensus des Pères, nécessaires pour élucider les parties obscures.


Et bien évidemment, la phrase conditionnelle reproduite ici en gras est essentielle pour saisir mon propos.

Vous citez la question 883 du grand catéchisme du pape saint Pie X, et c'est fort heureux, cela rejoint ce que je disais: que la lecture de la Bible n'est jamais nécessaire, puisque l'Eglise est là pour enseigner les fidèles, lettrés et illettrés, mais que cette même lecture est utile, certaines conditions remplies.

Alors pourquoi, après ce début prometteur, vous ne citez pas les questions 884-888, qui reprennent (certes, dans un langage de catéchisme) précisément ce que j'énonçais dans la phrase conditionnelle reproduite en gras ci-dessus, c.-à-d. les conditions dont est obligatoirement assortie, pour un catholique, la lecture de la Bible ?

Le saint Pape y demande même de jeter au feu les exemplaires de la Bible ou ses commentaires non conformes à ces conditions.

Vous devriez faire ça avec les Réflexions du malheureux Quesnel !
Cela vous évitera un jour, je le souhaite, "d'être compté parmi ceux qui ont fait naufrage dans la foi", pour reprendre l'expression du Concile provincial d'Embrun de 1727, dans sa 5e session, convoqué à la défense de la bulle Unigenitus contre les Appelants, confirmé plenissime par le pape Benoît XIII, et élevé par cette confirmation au degré du magistère extraordinaire (cité p.ex. dans Scheeben Handbuch der Dogmatik I p. 183).

"Constitutio "Unigenitus" qua centum et una Quesnelli propositiones damnatae sunt, cui suffragata est universalis Ecclesia, est dogmaticum, definitivum, et irretractabile judicium illius Ecclesiae, de qua divino ore dictum est: Portae inferi non praevalebunt adversus eam. Si quis igitur eidem Constitutioni corde et animo non acquiescit, aut veram et sinceram obedientiam non praestat, inter eos habeatur, qui circa fidem naufragaverunt.


Ma traduction:
La Constitution Unigenitus par laquelle furent condamnées cent et une propositions de Quesnel et que l'Eglise universelle a appuyée, est le jugement dogmatique, définitif et irréformable de cette Eglise dont la parole divine a dit : Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle. Si quelqu'un donc ne se conforme pas coeur et âme avec cette Constitution ou n'y prête pas une vraie et sincère obédience, qu'il soit compté parmi ceux qui ont fait naufrage dans la foi."
images/icones/heho.gif  ( 757000 )Ignorer les Ecritures par Quaerere Deum (2014-08-19 09:31:09) 
[en réponse à 756823]

c'est ignorer le Christ, dixit saint Jérôme.

Il n'y aura jamais aucun mal à connaître plus profondément les écritures.

L'important est que cette lecture soit faite en Eglise, et adossée à une vie sacramentelle.
images/icones/1a.gif  ( 757007 )Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est. par Yves Daoudal (2014-08-19 11:43:51) 
[en réponse à 757000]

Et ces autres propos de saint Jérôme cités par Benoît XVI dans sa deuxième catéchèse sur ce père:

Jérôme soulignait la joie et l'importance de se familiariser avec les textes bibliques: "Ne te semble-t-il pas habiter - déjà ici, sur terre - dans le royaume des cieux, lorsqu'on vit parmi ces textes, lorsqu'on les médite, lorsqu'on ne connaît ni ne recherche rien d'autre?" (Ep 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c'est-à-dire une présence de Dieu. S'approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car "ignorer l'Ecriture, c'est ignorer le Christ". C'est à lui qu'appartient cette phrase célèbre, également citée par le Concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25).
Réellement "amoureux" de la Parole de Dieu, il se demandait: "Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants" (Ep 30, 7). La Bible, instrument "avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles" (Ep 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l'Ecriture signifie converser avec Dieu: "Si tu pries - écrit-il à une noble jeune fille de Rome -, tu parles avec l'Epoux; si tu lis, c'est Lui qui te parle" (Ep 22, 25). L'étude et la méditation de l'Ecriture rendent l'homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien: "Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends-là ce que tu dois enseigner" (Ep 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l'éducation chrétienne de sa fille: "Assure-toi qu'elle étudie chaque jour un passage de l'Ecriture... Qu'à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière... Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu'elle aime les Livres divins" (Ep 107, 9.12). Avec la méditation et la science des Ecritures se "conserve l'équilibre de l'âme" (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l'assistance de l'Esprit Saint peuvent nous introduire à la compréhension de la Bible: "Dans l'interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l'assistance de l'Esprit Saint" (In Mich. 1, 1, 10, 15).
Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu'il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l'une de ses filles spirituelles: "Aime l'Ecriture Sainte et la sagesse t'aimera; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu'elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d'oreille" (Ep 130, 20). Et encore: "Aime la science de l'Ecriture, et tu n'aimeras pas les vices de la chair" (Ep 125, 11).
images/icones/bravo.gif  ( 757017 )Merci par Quaerere Deum (2014-08-19 14:23:53) 
[en réponse à 757007]

de nous faire partager ce texte très inspiré !

Encore une fois, les Pères de l'Eglise nous montrent un tout autre chemin que ce que certains ont voulu ou veulent nous faire prendre.
C'est dire combien le retour aux Pères était capital.
images/icones/heho.gif  ( 757021 )Ce qui est surtout "capital" par Lycobates (2014-08-19 15:47:00) 
[en réponse à 757017]

est ce que vous avez dit un peu plus haut, et semblez avoir oublié dans votre deuxième message, notamment :

L'important est que cette lecture soit faite en Eglise, et adossée à une vie sacramentelle.


Ce qui de toute évidence n'est presque plus jamais le cas de nos jours.
Et c'est de cette exigence capitale qu'il s'agit, en 2014, comme d'ailleurs au XVIIe et XVIIIe siècle, et au temps de Saint Jérôme. Elle n'est pas sujette à des vicissitudes historiques.
Or, la circonstance contraire, si elle devient réalité, l'affranchissement du lecteur de la Bible du magistère légitime et des sacrements, comme aujourd'hui en pleine tempête moderniste, comme au temps des jansénistes, rend la lecture de la Bible infructueuse, souvent dangereuse, et parfois interdite.
Même pendant l'antiquité - ne cédons pas à ce faux historicisme qui voit tout ce qui est antique en rose ! - une multitude d'hérésies pullullait, prenant sa vilaine racine dans une inteprétation erronée et autonome de l'Ecriture. Ce qui a fait dire à saint Augustin, pour citer un autre Docteur : Ego vero Evangelio non crederem, nisi me catholicae Ecclesiae commoveret auctoritas. Je ne croirais pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise catholique ne m'y poussait pas.

La citation bien connue de saint Jérôme, connue bien évidemment aussi du pape Clément XI et de la commission de théologiens et cardinaux qui pendant 18 mois ont dépouillé et examiné les mielleuses et fielleuses Réflexions de Quesnel, dans leurs versions française et latine, avant de procéder à la condamnation de 101 erreurs, est souvent comprise à travers.
Il est propre des jansénistes déchaînés, et de leurs émules les modernistes de nos jours, de mépriser les autorités légitimes de l'Eglise qui leur posent obstacle, au point de les prendre pour des imbéciles et des ignorants. Il est absolument pathétique de vouloir opposer saint Jérôme au pape Clément XI, entre autres.

Or, le saint Docteur ne prétend pas s'affranchir du magistère de l'Eglise et il ne conseille pas à ses lecteurs ce forfait; il connaît bien la règle prochaine de la foi, qui est le magistère de l'Eglise. D'abord il s'adresse, dans ces lettres, que nous lisons aujourd'hui avec les yeux des destinataires de l'époque, dont nous ne sommes pas tous : il s'adresse à ses disciples : ses fils et filles spirituels, diacres, prêtres, moines et religieuses; parfois hommes ou dames de la société éduquée, dont les devoirs d'état (pour les premiers) impliquaient entre autres la méditation et une assidue lectio divina, ou dont la situation aisée et les dons de l'esprit (pour les seconds) rendaient cela possible. Ce n'est pas le cas de tout le monde et Saint Jérôme ne l'ignorait pas. Il ne le dit d'ailleurs pas.

En outre, s'il est évident que ignoratio Scripturarum ignoratio Christi est, il est tout aussi évident que l'enseignement de l'Eglise, son office divin et ses sacrements, procurent la plus parfaite connaissance de l'Ecriture, et donc du Christ, tant à ceux qui savent et peuvent lire dans le texte (même si cela ne leur est jamais nécessaire), qu'à ceux qui ne le savent ou ne le peuvent ou ne le doivent pas.

Et c'est ce point là, un point de doctrine qui je le répète n'est pas sujet à des vicissitudes historiques, qu'il fallait souligner vis-à-vis de quelques messages moins prudents antérieurement dans ce fil.
images/icones/coeurbrise.gif  ( 757022 )prudence ! par Lycobates (2014-08-19 16:10:32) 
[en réponse à 757017]


C'est dire combien le retour aux Pères était capital



Voulez-vous dire que l'étude des Pères n'a pas été de tout temps, depuis le Moyen-Âge, une des bases de la théologie fondamentale et notamment de l'exégèse catholique ?
Ce serait téméraire et injurieux. Et bien entendu tout simplement faux.

Ou voulez-vous dire (avec le synode de Pistoie) qu'avant votre fameux "retour aux Pères" (quand ? par qui ?) "un obscurcissement général a été répandu sur des vérités de grande importance relatives à la religion et qui sont la base de la foi et de la doctrine morale de Jésus Christ" ?
Dans ce cas je vous invite à bien réfléchir.

Propositio, quae asserit, 'postremis hisce saeculis sparsam esse generalem obscurationem super veritates gravioris momenti, spectantes ad religionem, et quae sunt basis fidei et moralis doctrinae Jesu Christi': haeretica.
images/icones/neutre.gif  ( 757024 )Parlons plutôt par Quaerere Deum (2014-08-19 17:10:41) 
[en réponse à 757022]

de redécouverte des Pères. Le terme "retour" tend à penser que l'on ne tient plus compte de ce qui s'est passé après.

Cette redécouverte des Pères est bénéfique dans la mesure ou elle conduit à rééquilibrer un peu les choses, en nous éloignant des excès que vous semblez préconiser.